upright=1.5|thumb|Modèle en bois d'une cuisine - - Ägyptisches Museum de Berlin
Parmi les métiers dans l'Égypte antique, il nous vient généralement à l'esprit les agriculteurs, à la base de la société, les scribes et les prêtres.
Si telle avait été la société aujourd’hui il nous serait impossible de contempler les imposantes pyramides, les grands temples dédiés aux dieux ou encore les splendides trésors, tel que celui de Toutânkhamon, par exemple.
Nous ignorons souvent ces catégories de la population qui, par un travail souvent long, difficile, ou même, dans certains cas, très dangereux ont participé activement au développement de l'Égypte antique, de sa société, de son art et de son architecture.
Les fonctionnaires
Les militaires
Les scribes
Les prêtres
vignette|gauche|100px|Penmaât, prêtre d'Amon - Vignette du livre des morts de Penmaât (-950)
Les agriculteurs
Quoique le pouvoir central ait accompli d'importants efforts pour développer le système d'irrigation et assurer le stockage des récoltes en prévision des années défavorables, l'agriculture constituant la plus grande richesse du pays, la condition rurale n'était pas particulièrement enviable dans l'ancienne Égypte. Les époques ont cependant vu quelques transformations notables s'effectuer.
Durant l'Ancien Empire, la fonction d'agriculteur était assurée par des mrtw, lesquels, attachés à la terre, étaient soumis à des corvées, aux impôts et à l'entretien des fonctionnaires de passage sous la surveillance permanente des scribes royaux ou de leurs contremaîtres : aussi leur statut les rapproche-t-il davantage des serfs. À partir de la , la situation des paysans se modifie positivement, grâce à la promulgation des chartes d'immunité. Au cours du Moyen Empire et du Nouvel Empire, ils jouissent d'une relative autonomie qui leur permet de s'installer sur des terres libres, ce qui apparente leur statut à celui des métayers. Leurs lopins de terre, placés sous la dépendance d'un domaine royal, religieux ou privé, étaient dûment répertoriés dans un registre cadastral, à partir duquel l'administration calculait pour chacune d'eux le taux d'imposition : chaque chef de famille responsable de son lot était ainsi obligé de s'acquitter des corvées obligatoires ainsi que de payer la redevance, en revanche il pouvait transmettre son bien - et les difficultés qui allaient avec lui - à sa femme ou à ses enfants. Un célèbre extrait offre la meilleure illustration de cette vie quotidienne :
upright=1.5|vignette|Récolte - Tombe d'Ineni (TT81), Thèbes-Ouest, Tableau 13
Le paysan gémit sans cesse, sa voix est rauque comme le croassement du corbeau. Ses doigts et ses bras suppurent et puent à l'excès. Il est fatigué de se tenir debout dans la fange, vêtu de guenilles et de haillons [...]. Lorsqu'il quitte son champ et rentre chez lui le soir, il arrive complètement épuisé par la marche.
En insistant sur la pénibilité qui touche la vie des agriculteurs, ce texte n'en suggère que superficiellement les répercussions sur la santé. Selon les témoignages, la charge des soins médicaux au sein d'une collectivité de cultivateurs incombait à certains médecins, des professionnels envoyés par l'administration. Sous la , on retrouve ainsi la trace d'un dénommé Methen, détenteur du titre de sounou gereget, dont les patients travaillaient dans un domaine agricole (gereget), propriété d'un maître du domaine, par lequel Methen était peut-être employé.
À l'instar des pêcheurs, c'était surtout leur environnement hostile qui était à l'origine des maux des paysans. L'enseignement de Khéty, ou Satire des métiers, cité plus haut, décrit avec précision les dangers qui guettaient le paysan au cours de ses longues et dures journées. Particulièrement redoutables, les animaux sauvages et en particulier les serpents qui pullulaient et, dans une moindre mesure, les scorpions ; encore plus impressionnants, les lions, dont on soignait la morsure à coup de vin, de morceaux de viande sanglants et éventuellement de cautérisation, comme décrit dans le papyrus Hearst ().
upright=0.5|vignette|gauche|Atteinte vertébrale (mal de Pott) sur une momie égyptienne due à la tuberculose, dont le bacille se transmet de l'animal dans des conditions insalubres
Mais n'était pas à négliger l'attaque d'animaux domestiques comme des chiens, errants ou non, susceptibles de transmettre la rage - laquelle sévissait effectivement en Égypte comme le rapporte l'historien français de la médecine Théodoridès - ou encore des porcs, dont l'élevage s'est répandu dès le Nouvel Empire. Les animaux, et en premier lieu les rongeurs, engendraient également la dégradation de l'hygiène domestique, en particulier dans les campagnes. La chasse aux rongeurs qui s'attaquaient aux silos, énormément pratiquée par les Égyptiens, s'explique par la pénurie de nourriture, contrairement à l'idée d'abondance que véhiculent les représentations de victuailles dans les tombes. Le désastre d'une famine, due à des crues du Nil insuffisantes ou excessives, est décrit à maintes reprises dans les textes, par exemple sur une stèle ptolémaïque relatant les ravages de sept ans de disette sur la santé physique et morale de la population - et donc a priori surtout sur les agriculteurs -, sous le règne de Djéser : Les grains avortaient, les baies séchaient, tout ce qu'on avait à manger était insuffisant, tous les gens étaient frustrés de leurs revenus. Les adultes vacillaient. Quant aux vieillards, leur cœur était triste, les genoux ployés, assis par terre, les bras ballants.
Les déformations osseuses que devaient susciter la malnutrition sont détaillées dans diverses sources. Plusieurs sujets déterrés à Beni Hassan semblaient ainsi avoir des membres inhabituellement courts et des cyphoses dorsales suggèrent un rachitisme.
Les marchands
Les artisans
upright=0.75|vignette|Stèle d'Irynefer, un artisan de Deir el-Médineh, avec sa famille et ses collègues - Musée du Louvre
La langue égyptienne ne différencie guère l'ouvrier de l'artisan ou de l'artiste : tous étaient désignés par le hiéroglyphe représentant l'outil métallique utilisé pour forer les vases de pierre : probablement parce que les anciens Égyptiens ne concevaient pas qu'une création ne puisse exister que pour sa beauté, elle devait avoir une utilité. Seul le souci d'efficacité guide l'artisan, l'ouvrier dans son travail. Qu'il édifie un temple, sculpte une statue, modèle un vase ou creuse un tombeau, il se doit, tout en éternisant le réel, d'aider aussi l'homme à y gagner son immortalité. L'artiste en tant que tel n'existait pas, mais il avait parfaitement conscience de ses qualités et pouvait en tirer orgueil.
Irtysen, artisan de la fin de la , précise : Je suis de plus un artisan qui excelle dans son art, au meilleur niveau de ses connaissances. Je connais les roubagou [?], je sais estimer les dimensions, retrancher et ajuster jusqu'à ce qu'un corps prenne place. Je connais l'allure d'une statue d'homme et la démarche d'une statue de femme, l'attitude de onze oiseaux, la convulsion du prisonnier isolé, le faire loucher, l'expression de la peur sur le visage des ennemis du Sud, le mouvement du bras de celui qui chasse l'hippopotame et le mouvement des jambes de celui qui court. Je sais faire des pigments et des produits insolubles à l'eau. Je ne révélerai cela à personne, excepté moi seul et mon fils aîné, le dieu ayant ordonné qu'il s'exerce en initié, car j'ai remarqué sa compétence à être chef des travaux dans toutes les matières précieuses, depuis l'argent et l'or jusqu'à l'ivoire et l'ébène.
Le travail de la pierre
upright=2|vignette|gauche|Transport du colosse de Djéhoutihétep , dessin de John Gardner Wilkinson du relief d'El-Bersheh
La formation de ces artistes débute très tôt et, souvent, ils apprennent leur métier de père en fils, à moins de recevoir une instruction dans des ateliers. Aidés par des scribes pour les inscriptions hiéroglyphiques, ils sont aussi accompagnés par les dessinateurs, qui tracent les traits sur le support brut, et les peintres (cf. Peinture dans l'Égypte antique). Ils travaillent en équipe, sans véritable hiérarchie ni reconnaissance du travail personnel, d'où la faible quantité de sculptures possédant la griffe de leur auteur. Vivant sous la dépendance du pharaon, les équipes de sculpteurs sont nourries, logées et vêtues. Cela témoigne d'une marque de respect envers eux. Qualifié de « sânkh », ce qui signifie celui qui fait vivre, le sculpteur a une fonction toute particulière qui est dû à la symbolique de la sculpture. À l'image de Ptah de Memphis, le dieu créateur par excellence et patron des artisans, le sculpteur organise la matière.
Bien des ouvrages sont taillés dans les diverses pierres que les sculpteurs possèdent : calcaire, diorite, basalte, albâtre, granite, schiste, grès, quartzite Les sculpteurs forment une corporation importante. Leur maîtrise de ces matériaux est grande : les artisans savent aussi bien créer des vases miniatures, des délicats bas-reliefs que des statues monumentales. En témoignent les colosses de Memnon, sur la rive ouest de Thèbes, faits dans deux blocs de brèche siliceuse de quartzite venus d'Héliopolis, comme l'indiquent les chroniques d' : .
vignette|Statue cube de Sénènmout, architecte de Hatchepsout - Musée égyptien de Berlin
Les outils métalliques sont peu nombreux : ils se limitent au ciseau, instrument long et court qui intervient dans la taille des surfaces de calcaire, à la scie, avec ou sans dents, qui est utilisée avec un mélange abrasif de gypse, à la broche, une barre pourvue d'une tête à maillet idéale pour le dégrossissage, et au foret, une pointe utile pour faire des trous, des outils bien inférieurs vis-à-vis de la tâche qu'ils sont censés remplir. Ceci est d'autant plus vrai à l'Ancien Empire, où seul le cuivre est connu dans la vallée du Nil. Le bronze n'apparaît que vers 2000 ans avant notre ère, et le fer pénètre sous le règne de Toutânkhamon pour ne se développer qu'entre -1000 et -600. Viennent s'y ajouter des pics, pilons et marteaux en basalte, en diorite ou en dolérite - assez dures pour entamer du granite, du basalte ou du quartzite - qui permettent de marteler les blocs.
Les ouvriers choisissent leur position de travail en fonction de la taille de la pièce à créer, debout ou assis sur un tabouret lorsque la sculpture ne dépasse par la taille d'un homme. Si la forme s'y prête, ils s'installent directement sur le bloc ; c'est ainsi que, sur les sphinx monumentaux, on peut voir des hommes assis sur le dos ou les pattes de l'animal. Quant aux travaux colossaux, ils nécessitent souvent des échafaudages, où peuvent travailler toute une équipe de travailleurs menée par un maître sculpteur.
Le travail du métal
Les métallurgistes, qu'il s'agisse des ouvriers qui traitent le métal à froid ou des fondeurs, sont relativement bien connus, mieux en tous cas que les verriers ou les faïenciers. Bien que sporadiques, les quelques scènes répertoriées permettent d'appréhender les techniques utilisées pour mouler et manier les métaux : bronze et cuivre, mais aussi or, argent et électrum.
upright=0.8|vignette|gauche|Statue en bronze de - Musée du Caire
Avant tout, la distribution du matériau brut s'impose aux artisans. Cette scène apparaît dans la tombe de Rekhmirê : un scribe prend note des quantités d'or et d'argent qu'il confie à chaque ouvrier, sous forme d'anneaux, de lingots et de pépites - certains papyrus découverts à Deir el-Médineh suggèrent que ce document sert aussi bien à vérifier, en fin de travail, le poids de l'œuvre achevée pour s'assurer qu'aucune once n'a été dérobée, qu'à la comptabilité de l'institution - tandis qu'un assistant stabilise le peson de la balance.