La Bohème (titre original orthotypographié La bohème en italien) est un opéra italien en quatre actes (qu'il appelle tableaux) de Giacomo Puccini, sur un livret en italien de Giacosa et Illica, d’après le roman d’Henri Murger, Scènes de la vie de bohème, et son adaptation théâtrale La Vie de bohème. Composé entre 1892 et 1895, il fut créé le au Teatro Regio de Turin, sous la direction d'Arturo Toscanini.

L'œuvre ne doit pas être confondue avec l'opéra éponyme de Ruggero Leoncavallo, créé l'année suivante et qui est rarement représenté.

Argument vignette|gauche|Partition de l'opéra La Bohème de Giacomo Puccini

La Bohème ne comporte que quelques mesures d'ouverture. L'action se déroule à Paris en 1830 et 1831, sur le thème de la « vie de bohème ».

Premier tableau Dans une mansarde parisienne. vignette|gauche|Le poète Rodolfo|233x233px Rodolfo, Marcello, Schaunard et Colline, quatre artistes de la « bohème », partagent une mansarde insalubre. Rodolfo est poète alors que Marcello, artiste peintre, entretient une liaison avec la belle et riche Musetta. Ils doivent payer le loyer mais ils n'ont plus un sou.

Marcello est en train de peindre pendant que Rodolfo regarde par la fenêtre. Afin de se réchauffer, ils brûlent le drame de Rodolfo, encore à l'état de manuscrit. Colline, le philosophe, entre, en colère. Il n'a pas réussi à mettre en gage ses livres. Schaunard, le musicien arrive dans la pièce avec nourriture, cigares, argent, fruits d'un travail avec un excentrique gentleman anglais. En train de se jeter sur la nourriture, les autres l'écoutent difficilement raconter son histoire. Schaunard les interrompt. Il repousse le repas en déclarant qu'ils vont plutôt aller fêter leur bonne fortune en dînant au Café Momus.

Alors qu'ils boivent, le propriétaire, Benoît, fait son apparition avec l'intention de collecter le loyer. Ils le saoulent. Benoît en vient à raconter ses amours et à révéler l'existence d'une maîtresse, alors qu'il est marié. Feignant une grande indignation, les locataires le mettent dehors.vignette|redresse|La brodeuse couturière MimìRodolfo reste seul pour finir un article qu'il doit rendre sous peu. Ses trois amis sont descendus et l'attendent. Une femme frappe à la porte. C'est une voisine. Elle demande de l'aide car sa bougie s'est éteinte et qu'elle n'a pas d'allumettes. Sa chandelle rallumée, elle se rend compte qu'elle vient de perdre sa clé. Les deux bougies s'éteignent. Les voisins se retrouvent plongés dans l'obscurité. Rodolfo empoche la clé car il désire passer plus de temps avec cette femme. Il se saisit de la main glacée de sa voisine, se présente et déclare son amour (« Che gelida manina/Quelle petite main glacée »). Mimì, c'est en fait le surnom de cette femme, lui répond sur le même mode (« Mi chiamano Mimì/Ils m'appellent Mimi »). En bas, les amis de Rodolfo s'impatientent. Rodolfo suggère de rester dans la mansarde mais Mimi décide de l'accompagner. L'acte se clôt par la sortie du couple de l'appartement dans un duo d'amour (« O Soave Fanciulla/O douce jeune fille »).

Deuxième tableau Dans le Quartier latin. vignette|gauche|redresse|Autographe du sextuor , acte II. Une grande foule s'est pressée, des vendeurs de rue essaient de retenir l'attention (Chœur « Aranci, datteri! Caldi i marroni/Oranges, dattes! Marrons chauds »« Oranges, dattes, marrons chauds ! »). Les amis apparaissent, pleins de gaieté. Rodolfo achète à Mimì un bonnet. Des Parisiens bavardent avec des amis et marchandent avec les vendeurs, des enfants s'exclament devant les jouets de Parpignol. Les amis entrent au Café Momus.

vignette|Adolf Hohenstein, croquis de la première représentation (deuxième tableau).

Tandis qu'ils dînent au Café, Musetta, autrefois la maîtresse de Marcello, arrive avec un riche et vieux conseiller d'État, Alcindoro. Elle parle à ce dernier comme à un petit animal. Il est évident qu'elle est lassée de lui. À la joie des Parisiens et, pour le plonger dans l'embarras, elle entonne une chanson osée « Quando men vo/Quand je vais le long ». Elle espère retenir l'attention de Marcello et y réussit pleinement : Marcello n'en peut plus de jalousie. Afin d'être débarrassée d'Alcindoro pour un moment, Musetta prétend souffrir d'un pied et l'envoie chez le cordonnier. Durant l'ensemble qui suit, Musetta et Marcello tombent dans les bras l'un de l'autre et se réconcilient.

L'addition est présentée aux protagonistes. À leur consternation, ils se rendent compte que l'argent de Schaunard ne suffit pas. Musetta, rusée, met l'addition complète sur le compte d'Alcindoro. Un bruit de soldats se fait entendre. Marcello et Colline s'emparent de Musetta et la portent sur leurs épaules alors que la foule applaudit. Lorsque tous ont disparu, Alcindoro est de retour avec la chaussure réparée, tout en cherchant Musetta. Le serveur lui présente la facture. Alcindoro, devant la somme réclamée, s'effondre dans un fauteuil.

Troisième tableau vignette|gauche|Affiche de 1895 pour la Bohème, au troisième tableau.|265x265pxÀ la Barrière d'Enfer. Des camelots franchissent les barrières et entrent dans la ville. Parmi eux se trouve Mimì, toussant violemment. Elle est à la recherche de Marcello, qui vit dans une petite taverne. Il peint pour le propriétaire des lieux. Mimì lui raconte ses difficultés avec Rodolfo, qui l'a quittée cette nuit (« O buon Marcello, aiuto!/Bon Marcello, aide ! »). Marcello lui révèle que Rodolfo est endormi à l'intérieur. Cependant celui-ci vient juste de se lever et cherche son ami. Mimì se cache et écoute Rodolfo raconter à Marcello qu'il est parti parce que Mimì n'arrête pas de jouer les coquettes. Mais, finalement, il avoue la véritable raison : il craint que sa compagne ne soit atteinte d'une maladie la dévastant lentement (sûrement la tuberculose). Rodolfo, trop pauvre, ne peut se révéler d'aucun secours pour elle. Il espère que sa rudesse va amener Mimì à chercher un autre homme, plus fortuné. Mimì, qui a tout entendu, ne peut s'empêcher, en toussant, de révéler sa présence. Rodolfo et Mimì chantent leur amour perdu. Ils élaborent des projets pour se séparer amicalement (Mimì : « Donde lieta uscì/D'où il est content qu'il soit sorti »), mais leur amour est trop fort. Ils en arrivent à un compromis : ils se sépareront au printemps, à la saison des fleurs. Pendant ce temps, Marcello a rejoint Musetta, et le couple se dispute avec férocité (Quatuor Mimì, Rodolfo, Musetta, Marcello : « Addio dolce svegliare alla mattina!/Au revoir doux réveil du matin ! »).vignette| Quatrième tableau vignette|La mansarde vignette| De retour dans la mansarde. Marcello et Rodolfo sont apparemment en train de travailler. En fait, ils ressassent la perte de leurs amours (Duo: "O Mimì, tu più non torni/O Mimi, tu ne reviens plus"). Schaunard et Colline arrivent avec un dîner frugal et tous font semblant d'être attablés à un mirifique banquet. Ils dansent et chantent. Musetta arrive et apporte des nouvelles : Mimì, qui avait pris un riche protecteur, vient de le quitter. Musetta l'a trouvée errant par les rues, sévèrement affaiblie par sa maladie. Elle la ramène dans la mansarde. Mimì est installée dans un fauteuil. Marcello et Musetta partent céder les boucles d'oreille de cette dernière pour acheter un remède. Colline va lui aussi mettre son pardessus en gage (Colline : "Vecchia zimarra/Vieux manteau"). Schaunard, pressé par Colline, quitte lui aussi la pièce en silence pour laisser Mimì et Rodolfo ensemble. Seuls, ils se rappellent leur bonheur passé. (Duo, Mimì et Rodolfo: "Sono andati ?/Sont-ils partis ?"). Ils revivent leur première rencontre - les bougies, la perte de la clé… Pour la plus grande joie de Mimì, Rodolfo lui montre le petit chapeau qu'il lui avait acheté. Il l'avait gardé en souvenir. Les autres reviennent avec un manchon pour réchauffer ses mains et des médicaments. Ils avertissent Rodolfo qu'ils ont appelé un médecin, mais Mimì est déjà évanouie. Alors que Musetta prie, Schaunard voit Mimì et croit qu’elle est déjà décédée. Rodolfo devine ce qui va arriver ensuite. Il crie avec désespoir le prénom de son amour.

Structure de l'œuvre

Airs principaux

« Che gelida manina/Quelle petite main glacée » - Rodolfo (tableau I) « Mi chiamano Mimì/Ils m'appellent Mimi » - Mimì (tableau I) « O Soave Fanciulla/O douce jeune fille » - Rodolfo et Mimì (tableau I) « Quando men vo/Quand j'étais là bas » - Musetta (tableau II) « Donde lieta uscì al tuo grido d'amore/D'où il a plu à ton cri d'amour » - Mimì (tableau III) « O Mimì, tu più non torni/O Mimi, tu ne reviens plus » - Rodolfo, Marcello (tableau IV) « Vecchia zimarra/Vieux manteau » - Colline (tableau IV) « Sono andati? Fingevo di dormire/Sont-ils partis? J'ai fait semblant de dormir » - Mimì (tableau IV)

Distribution PersonnagesTessituresCréation, (Chef d'orchestre: Arturo Toscanini)Première en France, à l'Opéra-Comique Rodolfo, poèteténorEvan GorgaAdolphe MaréchalMimì, couturièresopranoCesira FerraniJulia GuiraudonMarcello, peintrebarytonTieste WilmantMax BouvetSchaunard, musicienbarytonAntonio Pini-CorsiLucien FugèreColline, philosophebasseMichele MazzaraJacques IsnardonMusetta, chanteusesopranoCamilla PasiniJeanne TiphaineBenoît, propriétairebasseAlessandro PoloniniHippolyte BelhommeAlcindoro, conseiller d'ÉtatbasseAlessandro PoloniniParpignol, vendeur de jouetsténorDante ZucchiUn sergent des douanesbasseFelice FogliÉtudiants, ouvrières, vendeurs de rue, soldats, serveurs, enfants (chœur)

Orchestration Instrumentation de La BohèmeCordesViolons I et II, altos, violoncelles, contrebasse, 1 harpe Bois2 flûtes traversières, piccolo, 2 hautbois, 1 cor anglais, 2 clarinettes, 1 clarinette basse, 2 bassonsCuivres4 cors d'harmonie, 3 trompettes, 3 trombones, 1 trombone bassePercussionsTimbales (musique classique), tambour, triangle, cymbale, grosse caisse, xylophone, glockenspiel, cloches, verresComme indiqué par Puccini dans la partition, c'est le chœur qui frappe sur les verres en accompagnant son chant.

Discographie et vidéographie sélective 1946 - Licia Albanese (Mimi), Jan Peerce (Rodolfo), Anne McKnight (Musetta), Francesco Valentino (Marcello), Chœur et Orchestre de la NBC, Arturo Toscanini (dir.) - RCA - performance spéciale pour les cinquante ans de la première de 1896. 1956 - Victoria de los Angeles (Mimi), Jussi Björling (Rodolfo), Lucine Amara (Musetta), Robert Merrill (Marcello) - Chœur et orchestre de la RCA Victor, Thomas Beecham (dir.) - RCA 1956 - Maria Callas (Mimi), Giuseppe Di Stefano (Rodolfo), Anna Moffo (Musetta), Rolando Panerai (Marcello), Chœur et orchestre de la Scala de MIlan, Antonino Votto (dir.) - EMI 1958 - Renata Tebaldi (Mimi), Carlo Bergonzi (Rodolfo), Gianna D'Angelo (Musetta), Ettore Bastianini (Marcello) - Chœur et orchestred e l'Académie Sainte cécile de Rome, Tullio Serafin, dir.- DECCA 1961 - Anna Moffo (Mimi), Richard Tucker (Rodolfo), Mary Costa (Musetta), Robert Merrill (Marcello) - Chœur et orchestre de l'Opéra de Rome, Erich Leinsdorf (dir.) - RCA 1963 - Mirella Freni (Mimi), Nicolai Gedda (Rodolfo), Mariella Adani (Musetta), Mario Sereni (Marcello) - Chœur et orchestre de l'Opéra de Rome, Thomas Schippers (dir.) - EMI 1973 - Mirella Freni (Mimi), Luciano Pavarotti (Rodolfo), Elizabeth Harwood (Musetta), Rolando Panerai (Marcello) - Chœur et orchestre Philharmonique de Berlin, Herbert von Karajan (dir.) - DECCA 1979 - Katia Ricciarelli (Mimi), José Carreras (Rodolfo), Ashley Putnam (Musetta), Ingvar Wixell (Marcello) - Orchestre et Chœurs du Royal Opera House, Sir Colin Davis (dir.) - Philips (rééd. 1987 2CD Philips Classics) 2003 - Angela Gheorghiu (Mimi), Roberto Alagna (Rodolfo) - Chœur et orchestre de La Scala de Milan, Ricardo Chailly (dir.) - DECCA