Jacques Laffitte est un banquier et homme d'État français né le à Bayonne et mort le à Paris.

Jacques Laffitte connut une ascension rapide dans le monde de la banque qui le conduisit jusqu'au poste de gouverneur de la Banque de France. Député libéral, il participa à la révolution de Juillet en 1830 et devint président du Conseil de Louis-Philippe .

Biographie Jacques Laffitte naît à Bayonne dans le Labourd (aujourd'hui dans les Pyrénées-Atlantiques) le , l'un des dix enfants (quatre fils et six filles) de Pierre Laffitte († 1789), maître charpentier à Bayonne, et de Etiennette Rogère. Les origines de sa famille sont modestes.

Il est le frère de Martin Laffitte, homme d'affaires, député, et de Jean-Baptiste Laffitte (1775-1843), qui de son mariage avec Antoinette Louise Lefebvre-Desnouettes, eut Charles Laffitte, banquier.

Après de courtes études, Jacques Laffitte devient d'abord, à douze ans, apprenti charpentier auprès de son père, puis, pendant deux ans, troisième clerc chez un notaire de Bayonne. Enfin, à quatorze ans, il est placé comme commis chez Pierre Formalaguès, créole de Saint-Domingue devenu armateur, négrier et négociant de cette ville.

Une carrière de banquier En 1788, à l'âge de vingt-et-un ans, il vient à Paris, muni d'une lettre de recommandation de son patron, pour solliciter un modeste emploi de commis dans les bureaux du banquier Jean-Frédéric Perregaux (1744–1808). La Banque Perregaux devait devenir, en raison de ses relations avec l'étranger, la banque du Comité de salut public, et Perregaux, qui avait su se placer convenablement après le 18-Brumaire, l'un des conseillers financiers de Napoléon Bonaparte.

Laffitte est embauché pour tenir les livres de comptes, il fait preuve de remarquables qualités et manifeste de réelles aptitudes pour le métier de la banque. D'un caractère liant, vif et gai, doué d'une grande capacité de travail et d'un esprit clair et net, il connaît une ascension rapide.

Perregaux lui permet de progresser et lui confie des responsabilités de plus en plus importantes.

En 1790, ses appointements sont portés à « Ce jour-là, dira-t-il, je crus posséder le Pérou. Mes petites dépenses bien ordonnées et toutes payées, il me restait d'économies, d'âge et le roi n'était pas mon cousin. ». et, en frimaire , il est intéressé aux bénéfices et nommé assesseur du juge de paix de la section du Mont-BlancIl s'agit alors d'un quartier de Paris..

Pourtant, en nivôse , il se plaint à Perregaux « d'avoir perdu, semble-t-il, la confiance de [son] patron, qui [le] laisse dans un emploi secondaire, ce qui va [l]'obliger à [le] séparer de lui et à accepter l'offre qu'on [lui] fait de [l]'associer dans une maison de banque »Dictionnaire des parlementaires français.. Cette lettre eut son effet puisque Perregaux fait de Laffitte, le , son associé dans la S Perregaux et , avec un quart du capital. Mais en raison de la mauvaise santé de Perregaux, une nouvelle société est constituée le pour une durée de dix ans : Perregaux, Laffitte et .

Laffitte, désigné par Perregaux comme son exécuteur testamentaire, détient 50 % du capital social et devient directeur-gérant, tandis que 25 % allaient à Perregaux fils, commanditaire et 25 % à la fille de Perregaux, commanditaireLes bases de la société seront modifiées en 1817, 1823 et 1827-1828, sous la même raison sociale Jacques Laffitte et Cie, le fils Perregaux reste dans la société.. Pendant dix ans, Laffitte gère seul cette maison qui devient vite la première banque de Paris et l'une des plus puissantes banques européennes.

Le , Laffitte devient régent de la Banque de France prenant la place de Perregaux après le décès de celui-ci. Il conserve cette fonction jusqu'en 1831. Il est en même temps juge au tribunal de commerce de la Seine (1809) et devient président de la chambre de commerce ( au ). Le , après la chute de l'Empire, il est appelé par le gouvernement provisoire aux fonctions de gouverneur « provisoire » de la Banque de France, qu'il occupera jusqu'en 1820, date à laquelle il est remplacé par Gaudin, duc de Gaète. Il aura l'élégance de refuser le traitement attaché à ce poste.

lui aurait dit : « Je vous connais Monsieur Laffitte, je sais que vous n'aimez pas mon gouvernement, mais je vous tiens pour un honnête homme ».

Laffitte eut l'occasion de le démontrer en rendant service à tous les gouvernements successifs. Sous la Première Restauration, il souscrit de ses propres deniers une somme considérable pour couvrir les frais de la contribution de guerre exigée par les Alliés et, lorsque Napoléon débarque de l'île d'Elbe, il procure des fonds importants à Louis XVIII. C'est pourtant dans sa maison de banque que Napoléon, en prenant le chemin de l'exil, dépose une somme de Napoléon fit venir Laffitte à Malmaison le et lui fit compter cette somme par son caissier, Peyrusse. L'Empereur montra une telle confiance qu'il refusa la reconnaissance de dette que le banquier voulait lui signer. L'origine de cette somme n'est pas totalement éclaircie. D'après les Mémoires de Marchand : « Son désintéressement l’aurait laissé après Waterloo sans un centime, si des amis tels que les ducs de Vicence, de Bassano et le comte de Lavalette ne s’étaient occupés de réunir pour lui chez M. Laffitte quelques millions qui, six ans plus tard, servirent à établir les legs de son testament. » (Mémoires de Marchand, premier valet de chambre et exécuteur testamentaire de l’Empereur, Paris, Librairie Plon, 1952-1955, tome II, p. 16). La comtesse de Montholon indique qu’au départ de la Malmaison : « ce n’est qu’au dernier moment que l’Empereur, ou plutôt ceux qui l’entouraient, pensèrent à ce que l’on emporterait d’argent, d’argenterie, et qu’alors il ne se trouva déjà plus de disponible que les qui étaient entre les mains de M. de la Bouillerie. Ils furent remis à M. Laffitte. On ne prit qu’un seul service d’argenterie, celui qui se trouvait sous la main. » (Souvenirs de Sainte-Hélène par la comtesse de Montholon 1815-1816, Paris, Émile Paul, 1901, pp. 20-21)..

Après Waterloo, lorsque le gouvernement provisoire demande à la Banque de France de prêter l'argent nécessaire au paiement des arriérés de solde de l'armée impériale, Laffitte s'y oppose et avance la somme de nécessaire sur ses propres fonds. Quelques jours plus tard, il avance et garantit presque entièrement la nouvelle contribution de guerre exigée par la Prusse.

En 1818, il sauve une fois de plus la place de Paris d'une crise financière, alors que la bourse était impuissante à faire sa liquidation : il achète pour de rentes et les paye, mettant un terme à la panique.

Laffitte est alors à la tête d'une fortune très importante, évaluée à de francs, qui lui permet d'acheter, en 1818, le château de Maisons et son domaine à la duchesse de Montebello.

Il possédait également un château à Meudon23, route des Gardes. et un autre à Breteuil-sur-Iton dans l'EureAu coin de la place et de la rue Laffitte., ainsi qu'un hôtel particulier à Paris.

Il a également créé la Caisse générale du commerce et de l'industrie où il fait nommer son frère Martin Laffitte.

Une carrière politique Le , Jacques Laffitte est élu représentant du commerce à la Chambre des Cent-Jours par le département de la Seine sur et .. Il s'abstient de prendre la parole à la tribune et vote avec le parti constitutionnel libéral.

Un opposant actif et respecté à la Restauration vignette|gauche|Portrait gravé de Laffitte. Réélu comme député de la Seine par le collège de département le , Laffitte prend dès lors place à gauche et se spécialise dans les matières financières, prononçant de remarquables discours dont le gouvernement faisait le plus grand cas, quoique l'orateur siégeât sur les bancs de l'opposition. Ainsi, lorsque le duc de Richelieu crée une commission de finances pour parer à la pénurie du trésor, désigne Laffitte pour en faire partie. Il se prononça alors contre le système des emprunts forcés, contre les cédules hypothécaires et repousse, de manière générale, tout système de prélèvements obligatoires susceptible de porter atteinte à la confiance publique.

Réélu député le sur et ., il reprend place dans l'opposition et se signale par son ardeur à défendre la liberté de la presse. Défenseur inlassable des libertés publiques, il blâme à la tribune la répression sanglante des émeutes, dont celle qui coûta la vie à un jeune étudiant, Nicolas Lallemand, assassiné par un garde royal, lors des manifestations du contre la loi du double-vote. Le député Laffitte lut à la tribune de la Chambre une lettre du père de la victime, un marchand grainetier de la rue du Petit Carreau qui réfutait la version donnée par les journaux officiels sur les circonstances de la mort de son fils..

Jacques Laffitte vote contre le nouveau système électoral, et réclame vainement l'expression d'un vœu formel, dans une adresse au roi, pour le maintien de la législation en vigueur.

À la suite des agitations violentes du mois de juin, une conspiration est déjouée le par la police royale. L'histoire retiendra le nom de Complot du Bazar français, du fait que les conjurés se réunissaient dans une galerie marchande, rue Cadet, à Paris, portant ce nom et appartenant à un colonel en non-activité, Antoine Louis Sauset, vétéran impérial. Des dizaines de militaires et d'officiers à la demi-solde furent arrêtés. Ils furent accusés de haute trahison, la Cour des pairs fut chargé de juger les prévenus. Si le général La Fayette fut soupçonné d'être l'un des chefs politiques du projet insurrectionnel, le nom du banquier Laffitte fut cité comme celui de financier du complot avec les industriels de l'Est, Jacques Koechlin ou Marc-René Voyer d'Argenson. Touchant les hautes sphères de l'opposition libérale, l'affaire fut étouffée et seuls les contumax furent condamnés à mort, comme l'avocat grenoblois Joseph Rey..

En 1825, Jacques Laffitte inaugura la souscription pour les enfants du général Foy par un don de .

Son mandat de député lui est renouvelé par les électeurs du de Paris le sur et contre à M. de Bray.. Il développe alors à la tribune un remarquable exposé de la situation politique et financière du pays, se prononce avec force contre l'expédition d'Espagne (1823), mais soutient le ministère Villèle dans son opération de réduction des rentes. Il justifie son adhésion à cette mesure, qui fut vivement blâmée par ses amis politiques, par son souci d'alléger les charges du peuple.

Aux élections du , il échoua de peu dans le de Paris contre 704 à M. Sanlot-Baguenault, élu.. En , il devint actionnaire du journal saint-simonien Le ProducteurOlivier Pétré-Grenouilleau, Saint-Simon, L'utopie ou la raison en actes, Payot, p. 394.. Il est renvoyé à la Chambre, le , par le des Basses-Pyrénées (Bayonne) sur .. Il est réélu aux élections générales du suivant, à la fois dans le de Paris sur contre 88 à Louis Perrée. et dans le collège de département des Basses-Pyrénées sur et ..

Après la dissolution de la garde nationale de Paris, Laffitte se fait l'interprète de la fraction la plus avancée de l'opposition parlementaire en réclamant la mise en accusation des ministres. Le , il donne sa fille Albine en mariage à Napoléon Joseph Ney (1803–1857), prince de la Moskowa, fils du maréchal Ney. Cette alliance flatte le sentiment populaire tout en contribuant à lui concilier la bourgeoisie.

Il fut encore réélu le dans le des Basses-Pyrénées sur . après avoir combattu de toutes ses forces le ministère Polignac.

Un rôle décisif durant la révolution de 1830 vignette|gauche|27 28 et 29 juillet 1830. M.r Jacques Laffitte, Ancien Président du Conseil - (estampe).