Le navajo ( ; autonyme : Diné bizaad ), anciennement écrit navaho, aussi parfois appelé diné ou langue diné, est une langue amérindienne qui fait partie, comme les diverses langues apaches, du groupe sud de la famille athapascane, qui appartient elle-même à la famille des langues na-dené. Alors que la plupart des langues na-dené sont parlées bien plus au nord (Alaska, Yukon, Territoires du Nord-Ouest et provinces canadiennes), le navajo est parlé dans le sud-ouest des États-Unis et au Mexique, par le peuple navajo, qui se désigne lui-même par le terme de Diné (le peuple).

Le navajo compte plus de locuteurs que n'importe quelle autre langue amérindienne au nord de la frontière entre les États-Unis et le Mexique. Selon l pour la période 2012-2016, âgées de plus de déclarent parler navajo, dont soit 50,8 % en Arizona, soit 38,4 % au Nouveau-Mexique et soit 4,5 % dans l'Utah..

Pendant la Seconde Guerre mondiale et notamment durant la Guerre du Pacifique, des Navajos servant dans les unités de transmissions américaines avaient mis sur pied un code basé sur leur langue, afin d'assurer la confidentialité des messages radioLe film Windtalkers : Les Messagers du vent, réalisé par John Woo et sorti en 2002, traite de ce sujet, ainsi que la série X-Files. Voir les épisodes Anasazi, Le Chemin de la bénédiction et Opération presse-papiers de la série (épisodes 49 à 51).Simon Singh, Histoire des codes secrets, Jean-Claude Lattès, (1999) , chapitre 5 ; ils sont connus sous le nom de .

Usage actuel

Le navajo est encore largement parlé par les Navajos de tous âges, avec plus de la moitié de la population Navajo parlant le navajo chez eux. Les Navajos sont une des rares tribus amérindiennes parlant leur langue propre dans la vie de tous les jours. La langue est cependant en déclin, en particulier dans les zones urbaines hors réserve indienne : le passage à l'anglais s'accroît chez les jeunes générations. Même au sein du territoire navajo, les recensements indiquent qu'entre 1980 et 1990, la proportion de navajos entre monolingues en anglais est passée de 12 à 28 %, puis à 43 % en 2000. Bien qu'il soit la plus vigoureuse des langues amérindiennes aux États-Unis, le navajo n'en est donc pas moins une langue en danger face à la pression de l'anglais..

Le film Star Wars, épisode IV : Un nouvel espoir, premier épisode de la trilogie originale de la saga , est le premier film à avoir été doublé en navajo et le premier film entièrement doublé en langue amérindienne...

Écriture Il y a eu plusieurs orthographes proposées pour l’écriture du navajo, notamment les orthographes des franciscains et des linguistes, utilisant un nombre de lettres grecques ou de lettres empruntées aux alphabets latins de langues slaves, ou encore les orthographes des missionnaires protestants. L’orthographe navajo actuelle, de Young et Morgan, a été développée par dans les années 1930 et utilisée dans plusieurs ouvrages comme un dictionnaire, une grammaire ou des livres de lectures produits notamment par Robert W. Young et William Morgan. Elle a été adoptée par des linguistes et le Bureau des affaires indiennes lors de la première conférence sur l’orthographe navajo à Albuquerque en et par le conseil de la Nation navajo lors de la seconde conférence de à Window Rock.

Phonétique Voyelles

Il y a quatre voyelles fondamentales en navajo : , , et . Elles varient selon trois paramètres simultanément : longueur : brève / longue nasalité : orale / nasale ton : haut / bas / montant / descendant .

La combinaison de ces trois variables aboutit à des voyelles telles que (a long, nasalisé, ton haut).

Consonnes

Voici la liste des phonèmes consonantiques du navajo en orthographe standard, accompagnées de leur prononciation notée entre crochets dans l'API :

Bilabiales Alvéolaires Postalvéolaires Dorsales Glottales Centrales Latérales Palatales Vélaires Labiovélaires Occlusives simples b d g ʼ aspirées t k kw éjectives tʼ kʼ Affriquées simples dz dl j aspirées ts tł ch éjectives tsʼ tłʼ chʼ Fricatives sourdes s ł sh h hw h sonores z l zh gh ghw Nasales m n Semi-voyelle y w

Contrairement à son pendant sourd ł, la sonore l est phonétiquement une consonne spirante (comme en anglais et en français). Comme beaucoup de langues amérindiennes du Sud-Ouest des États-Unis, le navajo est assez pauvre en consonnes labiales.

En orthographe navajo, la lettre h représente deux sons différents : on le prononce [x] à l'initiale d'un radical et [h] à l'initiale d'un préfixe ou à la fin d'un radical et/ou d'un mot. Cependant, quand [x] est précédé de s on l'écrit toujours x et jamais h afin d'éviter la confusion avec sh (ex.násxéés « Je tourne autour » et jamais *náshéés).

Morphophonologie

La réalisation phonétique des consonnes dorsales g, k, kʼ, h, gh dépend de l'environnement vocalique : elle est palatale devant les voyelles antérieures i et e et vélaire devant les voyelles postérieures a, labiovélaire devant la voyelle arrondie o.

Réalisation de la consonne Palatale Vélaire Labiovélaire g [] [] [] k [] [] [] kʼ [] [] [] h [] [] [] gh [] [] []

Pour gh, palatalisation et labialisation sont toutes deux représentées dans l'orthographe : y pour la variante palatale et w pour la variante labiale. L'orthographe n'indique pas les variantes pour les autres consonnes.

Les fricatives sonores z, l, zh, gh commutent à l'initiale des radicaux avec leurs pendants sourds s, ł, sh, h, respectivement. La variante sourde apparaît précédée de consonnes sourdes comme s, sh, h, et ł, tandis que les sonores apparaissent entre voyelles ou entre une sonore et une voyelle, ce qui produit des alternances morphologiques telles que sh + l → shł, h + l → hł, sh + zh → shsh, h + zh → hsh. De ce fait, le navajo n'a en général pas d'opposition entre sourde et sonore à l'initiale des radicaux, la sonorité des fricatives y dépend de l'élément qui précède. Exemples avec le radical verbal -lááh « rassembler, choisir » et le radical nominal hosh « épine, cactus » :

sourde ł náháshłááh « Je les rassemble » (imperfectif) sonore l náhálááʼ « Je les ai rassemblés » (perfectif) sourde h hosh « cactus » sonore w biwosh « son cactus »

Dans certains radicaux nominaux cependant, l'élément initial du radical n'est pas sonorisé entre voyelles ashįįh « sel ». Dans quelques radicaux verbaux et nominaux, l'élément initial sourd du radical s commute avec l'élément sonore y, comme dans sin « chant » ~ biyiin « son chant » - au lieu de la sonore z comme dans séí « sable » et bizéí « son sable ». L'alternance s ~ y provient du proto-athapascan *x̯ ou *y, tandis que l'alternance s ~ z provient du proto-athapascan *z.

Il existe en navajo une harmonie consonantique concernant les sifflantes (fricatives alvéolaires) et les chuintantes (fricatives post-alvéolaires). Les sifflantes s'assimilent aux chuintantes dans les radicaux, et les chuintantes des préfixes s'assimilent aux sifflantes du radical. Par exemple, le préfixe si- (statique perfectif) est réalisé si- ou shi- selon que le radical contient ou non une chuintante : shibeezh « c'est bouilli (perfectif) » (avec sh car le zh radical est une chuintante) ~ sido « c'est brûlant (perfectif) » (avec s en l'absence de chuintante).

Structure syllabique

Les radicaux (nominaux, verbaux...) ont la structure syllabique suivante : CV(V)(C), où VV représente une voyelle longue. Cela veut dire que toute syllabe doit avoir au moins une consonne suivie d'une voyelle brève ou longue (noyau de la syllabe), et éventuellement fermée par une consonne.

La plupart des préfixes ont la structure syllabique CV-, comme chʼí- « à l'extérieur + horizontal », exception faite de certains préfixes verbaux tels les classificateurs, qui apparaissent immédiatement avant le radical verbal (-ł-, -l-, -d-) et consistent en une consonne unique -C-. Quelques autres préfixes verbaux, situés à l'initiale absolue du verbe comme naa- « autour, aux environs », ont un noyau vocalique long CVV-. Quelques préfixes, enfin, se présentent sous des formes plus complexes par exemple hashtʼe- « prêt, préparé » (CVCCV-).

Certaines analyses, comme celle de Harry Hoijer, considèrent que les préfixes verbaux conjoints ont la structure CV-. Selon d'autres analyses générativistes (ex. McDonough 2003), ces mêmes préfixes ont seulement la structure C-. Dans certains contextes, une voyelle épenthétique (par défaut la voyelle i) est insérée après le préfixe consonantique.

Tous les verbes sont des disyllabes. Certains verbes peuvent n'avoir qu'un préfixe non-syllabique sous sa forme originelle, un préfixe initial manquant, ou aucun préfixe, devant le radical. Comme il est obligatoire qu'un verbe ait deux syllabes, on doit ajouter un préfixe dépourvu de signification afin que cette exigence soit satisfaite. Ce préfixe postiche est connu sous le nom délément béquille en terminologie athapascane (Edward Sapir utilise le terme pepet vowel). Par exemple, le verbe qui signifie « il(s) /elle(s) pleure(nt) » a la structure morphologique suivante : Ø-Ø-cha où le préfixe modal imperfectif et le préfixe de troisième personne sujet sont tous deux des marques zéros, suivies du radical verbal -cha. Pour que cette forme verbale soit complète, l'élément béquille yi- doit être préfixé au radical, la forme résultante est yicha. Autres exemples : le verbe yishcha « je pleure », morphologiquement Ø-sh-cha (Ø- mode imperfectif marque zéro, -sh- première personne du singulier sujet, -cha radical) ou encore wohcha « vous pleurez » qui est en fait Ø-oh-cha (Ø- mode imperfectif marque zéro, -oh- deuxième personne duel-pluriel sujet, -cha radical). La consonne de l'élément béquille est y devant i, w devant o, et gh devant a.

Grammaire

Typologiquement, le navajo est une langue qui marque les relations grammaticales sur le noyau du syntagme. Bien qu'il soit fondamentalement agglutinant et de tendance polysynthétique, beaucoup de ses combinaisons d'affixes provoquent des contractions (selon diverses lois phonétiques), à l'instar des langues flexionnelles. L'ordre des mots canonique en navajo est Sujet-Objet-Verbe (SOV). Le procédé morphologique principal est la préfixation, ce qui est inhabituel pour une langue SOV (dans lesquelles les suffixes dominent le plus souvent).

La phrase navajo est avant tout centrée sur le verbe, les verbes sont largement majoritaires et les noms assez peu nombreux. En plus des verbes et des noms, le navajo possède d'autres éléments tels que des pronoms, des clitiques aux fonctions diverses, des démonstratifs, des numéraux, des postpositions, des adverbes, et des conjonctions, entre autres. Harry Hoijer regroupe toutes ces catégories en une classe de mots qu'il appelle particules ; selon ses vues, le navajo aurait des noms, des verbes et des particules. Il n'y a pas de classe lexicale qui corresponde aux adjectifs du français, ce sont en navajo des formes dérivées du verbe.

Système nominal Formation des noms Beaucoup de concepts exprimés par des noms dans d'autres langues apparaissent sous forme de verbes en navajo. La majorité des vrais noms ne marquent pas le nombre, et sont également dépourvu de marque de cas. Les syntagmes nominaux ne sont pas nécessaires pour former des phrases grammaticalement correctes, étant donné la densité d'informations contenue dans le verbe.

Il y a deux principaux types de noms en navajo : les noms simples et les noms dérivés de verbes ou déverbaux. Les noms simples se distinguent par leur faculté à prendre un préfixe possessif comme dans « couteau », « son couteau (à elle) » et « paquet », « mon paquet ».

Les déverbaux sont des verbes (ou des syntagmes verbaux) transformés en noms soit par un enclitique nominalisant, soit par simple conversion sans marque morphologique. Exemples :