Le musée de la Résistance et de la Déportation de l'Isère est un musée départemental de l'Isère situé à Grenoble en France.
Initié il y a plus de cinquante ans par des résistants, des déportés et des enseignants, conçu dans un esprit pédagogique et de transmission, c'est un musée d'histoire et de société. Il s'appuie sur les réalités et les événements locaux pour retranscrire l'histoire de la Seconde Guerre mondiale. La muséographie résolument moderne sollicite l'émotion comme la réflexion, et restitue dans leur chronologie, les causes et les conséquences du conflit, afin de comprendre comment et à partir de quels choix individuels est née la Résistance. Il souligne l'ampleur des souffrances et des sacrifices de ceux qui se sont engagés pour permettre le retour de la République et de ses valeurs. Au-delà, le musée interroge le visiteur sur les enseignements que notre société peut tirer de l'histoire.
Historique Robert Avezou, directeur des Archives départementales de l'Isère, réalise en 1963 une exposition sur la Résistance dauphinoise. Il rassemble alors les documents, objets, photographies, imprimés et pièces manuscrites, collectés à l'initiative d'un enseignant, Henri Guillard et d'un inspecteur d'Académie, Pierre Dubois. Leur intérêt historique est immédiatement reconnu et s'impose à tous la nécessité d'ouvrir l'un des premiers musées en France consacré à la Résistance intérieure française durant la Seconde Guerre mondiale, afin d'inscrire ces témoignages dans la duréeIsère actualités de juin 1994, page 14..
Au début de l'année 1964, un comité du Musée de la Résistance dauphinoise est créé sous la présidence de Pierre Dubois. Après son décès accidentel, le docteur Charles Katz devient le président et dépose ses statuts à la préfecture le . En octobre de la même année, Robert Avezou en prend la présidence, qu'il assurera pendant 17 ans. Ce comité compte parmi ses membres Pierre Dubois, Charles Katz, Robert Avezou, Henri Guillard, Gustave Estadès, Roger Rahon et Jean Grey (ces trois derniers étant membres du comité directeur de la Fédération nationale des déportés et internés résistants et patriotes) et a le soutien de l'ancien maire Albert Michallon, lui-même ancien résistant.
Installé au , rue Jean-Jacques-Rousseau à Grenoble, lieu exigu mais célèbre pour avoir été la maison natale de Stendhal, le musée est nommé Musée de la résistance dauphinoise. Il est inauguré le sous la municipalité d'Hubert Dubedout, dans le cadre de la journée nationale de la DéportationSelon le livre Grenoble, Charles de Gaulle, Isère, page 83.. En 1970, le musée reçoit la visite de Pierre Mendès France venant remettre des documents personnels et prend la même année le nom de Musée de la Résistance et de la Déportation.
Dans les années quatre-vingt, les limites du fonctionnement du musée en termes d'accès mais aussi d'espace () et une fréquentation qui plafonne à visites annuelles, incitent l'association des amis du musée à demander le transfert des collections dans un lieu plus adapté.
Le , sous l'impulsion d'Alain Carignon, le musée devient départemental. Un statut à la hauteur d'une des trois villes parmi les cinq communes de France ayant reçu l'ordre de la Libération. En parallèle, démarre à travers la ville une recherche active de locaux plus vastes.
Le , le musée ouvre au 14, rue HébertSelon les Affiches de Grenoble et du Dauphiné du 24 juin 1994. dans le cadre de la commémoration du cinquantième anniversaire de la libération de Grenoble, et est rebaptisé Musée de la Résistance et de la Déportation de l'Isère. Le bâtiment construit en 1863 a accueilli successivement l'École de sculpture architecturale de Grenoble et les appartements de son directeur, le sculpteur grenoblois Aimé Charles Irvoy, puis l'Institut de zoologie et de pisciculture de la faculté des sciences de Grenoble et enfin des services municipaux à partir de 1965 (mandat du maire Hubert DUBEDOUT). Le bâtiment a subi de profondes transformations pour répondre à sa nouvelle vocation. Quatre niveaux ont été créés offrant une superficie totale de m², dont les trois premiers niveaux sont consacrés aux expositions sur et le dernier niveau réservé à l'administration du musée.
Collections Le musée a obtenu le label « musée de France » et détient une collection de plus de 8 000 pièces. Elle est précieuse par son ancienneté mais aussi par sa diversité et la qualité des documents conservés : plus de 80 affiches, des dessins originaux, de nombreuses photographies, des imprimés (tracts, rapports, brochures, etc.) ou encore des titres de la presse régionale. Elle est également composée de divers objets tels que des pièces liées à la vie quotidienne, des armes, des faux tampons de l’administration ou encore des souvenirs de déportés. Des témoignages audio et audiovisuels ont été recueillis par l’association des Amis du musée et par le musée lui-même depuis plusieurs décennies.
Cinq thèmes sont abordés : l'entrée en Résistance, les maquis, la situation des Juifs à Grenoble et en Isère entre 1939 et 1945, Résistance, répressions et déportations et la Libération. Les thèmes sont développés de manière chronologique, le parcours de la visite se décline sur les trois niveaux du musée.
Premier niveau vignette|180px|Objets de la vie quotidienne Outre une salle qui accueille deux expositions temporaires par anListe des expositions depuis 1994 sur le site du musée., le premier niveau donne accès au début des espaces de longue durée. Le parcours dépeint l'Isère dans les années précédent la guerre, alors que des régimes totalitaires s'installent en Europe. La ville connait un développement sans précédent comme l'atteste l'exposition internationale de la Houille Blanche qui se tient à Grenoble en 1925. La main d'œuvre afflue dans le département de la Savoie, du haut Dauphiné, mais aussi de Grèce, d'Arménie ou d'Italie. Rendue nécessaire par la crise du logement, l'extension de la ville devient indispensable. Dès 1921, Paul Mistral, maire de Grenoble, demande à l'architecte parisien Léon Jaussely de concevoir un nouveau plan d'urbanisme. Ce projet sera interrompu par l'entrée en guerre.
gauche|150px|vignette|La rue des frondeurs Le parcours se poursuit en expliquant les causes du conflit : le fascisme, le nazisme et leurs idéologies et politiques expansionnistes. Les grands événements nationaux ponctuent le parcours : la mobilisation, la défaite, l'Armistice du 22 juin 1940, l'appel du 18 juin, le gouvernement de Vichy, les restrictions et la pénurie qui frappent la vie quotidienne. Les spécificités locales sont également présentées : le film de la venue du maréchal Pétain à Grenoble le , les émissions de la BBC sur le poste du grand café de Bernin, la répression Vichyssoise incarnée par le camp d'internement de Fort Barraux, la destruction du temple maçonnique de Grenoble, l'antisémitisme, les positions des Églises, ou encore l'École d'Uriage. Un film de 15 minutes présente les événements qui se succèdent en Europe, en France, en Isère, à Grenoble de 1933 à 1944.
Deuxième niveau alt=|vignette|Réunion chez Marie Reynoard Six milieux dans lesquels va naître la Résistance sont présentés par le biais d'évocations et de restitutions de lieux et d'ambiances. La première évocation est celle d'une ruelle de Grenoble où l'on entend des voix jeunes scander « À bas Pétain ! Vive de Gaulle ! », puis des bruits de poursuite et d'arrestation. Affiches et graffitis témoignent aussi des troubles de l'époque dans les mouvements étudiants et lycéens où la distribution manifester et graffiter sont des moyens d'exprimer sa révolte. Un appartement grenoblois est ensuite restitué : des chaises rassemblées autour d'un poêle et des conversations évoquent l'appartement de Marie Reynoard, où naît le mouvement Combat en . L'espace suivant présente le bureau du doyen de la faculté des sciences de Grenoble, René Gosse, qui vient d'être révoqué pour avoir exprimé publiquement son opposition au maréchal Pétain. D'autres individualités vont commencer à agir, comme le jeune vicaire de la cathédrale Notre-Dame de Grenoble connu plus tard sous le nom d'abbé Pierre, le physicien Jean BistésiJean Bistési, ingénieur chimiste à l'Institut d'électrochimie de Grenoble, participe dès 1940 au camouflage de tous les alliages et produits utiles à la lutte armée. Il entre en contact avec Marie Reynoard et lui succèdera comme chef départemental de Combat. Une rue de Grenoble porte son nom. ou Marguerite GonnetMarguerite Gonnet, épouse du président du syndicat d'initiative de Grenoble et mère de neuf enfants se lance dès 1941 dans l'action. Elle crée la section iséroise de "Libération sud" et en diffuse le journal dans le milieu catholique. Dénoncée au printemps 1942, arrêtée puis condamnée avec sursis, elle reprend son action de plus belle, en dépit de la perte de l'enfant qu'elle portait. Une rue de Grenoble dans le quartier Europole porte son nom depuis 2005..
La devanture du bar de la Rotonde près de la gare laisse échapper des bruits de table que l'on range et des conversations chuchotées. C'est dans ce café que se retrouvent des socialistes, membres de la SFIO, Eugène Chavant, Léon Martin, Aimé Pupin. Ils adhéreront au mouvement Franc-Tireur et créeront le premier maquis de France en dans la ferme d'Ambel située dans le massif du Vercors. D'autres décors ponctuent le parcours : un bureau massif rempli de munitions explicitant l'organisation de la cache des armes par les officiers tels les commandants Henri Delaye ou Albert de Reyniès, qui se retrouveront au sein de l'Armée secrète. Le bruit cadencé d'une machine ronéo installée dans une cave ponctue cette partie. Elle illustre les groupes communistes participant à la création du Front National en en diffusant des tracts et journaux clandestins. alt=|gauche|vignette|Plan relief de l'Isère Le musée présente ensuite le principe de la Relève et du Service du travail obligatoire par le biais d'affiches de propagande. Il évoque les nombreux réfractaires et le rôle qu'ils joueront en gagnant les maquis en nombre. Les militaires italiens, les bersaglieri, occupent Grenoble à partir de . Les autorités d’occupation italiennes ont protégé de nombreux juifs, encourageant même un nouveau flux migratoire en 1942 venu de la zone d’occupation allemande, beaucoup plus dangereuse.
Le nombre de juifs réfugiés dans la région grenobloise est très élevé, ce qui lui vaut d'être appelée « La petite Palestine ». Un espace permet au visiteur de comprendre ce qu'est « d'être Juif en Isère », les persécutions de la police de Vichy et la création en à Grenoble du Centre de documentation juive contemporaineSite du CRIF..
Un vaste plan relief de dix mètres carrés représente l'Isère. La plupart des actions de la Résistance sont indiquées par des diodes lumineuses activée par le visiteur : maquis, sabotages, affrontements, parachutages. Les différents maquis et les visages des maquisards isérois sont présentés sur la périphérie de la salle, ainsi que leurs moyens de communication avec Londres (poste émetteur) et le conteneur qui approvisionne en armes.
Troisième niveau alt=|vignette|Portes des cellules de la Gestapo Dans la nuit du 8 au , l'armée allemande s'installe à Grenoble sous le commandement du général Karl Pflaum, marquant un tournant dans la guerre en Isère. Cette partie évoque la Résistance, la répression et la collaboration en France. La répression sur la population atteint alors des sommets à la fin de l'année 1943 lors de la manifestation du devant le monument des diables bleus aux abords du parc Paul-Mistral, puis avec la Saint-Barthélemy grenobloise. Les résistants mènent quant à eux des actions d'envergure : ils font notamment exploser le polygone d'artillerie et la caserne de Bonne où les stocks d'armes allemands sont entreposés. Deux portes de cellule provenant de l'immeuble de la Gestapo du 28 cours Berriat sont présentées. Des inscriptions de noms et de recommandations des personnes arrêtées et torturées les recouvrent.