thumb|upright=1.3|Carte de la route probable de l'HMS Erebus et de l'HMS Terror pendant l'expédition Franklin. Pour se rendre compte des distances, la distance entre la baie de Disko (5) et l'embouchure du fleuve Mackenzie (6) est de . thumb|upright|Dessins de reliques de l'expédition de Franklin, Illustrated London News, 1854.
L’expédition Franklin est une expédition maritime et polaire britannique qui avait pour but de réussir la première traversée du passage du Nord-Ouest et l'exploration de l'Arctique. Commandée par le capitaine John Franklin, elle quitte l'Angleterre en 1845 sur les bombardes et , traverse l'Atlantique, remonte la baie de Baffin (entre le Groenland et l'île de Baffin), et s'engage dans le détroit de Lancaster, avant de disparaître.
Franklin est un officier de la Royal Navy, et un explorateur polaire reconnu, ayant participé à trois expéditions en Arctique dont l'expédition Coppermine. À 59 ans, cette expédition doit être sa dernière.
Sur ordre de l'amirauté, l'expédition s'engage dans un des passages les plus difficiles de l'Arctique : le détroit de Victoria et en septembre 1846 les deux navires sont piégés par la glace au nord-ouest de l'île du Roi-Guillaume où les équipages doivent hiverner pendant plus d'un an. En avril 1848 Franklin et 24 de ses hommes ont trouvé la mort et le reste de l'équipage abandonne les navires pour essayer de descendre vers le sud vers la rivière Back, sous le commandement de Francis Crozier. La dernière trace de l'expédition est une note déposée par Crozier sous un cairn dans l'île du Roi-Guillaume. Les 128 hommes d'équipage mourront.
Trois ans après leur départ, et sans nouvelles d'eux, pressée notamment par Jane Griffin, l'épouse de Franklin, l'Amirauté britannique lance une campagne de recherche de l'expédition disparue. Motivées en partie par la renommée de Franklin, en partie par une récompense de l'Amirauté, de nombreuses expéditions ultérieures voudront se joindre aux recherches. Plusieurs de ces navires convergent au large de la côte est de l'île Beechey, où les premiers vestiges de l'expédition seront retrouvés, dont les tombes de trois membres de l'équipage morts dès le premier hivernage. Les explorateurs John Rae, puis Francis Leopold McClintock, l'un en acquérant des objets et des témoignages en provenance des Inuits, l'autre en découvrant dans un cairn une note sur le sort de l'expédition, fournissent un faible faisceau d'indices sur les moments précédant la perte de l'expédition.
Dans les années 1980, une équipe de scientifiques dirigée par Owen Beattie, professeur d'anthropologie à l'université de l'Alberta, commence une série d'études scientifiques sur le contenu des tombes, restes humains organiques, et d'autres preuves matérielles laissées par les membres de l'équipage de Franklin sur l'île Beechey et l'île du Roi-Guillaume. Avec les progrès de la science, on peut estimer que les membres de l'équipage dont les tombes ont été retrouvées sur l'île Beechey sont probablement morts de pneumonie et de la tuberculose, cela ayant pu être aggravé par une intoxication par le plomb des boîtes de conserve. D'autres restes humains seront retrouvés bien plus au sud, les équipages ayant fini par quitter leurs navires après la fin du troisième hivernage, pour tenter de rejoindre une zone habitée, mais hélas très lointaine. Des marques sur les os retrouvés portent des traces de cannibalisme. Finalement, la combinaison de ces études permet de croire que le froid, la famine, l'empoisonnement par le plomb et les maladies, notamment le scorbut, ont d'abord décimé l'expédition, qui ne pouvait pas survivre à une très longue et éprouvante expédition terrestre dans un milieu difficile et sans ressources.
En 2012, une campagne de recherche canadienne a d'abord permis de localiser le HMS Terror, grâce aux informations transmises par la tradition orale inuit.. L'épave du HMS Erebus a été retrouvée plus au nord en 2014.. Le HMS Terror a été très peu endommagé et les écoutilles et vitres n'ont pas cédé à la pression de l'eau, c'est pourquoi les archéologues ont bon espoir de retrouver des objets et documents, tels que des carnets de bord afin de mieux comprendre le destin tragique de l'expédition Franklin. Ils espèrent notamment comprendre pourquoi les navires ont été retrouvés au sud de l'île du Roi-Guillaume.
Contexte
thumb|upright|left|John Barrow encourage les voyages en Arctique durant son mandat de Second Secrétaire de l'Amirauté.
La recherche par les Européens d'un raccourci vers l'Asie en ne passant plus par l'Est commence avec les voyages de Christophe Colomb en 1492 et continue à travers le milieu du avec une longue série d'expéditions principalement originaires du Royaume-Uni. Ces voyages ajoutent des connaissances géographiques précieuses sur l'hémisphère ouest, en particulier sur l'Amérique du Nord. Au fur et à mesure que les connaissances progressent, l'attention se tourne peu à peu vers l'archipel arctique canadien.
Avec la fin des guerres napoléoniennes, l'Amirauté britannique voit l'exploration polaire comme un moyen de donner des commandements à ses officiers et eux, voient l'exploration comme un moyen de se distinguer en temps de paix. Des voyageurs des comme Martin Frobisher, John Davis, Henry Hudson et William Baffin ont fait des découvertes géographiques notables sur l'Amérique du Nord. En 1670, la création de la Compagnie de la Baie d'Hudson a conduit à poursuivre l'exploration des côtes du Canada et de l'intérieur et des mers arctiques. Au , les explorateurs comme James Knight, Christopher Middleton, Samuel Hearne, James Cook, Alexander Mackenzie et George Vancouver participent aux explorations. En 1800, on a la certitude qu'il n'y a aucun passage du Nord-Ouest navigable dans les latitudes tempérées entre l'océan Pacifique et l'océan Atlantique..
En 1804, Sir John Barrow devient Second Secrétaire de l'Amirauté. Il occupe ce poste jusqu'en 1845. Il suscite, à la Royal Navy, une volonté de trouver et de compléter le passage du Nord-Ouest au nord du Canada et de naviguer vers le pôle Nord. Au cours des quatre décennies suivantes, les explorateurs dont John Ross, David Buchan, William Edward Parry, Frederick William Beechey, James Clark Ross, George Back, Peter Warren Dease et Thomas Simpson voyagent dans l'Arctique canadien. Parmi ces explorateurs, John Franklin ; il est d'abord lieutenant de navire dans une expédition partie à la recherche d'une hypothétique mer polaire ouverte au Pôle Nord en 1818 ; puis il commande en second l'expédition Coppermine et dirige ses expéditions à terre entre 1819 et 1822.. En 1845, l'ensemble des découvertes de toutes ces expéditions a réduit la surface des parties inconnues de l'Arctique canadien à environ .. C'est dans cette zone que Franklin, avec deux navires, se dirige vers l'ouest par le détroit de Lancaster, puis vers l'ouest et le sud, en fonction des glaces, des terres et des autres obstacles, afin de compléter le passage du Nord-Ouest. La distance à franchir est approximativement de Cyriax (1939), ..
Préparations Commandement
thumb|upright|John Franklin est le choix par défaut de Barrow pour l'expédition.
John Barrow, âgé de 82 ans et proche de la fin de sa carrière, réfléchit sur le choix du commandant de l'expédition qui devait traverser le passage du Nord-Ouest et peut-être aussi trouver la mer polaire ouverte supposée exister autour du pôle Nord. William Edward Parry, son premier choix, est « fatigué » de l'Arctique et refuse poliment. Le deuxième choix, James Clark Ross, décline la proposition, car il avait promis à son épouse qu'il ne partirait plus en expédition. Le troisième choix de Barrow, James Fitzjames, est rejeté par l'Amirauté, en raison de sa jeunesse. Barrow s'intéresse donc à George Back mais estime qu'il est trop forte-tête. Francis Crozier, une autre possibilité, est d'humble naissance et originaire d'Irlande, ce qui joue contre lui. Sur l'insistance de William Edward Parry mais avec regret, Barrow se décide pour John Franklin, malgré le fait qu'il soit largement considéré comme trop vieux pour le commandement avec ses 59 ans. Franklin est un officier reconnu, ayant participé à de nombreuses batailles dont celle de Trafalgar.
L'expédition est composée de deux navires, le et le , qui avaient servi en Antarctique avec James Clark Ross lors de l'expédition qui porta leurs noms de 1841 à 1844. Fitzjames reçoit le commandement de l’Erebus et Francis Crozier, qui avait commandé le Terror lors de l'expédition de Ross, est nommé officier exécutif et de nouveau commandant du Terror. Franklin reçoit son commandement de l'expédition le et ses instructions officielles le ..
Navires, équipage et provisions
thumb|left|Le et le sont les navires de James Clark Ross lors de l'expédition scientifique de 1839 à 1843 en Antarctique.
Le de et le de , qui avaient déjà montré leur capacité à naviguer dans le pack, sont renforcés et équipés des dernières inventions disponibles. Le moteur à vapeur de l’Erebus vient de la ligne de chemin de fer entre Londres et Greenwich, et celui du Terror vient probablement de la ligne entre Londres et Birmingham. Ils permettent aux navires d'atteindre ( par heure) sans l'aide du vent. Les autres techniques de pointe mises à disposition incluent des renforts pour la coque, sous forme de lourdes poutres et de plaques de fer, d'un dispositif interne de chauffage à vapeur pour le confort de l'équipage, de gouvernes de direction à hélices métalliques qui peuvent être protégées des dommages de la glace, d'une bibliothèque de plus de livres par navire, et d'environ trois ans de conserves alimentaires. Ces dernières sont fournies par un marchand qui avait largement cassé ses prix, Stephen Goldner, n'ayant obtenu le contrat que le , soit seulement sept semaines avant le départ de expéditionBeattie (1987), , 158. Goldner travailla donc dans la précipitation, pour produire les boîtes de conserve, dont il sera plus tard vérifié qu'ayant été soudées au plomb, elles présentaient « des soudures épaisses et mal faites, qui avaient coulé vers l'intérieur, comme de la cire fondue »Beattie (1987), .
La plupart des membres de l'équipage sont Anglais, dont de nombreux du nord du pays, avec un petit nombre d'Irlandais et d'Écossais. En dehors de Franklin et de Crozier, les seuls autres membres qui ont une expérience de l'Arctique sont les deux glaciologues Reid et Blanky, alors que des personnels expérimentés auraient été disponibles auprès de l'Amirauté.
En 2017, des analyses ADN ont indiqué qu'au moins quatre femmes se seraient trouvées dans l'équipage des quelque , bien que l'expédition était jusqu'alors réputée comme uniquement masculine. Si les résultats peuvent être simplement des identifications erronées en raison de l'âge des restes ADN, les chercheurs ont cependant fait observer que des femmes se déguisaient parfois pour entrer dans la Royal Navy.
En 2021 puis 2024, les restes de deux premiers marins ont été identifiés à l'aide d'échantillons ADN provenant de leurs descendants : John Gregory et James Fitzjames, respectivement ingénieur et capitaine à bord du HMS Erebus. La mandibule du second présentait des traces de cannibalisme.
Disparition upright|thumb|Portrait de Jane Griffin, plus tard appelée Lady Jane Franklin, à 24 ans en 1815.
L'expédition part de Greenhithe en Angleterre, dans la matinée du , avec un équipage de 110 hommes et 24 officiers. Les navires s'arrêtent brièvement dans le port de Stromness aux Orcades dans le nord de l'Écosse, et de là, ils naviguent vers le Groenland avec le HMS Rattler et le tender Barretto Junior..