thumb|Blason de Colomiers L'histoire de la ville de Colomiers (Haute-Garonne) est celle d'un village devenu ville en proche banlieue toulousaine.
Préhistoire
Des outils taillés avec des quartzites pyrénéens ont été retrouvés sur le site acheuléen d’En Jacca situé à l'ouest de la commune. Datant du paléolithique inférieur, ils constituent un des plus anciens témoignages de la présence humaine dans la vallée de la Garonne. Au néolithique, le territoire de la commune de Colomiers abritait déjà un peuplement sédentaire actif. Les vestiges de cette époque sont, en partie, conservés au Muséum de Toulouse.
Antiquité Le territoire de Colomiers était situé sur la voie romaine allant vers Auch. Plusieurs villae gallo-romaines ont été mises au jour. Celle de Gramont a été fouillée (villa avec hypocauste). Elle produisait du vin et des céréales.
Moyen Âge Le terroir et sa justice dépendent d'abord du comte de Toulouse. En 1098, pendant le départ de Raymond IV aux Croisades, le comte de Bordeaux Guillaume IX prend Toulouse et, pour avoir le soutien de l'abbaye de Saint-Sernin, il donne la moitié de la justice de Colomiers à l'abbaye. Le terroir est ainsi mentionné pour la première fois. Son nom fait sans doute référence à la présence de pigeonniers. Après des conflits entre l'abbaye et une famille locale qui avait usurpé le terroir, l'abbaye vend sa moitié de seigneurie à Durand un bourgeois toulousain en 1200. Ses héritiers ont donc Colomiers en coseigneurie avec le comte de Toulouse, auquel succède (à partir de 1271) le Roi de France.
La voie de Saint Jacques (celle des pèlerins du Camino francés) passe toujours par le terroir, escaladant le long d'un ruisseau (le Rival) l'une des terrasses de la Garonne. Un hospice Saint-Jacques semble avoir reçu les pèlerins. Progressivement, un village se structure sur deux collines de part et d'autre du Rival. L'une, au Sud, porte le cimetière et l'église et l'autre, au Nord, un fort (cité et décrit en 1192) dont la garde est partagée entre les coseigneurs qui tiennent les tours, et les habitants.
Ceux-ci reçoivent une charte de coutume en 1274, qui leur donne des représentants (quatre consuls nommés par les coseigneurs) et définit une forêt communautaire le « bois de Sauvegarde ». En 1313, la seigneurie est partagée entre le roi (successeur du comte de Toulouse) et une douzaine de coseigneurs (successeurs des Durand), le plus souvent des membres de la noblesse de robe capitulaire comme Raymond Garaud. Un juge et un notaire assurent l'administration. Vers 1499, le terroir récolte du blé (56 % en assolement biennal), et, sur les flancs des terrasses sont plantées en vignoble (10 %). L'espace proche de l'Aussonnelle ou du Bassac reste en bois (10 %) ou en landes et bruyère (25 %). Les coseigneurs (la famille Rabastens et la famille Raspaud principalement) lotissent vers 1489 les rues proches de l'église et quittent les tours du fort pour s'installer dans les métairies qu'ils fortifient pendant les guerres de religion (l'Armurier, Garroussal, Gramont, Falcou...). Ainsi, à la fin du Moyen Âge, les domaines titrés de Colomiers avec ses châteaux et ses colombiers acquièrent une vocation résidentielle et économique. Dans ces propriétés rurales proches de Toulouse, les colombiers symbolisent la richesse des divers capitouls de Toulouse qui recherchent le titre de coseigneur de Colomiers, première marche vers une aristocratie terrienne. La paroisse construit au un presbytère, un tinal pour les vins de la dîme et une église (dont le cœur conserve la clé de voûte).
Période moderne Entre 1500 et 1789, le village croît le long des rues qui se croisent sur la place publique (une auberge), sous le fort, auquel s'adosse la forge banale et la halle (actuellement place Firmin Pons). L'axe le plus fréquenté monte de Toulouse rue Rival, vers Pibrac et Auch par la rue du Prat (pré communal). L'autre longe du Nord au Sud le flanc de la terrasse par la rue Couderc (une place communale) et après la place du fort, va au sud jusqu'au presbytère et au cimetière par la rue de l'Église et la rue Gilet (croix de Saint-Gilles ?) se prolongeant après la fontaine des Chrestias vers les Tricheries (actuelle place de la Bascule).
Dès 1500, il y a au moins 100 maisons avec, en 1536, 164 feux (foyers). En 1640, il y a plus de 150 maisons dans le village et 60 en dehors, soit vers 1650, avant la révolution, avec . La division foncière organise le terroir autour des grands domaines des propriétaires ou coseigneurs (Goyrans, Alzon, de Rabastens, Raspaud du Perget... plus de 50 % du terroir est tenu par les Toulousains) qui s'opposent au microparcelaire villageois qui sont souvent vignerons. Le bois de Sauvegarde permet quelques revenus communaux.
Le village est donc dominé par les familles coseigneuriales (en procès pour les préséances ou les droits de forge) et par leurs notaires (Cellery, Sigal). Les consuls sont choisis parmi les familles commerçantes ou paysannes. La vie paroissiale s'organise autour de deux confréries (1528/1546). Après l'effondrement de la vieille église en 1519, un clocher-mur rebâti en 1557 s'effondre en 1571. Entre l'Isle-Jourdain (protestante), Pibrac (modéré) et Toulouse (ligueuse), les coseigneurs de Colomiers sont du parti catholique. Traversé par Catherine de Médicis en 1579, le terroir est ravagé par les protestants en 1591.
Après la victoire d'Henri IV, la réorganisation politique et religieuse provoque des conflits : à la recherche de fonds et de fidèles, le roi "engage" sa moitié de la seigneurie de Colomiers à un parlementaire toulousain fidèle (M. de Bousquet). Ce M de Bousquet veut avoir la préséance sur les autres coseigneurs d'où un long procès avec les Rabastens (1598/1618). Les travaux de reconstruction (oratoire en 1597, église vers 1610) créent des querelles entre l'abbaye, la paroisse et les consuls (1602, 1611). De plus, la communauté villageoise cherche à se dégager des obligations médiévales, et conteste à la fois les coseigneurs (1612/1614), l'engagiste et même le Roi sur les charges fiscales sur l'usage du bois de Sauvegarde (1619) ou sur les réparations au fort et au clocher .
Sous Louis XIII, s'effacent les structures médiévales : le fort encore réparé en 1614, est détruit en 1637. Le passage régulier des troupes royales (dont certains coseigneurs essaient de protéger le village), la peste, la lourdeur des impôts désorganisent le consulat et endettent la commune. Les conflits à propos de la dîme ou des biens nobles lors de la rédaction du nouveau Compoix (1637) entraînent la division du bois de Colomiers (1641) en deux parts, celle des consuls et celle des coseigneurs. La gestion des communaux est rationalisée (limitant les droits d'usage) et finit même par l'aliénation des communaux entre 1664 et 1684, ce qui permet de sortir des dettes. Le village se réorganise alors (boucherie communale sous une halle confiée à un dénommé Collongues, réfection des rues, des ponts, et semble-t-il de l'église au vu de la date des poutres récemment retrouvées...).
Le contrôle royal (du bois, des impôts...) affaiblit les pouvoirs locaux: la coseigneurie se fragmente, vendue par les familles endettées par les procès à de nouvelles familles bourgeoises toulousaines (Franc, Cominihian, Josse Sede, Lespinasse du Perget...) si bien qu'en 1725, il y a 21 coseigneurs (dont même des artisans columérins). Un de ces nouveaux coseigneurs (un mousquetaire M. De Vignes) achète la moitié royale de la seigneurie, dans des conditions contestables : il s'ensuit un procès à multiples rebondissements entre de Vignes et les autres coseigneurs de 1715 à 1740. Cette affaire marque les esprits par l'esprit procédurier et arrogant De Vignes, qui prétend ériger le terroir en marquisat, et finit par se ruiner en procès et par déconsidérer les autres coseigneurs.
La population, décimée par les hivers 1693 et 1708/1714, est sous-administrée par des consuls sans moyens (il n'y a plus de notaire ni de juge). Leur renouvellement est bloqué par le Roi de 1741 à 1754, ils n'ont pas de moyens propres, et demandent avec difficulté des réparations à l'église, aux fontaines, à la cure, au porche de la halle bouchère. L'endettement reprend sur un terroir raviné par l'érosion depuis son défrichement, et la crise frumentaire de 1752 replonge le village dans la misère.
Toutefois, une reprise est sensible vers 1755/1778 grâce à la croissance de la vigne (25 % des terres), l'arrivée d'équipes d'artisans ou de voituriers dynamiques au consulat (Dupoix) qui, plus cultivés, se distinguent de la classe pauvre des brassiers, incultes et à la merci de la misère malgré leur micro lopin.
La Révolution À partir de 1781, le coût des travaux dans le village (nouveau clocher, demande de pavé, d'une maison commune) opposent les coseigneurs toulousains à une équipe de consuls dynamiques (Collongues, par exemple) soutenue par les plus lettrés (Catenac, le notaire ou Bacqué) qui veulent moderniser un village désormais traversé par la route royale. Le poids du remboursement de ces travaux pèserait sur la taille que paient les propriétaires (peu de biens nobles en sont exemptés). Cela provoque des querelles de préséance ou de nomination entre les consuls et M. de Vignes fils, d'une part, et entre les villageois et le prêtre qui exige la réfection du presbytère : la tension pré-révolutionnaire est aggravée par la crise qui touche le village (épizootie en 1778, épidémies et surtout mauvaises récoltes en 1788/1789).
Un cahier de doléances, puis l'élection de Dupoix comme premier maire révolutionnaire montrent une commune d'abord unie et favorable à la révolution. Mais très vite, les anciens coseigneurs (De Vignes et un nouveau venu M de Lasplanes, le plus riche propriétaire) s'opposent à une équipe plus révolutionnaire (les deux maires suivants sont Collongues et Nourric artisans proches des jacobins) au sujet des biens d'église, du droit de chasse et surtout du serment du prêtre jureur (Saint Amans). Les contre-révolutionnaires s'appuient sur l'opposition (notamment des Columérines) à la politique religieuse et au partage des communaux et sur le détachements des modérés (Dupoix, Baqué, Catenac) qui ne trouvent pas leur compte dans l'emballement politique et qui se rapprochent des fédéralistes. De nombreuses déprédations (au bois de sauvegarde, à l'église) montrent les tensions que les réformes provoquent. Pendant la Terreur, les nobles sont incarcérés et la commune est suspectée d'être un "foyer d'aristocratie" par le représentant en mission qui la menace de déportation. Très habilement, les fédéralistes en profitent pour faire arrêter le conseil municipal, pourtant favorable aux montagnards, en les accusant d'avoir travaillé le dimanche (ce qui est interdit avec le calendrier révolutionnaire). Dès lors, les soucis du quotidien, des réquisitions de la peur de la guerre l'emportent sur les confusions politiques. Le monarchiste M. de Lasplanes, libéré à la fin de la Terreur, habile politique s'appuyant sur le bureau de bienfaisance parvient à être élu maire, en l'an V. Lors de l'émeute royaliste de l'an VII, Colomiers est prise par les royalistes (dont plusieurs columérains partisans de Lasplanes). Les républicains, enfermés dans l'église, ne sont libérés que par l'intervention du général républicain qui tire au canon sur le clocher.
Le , le village de banlieue (1814/1932) La remise en ordre napoléonienne permet le ralliement momentané à l'Empire de Lasplanes, un proche de Villèle. Ce notable légitimiste redevient maire. Mais lorsque la guerre s'approche par l'Espagne, pendant la bataille de Toulouse en 1814, Lasplanes se révèle officiellement légitimiste, et reçoit sans doute Wellington chez lui. Il reste donc maire après 1815, (jusqu'à son décès en 1821).