Le Terrier irlandais ou Irish Terrier est une race de chien terrier originaire d'Irlande.

À partir d'un type rustique et utilitaire, la race a été stabilisée puis sélectionnée sur des critères esthétiques. La paysannerie irlandaise, utilisatrice pragmatique de la race, a cédé le pas aux cynophiles anglais du début du , et l'Irish Terrier s'est progressivement détaché de ses origines. Symboliquement, l'abolition de la coupe d'oreilles, dont l'Irish Terrier fut le premier bénéficiaire, marque ce passage du chien d'utilité au chien d'agrément. Très tôt dans l'histoire de l'Irish Terrier, la race s'est scindée en deux blocs géographiques : le Royaume-Uni et l'Amérique du Nord. Suivant l'immigration irlandaise, la race, pour s'installer aux États-Unis et au Canada, a eu recours à des importations massives qui ont privé le berceau de la race de ses meilleurs sujets.

Après les années fastes du début du , la race et les associations qui l'encadrent ont traversé une longue période de désaffection.

L'Irish Terrier a pourtant des atouts qui peuvent séduire. C'est un excellent chien de compagnie, original, de format moyen, robuste et d'entretien relativement aisé. Cependant, sa susceptibilité vis-à-vis de ses congénères peut être un handicap en milieu urbain.

Aujourd'hui, la race reste scindée géographiquement. Les faibles effectifs européens, leur qualité moyenne, et l'isolement des sujets du Royaume-Uni pourraient être à l'origine d'une dérive du type physique de l'Irish Terrier. Le groupe nord-américain, plus étoffé, plus fidèle au standard et sélectionné dans une ambiance de compétition plus stimulante, semble plus à même de soutenir le futur de la race.

Généralités sur le groupe des Terriers

Rassemblés au sein du troisième groupe par la Fédération cynologique internationale, les chiens de terrier ont un dénominateur commun : la fonction de déterrage des nuisibles réfugiés dans leurs abris souterrains. Remarqués avec étonnement par les Romains envahissant la Bretagne en 55 avant notre ère, ces « petits chiens qui savent suivre leurs proies jusque dans leurs tanières » ne se verront baptisés « terrars » que plus tard. Ils coexisteront longtemps avec les griffons sous le vocable d'agasses (ou agassins).

C'est le médecin de la reine d'Angleterre , le docteur Keyes, qui, dans son De Canibus Britannicus Liber paru en 1570, les regroupe et les décrit le premier : « Il y a une sorte de chien, que nous nommons terriers, car ils se glissent sous terre pour harceler et mordre le blaireau et le renard ; et ils les déchirent en morceaux avec les dents, profondément sous terre, ou après les avoir tirés à la lumièreM. Jack, Les Terriers, Paris, Éditions Solar, 1975.. »

Ces combats souterrains contre des adversaires redoutables imposaient aux terriers des qualités physiques et morales particulières qui donnent au groupe son homogénéité relative.

Au physique, le type de base du terrier est médioligne, de taille plutôt réduite, possédant un poil court. La queue est écourtée (les oreilles l'étaient autrefois), mais laissée assez longue pour saisir le chien et le tirer hors du terrier.

Bien sûr, ce type initial a évolué et les races constituant le groupe ont acquis des morphologies bien différentiables. Il est cependant une série de format croissant (Lakeland, Fox, Welsh, Irish, Kerry Blue, Airedale), résultant de la sélection patiente des éleveurs britanniques, qui conserve à la fois le type morphologique et le tempérament des cabin curs (« corniauds de cabanes ») de jadis. Parmi ceux-ci, l'Irish Terrier fait figure de moyenne et, proche de ses racines, illustre parfaitement les caractères du groupe. Gardien de la ferme, exterminateur de vermine, il a été sélectionné au travail pour ses caractéristiques physiques et son tempérament, mélange de témérité face à l'ennemi et de douceur vis-à-vis de ses proches.

Ce chien rustique, ardent au travail et à la bagarre, a vu son type physique fixé au début du , et si les standards de la race ont parfois été âprement discutés, jamais l'intégrité de ce caractère si particulier n'a été remise en question.

Histoire de la race

Des origines jusqu'à 1900 Légendaire irlandais L'Irlande, berceau de la race, n'est pas chiche de légendes et il était juste que l'Irish Terrier y joue un rôle. On y raconte que la chienne Parth-Olan, mère de la race, fut ramenée d'Égypte par un marin irlandais et que celui-ci y avait épousé la fille du pharaonA. Redlich, Dogs of Ireland, Dundalk, W. Tempest, 1949..

Hypothèses Il est extrêmement difficile, voire illusoire, de retracer l'arbre généalogique de la race avant le début du . Cependant, de nombreux auteurs s'y sont essayés et deux hypothèses en ressortent : une théorie allogène et autochtone.

Filiation anglaise Cette théorie allogène, défendue par les amateurs britanniques de la race, fait intervenir le vieux terrier anglais black and tan (« noir et feu »), aujourd'hui disparu et qui sert à la reconstitution de nombreux arbres généalogiques de race canines anglaises. Des apports de terrier écossais, dans sa version ancienne (haute sur pattes) et surtout de Welsh Terrier, auraient ainsi façonné l'Irish Terrier actuelJ.E. Green, The Scottish and the Irish Terriers, Boston, G. R. Willis Printer, 1894..

Filiation irlandaise « On peut affirmer que la race est originaire du nord de l'île, et dès le départ élancée et fauve ou de couleur rouge. On suppose généralement que l'origine de cette race nordique doit être recherchée dans les croisements de terriers avec le Wolfhound ou des chiens de type Greyhound à poil dur. » « Une de nos opinions est que l'Irish Terrier a existé en Irlande avant que la main des amateurs ne l'ait sélectionné. Je considère qu'un Wolfhound miniature correspond assez bien à la description de l'Irish Terrier. » Ces deux opinions empruntées à des chroniqueurs cynophiles des F. M. Jowett, The Irish Terrier, Manchester, Our Dog Publications, 1947., illustrent la théorie autochtone refusant tout apport de sang étranger (c'est-à-dire anglais). Cette théorie cherche à reconstituer l'arbre généalogique de l'Irish Terrier en utilisant uniquement des ascendants irlandais. Tentative louable, mais difficile exercice de style. Les chiens irlandais ne sont que six : l'Irish Wolfhound, le Kerry Blue Terrier, le Soft Coated Wheaten Terrier, l'Irish Terrier, le Setter irlandais et le Glen of Imaël. Maigre parentèle que toute l'histoire postérieure de l'Irish Terrier vient démentir.

Certitudes Avant 1800, il n'existait pas de races de terriers séparées génétiquement. Avec de fortes différences régionales, tout chien d'utilité de bonne taille, ayant le goût de la chasse et de la lutte, ainsi qu'une bonne prise de mâchoire pouvait, pour peu qu'il sache fouir et déterrer la vermine, passer pour un terrier. Personne ne se préoccupait alors d'esthétique, et si tous les chiens d'un même comté avaient des traits communs, on doit l'attribuer à une présélection basée sur les performances de quelques individus réputés localement. Les déplacements de populations limités à la région et la fonction essentiellement domestique des terriers ne favorisaient pas les comparaisonsJ.M. Bouvier, Contribution à l'étude des chiens du troisième groupe : Étude particulière du Dandie Dinmont Terrier, Lyon (thèse de doctorat en médecine vétérinaire), 15-1983..

Le plus probable est que la vérité se situe entre les deux théories (allogène et autochtone). Il y a eu en Irlande des lignes de chiens autochtones (Soft Coated Wheaten, Kerry Blue et Irish), tous chiens médiolignes sans apport de sang des bassets continentaux. Les vrais chasseurs entretenaient des souches et les paysans appréciaient les qualités multiples de ces chiens de toute utilité. Ce n'est que plus tard que les échanges entre provinces, les déplacements d'individus et les premières confrontations entre les différentes lignées conduisirent à des comparaisons et à des croisements, parfois hasardeux, où intervinrent parfois des races anglaisesG. Pugnetti, Les Terriers, Paris, Editions De Vecchi, 1978..

C'est cette situation que découvrirent les premiers amateurs qui s'intéressèrent à la race : une grande disparité au sein de laquelle se côtoyaient des lignées épargnées par les croisements et des lignées fortement mêlées de sang Scottish, Welsh et Black and Tan ; des compétitions locales où primait l'aspect utilitaire du chien et où ses utilisateurs imposaient leurs jugements aux pionniers d'une cynophilie d'agrément. Mais ces esthètes passionnés allaient bientôt s'organiser pour atteindre leurs buts : produire des Irish Terriers conformes à l'image qu'ils en avaient et éliminer de la compétition les fermiers irlandais utilisateurs de la race.

Evolution récente, de 1900 à nos jours

Emergence du type Au cours de l' paraît dans le Live Stock Journal une liste des points de reconnaissance de la race et, en , le portrait de deux chiens appartenant au docteur Mark, supposés être des Irish Terriers. Mais leur appartenance à la race semble soulever quelques questions parmi les premiers amateurs. Parmi ceux-ci, ShawB.A. Shaw, Illustrated Book of the Dogs, Londres, Cassel & Cie ltd, 1890. commente : « Ce dessin doit être conservé comme l'exemple même de ce que la tête de l'Irish Terrier ne doit pas être. Prenons la chienne de gauche, dont j'apprends qu'il doit s'agir de la célèbre Kate : regardons la tête et la face de ce chien. Si la marque du Scottish n'y est pas imprimée, alors je n'y comprends plus rien. Regardez ces poils longs sur le front, partagés par une raie au milieu, et encore ces poils longs sur le museau et la mâchoire, et si cela n'indique pas un croisé Scottish, et à forte dose, je ne sais plus rien des points qui définissent un Irish Terrier. »

Ces deux chiens sont alors considérés, malgré leurs défauts évidents (pour Shaw), comme de purs Irish Terriers, et même comme des exemplaires représentatifs de la race.

En fait, le problème que rencontrent les premiers amateurs est le suivant : définir l'Irish Terrier contre les autres races en voie de reconnaissance, ou déjà reconnues et pour ce faire, éliminer les caractères pouvant rappeler celles-ci. L'Irish Terrier n'est encore qu'une ébauche qui va surtout acquérir ses caractères morphologiques par opposition avec les autres terriersJ.T. Marvin, The Book of all Terriers, New York, Howell Book House, 1976.. Aussi, quand Ridgeway, dans le même Livestock Journal, explique que « Les Irish Terriers sont encore inégaux. il reste à trouver, en Irlande, une lignée de terriers n'ayant pas reçu de sang étrangerIrish Terrier Association, News Bulletin, Wokingham, L. Fox & Son, 1989. », on peut se demander quel chien il a en tête.

Dans le même temps, les utilisateurs de la race, paysans et chasseurs, continuent de pratiquer ce mélange de sang en définissant petit à petit le caractère de la race. « Maintenant, et bien qu'il ait été le terrier national irlandais, force est de constater que la race est restée trop longtemps entre les mêmes mains. » Il s'agit bien sûr des mains de la paysannerie irlandaise. « Ils élèvent sans standard et, gardant les chiens pour le travail, s'ils pensent qu'un croisement avec le Mick du voisin arrangerait leurs affaires, alors ils ne se préoccupent pas de pedigree, polluant ainsi la race avec des apports de sang étranger, et surtout de Scottish. » Dans les , les premières classes d'irish Terriers commencent à se présenter dans les expositions canines irlandaises. Là, les amateurs esthètes et les rudes utilisateurs de la race s'opposent sur ce que doit être un Irish.