Christine Jorgensen, née le dans le Bronx à New York (État de New York) et morte le à San Clemente (Californie) est une femme trans, la première personne mondialement connue à avoir fait une opération chirurgicale de réassignation sexuelle, dans les années 1950. Elle a dénoncé les violences émotionnelles vécues par les personnes trans. Par ailleurs, elle a été chanteuse à succès.
Biographie Jeunesse Enfant de George William Jorgensen , artisan-menuisier, et de son épouse née Florence Davis Hansen — tous deux nés au Danemark et ayant encore de la famille dans ce pays —, Christine est assignée garçon à la naissance le 30 mai 1926 et reçoit alors le même prénom que son père.. Elle passe son enfance dans le Bronx et, plus tard, se décrit en disant qu'elle avait été un « petit blondinet fragile et introverti qui fuyait les bagarres et les jeux brutaux ». Elle indique aussi avoir réalisé très jeune qu'elle ne se sentait pas homme.
Elle obtient à la Christopher Columbus High School en 1945 et, peu de temps après, est incorporée dans l'armée où elle intègre une unité de l’armée de terre américaine. Elle se retrouve de ce fait dans un milieu où la puissance masculine est forte. Toute cette virilité la fait se sentir à l’écart1 Emma Pineau, "Jorgensen Christine", dans Hervé Guillemain (dir.), DicoPolHiS, Le Mans Université, 2020..
Une fois libérée des obligations militaires, elle suit des cours au Jorgensen Mohawk College, à Utica, dans l'État de New York, dans une école de photographie à New Haven, dans le Connecticut, et à la Manhattan Medical and Dental Assistant School à New York, dans l'État de New York. Elle travaille un court moment pour Pathé News.
Chirurgie sexuelle Elle entend alors parler de la possibilité d'une chirurgie de réattribution sexuelle et commence à prendre de sa propre initiative une hormone féminine, l'éthinylestradiol, et elle étudie son cas avec l'aide du , le mari d'une de ses camarades de classe lorsqu'elle fréquentait la . En 1950 ou 1951, elle décide d'aller en Suède, où elle avait trouvé les seuls médecins dans le monde qui pratiquaient à l'époque ce genre de chirurgie mais, lors d'une escale à Copenhague pour rendre visite à des parents, elle rencontre le Christian Hamburger, chirurgien danois et spécialiste dans la chirurgie de réattribution sexuelle. Elle finit par rester au Danemark et, sous le contrôle du Hamburger, est autorisée à commencer la thérapie de substitution hormonale pour subir au bout d'environ un an une série d'interventions chirurgicales. Au cours de cette première série d'interventions à Copenhague, elle est castrée. Selon une notice nécrologique : Quelques années plus tard, lorsque la procédure devient disponible aux États-Unis, Jorgensen obtient une vaginoplastie sous la direction du et d'un médecin-conseil, Harry Benjamin. Ce qui a été fait durant les opérations est mal connu de nos jours, mais il est possible que Hamburger et son équipe aient suivi les grandes lignes de ce qui avait été effectué sur d'autres personnes — telles que la danoise Lili Elbe dans les années 1930 — quelques décennies plus tôt par un groupe d'autres chirurgiens.
Jorgensen choisit le prénom de Christine en l'honneur du et devient une porte-parole pour les personnes trans. À la suite de la procédure effectuée par l'équipe d'Hamburger, elle écrit à ses parents : (« La nature avait fait une erreur que j'ai corrigée, et à présent je suis votre fille ») ; il semble qu'elle ait eu un bon soutien de ses parents.
Les spécialistes danois Preben Hertoft et Thorkil Sørensen qui ont étudié les dossiers médicaux et interrogé le , un psychiatre, « l'intention première de l'équipe médicale n'était pas de changer un homme en une femme, mais d'aider un homme qui souffrait de ses pulsions homosexuelles ». Hamburger et ses collègues révélèrent leurs préoccupations concernant l'homosexualité avec ce commentaire : Cette même enquête a montré que Hamburger et ses collègues s'étaient prononcés contre la création d'un vagin ; et la spécialiste Christine Crowle y a vu une preuve que l'équipe qui s'était occupée des opérations de réattribution sexuelle .
Christine Jorgensen n'est pas la première personne au monde à avoir reçu une chirurgie de réattribution sexuelle, ni la première personne trans des États-Unis, mais elle est la première personne à avoir été très largement connue pour avoir obtenu ce genre de chirurgie.
Retentissement et célébrité L'affaire fait sensation dans les médias quand, le , le la publie en première page sous le titre « Un ex-GI devient une ravissante blonde », faisant savoir qu'au Danemark elle est devenue la bénéficiaire de la première opération de réattribution sexuelle. Ce n'est d'ailleurs pas exact du fait que ce genre d'opération a déjà été pratiqué par des médecins allemands, pionniers en la matière, à la fin des années 1920 et au début des années 1930. L'artiste danoise Lili Elbe et « Dörchen » (Dora Richter), toutes deux patientes du à l'Institut des sciences sexuelles de Berlin, ont déjà bénéficié d'une telle opération en 1930-31. Dans le cas de Jorgensen, cependant, s'y ajoute une différence : la prescription de l'hormonothérapie.
Lorsque Jorgensen revient à New York en février 1953, elle devient sur-le-champ une célébrité. On discute sérieusement pour savoir si elle cachera son histoire à la presse, mais quoi qu'il en soit, la publicité a été pour elle un tremplin qu'elle utilisera pour devenir encore plus célèbre. Globalement, il y a relativement peu d'hostilité envers elle. Elle se fait une petite place dans le milieu fermé d'Hollywood, devenant même amie avec Roger Moore entre autres. La de New-York la couronne même « Femme de l'année ». L'animateur de radio new-yorkais Barry Gray lui demande si elle est choquée par les plaisanteries des années 1950 telles que : elle se contente de rire et répond que cela ne lui fait rien. Malgré tout, on peut voir, à une autre occasion, que certaines questions peuvent l'offenser : elle parait un jour au Dick Cavett Show et Cavett l'interroge grossièrement sur le statut de sa vie amoureuse avec son « épouse ». Elle tourne les talons, et comme elle était la seule invitée prévue, Cavett passera le reste de l'émission à tenter d'expliquer qu'il n'avait nullement voulu l'offenser.
Suite de sa vie vignette|upright=1|Howard J. Knox et Christine Jorgensen après la non autorisation de leur mariage, avril 1959. Par la suite, elle veut se marier avec John Traub, un statisticien employé par un syndicat, mais les fiançailles sont rompues. En 1959, elle annonce ses fiançailles avec Howard J. Knox, qui travaille comme employé de bureau à Massapequa (État de New York), où son père avait fait construire une maison pour elle après son opération de réattribution, mais le couple n'arrivera pas à obtenir une autorisation de mariage parce que l'acte de naissance de Jorgensen la présente encore comme un homme. Dans un reportage consacré à la rupture de fiançailles, le New York Times remarque que Knox a perdu son emploi à Washington, D.C. après que ses fiançailles avec Christine Jorgensen ont été connues.
Pendant les années 1970 et les années 1980, Christine Jorgensen visite des campus universitaires et d'autres endroits pour parler de ses expériences, de l'identité de genre et promouvoir les droits des personnes transgenres. Elle est connue pour sa franchise et sa façon intelligente de se montrer polie, et elle réclame un jour des excuses au vice-président américain, Spiro T. Agnew, après qu'il a appelé un autre homme politique « la Christine Jorgensen du Parti Républicain ».
Elle travaille aussi comme actrice et comme artiste de night-clubs et enregistre un certain nombre de chansons. Dans les théâtres d'été (), elle joue le personnage de madame Rosepettle dans la pièce . Dans un night-club, elle chante plusieurs chansons, dont et à la fin change rapidement de costume pour apparaître dans celui de Wonder Woman : mais, comme elle recommence plus tard, Warner Communications, qui était propriétaire du pour le personnage de , exige qu'elle cesse de se servir de ce personnage, ce qu'elle fait en le remplaçant par un autre inventé par elle-même : , qui se signale par la présence d'une grande lettre « S » sur sa cape. Elle continue ses représentations, jouant au en haut de la rive est de Manhattan au moins jusqu'à l'automne 1982, date à laquelle elle se produit deux fois à Hollywood : une fois au , aujourd'hui fermé, qui était à côté de la discothèque , et ensuite au restaurant , fermé lui aussi maintenant. Le spectacle est enregistré et rendu disponible comme album — plus tard disponible sur l’ITunes Music Store.
Au début des années 1980, elle se retire en Californie. Elle apparaît dans le documentaire What Sex Am I? de Lee Grant. En 1984, elle revient au Danemark et à Copenhague pour réaliser son spectacle et est présentée dans le film documentaire danois sur les personnes trans réalisé par Teit Ritzau : (Le Paradis n'est pas à vendre). En 1987, un cancer lui est diagnostiqué.
Mort En 1989, l'année de sa mort, elle dit qu'elle avait donné à la révolution sexuelle « un coup de pied au derrière pour la faire aller plus vite ». Elle meurt à San Clemente, en Californie, le 3 mai 1989, à , d'un cancer de la vessie et des poumons.
Artiste Christine Jorgensen a été photographe, puis plus tard entraîneuse, actrice et chanteuse de cabaret. Elle a enregistré plusieurs chansons, dont notamment « » (« J'aime être une fille »). Elle a aussi participé à plusieurs émissions de télévision et de radio et participé à des productions théâtrales.
Écrits et films , autobiographie de Christine Jorgensen, paraît en 1953 dans le magazine American Weekly. En 1967, elle publie son autobiographie , vendue à plus de . En 1970, sort le film , tiré de sa biographie.
En 2005, une interview d'elle par Nipsey Russel en 1957 a été représentée dans la production Off-Broadway : (« Révélations de Christine Jorgensen »). En 2020, Jamie Clayton fait son portrait dans « Equal ».
Postérité
Dans les arts L'histoire de sa transidentité a inspiré le scénario du premier film d'Ed Wood, Louis ou Louise (1953).
L'auteure de bande dessinée française Pénélope Bagieu a consacré l'une de ses biographies de femmes remarquables à Christine Jorgensen : elle a été publiée sur Internet puis dans l'un des tomes des Culottées.
Notes et références Notes
Références
Voir aussi
Bibliographie Christine Jorgensen, célébrité dans : . .
Articles connexes
Lili Elbe (1882-1931), première citoyenne danoise ayant eu une chirurgie de réattribution sexuelle Dora Richter (1891-1966), surnommée Dörchen, première personne connue pour avoir eu une chirurgie de réattribution sexuelle masculin-féminin complète Roberta Cowell (1918-2011), première femme trans britannique ayant eu une chirurgie de réattribution sexuelle (1918-), personne intersexe taïwanaise, souvent surnommée en anglais « Chinese Christine » (« la Christine chinoise ») (1925-2007), deuxième femme américaine ayant eu une chirurgie de réattribution sexuelle au Danemark Coccinelle (1931-2006), première célébrité française ayant eu une chirurgie de réattribution sexuelle April Ashley (1935-2021), deuxième femme trans britannique ayant eu une chirurgie de réattribution sexuelle Maryam Molkara (1950-2012), première personne iranienne ayant eu une chirurgie de réattribution sexuelle
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