vignette|redresse=1.5|Le Tribunal de la Sottise ou La Calomnie d'Apelle, de Gérard de Lairesse. L'accusé, poursuivi par la Haine, est mené par la Calomnie, l'Envie et la Perfidie devant un juge aux oreilles d'âne, entouré de l'Ignorance et de la Suspicion..
Le rasoir de Hanlon est une règle de raisonnement permettant d'éliminer des hypothèses. Formulée en 1980 par le programmeur américain Robert J. Hanlon, cette règle s'énonce de la manière suivante : L'attribution à Hanlon a été mise en question dans un premier temps, certains auteurs y voyant plutôt une corruption du nom de Robert A. Heinlein, l'auteur d'une considération assez proche.
La règle tire son nom du rasoir d'Ockham, qui pose un principe de simplicité, tant au niveau métaphysique, en recommandant de ne pas multiplier les conjectures sur les entités, qu'au niveau méthodologique, en recommandant de ne pas multiplier les hypothèses. Elle revient donc à considérer soit qu'il est plus simple et donc plus plausible de supposer la bêtise plutôt que la malveillance, la première étant plus vraisemblable en général, soit qu'il est inutile d'ajouter la conjecture d'une intention maligne à celle d'un manque de compétence. Cette règle ne caractérise toutefois la bêtise qu'au plan du comportement. D'autres notions, celles de biais cognitif, de principe de charité ou d'effet pervers, permettent d'éviter que l'opposition entre malveillance et bêtise ne devienne un faux dilemme.
Formulation et traduction La formulation anglaise habituelle du rasoir de Hanlon est la suivante : Elle pose deux problèmes de traduction en français. Le mot anglais n'est qu'imparfaitement rendu en français par . Le sens du terme anglais est en effet plus proche de celui qu'avait le mot français jusqu'au , celui d'intention de nuire, et ne comporte pas nécessairement l'idée de plaisir à s'amuser aux dépens d'autrui.. Il est donc mieux rendu en français par malveillance. La traduction du terme anglais est encore plus délicate. Selon une étude relative aux Darwin Awards et publiée par le , la stupidité () est le fait d'une personne qui, tout en étant capable d'un jugement sain, fait preuve d'une mauvaise application étonnante du sens commun... Dans son essai homonyme, Avital Ronell note que , de même qu'il ne peut tenir dans les limites de la « bêtise »., mais précise immédiatement en note que .. La bêtise sur laquelle tranche le rasoir de Hanlon n'est ni la telle que l'évoque Thomas Willis, un qui voisine la démence (morosis).. ; ni le fait d'avoir Nouveaux Essais sur l'entendement humain, II, 11, § 13 ., un défaut de promptitude d'esprit, au sens où l'entend Leibniz. ; ni un , au sens où Gabriel Girard la distingue de l'idiotie et de la bêtise. et où Montaigne la caractérise comme un état Montaigne, Essais, I, 2 . ; mais plutôt ce que Clément Rosset caractérise comme et dont il prend pour exemple Bouvard et Pécuchet : Le rasoir de Hanlon se traduit donc en français de la manière suivante : Dans une formulation alternative, la bêtise est remplacée par l'incompétence (incompetence)... On prête à Michel Rocard la paraphrase suivante :
Histoire Première formulation supposée Cet énoncé aurait été formulé en 1980 par le développeur américain Robert J. Hanlon, alors programmeur à la base militaire de Scranton (Pennsylvanie). Le psychologue américain Mardy Grothe affirme s'être entretenu avec la veuve de Robert J. Hanlon, qui lui a confirmé que son époux avait soumis cette à l'écrivain américain Arthur Bloch pour publication.. Ce dernier publia la même année ledit énoncé en tant que dans un livre consacré à la loi de Murphy..
Antécédents possibles La paternité de Robert Hanlon a parfois été mise en doute. Certains auteurs, tel le philosophe italien , estiment que ce nom serait une . de celui de l'auteur de science-fiction Robert Heinlein, qui fait dire en 1941 à un personnage : . Selon Eric Raymond, la du nom d'Heinlein est d'autant plus vraisemblable que cet auteur est ..
Garson O'Toole a identifié, outre Heinlein, d'autres possibles prédécesseurs de Hanlon. :
l'aphorisme a été attribué à Napoléon Bonaparte (1769-1821), mais l'affirmation est douteuseAttribué sans source dans . ; le philosophe anglais David Hume écrit en 1757 dans son Histoire naturelle de la religion : ; Goethe en 1774 dans Les Souffrances du jeune Werther fait écrire à un de ses personnages : ; la romancière anglaise Jane West écrit en 1812 : ; en 1898, le peintre anglais William James Laidley, dans un essai sur la Royal Academy, écrit : ; le biologiste allemand Ernst Haeckel écrit en 1898 dans Les Énigmes de l'univers que : ; en 1918 le théologien protestant américain Arthur Cushman McGiffert écrit : ; en 1937, l'éditorialiste américain Thomas F. Woodlock écrit : ; en 1945, la philosophe américaine Ayn Rand écrit : .
Analyse Un cas particulier du rasoir d'Ockham vignette|alt=Gravure du buste de Platon|Buste de Platon. Selon Karl Popper, .. Un rasoir est en philosophie une règle qui permet d'éliminer, de , des hypothèses. Il fait référence au rasoir d'Ockham., une pétition de simplicité souvent formulée comme suit : ().. Le principe tire son nom de Guillaume d'Ockham, un logicien du Moyen Âge, quand bien même sa formulation ne se trouve pas chez lui..
Le rasoir d'Ockham est censé, pour certains auteurs, exprimer un principe métaphysique de simplicité, selon lequel rien dans la nature n'est superflu, les faits eux-mêmes étant simples et s'expliquant au mieux par des hypothèses les plus simples possibles.. C'est le sens des premières apparitions de l'expression en français, au , notamment chez Pierre Bayle., qui évoque en 1720, à propos de la querelle des universaux, le , selon lequel .. Une autre analyse du rasoir d'Ockham consiste à considérer qu'il n'a qu'une portée méthodologique, en invitant à ne pas multiplier inutilement les hypothèses, au sens où Ockham lui-même écrit : .. La première interprétation a été qualifiée de principe de parcimonie ou de simplicité sémantique et la seconde, de principe d'élégance ou de simplicité syntactique...
Qui traite du problème du mal vignette|redresse|gauche|alt=Photo en couleur d'Eichmann durant son procès.|Adolf Eichmann durant son procès à Jérusalem en 1961. Pour Hannah Arendt, . De la même manière, le problème du mal traité par le rasoir de Hanlon, dont plusieurs auteurs soulignent la connexité avec celui d'Ockham.., se prête à deux analyses, au plan ontologique ou au plan méthodologique.
Plusieurs auteurs estiment que le rasoir de Hanlon procède d'un principe d'élégance : il s'agirait simplement de ne pas recourir à des hypothèses inutiles, cette approche étant souvent mâtinée d'une invocation du principe de parcimonie, lesdites hypothèses réputées inutiles étant également présentées comme inutilement compliquées. Tel est notamment le cas de l'utilisation du rasoir de Hanlon pour écarter les théories du complot....
En revanche, d'autres auteurs estiment que l'hypothèse de la bêtise doit être privilégiée par rapport à celle de la malveillance, parce qu'elle est plus simple, c'est-à-dire plus radicale. Pour la philosophe américaine Ayn Rand, . Carlo Cipolla rappelle à ce sujet la formulation de l'Ecclésiaste, ()., que l'on trouve d'ailleurs à l'identique dans le Protagoras de Platon, attribuée à SimonideProtagoras, 346c.. Roland Barthes, de son côté, estime que . et Gilles Deleuze, que ..
Un exemple extrême du lien entre bêtise, absence de pensée et malignité est celui d'Adolf Eichmann, à propos duquel Hannah Arendt soulève la question de savoir s'il était . et développe pour y répondre le concept de banalité du mal. Elle relève qu'il .. Pour Arendt, Eichmann ; il .. Elle ajoute ultérieurement : .. L'un des aspects de la d'Eichmann, ., a fait l'objet d'une vérification expérimentale connue sous le nom d'expérience de Milgram..
Comme le note Umberto Eco, la bêtise est consubstantielle au réseautage social. Dans Good Faith Collaboration, Joseph Reagle analyse la présomption de bonne foi comme une règle de comportement analogue au rasoir de Hanlon et destinée à () à l'égard des contributeurs de Wikipédia.. Selon Dariusz Jemielniak, il s'agit là d' du projet, que cet auteur met en rapport avec la règle recommandant de , car .. L'analogie soulignée par Joseph Reagle ne signifie cependant pas que la présomption de bonne foi ne procède que d'une analyse logique ou que le rasoir de Hanlon est la seule explication de cette règle de comportement. Paul de Laat, s'appuyant sur les analyses de Victoria McGeer sur en tant qu'état d'esprit et condition de la ., estime qu'il s'agit plutôt d'une pétition de confiance, d'un principe d'élégance fondé sur l'espoir que la confiance accordée à autrui suscitera des contributions encyclopédiques.. Pierre Willaime et Alexandre Hocquet, au contraire, y voient un principe de parcimonie, une ..
Le fait que le rasoir de Hanlon n'évalue pas la cause du mal donne lieu à une formulation alternative : ()., cette dernière nuance étant parfois indûment attribuée à Robert Heinlein.. La formulation prudente, ne pas exclure la malveillance, s'analyse comme le fait que le rasoir de Hanlon s'applique à des situations de raisonnement révisable., où il convient d'appliquer une logique non monotone..
Sans régler celui de la bêtise +Typologie des agents selon le résultat de leur interaction avec les patients selon Cipolla. Perte de l'agentGain de l'agentGain du patientDésespérant(Helpless)Intelligent(Intelligent)Perte du patientBête(Stupid)Malveillant(Bandit)
La dimension aphoristique de la formulation concise choisie par Hanlon pose un problème, celui de la compréhension du sens qu'il donne à la notion de bêtise, cette dernière n'étant cernée qu'à partir de ses effets, au sens où Robert Musil évoque le de la psychiatrie, qui, selon lui, définit la bêtise comme un .. Le tableau ci-contre montre une telle caractérisation de la bêtise par ses seuls résultats dans la troisième loi de la bêtise de Carlo Cipolla, qui, posant qu'une personne bête est une personne qui cause des pertes à une autre personne ou à un groupe de personnes sans en tirer elle-même un gain, voire en en tirant une perte, oppose la bêtise à la malveillance, par exemple celle du qui, dans le cas , cause à sa victime une perte égale à son propre gain.. Cipolla en tire la cinquième de ses Lois fondamentales de la bêtise : ; avec un corollaire : ..
Le statut de la disjonction entre bêtise et malveillance n'est cependant pas clarifié par le rasoir de Hanlon. Cette disjonction n'est pas nécessairement inclusive, au sens où comme le souligne Avital Ronell, la bêtise n'est pas ., quand bien même elle est souvent associée à une intention malveillante.. Comme le commente René Major, elle a, selon Ronell, .. Qu'elle soit une explication plus simple que la malveillance, par parcimonie ou par élégance, n'implique cependant pas qu'elle l'exclue. Jean-Luc Nancy note que bêtise et méchanceté vont souvent de pair, et estime qu'il existe ., qu'il explique à partir d'une analyse de la notion de violence : ...