Abraham Goldfadenorthographes alternatives : Abram, Avram, Avrohom, Avrom Goldfadn (en ; en ) est un poète et auteur dramatique judéo-russo-roumain du (Starokostiantyniv, - New York ).
Salué comme le « Shakespeare yiddish », il est l'auteur de quelque quarante pièces de théâtre, essentiellement écrites en yiddish.
Éléments biographiques
Jeunesse et débuts professionnels
Abraham Goldfaden naît à Starokostiantyniv en Volhynie, qui fait alors partie de l'Empire russe. Sa date de naissance est parfois mentionnée le suivant le calendrier julien en vigueur à cette époque en Russie. Sa famille fait partie de la petite bourgeoisie, et est fortement imprégnée de Haskala (le mouvement des Lumières juif).
Il fréquente tout d'abord le heder (école religieuse juive), mais son père, un horlogerBerkowitz, 2004, 12, s'arrange pour qu'il reçoive en outre des leçons privées d'allemand et de russe. Enfant, il se fait remarquer par son goût pour les représentations des « bouffons de mariages » et des (chanteurs et acteurs itinérants yiddish), qu'il imite, acquérant le sobriquet d’Avromele badchen (« Petit Abraham le bouffon »)Sandrow, 2003. En 1857, il commence des études à l'école rabbinique gouvernementale de Jytomyr, d'où il sort en 1866 professeur et poète, avec une certaine expérience dans le théâtre amateur, mais sans avoir jamais dirigé une troupe.
Installé à Odessa, il publie son premier recueil de vers en yiddish en 1866 et cherche à créer un théâtre yiddish. Il gagne ensuite Bucarest en Roumanie et fonde en 1876 la première troupe de théâtre professionnelle de langue yiddish.
Le premier poème publié de Goldfaden s'appelle Progrès ; à sa mort, le New York Times dans sa nécrologie, le décrira comme « un plaidoyer pour le sionisme, des années avant que ce mouvement se développe ». En 1865, il publie son premier livre de poésies en hébreu, Zizim u-Ferahim. La Jewish Encyclopedia (1901-1906) considère que « la poésie en hébreu de Goldfaden… possède de grandes qualités, mais a été éclipsée par sa poésie en yiddish, qui par sa force d’expression et la profondeur de sa perception de la véritable sensibilité juive, reste sans rivale. »
Son premier livre de vers en yiddish est publié en 1866. En 1867, il prend un poste d’enseignant à Simferopol. L’année suivante, il s’installe à Odessa, où il vit tout d’abord chez son oncle, et où l'un de ses cousins, un bon pianiste, l’aide à mettre certains de ses poèmes en musique.
À Odessa, Goldfaden renoue avec son ami , écrivain yiddish, qu’il avait connu à Jytomyr et rencontre , poète hébreu, dont la fille Paulina deviendra sa femme. Il publie des poèmes dans le journal Kol-Mevaser et écrit aussi ses deux premières pièces, Di Tzwei Skheines (Les deux voisines) et Die Mumeh Sosseh (La tante Suzie), qui seront publiées avec quelques poèmes en vers en 1869 dans un livre intitulé Di Yidene (La femme juive), dont le succès sera modeste, mais qui fera l'objet de trois éditions en trois ans. À cette époque, lui et Paulina vivent principalement de son maigre salaire d'enseignant de 18 roubles par an, complété par les leçons privées qu'il donne et par son emploi de caissier dans une chapellerie.
En 1875, Goldfaden se rend à Munich dans le but d'étudier la médecine. Cela n'aboutit pas, et il se rend alors à Lviv en Galicie, Autriche-Hongrie (à présent en Ukraine), où il retrouve Linetsky, qui est maintenant l'éditeur de l'hebdomadaire Isrulik ou Der Alter Yisrulik, de bonne réputation, mais qui sera rapidement interdit par le gouvernement. L'année suivante, il s'installe à Tchernivtsi en Bucovine, où il édite le journal de langue yiddish Dos Bukoviner Israelitishe Folksblatt. Mais cette publication se révèle rapidement être un non-sens économique, Goldfaden est incapable de réunir la somme de 3000 ducats pour payer les frais d'enregistrement. Il essaie bien, mais toujours sans succès, de relancer le journal sous différents noms. Il décide alors de s'installer à Iași. thumb|180px|Statue d'Abraham Goldfaden près du théâtre national de Iaşi Iaşi En arrivant à Iaşi en 1876, Goldfaden a la chance d'être reconnu comme un bon poète, dont de nombreux poèmes ont été mis en musique et sont devenus des chansons populaires, plutôt que comme un homme d'affaires malheureux. Quand il demande de l'argent à Yitzhak Librescu pour créer un nouveau journal, celui-ci refuse, et sa femme fait remarquer que le journalisme en langue yiddish n'est qu'un moyen de ne pas crever de faim, alors qu'un théâtre yiddish serait beaucoup plus rentable. Librescu offre 100 francs à Goldfaden pour un récital public de ses chansons dans le jardin de l'acteur Shimen Mark, Grădina Pomul Verde (le jardin des arbres fruitiers verts).
Au lieu d'un simple récital, Goldfaden l'étoffe pour en faire une sorte de vaudeville. Cette représentation, ou celle donnée en salle l'année suivante à Botoșani, est généralement considérée comme la première représentation de théâtre yiddish professionnel. Cependant, la décision de choisir cette représentation comme étant la « première » est purement symbolique, car le premier acteur de Goldfaden, , chantait déjà les chansons de Goldfaden et d'autres dans les salons de Iaşi.
En fait, Grodner pourrait aussi prétendre à ce titre : il a chanté, en 1873, lors d'un concert à Odessa, certaines chansons de Goldfaden, bien que ce dernier ne soit pas personnellement impliqué, et Grodner aurait improvisé de façon significative entre les chansons; mais aucun document écrit n'est là pour étayer ces faits.
Bien que Goldfaden, selon lui, eût été familier, à cette époque, avec « pratiquement toute la littérature russe », et eût une bonne connaissance du théâtre russe et du polonais, ayant même vu le tragédien afro-américain Ira Aldridge jouer Shakespeare, la représentation au Grădina Pomul Verde ne peut guère être considérée comme une vraie pièce de théâtre. Les chansons sont reliées entre elles par des personnages jouant une intrigue ténue, et l'ensemble comporte beaucoup d'improvisation. La représentation par Goldfaden, Grodner, , et peut-être encore trois autres hommes, se déroule toutefois de façon tout à fait satisfaisante. La première chanson, selon les sources, serait soit Di bobe mitn einikl (Grand-mère et petite-fille), soit Dos bintl holts (Le fagot de brindilles).
Il a été suggéré que Goldfaden lui-même était mauvais chanteur, ou même, ne savait pas chanter du tout, tout comme il aurait été mauvais acteur; mais selon , ces rumeurs ne sont pas fondées, et proviennent des propres remarques de Goldfaden, qui se serait auto-dénigré, ainsi que de son attitude générale à la fin de sa vie à New York. Les études contemporaines le considèrent comme un acteur et un chanteur correct, mais non exceptionnel.
À partir de cette période, Goldfaden continue divers travaux de journalisme; mais le théâtre devient sa préoccupation majeure.
À la fin de l'été, le poète Mihai Eminescu assiste à une de ses représentations au Pomul Verde. Il note que la compagnie possède six acteurs (une erreur typographique en 1905, indiquera seize au lieu de six, ce qui suggèrera un début plus important pour le théâtre yiddish). Il est impressionné par la qualité des chansons et par le jeu, mais trouve la pièce « sans grand intérêt dramatique »Bercovici, 1998, 58. Ses commentaires plutôt positifs doivent être pris au sérieux, car Eminescu est connu pour être « fortement antisémite »Riff, 1992, 201. Eminescu aurait été voir quatre des premières pièces de Goldfaden : une revue musicale satirique De velt a gan-edn (Le monde et le paradis), Der Farlibter Maskil un der Oifgheklerter Hosid (un dialogue entre un « philosophe amoureux » et un « hassid éclairé »), une autre revue musicale Der sver mitn eidem (Beau-père et gendre) et une comédie Fishl der balegole un zain knecht Sider (Fishel le cocher et son serviteur Sider).
La recherche d’un théâtre Quand la saison pour les représentations en extérieur arrive à sa fin, Goldfaden cherche sans succès à louer un théâtre approprié à Iaşi. Le propriétaire d'un théâtre, nommé Reicher, et probablement juif lui-même, lui dit qu'une « troupe de chanteurs juifs » serait « trop crasseuse » pour son théâtre. Goldfaden, Grodner et Goldstein s'enquièrent aussi à Botoșani, où ils habitent dans une mansarde, et Goldfaden continue de créer des chansons et des pièces de théâtre. Une première représentation à succès de Di Rekruten ("Les recrues"), dans une salle de théâtre (« avec des loges ! », comme le précisera Goldfaden), est suivie de jours d'une pluie si torrentielle que personne n'ose s'aventurer dehors pour aller au théâtre ; ils mettent en gage quelques biens et partent pour Galați, qui s'avèrera un peu plus propice, avec trois semaines de représentations à succès.
À Galaţi, ils embauchent leur premier décorateur sérieux, un peintre en bâtiment connu sous le nom de Reb Moishe Bas. Il n'a pas de formation artistique formelle, mais se montre parfait dans son travail, et rejoint ainsi la troupe, comme le fait , leur première actrice. Elle n’a pas encore vingt ans et sa mère, assistant à la première à Galaţi, refuse que sa fille non-mariée gesticule de cette façon sur une scène; Goldstein, qui contrairement à Goldfaden et à Grodner est célibataire, décide de l'épouser, ce qui lui permet de rester dans la troupe. Elle restera connue aussi bien sous son nom de jeune fille, 'Sara Segal', que sous le nom de 'Sofia Goldstein', ou encore 'Sofia Karp', après son second mariage avec l'acteur Max Karp.
Après une série de représentations à succès à Galaţi, les représentations données à Brăila sont moins réussies; toutefois, maintenant la compagnie a maintenant rodé son spectacle, et il est temps d'aborder la capitale, Bucarest.
Bucarest Comme à Iaşi, Goldfaden arrive à Bucarest avec une réputation déjà établie. Avec ses acteurs, il joue tout d'abord au début du printemps dans le salon Lazăr Cafegiu sur l'avenue Văcăreşti, au cœur du ghetto, puis quand les beaux jours arrivent, au jardin Jigniţa, un plaisant biergarten ombragé sur la rue Negru Vodă, qui n'avait jusqu'alors attiré que les gens du voisinage. Goldfaden complète son équipe en embauchant les meilleurs chantres de la synagogue, et en recrutant deux prime donne éminemment respectables, formées à la musique classique, les sœurs et .
Parmi les chantres engagés cette année-là, on trouve Lazăr Zuckermann (aussi connu sous le nom de Laiser Zuckerman) comme chanteur et danseur, qui suivra Goldfaden à New York et aura une longue carrière théâtraleAdler, 1999, 86 (commentary) ; Moishe Zilberman (aussi connu sous le nom de Silberman), Simhe Dinman, mais surtout (Sigmund Mogulesko), un orphelin de 18 ans, qui avait déjà fait son chemin dans le monde comme chanteur, non seulement comme soliste à la Grande synagogue de Bucarest, mais aussi dans les cafés et les bals, avec une troupe d'opérette française en tournée, et même dans les églises; Mogulesco deviendra rapidement une vedette de la scène. Avant que sa voix eût mué, il avait chanté avec Zuckerman, Dinman, et Moses Wald, dans le "Chœur israélite", lors de cérémonies importantes de la communauté juive. Lors de son audition devant Goldfaden, Mogulescu joue une scène de Vlăduţu Mamei (Le garçon de maman), qui formera plus tard la base de la comédie légère de Goldfaden (Shmendrik ou le mariage comique) dont Mogulescu sera la vedette, jouant le jeune homme malheureusement ignorant et infortuné (plus tard, le rôle sera repris avec succès à New York et en tournée, par l'actrice Molly Picon).
Le recrutement de chantres ne se fait pas sans remous: le chef des chantres de la Grande synagogue, Cuper (ou Kupfer), considère comme « impie » que des chantres se produisent dans des spectacles séculiers, devant des parterres où les deux sexes se mélangent librement, et jusqu'à des heures tardives, de sorte que l'on ne peut être à l'heure pour les prières du matin.