Les mouvements de l'immigration en France désignent les mouvements collectifs organisés afin de soutenir les droits des immigrés en France.
Naissance d'une lutte syndicale (années 30-1973)
En France, les mouvements immigrés trouvent leur origine dans la Main-d'œuvre immigrée (MOI), organisation syndicale fondée dans l'entre-deux-guerres et rattachée à l'internationale communiste. Durant la Seconde Guerre mondiale, l'organisation intègre les rangs de la Résistance aux cotés des Francs-tireurs et partisans (FTP), organisation armée fondée en 1942 par le PCF. Parmi les membres notoires des FTP-MOI, on retrouve les vingt-trois membres du groupe Manouchian-Boczov-Rayman, rendus célèbres par l'Affiche rouge de propagande nazie.
Après avoir favorisé l'immigration durant les Trente Glorieuses, afin de satisfaire aux besoins de l’économie française, le choc pétrolier de 1973 et la crise économique qui s'ensuit amènent le gouvernement Chaban-Delmas à instaurer un contrôle des flux migratoires ; ainsi les circulaires en 1972 subordonnent l’attribution d’une carte de séjour à la possession d’un contrat de travail depuis au moins un an et d’un « logement décent », mettant en situation de précarité des milliers de travailleurs étrangers employés « au noir » ou ne pouvant pas justifier d'un contrat de travail C. Barral, 1972 : Circulaires Marcellin-Fontanet, Musée de l’histoire de l’immigration, s.d. . Les circulaires plongent ainsi 83 % des travailleurs immigrés dans l'illégalité.
Saïd Bouziri, un étudiant immigré, entame alors une grève de la faim avec sa femme enceinte.. De la clandestinité à la reconnaissance, entretien avec Said Bouziri et Driss El Yazami par Hélène Trappo, Plein Droit n° 11, juillet 1990, « Travail au noir ? Travail clandestin ? Travail illégal ? » . Deux mille personnes, dont Jean-Paul Sartre, Michel Foucault, de nombreux travailleurs immigrés, des syndicalistes CFDT, des associations chrétiennes (comme Hommes et Migrations), des membres de la Gauche prolétarienne (courant maoïste), etc, manifestent le jour de l'expulsion de Saïd Bouziri. Fin , les soutiens de Bouziri créent le Comité de Défense de la Vie et des Droits des Travailleurs Immigrés (CDVDTI, dont fait partie la philosophe et poétesse Geneviève Clancy), qui exige la délivrance de permis de travail.
De nouvelles grèves, de travail et de la faim, ont lieu en (à Valence) et en 1973. Le collectif Cinélutte filme La grève des ouvriers de Margoline (1973), à Nanterre et Gennevilliers, après avoir filmé une grève de la faim de travailleurs tunisiens dans une église du quartier parisien de Ménilmontant. Le , en situation irrégulière se réunissent à la Maison de la Mutualité, à Paris. En , alors qu'une grève de la faim illimitée est déclarée à Ménilmontant, Georges Gorse, ministre du Travail, de l’Emploi et de la Population du gouvernement Messmer effectue la première régularisation générale par le biais d'une circulaire, ce qui entraîne la régularisation de précédemment en situation irrégulière.
En réaction aux ratonnades de l'été 1973, une est lancée à Marseille, avant de s'étendre dans les usines de tout le pays avec le Mouvement des travailleurs arabes (MTA) le 3 puis le , ce qui suscite certaines tensions avec la Ligue communiste révolutionnaire (LCR) et certains maoïstes, qui accusent les grévistes de . Une deuxième vague de grèves a lieu, dans le secteur de l'agriculture. Puis le nouveau ministre de l'Intérieur, Michel Poniatowski, nommé en par Valéry Giscard d'Estaing tout juste élu président, décide de ne plus respecter la coutume de l'asile offert par les églises : les grévistes sont désormais expulsés de celles-ci.
La même année, le quotidien provençal La Marseillaise révèle l'existence de centres d'internement, hors de tout contrôle judiciaire. Jean Lecanuet répond au scandale après une question de Gaston Defferre il affirme . Pourtant M. Loquet, doyen des juges d'instruction, lance une perquisition des locaux et l'on découvre qu'une mort y avait été camouflée en 1969.
Le GISTI (Groupe d'Information et de Soutien aux Travailleurs Immigrés), nouvellement créé en 1973, remporte sa première grande victoire juridique, en faisant annuler la circulaire Fontanet par un arrêt du Conseil d'État.
Cette association atypique, fondée par des juristes et des travailleurs sociaux, tente de faire usage du droit contre l'État lui-même. Elle jouera un rôle décisif dans la transformation de l'approche de la cause des immigrés par la gauche, d'une problématique économique et sociale (axée sur les questions de main d'œuvre et de lutte des classes) vers un problème de droits et de libertés Anna Marek, « Le droit au service des luttes », Plein Droit, 53-54, mars 2002. Ainsi, à la fin des années 1970 et au début des années 1980, de nouvelles revendications émergent, telles que le droit de vote, le droit à la nationalité française et le respect de l’égalité devant la loi.
Le MTA organise aussi une grève des loyers dans les foyers SONACOTRA en 1976.
Développement et diversification des revendications (1981 - 2002)
En 1981, l'arrivée de la gauche au pouvoir entraîne la régularisation de en situation irrégulière. Surtout, l'abrogation du décret de 1939 sur le droit d'association des étrangers permet la création d'associations sans condition de citoyenneté ; elle permet aussi aux associations historiques de se développer sans la menace constante d'une dissolution administrative. C'est aussi l'émergence des premières radios « communautaires », la première étant Radio Soleil Goutte d'or (1981-1987), créée par des militants du Mouvement des travailleurs arabes, et de revues comme « Sans frontière » ou l'agence IM'média.
Par ailleurs, la pratique de la rétention administrative est légalisée, ce qui permet un contrôle judiciaire de celle-ci ; de même pour ce qui concerne les contrôles d'identité, auparavant pratiqués hors de tout cadre légal.
Un nouveau mouvement apparaît au début des années 1980 : celui des enfants d'immigrés. Ce mouvement de seconde génération se développe essentiellement dans les banlieues lyonnaises et parisiennes. Une « Marche pour l'égalité et contre le racisme » part de Marseille le à l'initiative de l'association SOS Avenir Minguettes. Elle converge le dans une manifestation de venues accueillir à Paris la « Marche des beurs ». En réponse, François Mitterrand crée la carte de séjour de dix ans, tandis que le Parti socialiste (PS) appuie l'ONG SOS Racisme, fondée en 1984 par Harlem Désir et Julien Dray, deux membres du parti. En parallèle, le Front national alimente progressivement la diabolisation de l'immigration dans le débat politique. Le Mouvement de l'immigration et des banlieues (MIB), fondé en 1995 en partie pour contrebalancer l'hégémonie de SOS Racisme et du PS dans la lutte antiraciste, est également issu du mouvement enclenché par la Marche des beurs.
Les années 1982 à 1984 sont marquées par de longues grèves dans l'industrie automobile menées notamment par les ouvriers immigrés dans les usines Talbot de Poissy et Citroën d'Aulnay-sous-Bois Nicolas Hatzfeld, Jean-Louis Loubet, « Les conflits Talbot, du printemps syndical au tournant de la rigueur (1982-1984) », Vingtième Siècle. Revue d'histoire 2004/4 (no 84), p. 151-160. DOI 10.3917/ving.084.0151...
Après la première « marche » et afin de ne pas rester exclusivement sur l'antiracisme et « les Beurs », Convergence 84 organise une deuxième marche. C'est lors de la manifestation finale qu'apparaît pour la première fois de manière publique SOS Racisme. L'enjeu de Convergence 84 se retrouve dans son principal mot d'ordre . Le discours final de Farida Belghoul marque une rupture durable entre les associations antiracistes menées par des activistes blancs et celles tenues par des personnes issues de l'immigration. porte la question de la citoyenneté et refuse d'être réduite à un discours universaliste du type .. Ce clivage est encore relativement présent dans les différentes organisations politiques et syndicales aujourd'hui.
Alors que la politique migratoire se durcit, avec notamment les lois Pasqua-Debré (1986, 1993 et 1997), d'importants mouvements de grèves de la faim de demandeurs d'asile déboutés, menacés d'éloignement, se produisent en 1991-1992, succédant à des mouvements sporadiques en faveur de migrants menacés d'expulsion.
Le mouvement des sans-papiers redémarre ensuite à partir de 1996 avec une série d'occupations, dont celle de l’église Saint-Bernard ( de Paris), au mois d'août. Ce mouvement est alors soutenu par un certain nombre de collectifs : « Des papiers pour tous », « Boycottez-Harcelez Air France », « Collectif anti-expulsion », etc. Le lendemain de l'expulsion des manifestants de l'église Saint-Bernard, décidée par le gouvernement Juppé, le journal Libération en fait sa une, affichant une photo de CRS démolissant la porte de l'église et une citation du ministre de l'Intérieur Jean-Louis Debré : . L'image marque durablement les esprits, à gauche comme à droite. Édouard Balladur déclarera, plus tard au sujet de cette une : . Le milieu du rap se mobilise, avec la sortie du titre 11′30 contre les lois racistes sur lequel posent des artistes comme Akhenaton, Passi ou Stomy Bugsy. .
De même, le milieu du cinéma, publie et signe L'Appel des 66 cinéastes dans Le Monde à la suite de la condamnation d'une Française ayant hébergé un étranger en situation irrégulière : on commence alors à parler d'un « délit de solidarité ».
Sous le gouvernement de Lionel Jospin (1997-2002), la circulaire Chevènement permet la régularisation de en situation irrégulière sur la base d'un examen au cas par cas, basé sur des critères d'« intégration dans la société française » : présenter des ressources issues d'une activité régulière ou manifester l'intention d'occuper un emploi, et respecter ses obligations fiscales permettent la délivrance d'un titre de séjour salarié. Un an après le retour de la gauche au pouvoir, la victoire française lors de la finale de la Coupe du monde, en , est l'occasion d'une célébration massive du multiculturalisme, sous le slogan de la . Quatre ans plus tard pourtant, on note pour la première fois la présence du candidat du parti d'extrême-droite Front national au second tour de l'élection présidentielle de 2002.
Durcissement des lois sur l'immigration (2002-aujourd'hui) Depuis l'affaire de la mort Zyed et Bouna, en 2005, on assiste à l'expansion de mouvements dénonçant les violences policières, en particulier envers les immigrés et descendants de l'immigration. Suite à cet événement tragique, on assiste à un soulèvement massif des habitants de banlieues dans toute la France, réprimée massivement par le gouvernement De Villepin, et le ministre de l'intérieur Nicolas Sarkozy. Cette forme de manifestations sauvages et désorganisées, qualifiée d'« émeutes » se reproduira plusieurs fois en France, souvent en réaction à une bavure policière à caractère raciste.
Les émeutes de 2005 voient notamment la naissance du média le Bondy Blog, dirigé par des personnes issues de quartiers défavorisés. C'est également à cette période qu'on assiste à la multiplication des arrestations d'étrangers en situation irrégulière, entraînant la création de collectifs « anti rafles ».
La présidence de Nicolas Sarkozy (2007-2012) marque une inflexion répressive de la politique migratoire. Le Réseau éducation sans frontières (RESF), créé en 2004 et qui inclut notamment des parents d'élèves pas nécessairement engagés à gauche, devient très actif. L'année 2008 est quant à elle marquée par une vague de mutineries dans les centres de rétention, aboutissant à l'incendie et à la destruction de plusieurs d'entre eux (notamment celui de Vincennes, déclenché après le décès d'un détenu, en ).
De même qu'en 1998, en réponse à des mouvements de grève localisés, la permet à partir de 2012 quelques milliers de régularisations d'étrangers en situation irrégulière sur la base principale du contrat de travail.