Halle-sur-Saale (en allemand : Halle (Saale) ou Halle an der Saale, toutes deux prononcées ) est une ville d'Allemagne, située dans le Land de Saxe-Anhalt sur les bords de la Saale. Elle se trouve dans l'est du pays, entre les contreforts du Harz et la plaine germano-polonaise. Sa population était de en .
En 806, une forteresse fut érigée à l'emplacement de la ville actuelle pour protéger les nombreux gisements de sel que compte la région, et qui selon certains donnèrent leur nom à la ville, hall signifiant « sel » en grec ancien (cf. halite) et en vieux celtique.
La ville eut son apogée à la fin du Moyen Âge, entre le et le . À cette époque fut construit le château Moritzburg qui fut jusqu'en 1541 la résidence favorite des archevêques de Magdebourg et de Mayence.
Halle fut une ville universitaire importante dès le . Elle est connue notamment pour être la ville natale de Georg Friedrich Händel qui y naquit en 1685. Chaque année, un festival renommé rend hommage au compositeur.
Aujourd'hui, dans une superficie qui dépasse largement le centre-ville, s'étalent les vieilles bâtisses du Moyen Âge, les quelques bâtiments de la Renaissance que compte la ville, les très nombreuses maisons bourgeoises néoclassiques construites à la fin du et au début du , les derniers bâtiments communistes et des logements modernes, colorés, et entourés de verdure.
Après la chute de la RDA, la ville a été en grand chantier avec notamment la restauration du château, gravement endommagé par la guerre de Trente Ans, la Seconde Guerre mondiale et la période communiste, la destruction des bâtiments publics de la RDA et des unités d'habitations, construites après la guerre, au milieu des vieux bâtiments, ces derniers étant remplacés par des bâtiments modernes ou des espaces verts. Aussi, la ville comptait dans les années 1990, à la suite du changement du système économique, l'un des plus hauts taux de chômage d'Europe (23,1 %).
Aujourd'hui, Halle concentre d’importantes usines chimiques et de construction mécanique, et se caractérise par un beau centre-ville qui a été presque entièrement rénové depuis la réunification. La ville compte environ et une importante université, l'université Martin-Luther de Halle-Wittemberg, dont certains départements, notamment celui de biotechnologie, sont hautement réputés. La ville abrite également l'Académie nationale des sciences Leopoldina, ainsi que divers autres instituts de recherche reconnus.
Avec la ville de Leipzig, Halle forme aujourd’hui une grande agglomération comprenant presque deux millions d'habitants. L’agglomération est ceinturée de plusieurs autoroutes (A9, A14, A38, A143), en partie récemment construites. L'aéroport de Leipzig-Halle est l'aéroport intercontinental le plus moderne d’Allemagne. Au cœur de l'agglomération se trouvent aussi les sites de production de grands groupes industriels tels que BMW, DHL, Porsche ou Siemens. Il s'agit ainsi d'une des régions les plus dynamiques d’Allemagne.
Toponymie vignette|gauche|Le logo officiel de la ville en 2017. Halle-sur-Saale est le nom usuel français pour désigner la ville sur les rives de la Saale et la différencier de Halle en Rhénanie-du-Nord-Westphalie ainsi que Halle en Belgique ou encore en Allemagne.
En allemand, le nom officiel a beaucoup évolué au fil du temps. De la fin du à la fin du , il était Hall in Sachsen (« Hall en Saxe ») ; jusqu'au début du , la ville était connue comme Halle an der SaaleRapport administratif de la ville Halle an der Saale, publié par le Magistrat de Halle, 1871Annuaire d'Halle an der Saale et ses environs; utilisé dans les sources administratives ; Scherl, 1926 (« Halle-sur-la-Saale ») ; de 1965 à 1995, la graphie Halle/Saale était utilisée. Depuis, on utilise sur le site officiel la forme Halle (Saale) ou le logo stylisé (« ») en référence à Georg Friedrich Händel.
Le substantif halle en français et le substantif Halle en allemand ont certes actuellement pratiquement la même signification de « marché couvert ». Ce ne serait néanmoins pas là qu'il faudrait chercher l'origine du nom de la ville. D'après la littérature régionale du et du début du , le terme Halle renverrait à un vieil étymon du celtique ou germanique Hal, Hall ou Halla qui signifie « sel ». Cet étymon se rapproche par le sens du verbe vieux-francique hallôn, ou hâler en français. Halle est située dans une région riche en sel et Hall, Hal ou Halle est un élément de nombreux toponymes germaniques indiquant l'extraction du sel à partir de la saumure naturelle ou l'exploitation de mines de sel.
Le professeur lipsien d'onomastique Jürgen Udolph (né en 1943) doute néanmoins de cette origine. Il pense plutôt que Halle et quelques autres toponymes composé de /hal/ renvoient à un radical indo-européen signifiant « pente » ou « inclinaison ».
Histoire Appartenances historiques 1180-1680 (duché de Magdebourg) 1680–1807 1807–1813 (province de Saxe) 1815–1918 1871–1918 1918–1933 1933–1945 1945–1949 1949–1990 1990–présent
Préhistoire Le site à la Préhistoire a sans doute été occupé successivement par les Hermundures, les Angles et les Warnes (Thuringes) ainsi que par les Sorabes, qui appelaient cet endroit Dobrebora.
Antiquité Les mines de sel (qui doivent leur formation à un phénomène géologique dit « Faille du marché de Halle », en allemand Hallesche Marktplatzverwerfung) furent exploitées dès l'Antiquité sur le site même de la ville. De nouvelles fouilles conduites sur la place du marché montrent la continuité de l'exploitation du sel à Halle à travers les siècles.
Moyen Âge
La colonisation franque vignette|La Roter Turm vers 1824 En 735 le maire du palais franc Charles Martel s'empara de la région de Halle, installa les paroisses de Mersebourg et de Magdebourg, avant de confier en 738 à ses soldats la garde des salines de Dobrebora avec une oriflamme et le titre de « Confrérie des chevaliers de Notre-Dame ». La première mention du toponyme de Halle (Halla) apparaît dans le Chronicon Moissiacence daté de 806. L’empereur fonda en 968 l’évêché de Magdebourg, auquel Halle fut rattachée jusqu'en 1680. Vers 1120, la ville, enrichie par le commerce florissant du sel, s'étendit dans toutes les directions. La production de sel, d'abord privilège exclusif de l'archevêque, donna naissance vers la fin du à la corporation des sauniers : il s'agissait d'hommes libres qui possédaient leur fabrique, et qui pouvaient céder des parts (ou actions) sur leur production de saumure en pleine propriété. C'est ainsi que se développa une bourgeoisie assez puissante pour imposer en 1263 à l’archevêque un traité lui interdisant de construire un château à moins d'un mille ou d'ouvrir une nouvelle mine de sel. Les sauniers dirigeront ainsi la politique de la ville pendant des siècles. En 1281, Halle fut l'une des villes fondatrices de la Hanse, et en 1310 la charte consacrant l'autonomie administrative de la ville fut signée.
La ville hanséatique Comme pour les autres villes hanséates, il n'y eut aucune proclamation officielle pour l'adhésion de Halle à la ligue hanséatique. Une première évocation de cette adhésion apparaît dans une lettre du portant mutation du droit de foire des marchands allemands de Bruges à L’Écluse pour les années 1280 à 1282Cf. . Mais les contacts étaient certainement déjà établis avec les villes de la Hanse depuis des décennies, car il existait des liens commerciaux très étroits avec les Flandres, alors plaque tournante du commerce européen. En 1294, Halle se joignit à 24 autres villes hanséatiques pour réclamer le report d'importants privilèges de la Hanse de Visby, sur l'île de Gotland en mer Baltique, vers Lübeck.
Halle ne fut jamais une cité considérable au sein de la Hanse ; régulièrement invitée aux congrès de la Hanse, elle y députait rarement des représentants, les bourgeois abandonnant les choix politiques à Magdebourg et Brunswick, les plus grandes villes de la Ligue des villes de Saxe. On n'a pas non plus de preuves que la principale marchandise de Halle, le sel, ait été chargé sur les cogues de la Hanse ; les indices de contact commerciaux noués depuis le avec les Flandres montrent plutôt une implication des marchands de Halle dans le commerce du drap. On érigea en 1341 un beffroi entre l'octroi et l'hôtel de ville, où furent conservés les diplômes et privilèges urbains jusqu'en 1835. La construction de la Rote Turm, un campanile « pour la gloire de Dieu et de la ville de Halle, ainsi que pour l'embellissement de tout le pays » (zur Ehre Gottes und der Stadt Halle wie der ganzen Umgebung zur Zierde), et qui devait devenir l’emblème de la ville, commença en 1418.
C'est en 1478, qu'après deux siècles l'indépendance de la ville prit fin. Dès 1484, l'archevêque Ernest II de Saxe fit édifier le donjon du Moritzburg au nord-ouest de la Halle, et y fit son entrée princière en 1503 : outre son rôle de résidence seigneuriale, il abritait une garnison chargée de contenir les velléités d'indépendance des sauniers. L'adhésion à la Hanse prit fin de facto avec le décret de l'archevêque Ernest de Wettin instituant une garnison en ville le . même si on trouve encore en 1506 Halle évoquée comme ville hanséate.
Temps modernes En 1518 Halle, comme de nombreuses autres villes, définitivement déchue et radiéeEn 2001, Halle a rejoint la Nouvelle Hanse fondée en 1980 : cf. Halle auf den Seiten des Städtebundes DIE HANSE et Nachrichten vom Saaleverein.. vignette|Naumachie devant la Neue Residenz vers 1735.Le Moritzburg demeura la résidence principale des archevêques de Magdebourg jusqu’en 1680, et c’est ainsi que le cardinal Albert de Brandebourg y passa l’essentiel de son existence. Lorsque la Réforme toucha Halle, il emmena avec lui sa cour et tous les objets d’art de la cathédrale, pour les mettre en sécurité à Mayence et Aschaffenburg. Son protégé Hans von Schönitz, qui habitait dans les mines (Kühlen Brunnen) près du marché, commença le ravalement des deux églises sur la place du Marché. De 1530 à 1554 les basiliques romanes Sainte-Gertrude et Sainte-Marie furent rasées et entre les deux tours restantes (la « Tour Bleue » et la « Hausmannsturm ») on édifia l’église de la Marktkirche, comportant elle-même quatre tours ; cet édifice marque la transition entre l’architecture gothique et l’architecture de la Renaissance. Tombé en disgrâce pendant les travaux, Hans von Schönitz fut incarcéré plusieurs années dans les geôles du château fort de Giebichenstein avant d'être exécuté. Or, non seulement les bourgeois furent excédés par cette exécution arbitraire, mais ils étaient scandalisés par la vie de sybarite que menait l’archevêque Albert. Martin Luther, qui condamnait pour des motifs moraux et religieux les dépenses inconsidérées, le trafic des indulgences et l’avidité maladive d'Albert de Brandebourg, prit la tête de la contestation.
Ce sont pourtant tout à la fois l'avidité et la passion d’Albert de Brandebourg pour l'architecture qui valurent à Halle certains des plus beaux édifices de la Renaissance, comme la Neue Residenz, les extensions du Moritzburg et de la cathédrale. Le paysage urbain en fut bouleversé : plusieurs bâtiments furent rasés, comme le monastère de Neuwerk, la chapelle Saint-Lambert et l’hôpital Saint Cyriaque. Pour mener à bien ces travaux, le prince archevêque fut plus d’une fois à court d'argent et dut vendre certains objets précieux pris sur le trésor de la cathédrale ainsi que plusieurs reliques. Sa déchéance morale et la banqueroute de l’archevêché précipitèrent le triomphe de la Réforme à Halle (1541).vignette|Gravure représentant la Fondation Francke (1749) vignette|Halle à la Belle Époque. C'est par les prêches de Justus Jonas que la Réforme gagna le siège épiscopal du diocèse de Magdebourg en 1541. Martin Luther vint lui-même plusieurs fois prodiguer la bonne parole dans la Marktkirche de Halle. Son corps devait d'ailleurs y être déposé lors de son transfert d’Eisleben à Wittemberg en 1546.