L’aquitain (ou aquitanien) est une langue pré‑romaine attestée dans le piémont nord‑pyrénéen entre le I et le siècle de notre ère, principalement à travers des inscriptions votives et funéraires latines contenant plus de quatre cents anthroponymes et une soixantaine de théonymesJ. Gorrochategui, « Basque and its Neighbors in Antiquity », 1995.. Aucun texte continu n’est conservé, ce qui limite la connaissance directe de la langue.

Les caractéristiques onomastiques de ces inscriptions présentent des correspondances régulières avec le proto-basque, ce qui conduit la majorité des chercheurs à considérer l’aquitain comme une variété ancienne apparentée au basque, parfois qualifiée de « basque archaïque » dans la littérature spécialiséeL. Mitxelena, Fonética histórica vasca, 1961.L. Núñez Astrain, El euskera arcaico, 1992.. Cette relation repose toutefois exclusivement sur des données anthroponymiques et ne permet pas de reconstruire la langue de manière complète.

L’aquitain est attesté au nord des Pyrénées, dans les provinces romaines d’Aquitania puis de Novempopulanie, et constitue un élément important du substrat linguistique du gasconF. Fernández Palacios, « Actualización en onomástica vasco-aquitana », 2009.. En Espagne, il est parfois désigné sous le nom de lengua vasconica ou vascónico, appellation qui renvoie à son lien probable avec les variétés pré‑romaines apparentées au basque, sans rapport avec l’hypothèse spéculative réfutée des langues vasconiques de Theo VennemannP. Salaberri Zaratiegi, « De toponimia vasco-pirenaica », 2011..

Inscriptions aquitaines Les principales attestations de la langue aquitaine proviennent d’inscriptions votives et funéraires latines découvertes dans le piémont nord‑pyrénéen, datées entre le I et le siècle de notre ère. Ces documents, gravés sur des autels, stèles ou plaques funéraires, contiennent plus de quatre cents anthroponymes et environ soixante-dix théonymes présentant des caractéristiques considérées comme aquitaines.

Les inscriptions proviennent principalement des actuelles Hautes-Pyrénées, du Gers et de la région de Bigorre, avec quelques découvertes isolées dans le sud de la Gascogne et, plus rarement, au sud des Pyrénées. Elles constituent la quasi‑totalité du corpus connu de la langue, aucun texte continu n’ayant été conservé.

L’analyse de ces anthroponymes et théonymes a permis d’identifier des correspondances régulières avec le proto-basque, notamment dans la morphologie des noms personnels et certains éléments lexicaux. Ces rapprochements fondent l’hypothèse d’une parenté entre l’aquitain et les variétés anciennes du basque, tout en soulignant les limites inhérentes à un corpus exclusivement onomastique.

Aire linguistique L’aire linguistique de l’aquitain est principalement connue grâce aux inscriptions votives et funéraires latines trouvées dans le piémont nord‑pyrénéen, notamment dans les actuelles Hautes-Pyrénées. Ces documents contiennent environ deux cents anthroponymes et théonymes présentant des caractéristiques considérées comme aquitaines. L’absence de textes continus limite toutefois la connaissance de la langue elle‑même.

La toponymie régionale fournit des indices complémentaires : certains noms de lieux du sud‑ouest de la Gaule ont été interprétés comme reflétant un substrat aquitain, bien que ces formations doivent être analysées avec prudence et ne permettent pas de définir précisément l’étendue de la langue. Les données disponibles suggèrent que l’aquitain ou des variétés apparentées étaient parlés dans une zone couvrant une partie de la Gascogne linguistique et du Pays basque actuel, sans que l’on puisse en déterminer les limites exactes.

Les témoignages archéologiques et onomastiques ont conduit certains chercheurs à considérer l’aquitain comme un dialecte ou un groupe de dialectes apparentés au proto-basque, d’où l’expression de « basque archaïque » parfois employée dans la littérature spécialisée. Cette appellation reste toutefois descriptive et ne doit pas être comprise comme une reconstruction linguistique complète.

Au , le terme « aquitain » a également été utilisé, de manière non linguistique, pour désigner tout ou partie du gascon parlé en AquitaineJ. Ronjat, Grammaire historique des parlers provençaux modernes.F. Mistral, Trésor du Félibrige, entrée « dialèite ».. Cet usage reflète des classifications régionales anciennes et ne correspond pas à l’emploi moderne du terme en linguistique historique.

Hypothèses concernant son origine L’origine de la langue aquitaine demeure inconnue, car elle n’est attestée que par un corpus limité d’onomastique (anthroponymes et théonymes) transmis par les inscriptions latinesJ. Gorrochategui, « Basque and its Neighbors in Antiquity », dans J. B. Hualde, J. Ortiz de Urbina (dir.), The Basque Language: A Practical Introduction, 1995, p. 34‑39.. La majorité des spécialistes considère que ces formes sont apparentées au proto‑basque, sans que cela permette de reconstruire une langue complète ni d’identifier une origine préciseL. Mitxelena, Fonética histórica vasca, San Sebastián, 1961..

Les hypothèses portant sur l’origine lointaine de l’aquitain relèvent donc de modèles généraux sur les populations pré‑indo‑européennes de l’Europe occidentale. Certains auteurs ont proposé que les locuteurs proto‑basques descendraient en partie des populations préhistoriques de la région, antérieures à la celtisationLuis Núñez Astrain, El euskera arcaico, 1992.. Toutefois, ces propositions ne reposent pas sur des données linguistiques directes, mais sur des considérations archéologiques ou démographiques.

Des rapprochements ont également été suggérés entre l’aquitain et diverses langues du Caucase, en raison de ressemblances ponctuelles dans l’onomastique. Les spécialistes soulignent cependant qu’aucune migration historique n’est attestée entre ces régions et que ces parallèles demeurent hypothétiquesJ. Gorrochategui, op. cit., p. 36‑38.. De plus, la plupart des langues caucasiennes ne sont pas originaires du Caucase même, ce qui limite la portée de ces comparaisons.

Le linguiste français Michel Morvan a proposé un vaste substrat pré‑indo‑européen couvrant une grande partie de l’Eurasie, afin d’expliquer des ressemblances isolées entre le basque et des langues caucasiennes, dravidiennes, d’Asie centrale ou encore le bourouchaskiM. Morvan, Les origines linguistiques du basque, Bordeaux, 1996.. Ces rapprochements, fondés sur des lexèmes isolés et sans cadre chronologique établi, sont généralement considérés comme spéculatifs par la recherche académiqueLaurence Delaby, « Bataclan chamanique raisonné », Études mongoles et sibériennes, no 29, 1998..

Parmi les rapprochements proposés figure le paléosarde, dont certains termes ont été comparés au basque (par exemple aritz « chêne », ospile « lieu frais », gorru « rouge », basque gorri, ou berri). Ces correspondances demeurent toutefois hypothétiques et ne reposent pas sur des correspondances phonologiques systématiquesJ. Gorrochategui, « Basque and its Neighbors in Antiquity », 1995, p. 37‑38..

Plusieurs autres hypothèses ont été avancées pour expliquer l’origine de l’aquitain :

le proto‑basque aurait été apporté par des populations établies dans la région à la fin du Paléolithique supérieur. Cette idée s’appuie notamment sur les observations de Miguel de Barandiaran concernant des termes basques liés à la pierre (aitz, aitzur, aizkora)Selected writings of Jose Miguel de Barandiaran : Basque prehistory and ethnography, 2007.. Toutefois, l’outillage lithique se maintient également durant le Néolithique, ce qui limite la portée linguistique de cet argumentJ. Gorrochategui, op. cit., p. 35. ;

l’aquitain aurait des affinités avec certaines langues caucasiennes, bien que l’existence d’une famille caucasienne unifiée ne soit pas démontréeMorochkina Galina, La langue et la civilisation française à travers des siècles, Нова Книга, 2011.. Les comparaisons proposées reposent sur des ressemblances ponctuelles et ne sont pas considérées comme probantes par la majorité des spécialistes ;

certains auteurs, tels que Michel Morvan, ont rattaché l’aquitain à une hypothétique macro‑famille dené‑caucasienne, aux côtés de l’étrusque, du bourouchaski ou des langues na‑dené. Cette proposition, inspirée des modèles de Merritt Ruhlen ou d’Edward Vajda, est toutefois largement rejetée par la linguistique historique en raison de l’absence de correspondances régulières et de cadre chronologique établi ;

une autre hypothèse, aujourd’hui marginale, propose une origine nord‑africaine de l’aquitain, dans le cadre du modèle vasco‑ibérique popularisé au XIXe siècle par Humboldt. Cette théorie, qui rapproche le basque de l’ibère et des langues berbères, n’est pas étayée par des données linguistiques reconnuesF. Villar, Los indoeuropeos y los orígenes de Europa, Madrid, 1996..

La plupart de ces théories demeurent spéculatives en raison du manque de données linguistiques directes. L’hypothèse vasco‑ibérique, qui propose une parenté entre le basque et l’ibère, continue d’être discutée dans la littérature, mais elle ne fait pas consensus : les similitudes relevées sont limitées et n’ont pas permis de déchiffrer les textes ibères, qui restent largement obscursJ. Gorrochategui, « Basque and its Neighbors in Antiquity », 1995, p. 38‑39..

Certains auteurs ont également proposé l’existence d’une relation ancienne entre les Aquitains, les Ibères et les peuples de la côte cantabrique, antérieure aux migrations indo‑européennes. Ces hypothèses s’appuient notamment sur des traits onomastiques (comme la séquence ‑sc‑ dans certains ethnonymes) ou sur des correspondances phonétiques supposées (par exemple la sonorisation de ‑nt‑ en ‑nd‑)J. Gorrochategui, op. cit., p. 35‑37.. Toutefois, ces éléments ne constituent pas des preuves linguistiques suffisantes pour établir une parenté génétique.

L’aire aquitaine et pyrénéenne a été fortement romanisée à l’époque impériale, ce qui explique la disparition de la langue sur la majeure partie du territoire, aujourd’hui dominé par des langues romanes telles que le gascon, le languedocien, l’aragonais ou le catalan. Le basque parlé dans le Pays basque français est généralement interprété comme une survivance de l’extension ancienne de la langue. Cependant, la localisation actuelle du basque ne correspond pas nécessairement à celle du proto‑basque au moment de la conquête romaine : les textes antiques de l’ouest du Pays basque ne sont pas en basque, et de nombreux toponymes y sont indo‑européens, ce qui a conduit à formuler la théorie de l’euskarisation tardive.

En l’état actuel de la recherche, aucune des hypothèses proposées ne permet d’établir avec certitude l’origine de la langue aquitaine. Le consensus scientifique se limite à reconnaître une parenté probable entre l’aquitain et le proto‑basque, fondée sur des correspondances onomastiques régulièresJ. Gorrochategui, « Basque and its Neighbors in Antiquity », 1995, p. 34‑39.. Les modèles plus larges — qu’ils soient paléolithiques, caucasiens, vasco‑ibériques ou macro‑familiaux — restent spéculatifs en raison de l’absence de données linguistiques suffisantes et de la difficulté à établir des correspondances phonologiques systématiquesL. Trask, The History of Basque, London, 1997.. L’aquitain demeure ainsi une langue très partiellement documentée, dont l’étude repose presque exclusivement sur l’onomastique antique, ce qui limite fortement la portée des reconstructions et des hypothèses génétiquesJ. Lakarra, « On the reconstruction of Proto‑Basque », ASJU, 2005..

Relations avec d'autres langues Si la parenté entre l’aquitain et le proto-basque est généralement admise, aucune autre langue connue ne peut être rattachée de manière démontrée à ce groupe. L’aquitain est donc considéré comme un isolat du point de vue de la classification génétique.