vignette|Deux hommes jouant au mraha à Iconi.

La culture des Comores, petit archipel d'Afrique australe, désigne d'abord les pratiques culturelles observables des de l'union des Comores et des diasporas.

Les habitants séculaires des comores, qui se nomment les Grand-Comoriens ou Comoriens, les Anjouanais, et les Mohéliens préservent une branche méridionale de la culture swahilie1

Introduction thumb|Mosquée principale de Moroni.

La population des Comores, pour une grande part d'origine ethnique bantou, est essentiellement musulmane sunnite de rite chaféite.

La culture comorienne est historiquement une subdivision méridionale de l'importante Culture swahilie, ensemble culturel africain d'origine bantoue, d'influence indienne et arabo-musulmane, présent sur toute la côte est-africaine et une partie des îles de l'océan Indien occidental (région anciennement appelée ), et dont la principale unité politique historique fut au le grand sultanat de Mascate et Oman (qui deviendra le sultanat de Zanzibar fin , auquel les îles des Comores n'ont cependant jamais formellement appartenu). Les Comores constituent toutefois une région satellitaire de cet ensemble culturel - d'où le fait que les différents dialectes comoriens sont linguistiquement légèrement éloignés du kiswahili continental -, marqué par de nombreuses autres influences fortes comme les cultures malgache (très importante à Mayotte, nettement moins aux Comores), persane (Shirazie), indienne ou bien sûr française, notamment par le biais de Mayotte.

La religion structure en grande partie la société, mais de nombreuses coutumes et schémas sociaux propres aux peuples d'Afrique de l'Est sont profondément ancrés dans la vie de tous les jours : famille matrilinéaire et également matrilocale (la maison appartient à la femmeSelon la définition des Structures élémentaires de la parenté, Claude Lévi-Strauss), regroupement par classe d'âge et rites initiatiques ou de passages, forte importance du village d'origine (communauté) et liens privilégiés avec les membres du village, tradition de l'accueil et de l'hospitalité.

À la différence des autres îles, la culture malgache est très présente à Mayotte. Le Kibushi (langue sakalave) est la langue maternelle de près de 20 % de la population, plusieurs villages sont malgachophones, ainsi que de nombreux toponymes. Une petite population malgache existe également à Anjouan, mais elle est négligeable à Mohéli et en Grande Comore. De nombreuses traditions et pratiques culturelles sont partagées avec les régions de Mahajanga, Nosy-Be et Antsiranana (Diego-Suarez) depuis plusieurs siècles comme en témoignent plusieurs découvertes archéologiques (civilisations de Dembeni et d'Accoua ).

Langues

Les langues officielles de la République des Comores sont le comorien (shikomori, lingua franca), l'arabe et le français. La langue officielle de Mayotte est le français, mais deux langues locales y sont également reconnues, le shimaoré et le kibushi.

Les langues courantes, selon les îles, sont : mahorais (shimaore), grand comorien (shingazidja), mohélien (shimwali), anjouanais (shindzuani), sakalava / antalaotsi (shibushi), portugais...

De nombreux Mahorais parlent également le malgache pour différentes raisons : une très nombreuse communauté comorienne vit à Madagascar, ce qui facilite les échanges entre Madagascar et les îles de l'archipel ; une très nombreuse communauté malgache vit à Mayotte, depuis plusieurs générations (au moins le ).

Structures sociales Comme de nombreuses sociétés bantoues l'individu n'est rien face au groupe. L'appartenance au groupe est le fondement de la société et toute mise à l'écart est la plus sévère des punitions. Aux Comores, l'appartenance se définit d'abord par le village d'origine ensuite par l'appartenance à des sociétés de type initiatique. Ces liens forment un quadrillage qui définit un individu.

D'autre part, si déjà aux Comores les comoriens ont une tendance forte à se regrouper par communauté d'origine et même de village.

Personnalités comoriennes De la diaspora comorienne, Diaspora mahoraise Enseignement à Mayotte, Lycée de Sada Système éducatif des Comores

Symboles Emblème des Comores, Drapeau des Comores, Devise des Comores, Udzima wa yamasiwa (1978, hymne national) Armoiries de Mayotte, hippocampe, ylang-ylang.

Classes sociales La société issue du mélange arabo-bantou du au forme les fondements de la culture comorienne. Cette société qui s'appuie sur l'esclavage et le clientélisme possède plusieurs classes distinctes. La plus importante numériquement est celle des gens libres (wangwana), elle-même très hiérarchisée en fonction de l'importance sociale de la famille dans le village de naissance. Les gens du palais (wakabaila) sont les descendants arabo-perso-africains, ce sont les nobles. Les serviteurs de ces nobles, issues de familles clientes. Les sociétés socio-professionnelles regroupées dans les villes ou dans les villages de pêcheurs, jugées inférieures par les gens libres. Les commerçants, grands voyageurs, bénéficiaient d'un statut particulier.

Société de type initiatique Comme dans plusieurs sociétés de l'Afrique orientale, il existe une organisation de la population en classes d'âge (Hirimu en Grande Comores, Shikao à Mohéli) et en différents mérites ou rituels accomplis. L'aboutissement de cette organisation est le grand mariage Dola n'kou ou Houlola ha ada). Cette organisation permet un certain mixage social qui sert à la fois d'ascenseur social, d'échappatoire, un co-initié, même noble peu y être brocardé par exemple. La signification des rituels et l'importance sociale que cela génère diffère selon les îles. Les grands moments de ces rituels sont les sacrifices et les partages de bœufs qui révèlent la structure de la hiérarchie sociale.

En Grande Comore, la situation est plus hiérarchisée que dans les autres îles. Le pouvoir obtenu par l'obtention de ce statut engendre des situations et des comportements très particuliers. Certains pensent que cette coutume en Grande Comore est un frein au développement.

Les Wandru Wadzima, les hommes accomplis : Wafomamdji (Mfaume, roi), littéralement rois du village, Wabaladjumbé, littéralement ceux du centre, Wanazikofia, ceux qui portent le Kofia.

Les Wanamdji en Grande Comores et wanahirimu dans les autres îles, qui n'ont pas fait le grand mariage : Maguzi, adultes, Wafomanamdji, rois des enfants, Wazuguwa, Washondje, ceux qui font les corvées.

Famille La famille traditionnelle est matrilinéaire, ce qui ne va pas sans contradiction avec la tradition musulmane. Les règles sont codifiées et très logiques si l'on accepte ce système. Ceci a pour conséquence : La femme est propriétaire de la maison, et la résidence après le mariage étant uxorilocale, son mari vit chez elle. Chez lui, c'est chez sa sœur ou sa mère. Seules les femmes peuvent hériter mais elles n'ont pas toujours l'usufruit de leur bien. C'est leur oncle maternel ou le frère à défaut qui en est gérant. À cet homme incombera aussi certaines responsabilités et droits sur la famille et les biens (et non pas à l'époux). Un homme a le devoir de s'occuper matériellement de ses sœurs et nièces (filles de ses sœurs uniquement) puis éventuellement ensuite de ses filles. . .

L'adoption est également une pratique courante, l'enfant dit alors maman à plusieurs femmes, et il sait parfaitement qui est sa génitrice. Une femme adopte, mais l'autre n'abandonne pas, la mère confie l'enfant parce que la mère adoptive a envie d'en avoir un, parce qu'elle ne peut plus en assurer la garde, etc. Si le besoin s'en fait sentir, l'enfant peut fort bien retourner vivre avec sa mère biologique, ou une autre…

Les divorces sont courants, et il n'est pas rare pour une femme de se marier plusieurs fois. Cela est souvent dû à la tendance des hommes à vouloir s'engager dans la polygamie (à cause des familles, pour des raisons de village).

Il existe plusieurs sortes de mariage, qui n'ont pas tous la même valeur sociale dans chacune des îles. Le mariage festif et de notoriété s'appelle grand mariage. C'est le but de tout homme et femme respectable.

Les mariages forcés entre jeunes filles et hommes âgés sont de moins en moins acceptés et restent une préoccupation des jeunes filles, même s'ils deviennent rares. Ce thème est très présent dans les concours de nouvelles pour lycéens organisés dans la COI auxquels les Comores participent.

Sabénas vignette|upright|Comorienne de Madagascar en 1908 Les Sabenas sont des Comoriens chassés en masse de Madagascar début 1977, ce nom leur provient de la compagnie belge qui les a secourus. En effet, le rutaka (pogrom) s'est déclenché à Majunga à Diego-Suarez, dans cette ville uniquement, vers la fin du mois de , perpétré par les Betsirebaka et des Antandroy, deux tribus malgaches, contre toute population d'origine comorienne, par identification de leur nom à résonance musulmane ou de leur frontal noirci par la génuflexion lors des prières. Il serait parti d'un banal conflit de mœurs et de voisinage. Les premières évacuations ont eu lieu début par des bateaux Ville de Tuliéar et Ville de Manakara, enfin par la ligne aérienne belge Sabena. Ces Comoriens, bien souvent métissés, installés sur la côte nord-ouest de Madagascar depuis des générations, forment le cinquième groupe culturel constituant la population comorienne.

Religions et croyances

Pratiques magiques Issu des croyances africaines, le savoir-faire des Comoriens dans l'occultisme est très réputé dans l'océan Indien. Ali Soilih, dirigeant de l'État Comorien entre 1975 et 1978 a fermement poursuivi et persécuté les auteurs de ces pratiques.

Pratiques de l'islam vignette|Participantes à un camp de jeunesse. L'archipel a été islamisé du L'Afrique et l'Europe, Philippe Lemarchand (dir.), éditions Complexe, 1994. L'islam pratiqué est un islam tolérant de rite chaféite. Surtout dans l'union des Comores, les enfants ont pour premier lieu de formation l'école coranique où ils apprennent à lire et écrire en caractère arabe et à réciter les versets. Il n'est pas rare d'y rencontrer des personnes se réclamant du soufisme. En Grande Comore, les ouléma s'attachent à garder vivante les coutumes issues d'Afrique ainsi que les pratiques islamiques. Ces deux héritages sont quelquefois en contradiction ce qui colore d'une façon très originale l'islam des Comores. On peut citer par exemple dans cette île : Les cérémonies en mémoires des morts (qui font penser aux rites vaudou) La présence de rites associée en la croyance à certains esprits (assimilés aux djinns)

Si la tradition chaféite a longtemps permis une grande tolérance religieuse aux Comores, l'influence récente et grandissante de l'Arabie saoudite, qui investit largement dans l'île (40 millions d'euros en 2017) sous l'impulsion du président Azali Assoumani fait craindre aux observateurs internationaux une emprise du radicalisme salafiste sur l'archipel, et des dangers politiques qu'il entraîne.. Ainsi, un rapport de 2019 de la Commission des Affaires Étrangères de l'Assemblée Nationale raconte :

Enjeux et transformations Dans l'union des Comores, l'équilibre est instable. En effet, de nombreux étudiants obtiennent des bourses d'études pour aller étudier la religion dans les pays arabes et reviennent enseigner des principes qui peuvent être en contradiction avec la tradition. Plusieurs pays du Golfe, par l'intermédiaire de financement de mosquée et de centre de formation, tentent d'introduire un islam plus rigoureux de type wahabite. Certains voient dans ces changements la volonté des autorités locales et religieuses de s'affranchir de l'influence de la France. A contrario, à Mayotte, la société subit une certaine sécularisation du fait de l'abandon de la loi islamique locale pour la loi française.