Thaddée d'Édesse aussi appelé Addaï ou Judas le Zélote est un disciple de Jésus qui selon la tradition aurait évangélisé des territoires en Mésopotamie et en particulier Édesse et le royaume d'Arménie.

Son personnage est difficile à cerner car les traditions divergent à son sujet. Dans les traditions orientales, c'est le fondateur de l'Église d'Édesse dont l'Église nestorienne se réclame. Dans la tradition arménienne, il aurait ensuite fondé la première Église d'Arménie avec l'apôtre Barthélemy.

Dans les traditions des églises orientales, ainsi que pour une partie des catholiques, il s'agit de l'apôtre Thaddée, appelé aussi Judas de Jacques (Lc. 6, 16 et Ac. 1, 14) ou Judas Thaddée. Pour les Orthodoxes et les Nestoriens, il s'agit d'un demi-frère de Jésus que Joseph aurait eu avec une autre femme que Marie, alors que pour les catholiques, il s'agit d'un cousin germain de Jésus, fils d'une demi-sœur de Marie appelée Marie Jacobé avec un frère de Joseph appelé Clopas, l'expression « frères de Jésus » ne devant pas être pris dans son sens premier.

Une autre partie de la tradition catholique estime qu'il ne s'agit ni du « frère » de Jésus, ni de l'apôtre portant les mêmes noms, mais d'un disciple de Jésus, membre des « septante disciples » de Jésus dont Eusèbe de Césarée écrit qu'il en ignore les noms et dont on connaît plusieurs versions tardives et comportant des différences.

Selon la tradition, après avoir effectué une prédication en Palestine, il s'est rendu « dans le pays Arabe », en Syrie, en Mésopotamie et en Arménie. Les récits l'associent souvent avec Simon le Zélote qui l'aurait rejoint en Mésopotamie, après avoir prêché , c'est-à-dire dans une région de l'Éthiopie.

Les traditions divergent sur le lieu de sa mort. Pour nombre de chrétiens, il aurait subi le martyre en « Perse ». Les sources en arménien sont plus précises et indiquent que Thaddée aurait été exécuté dans la ville de Maku appartenant alors au Royaume d'Arménie (aujourd'hui au nord de l'Iran). Il existe aussi une tradition d'un Thaddée initialement enterré à Beyrouth, qui pour l'Église catholique est l'apôtre Thaddée.

Ses nom et surnom Bien qu'il soit connu sous le nom de Thaddée, il ne s'agit vraisemblablement pas d'un nom, mais d'un surnom. Son nom est Judas souvent réduit à son diminutif : Jude. Le nom Judas a initialement un sens positifJudas est un mot hébreu qui signifie « louange à Dieu ». Pérez-Rioja, José Antonio, Diccionario de Símbolos y Mitos, Madrid : Editorial Tecnos, 1971, , , toutefois dans la tradition chrétienne il devint le symbole de la trahison à cause de celle de Judas Iscariot Pérez-Rioja, José Antonio, Diccionario de Símbolos y Mitos, Madrid : Editorial Tecnos, 1971, , . Le diminutif Jude et le surnom Thaddée (Thaddaeus) semblent avoir été privilégiés sur le nom Judas probablement pour éviter la confusion avec le traître, Judas IscariotCipriani, S. (2000). « Judas Tadeo », in Leonardi, C.; Riccardi, A.; Zarri, G., Diccionario de los Santos, Volumen II. España: San Pablo, , .

La tradition orientale l'appelle souvent AddaïFrançois Blanchetière, Enquête sur les racines juives du mouvement chrétien, Cerf, 2001, , ., notamment dans les sources en syriaqueIlaria ramelli, L'arrivée de l'Évangile en Inde et la tradition sur saint Thomas in L'apôtre Thomas et le christianisme en Asie, éd. AED, Paris, 2013, . (un dialecte de l'araméen) et en arménienChristelle Jullien, Apôtres des confins: processus missionnaires chrétiens dans l'Empire Iranien, Groupe pour l'Étude de la Civilisation du Moyen-Orient, 2002, .. Selon François Blanchetière, Addaï « est l'abréviation d'Adonya (Yavhé est mon seigneur/maître)François Blanchetière, Enquête sur les racines juives du mouvement chrétien, Cerf, 2001, ., . ». Pour Christelle Jullien, Thaddée est Christelle Jullien, Apôtres des confins: processus missionnaires chrétiens dans l'Empire Iranien, Groupe pour l'Étude de la Civilisation du Moyen-Orient, 2002, ..

Saint Jérôme écrit dans son Commentaire de l’Épître aux Galates que Jérôme de Stridon, Epist. ad. Gal. 2, 4. a pris le nom de Zélote . Dans son texte contre Helvidius, il parle à nouveau de « Jude Zélote qui est dit Thaddée dans un autre évangileJérôme de Stridon, Adv. Helvidium 13.. ». Le Décret de Gélase au déclare canonique une épître Iudæ Zelotis apostoli, « de l’apôtre Judas le Zélote ».

Deux variantes de manuscrits des Constitutions apostoliques indiquent que Robert Eisenman, James the Brother of Jesus: The Key to Unlocking the Secrets of Early Christianity and the Dead Sea Scrolls, éd. GDP, Nashville, 2012, ..

La forme latine LebbaeusEscuela Bíblica de Jerusalén, Biblia de Jerusalén, Bilbao : Desclée de Brouwer, éd. 1975, , . est peut-être basée sur la racine hébraïque leb (cœur). Thaddée pourrait venir de l'araméen, « taddà » qui désigne la poitrine. Il pourrait signifier « le courageux », puisque le cœur et la poitrine en sont traditionnellement le siège. Il pourrait signifier aussi « homme de cœur »MacArthur, John, Doce Hombres Comunes y Corrientes Editorial Caribe (TN, USA), 2004, , . ou manifester la tendresseJoAnn Ford Watson, Anchor Bible Dictionary, article Thaddeus (person), ..

Les différentes traditions Thaddée est un personnage difficile à saisir puisque les différentes traditions définissent un contour différent du personnage. Toutes les traditions s'accordent toutefois pour dire qu'il a évangélisé les régions à l'est de l'Euphrate (souvent appelées Perse dans les textes chrétiens) dans la dernière partie de sa prédication.

La tradition orthodoxe Pour les orthodoxes, Jude Thaddée est un des douze apôtres de Jésus, descendant du roi David et de Salomon par Joseph qui n'était que fiancé à MarieApostle Jude the Brother of the Lord, (Église orthodoxe aux États-Unis). lorsque Jésus est né de façon miraculeuse alors que Marie était viergeVoir à ce sujet Pierre-Antoine Bernheim, Jacques, frère de Jésus, Albin Michel, 2003, .. C'est avec une autre épouse que Joseph aurait eu préalablement les quatre fils dont les noms sont fournis dans les évangiles synoptiques dont ferait partie Jude Thaddée. Jude est aussi surnommé (Mt. 10, 3). Il est aussi appelé Thaddée dans l'évangile attribué à Marc (Mc. 3, 18). Dans les Actes des Apôtres, il est appelé Barsabas (Ac. 15, 22). Il est parfois appelé Judas frère de Jacques, pour marquer son humilité, afin de ne pas se mettre au même rang que son demi-frère Jésus. Il est donc à la fois le « frère » de Jésus, mentionné dans les listes de frères des évangiles et un des douze apôtres, mentionné soit sous le nom de Thaddée (Laebbius) ou celui de Judas de Jacques.

La tradition nestorienne La tradition nestorienne reprend le même type d'information que les orthodoxes. Thaddée y est souvent appelé Addaï, celui-ci aurait d'abord été envoyé par l'apôtre Thomas peu de temps après la résurrection de Jésus. C'est de ces apôtres, avec Bar-Tulmai (Barthélemy) et Mar Man l'un des septante disciples que l'Église apostolique assyrienne de l'Orient a reçu l'enseignement de JésusHistory of the Nestorian Church, sur http://www.nestorian.org.Nestorian Patriarchs, sur http://www.nestorian.org.. Cette église aurait initialement été établie à Édesse au et c'est à partir d'Édesse que la « Bonne nouvelle » (évangile) se serait répandue.

La tradition arménienne

Il existe en arménien un corpus de témoignages antiques et notamment une traduction arménienne de la « Doctrine d'Addaï » datant du Valentina Calzolari, École Pratique des Hautes Études Sciences Historiques et Philologiques : Livret 10, Apocryphes arméniens du Nouveau Testament (saint Thaddée, saint Barthélemy, sainte Thècle)], éd. Champions, Paris, 1996, .</ref>. Dans cette version, après avoir évangélisé Édesse, Thaddée/Addai est envoyé évangéliser l'Arménie par le roi Abgar, l'oncle du roi d'Arménie Sanatrouk. Par rapport à la version en syriaque le récit des actes de l'apôtre se poursuit après son départ d'Édesse. Thaddée aurait été exécuté dans la ville de Maku vers 45<ref>Albert Khazinedjian, [https://books.google.fr/books?id=vAUD2UwF3DkC&lpg=PA139&ots=o7X5Lp4281&dq=Magou%20Iran&hl=fr&pg=PA139#v=onepage&q&f=false 40 ans au service de l'Église arménienne apostolique: Compendium"", éd. L'Harmattan, Paris, 2009, ., par Sanatruck, neveu du roi Abgar. Bien que l'authenticité de ces versions soit contestée, la tradition est toutefois solidement établie et soutenue par un ensemble de textes comme « Le Martyre de Thaddée », « L'Histoire de Thaddée et Sanduxt », « Le Martyre de Sanduxt », « La Découverte des reliques de Thaddée ». Certains de ces textes font également arriver l'apôtre Barthélemy en Arménie à l'époque de l'exécution de Thaddée, où il connut également le martyre dans les années 60Voir entre autres Yowhannes Drasxanakertci, History of Armenia, trad. Krikor H. Maksoudian, Scholars Press, Atlanta, 1987, 78 ; Aziz S. Atiya, History of Eastern Christianity, University of Notre Dame Press, 1967, 315 ; Khoren Narbey, A Catechism of Christian Instruction According to the Doctrine of the Armenian Church, trad. Ter Psack Hyrapiet Jacob, Diocese of the Armenian Church of North America, 1892, 86–87..

Quoique Grégoire l'Illuminateur soit crédité du titre « d'Apôtre des Arméniens » pour avoir baptisé Tiridate IV d'Arménie en 301, et converti les Arméniens, les apôtres Jude et Barthélemy sont traditionnellement considérés comme ayant été les premiers à apporter le christianisme en Arménie, et sont donc vénérés comme les saints patrons de l'Église apostolique arménienne. Le Monastère Saint-Thaddée (dans le nord de l'Iran) est construit à l'endroit supposé du martyre de Jude. Le Monastère Saint-Barthélemy d'Aghbak (dans le sud-est de la Turquie) est construit à l'endroit supposé du martyre de Barthélemy.

La tradition catholique Dans la tradition catholique, Thaddée n'est ni le « frère » de Jésus appelé Jude Thaddée, ni l'apôtre du même nom, mais un disciple de Jésus, seulement membre du groupe des soixante-dix. À la suite de Bède le Vénérable, cette tradition considère que Jérôme de Stridon se trompeCalvin B. Kendall, Faith Wallis, in Bède le Vénérable, Bede: On the Nature of Things and on Times, 2010, Liverpool University Press, Liverpool, .. Il en est de même des sources en syriaque et en arménien qui auraient confondu deux saints Thaddaeus. Pour affirmer cela, elle s'appuie sur la notice d'Eusèbe de Césarée qui l'appelle bien « l'apôtre Thaddée » envoyé à Édesse par Thomas, mais qui mentionne aussi son appartenance au « groupe des soixante dix »« Après l'ascension de Jésus, Judas, qu'on appelle aussi Thomas, envoya à Abgar l'apôtre Thaddée, un des soixante dix. » Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, livre , chap. , 11.. Eusèbe de Césarée expose cette tradition, qu'il déclare avoir trouvé dans les Archives royales d'ÉdesseRobert Eisenman, James the Brother of Jesus: The Key to Unlocking the Secrets of Early Christianity and the Dead Sea Scrolls, éd. GDP, Nashville, 2012, . et l'avoir traduite lui-même depuis le syriaque. Selon cette thèse, les traditions grecque et arménienne ont confondu Addaï avec ThaddéeValentina Calzolari, « Les origines apostoliques de l'Église arménienne selon la littérature apocryphe : les apôtres Thaddée et Barthélémy », dans Gabriella Uluhogian, Boghos Levon Zekiyan, Vartan Karapetian (dir.), Arménie : Impressions d'une civilisation, Skira, Milan, 2011 , 140.. Jean-Pierre Mahé explique l'erreur dans la tradition grecque par une faute de lecture du syriaque (un aïn pris pour un tav)Jean-Pierre Mahé, « Conversion et naissance de l'alphabet () », dans Jannic Durand, Ioanna Rapti et Dorota Giovannoni (dir.), Armenia sacra — Mémoire chrétienne des Arméniens (), , Paris, 2007 , 23..

Les sources Nouveau Testament