Andorre, micro-État européen situé dans les Pyrénées, est une principauté souveraine dont les origines remontent à l'époque carolingienne. Son histoire est étroitement liée à celle de l'Espagne et de la France.

Bien que la tradition attribue la création de la principauté à Charlemagne, Andorre fut peuplée à partir de la Préhistoire et l'ancien peuple des « Andosins » est mentionné dans des sources antiques. L'indépendance de l'Andorre est néanmoins reconnue pour la première fois à l'époque carolingienne, lorsqu'elle forme un État de la Marche d'Espagne, destinée à protéger l'empire des invasions arabes.

Longtemps isolée et peu peuplée, Andorre a cultivé des coutumes originales, notamment avec son système d'administration hors d'âge, qui partage le trône entre le chef de la République française et l'évêque espagnol d'Urgell et son « Conseil de la Terre », le plus vieux parlement européen. Pendant la seconde moitié du , la principauté connut néanmoins une très forte opposition entre les conservateurs et les partisans de la démocratisation et de l'ouverture au tourisme.

Au , la construction d'infrastructures telles que stations de ski, routes et hôtels, bouleverse finalement Andorre qui devient un grand centre touristique et commercial, grâce aux taxes très basses sur certains produits de consommation, plus coûteux dans le reste de l'Europe.

Origines Préhistoire thumb|Peintures rupestres pyrénéennes. L'Andorre actuelle est parcourue à partir de -13000 et son peuplement commence au Néolithique. Les tout premiers habitants de la vallée d'Andorre ont laissé des traces : des silex et des harpons à Santa Coloma et des gravures rupestres, notamment à Balma del Llunci, à Ordino et dans la roca de les Bruixes (le « rocher des sorcières ») à Prats.

Des fouilles ont également permis de découvrir des silex taillés et des débris de céramiques vieilles de ans. À Sant Julià de Lòria se trouve un site néolithique qui comprend une nécropole de forme dolménique, aux alentours ont été trouvés divers objets de cette époque comme du matériel funéraire, des colliers et des couteaux en pierre.

Les tribus s'installent durablement pendant l'Âge du bronze. Des débris de forgeage trouvés à Arinsal et à Santa Coloma permettent d'affirmer l'usage des métaux en Andorre pendant cette période. Durant la Protohistoire, la région subit l'influence des Ligures puis des Ibères.

Antiquité Les « habitants des Vallées » sont mentionnés pour la première fois dans un texte de l'historien grec Polybe au ; celui-ci décrit le passage d'Hannibal Barca dans les Pyrénées et fait référence aux tribus des « Andosins » (Andosini).

La domination romaine a laissé peu de traces en Andorre, sinon les quelques monnaies trouvées pendant des fouilles archéologiques et des traces latines dans la toponymie. Le latin est aussi à l'origine du dialecte catalan nord-occidental encore parlé aujourd'hui en Andorre.

Grandes Invasions Au , l'Andorre est conquise par les Wisigoths ; ceux-ci, arrivés par Narbonne en 414, envahissent dans le même temps l'Espagne. Vers 714, les Wisigoths sont chassés par les Arabes et ces derniers, restent en possession d'Andorre. Les Francs prennent par ailleurs le contrôle de la région vers 785.

Moyen Âge Fondation thumb|left|upright=0.8|L'église romane Sant Joan de Caselles, fondé au , à Canillo. Le combat ordonné par Charlemagne contre les Arabes dans les Pyrénées en 788 marque la création véritable de l'Andorre. La tradition dit qu'un Andorran, Marc Almugàver, a conduit de ses compatriotes à Puymorens et à Campcardos où les hommes de Charlemagne livraient le combat contre les Sarrasins Vilaweb - Diari escola..

Le futur empereur d'Occident, reconnaissant, aurait alors déclaré les Andorrans comme « peuple souverain » et leur aurait fourni une charte. L'histoire véritable se mêle ici aux légendes et il est difficile de savoir comment l'Andorre a réellement obtenu son indépendance. Il est cependant sûr que Charlemagne a fait de l'Andorre une partie de la Marca Hispanica. Cette marche, constituée d'États tampons, protégeait la France de nouvelles invasions arabes..

Le départ des Arabes permet la reconstruction de la cathédrale de La Seu d'Urgell, toute proche, et le jour de sa consécration, en 839, les Andorrans apportent à l'évêque le commandement de leurs six nouvelles paroisses, Andorre et Lòria, Canillo, Encamp, La Massana, Ordino et Santa Coloma.

Au , le petit-fils de Charlemagne, Charles le Chauve, nomme le comte Sunifred de Cerdagne-Urgell comme suzerain d'Andorre. Le , Ermengol VI, un descendant du comte, donne ses terres andorranes au diocèse d'Urgell, à la tête duquel se trouve l'évêque d'Urgell. Les Andorrans acceptent la nouvelle suzeraineté lorsqu'ils prêtent serment à l'évêque, en 1186 et 1199.

Paréages Les évêques d'Urgell imposent rapidement et sans mal leur pouvoir sur l'Andorre. Mais l'environnement politique de l'époque, dangereux, les conduit à craindre la perte de leur territoire. En effet, les seigneurs catalans ne cessent de changer leurs alliances et s'opposent de plus en plus fermement au pouvoir religieux.

Ainsi, le , l'évêque Bernard Sanç signa un traité avec le seigneur Arnaud de Caboet, un noble catalan. Ce traité confirmait la souveraineté de l'évêque sur l'Andorre en même temps que le pays devenait un fief des Caboet. Cependant, les deux signataires ne se soutiennent pas vraiment, notamment parce que les Caboet étaient cathares..

En 1185, les droits de suzeraineté des Caboet sur l'Andorre passent à la famille de Castellbò (Castelbon), autre maison catalane. Quelques années plus tard, en 1208, Ermesenda de Castellbò i Caboet se marie à Roger-Bernard II de Foix, l'Andorre revient donc à la maison de Foix.

Le temps et les alliances entre seigneurs n'atténuent pourtant pas les divergences entre les détenteurs des droits sur l'Andorre et les évêques d'Urgell, qui ne s'entendent pas avec les comtes de Foix. Pierre III d'Aragon s'imposa après son couronnement comme l'arbitre du conflit, grâce à sa puissance et sa supériorité sur les antagonistes.

Le 8 septembre 1278, le conflit est finalement résolu par la signature d'un paréage (pariatge), partageant la souveraineté d'Andorre entre les deux seigneurs, Monseigneur Pere d'Urg et Roger-Bernard III de Foix, qui deviennent coprinces d'Andorre.. Le paréage, une institution féodale reconnaissant le principe de l'égalité des droits partagés par les deux voisins, a donné au petit État son territoire et sa forme définitive. En retour de la protection des deux seigneurs, les Andorrans devaient payer un impôt, la quèstia. Celle-ci consistait à un paiement en nature, le pays étant trop pauvre pour fournir de l'argent ; ainsi, les Andorrans offraient chaque année aux deux souverains des denrées alimentaires comme du pain, du lait…

Quelque temps après la signature du premier paréage, le comte Roger-Bernard III de Foix profite des lacunes du texte pour faire construire un château sur le Puy Sant Vincenç, d'où il peut contrôler l'évêqueCoprince.ad - Éléments de l'histoire de la principauté d'Andorre.. Ce dernier exige donc un deuxième paréage. Il est signé en 1288 et, tout en confirmant le premier, il oblige les signataires à s'entretenir et à obtenir le consentement de l'autre avant la construction d'un système défensif en Andorre.

Fin du Moyen Âge En 1419, les Andorrans demandent aux deux coprinces le droit de créer une assemblée ; celle-ci est accordée et la première séance se tient le de la même année. Cette assemblée, baptisée Conseil de la Terre (Consell de la Terra) affirme l'indépendance et l'originalité de l'Andorre tout en donnant des droits aux chefs des grandes familles andorranes, puisqu'ils peuvent élire leurs représentants. Cette assemblée est souvent considérée comme l'un des plus anciens parlements d'Europe.

Époque moderne Renaissance thumb|left|Le Parlement de l'Andorre, construit au . En 1479, dix ans après le mariage des Rois catholiques, Ferdinand II d'Aragon et Isabelle de Castille, se marient à leur tour Gaston IV de Foix-Béarn et Éléonore d'Aragon. La maison d'Albret, qui possède la Navarre, le Béarn et la Bigorre, hérite donc du comté de Foix, de Caboet, de Castellbò et donc de l'Andorre.

En 1512, l'Andorre est occupée par l'Aragon, à la suite de troubles entre la maison de Navarre et celle d'Aragon. En effet, lorsque Catherine de Navarre est couronnée, les souverains d'Aragon revendiquent le trône en exigeant la loi salique puis envahissent les terres de Catherine.. Le successeur de cette dernière, Henri II de Navarre, signe la paix en 1513 mais se résigne à ne garder que la Basse-Navarre ; il récupère en même temps ses droits sur l'Andorre.

Henri II de Navarre se marie à Marguerite de Valois en 1509, le mariage donne naissance entre autres à Jeanne d'Albret. Cette dernière se marie en secondes noces en 1548 à Antoine de Bourbon, parent du roi de France, et met au monde Henri III de Navarre.

thumb|upright=0.8|Henri IV de France. Lorsque Henri III de France meurt sans héritier en 1589, Henri III de Navarre devient roi de France, sous le nom de Henri IV de France. L'Andorre se retrouve alors avec le chef de l'État français pour coprince. Henri IV fait donc signer en 1607 un édit qui fixe officiellement et définitivement le titre de coprinces d'Andorre au roi de France et à l'évêque d'Urgell.

Le successeur de Henri IV de France, Louis XIII, accepte le titre de coprince, comme le font ensuite ses héritiers. L'Andorre est alors la seule survivante des États pyrénéens apparus sous Charlemagne et le désintérêt de la France et de l'Espagne lui permet de garder encore son indépendance. Cela s'explique surtout par la grande pauvreté des Andorrans et de leur principauté, très isolée et qui ne renferme aucune grande richesse exploitable. L'inertie de l'évolution démographique est révélatrice de l'état du pays ; du Moyen Âge à la fin du , la population andorrane stagne autour des habitants.

La situation unique de l'Andorre lui vaut tout de même d'importants avantages, ceux accordés par les grandes puissances aux pays neutres et sans armée. Elle bénéficie en effet d'un régime économique spécial, qui permet la libre circulation des biens aux frontières de la principauté, l'Espagne et la France accordent aux exportations andorranes des taxes très faibles et les coprinces accordent des exemptions fiscales.

Au début du , l'Andorre parvient à maintenir sa neutralité lors de la Guerre de Succession d'Espagne. Cette guerre, qui opposa la France, la Bavière et la Couronne de Castille à une importante coalition européenne menée par l'Autriche, mit fin par la défaite du second camp à l'autonomie de la Catalogne, alliée aux Habsbourg. La principauté d'Andorre échappa donc par sa neutralité à une possible annexion par l'Espagne ou par la France, vainqueurs, et confirma pour les siècles à venir son absence dans la politique européenne.

L'Espagne, en supprimant progressivement tous les privilèges de la Catalogne afin d'uniformiser les législations au sein du pays, change son régime fiscal et frappe tous les produits importés d'une taxe qui correspond à 10 % de leur valeur. Or comme le commerce andorran vivait à l'époque grâce à l'exemption des taxes sur les importations, les habitants de la principauté sont donc violemment hostiles à la réforme espagnole, qui anéantissait leur économie. Finalement, après de longues négociations, l'Andorre obtient de l'Espagne un accord spécifique, la Sentència Manutenció, en 1738. Ce traité rétablissait l'exonération des taxes sur les produits exportés d'Andorre, mais obligeait les Andorrans à exporter au moins 10 % de leur production vers l'Espagne.

thumb|left|Maison traditionnelle andorrane.