Le franc-comtois (autonyme : frainc-comtou) est une langue d'oïl qui se parle en Franche-Comté, dans le canton du Jura, dans le Jura bernois et dans plusieurs communes alsaciennes. Elle est également désignée sous les noms de « comtois » ou « langue comtoise ». Le franc-comtois fait partie d'un groupe de langues qui comprend le picard, le wallon et le lorrain. Ces langues ont en effet un certain nombre de caractéristiques en commun, dont une influence germanique. Cependant le comtois est la langue d'oïl qui possède le plus de germanisme. Ses locuteurs sont appelés les comtophones, comtodjâsou en franc-comtois. La langue a le statut de langue minoritaire en SuisseCharte européenne des langues régionales ou minoritaires : septième rapport de la Suisse.

Histoire

Il existe des écrits du en langue franc-comtoise, même si, durant des siècles, la langue est demeurée principalement parlée. Certains remontent au . C'est le cas du chant du Rosemont, le plus ancien texte connu en franc-comtois. Datant de 1525, c'est une ballade qui célèbre la mémoire de Généry (ou Jean Neury) et de Richard Prévôt (chef d'une troupe de paysans qui participa à la guerre des Paysans ayant agité le monde germanique cette année. On peut également citer Dialogue de Porte Noire et de Pilory sur la prise de Besançon par les Français datant de 1668.

Ainsi, contrairement à l'image bien souvent véhiculée, la langue fut également écrite. Même si la langue française s'imposa tôt chez les élites en Franche-Comté, le franc-comtois fut, pendant de nombreux siècles, la principale langue du peuple.

Les sont marqués par un grand recul de la langue aussi bien en Franche-Comté que dans le canton du Jura. Ceci est notamment dû aux politiques menées au sein des écoles visant à imposer le français contre les autres langues parlées en France. La langue a bien souvent subi une influence du français sur le plan lexical dans les textes écrits.

À la fin du et au début du , la langue n'est plus présente dans la vie publique et se maintient par des petits groupes de locuteurs, souvent présents au sein d'associations, dont la langue est parfois maternelle.

En 2021, le roman Le Petit Prince est traduit en franc-comtois par le Comtois Billy Fumey sous le nom de Lou péquignot prïnce. Le nombre d'exemplaires imprimés et vendus de ce livre s'élève à 600, ce qui en fait l'un des livres en langue franc-comtoise les plus vendus. Puis en 2024, une autre traduction en franc-comtois est publiée par le Suisse Michel Choffat sous le nom de Lo Ptét Prïnce.

Aujourd'hui le nombre de personnes qui comprennent ou parlent le franc-comtois est estimé jusqu'à 5000, dont 4000 en Suisse et 1000 en Franche-Comté.

Domaine

Son domaine est limité : au sud et au sud-est par les parlers arpitan ; à l’ouest par les parlers bourguignons-morvandiaux et champenois ; au nord par les parlers lorrains ; à l'est et au nord-est par des langues germaniques alémaniques (dont l'alsacien et l'alémanique suisse) ou d'autres variétés du haut-allemand).

En France

Comme toutes les langues régionales et minoritaires de France, le franc-comtois n'a aucune existence institutionnelle. L'association lUnion des Patoisants en Langue Romane organise des cours d'enseignement du franc-comtois.

De nombreux groupes et associations se battent à la marge pour essayer de faire connaître la langue, notamment à travers des contributions dans des revues et par l'organisation de cours.

En Alsace

L’aire de la langue s’étend, selon une cartographie linguistique de l'Alsace en 1910, sur l'Arrondissement d'Altkirch dans dix communes du canton de Dannemarie (Bellemagny, Bretten, Chavannes-sur-l'Étang, Eteimbes, Magny, Montreux-Jeune, Montreux-Vieux, Romagny, Saint-Cosme et Valdieu-Lutran) et dans deux communes du canton de Ferrette (Courtavon et Levoncourt).

Aujourd'hui, des comtophones sont encore actifs en Alsace.

Le conseil général du Haut-Rhin s'est engagé pour une politique en faveur du bilinguisme en signant une convention quadripartite 2007-2013, visant notamment à faire de l'écomusée d'Alsace un exemple d'expérimentation d'un modèle bilinguiste avec une signalétique représentative de tous les dialectes d'Alsace n'oubliant pas « une appellation en langue française, une appellation en Hochdeutsch, une appellation soit en Elsasserditsch (dialecte alsacien), soit en Roman (secteur Montreux-Jeune, Montreux-Vieux, Valdieu-Lutran etc.), soit en dialecte welche (secteur Lapoutroie, Le Bonhomme), soit en judéo-alsacien (Yiddisch d’Alsace) ».

Cette initiative est une première reconnaissance d'un dialecte du franc-comtois (appelé roman en Alsace) et pourra peut-être être généralisée à l'échelle du département.

En Franche-Comté

L’aire de la langue s’étend en Franche-Comté sur les départements du Doubs (parties nord), de la Haute-Saône, du Jura (partie nord) et du Territoire de Belfort.

La limite entre arpitan et franc-comtois correspond à peu près historiquement à la frontière entre Bailliage du Milieu et Bailliage d'Aval (organisation du territoire avant 1790).

Le franc-comtois reste peu connu des Franc-Comtois eux-mêmes. On le retrouve relativement peu dans la toponymie locale ; seul un village de Haute-Saône, Anjeux, compte une devise en comtois : « Ai Anjeux lo diale y cueut » (En français : « À Anjeux le diable y cuit » - allusion aux procès de sorcellerie du où de nombreuses sorcières y furent brûlées). Alors que des expressions de Français régional restent très usitées, la région semble avoir oublié sa langue, même si de plus en plus de groupes émergent pour défendre les dialectes locaux.

En Suisse

Le , le Conseil fédéral a approuvé le septième rapport de la Suisse à propos de l’application de la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires. Le Conseil de l’Europe ayant recommandé de reconnaitre l'arpitan (dont relève historiquement la majeure partie des dialectes de Suisse romande) comme langue régionale ou minoritaire, le Conseil fédéral a élargi cette reconnaissance au franc-comtois : tous deux sont désormais reconnus officiellement en Suisse en tant que langues minoritaires.

Dans le canton de Berne

Le franc-comtois est la langue traditionnelle du nord-est du Jura bernois, région francophone du canton de Berne, plus précisément de la partie nord du district de Moutier. Dans la partie sud-est de la région, l'arpitan est l'idiome traditionnel tandis que, dans la partie centrale, il s'agit d'un dialecte de transition entre le franc-comtois et l'arpitan.

Dans le canton du Jura

La langue connaît une activité relativement importante dans le canton du Jura., notamment par l'existence de plusieurs associations la protégeant et faisant vivre le franc-comtois. Néanmoins la langue a été délaissée pendant près de deux siècles, subissant une évolution différente des autres dialectes de Suisse romande du fait de la polarisation entre la langue germanique imposée historiquement par Berne et la langue française, devenant un symbole de résistance. Selon Andres Kristol il y avait encore à la fin du 3,1 % de locuteurs du franc-comtois dans le canton. Selon RTS en 2018 lors de l'officialisation de la langue, jusqu'à 4000 personnes étaient comtophones, ce qui représente 5,5% de la population.

L'article 42.2 de la constitution de la République et canton du Jura fait référence à la langue sous le terme de « patois » : (Article 42.2) : « Ils (l'État et les communes) veillent et contribuent à la conservation, à l’enrichissement et à la mise en valeur du patrimoine jurassien, notamment du patois. »

Le , Jean-Marie Moine proposait d’envisager la création d'un Cercle d'étude du comtois au sein de la Société jurassienne d'émulation (SJE) (Jean-Marie Moine est le responsable du Cercle depuis sa création). Il faudra néanmoins attendre le pour que ce Cercle voit le jour. Nommé « Voiyïn » (regain, en français), il se réunit régulièrement quatre fois par an. Ses activités consistent notamment à : enregistrer des comtophones, établir un catalogue de tout ce qui a été écrit ou qui a paru en comtois (articles, livres, disques, cassettes, vidéocassettes, etc.), présenter des travaux de recherches sur la langue comtoise, et prendre connaissance des textes comtois nouveaux écrits aujourd'hui par les membres du Cercle, rassembler tous les documents et les mettre à la disposition du public.

Fondateur, en 1956, du « Réton di Ciôs-di-Doubs » (l'Echo du Clos-du-Doubs, en français), une amicale de comtophones, Badet Joseph, plus connu sous le nom de « Djôsèt Barotchèt », s’était engagé pour la défense et la sauvegarde du comtois. Il est notamment l'auteur de dix-neuf pièces de théâtre ainsi que de nombreux poèmes et chansons mises en musique par Paul Montavon et Ernest Beuchat. Il donnait aussi des cours de comtois, participait à des émissions radiophoniques et écrivait de nombreux articles dans les journaux. En 1983, il reçoit le Prix littéraire jurassien.

Toponymie