Adrien de Witte, né le à Liège et mort le dans sa ville natale, est un peintre, aquarelliste, graveur et dessinateur belge.

Fils d'un artiste peintre, de Witte montre, dès son enfance, une prédisposition pour les arts. Après de brillantes études à l'Académie royale des beaux-arts de Liège, il s’installe en 1870 avec son ami le sculpteur Léon Mignon dans un atelier situé rue de l'Étuve. Il y commence sa carrière, dessinant et peignant , et s'y initie également à la gravure. Enthousiasmé par un premier voyage de plusieurs semaines dans la péninsule italienne fin 1872-début 1873, il a l'occasion d'y séjourner plus longuement lorsqu'il obtient en la bourse de la fondation Lambert Darchis. Celle-ci lui permet de rejoindre son ami Léon Philippet à Rome, où il réside jusqu'en . Il y vit en plus intéressé par que par les grandes œuvres du passé.

Revenu à Liège pour assurer l'intérim de Jean-Mathieu Nisen à l'Académie des beaux-arts, il part ensuite à Paris. Bien qu'il envisage d'y rester plus longtemps, de Witte rentre finalement au pays lorsque Prosper Drion, le directeur de l'Académie, lui offre la place de professeur qu'occupait Nisen, décédé en . Commence alors une longue carrière d'enseignant, qui dure jusqu'en mais s'effectue . Éducateur , il laisse un à nombre de ses élèves. Parmi ceux-ci figurent des artistes tels qu'Émile Berchmans, Auguste Donnay, Jean Donnay, François Maréchal ou Ernest Marneffe. Il est également directeur de l'Académie de 1910 à 1913.

De Witte est non seulement le principal artisan de la relance de la gravure en région liégeoise dans le dernier quart du mais aussi l'un des représentants majeurs du réalisme en Wallonie, qu'il introduit à Liège avec Léon Philippet dans les années 1870.

Biographie Jeunesse et formation (1850-1870) Lambert Jean Adrien de Witte de Limminghe, né à Liège le ., est le fils de Jean-Baptiste Corneille de Witte de Limminghe (1819-1907) et de Marie Catherine Antoinette Lambertine Andrien (1821-1883). Le jeune Adrien a déjà une sœur, Charlotte (1849-1913), qui restera célibataire jusqu'à la fin de ses jours, et la famille s'agrandit peu après avec la naissance d'une seconde fille, Maria (1852-1886). Cette dernière épousera en , avec qui elle a avant son décès prématuré à l'âge de .

gauche|vignette|Nature morte, non datée, de Jean-Baptiste Corneille de Witte.

Le père d'Adrien de Witte, ancien élève de l'Académie royale des beaux-arts de Liège qui y avait , gagne sa vie comme artiste peintre et est l'auteur de natures mortes . Il transmet à son fils ses premières notions de dessin, comme le décrit en 1927 Charles Delchevalerie : .

Le garçon commence son parcours scolaire à l’école Saint-Jean puis il entre à l'athénée de Liège, en sixième latine, établissement qu'il doit assez rapidement abandonner car son professeur est choqué par les croquis qu'il dessine en marge de ses cahiers. Il continue alors ses études au Collège des Jésuites dans la section professionnelle. Dès son enfance, il montre une prédisposition pour les arts et .

De 1866 à 1870, il se forme, comme son père, à l'Académie royale des beaux-arts, où il suit les cours de Lambert Herman pour le dessin , de Charles Soubre pour le dessin , de Prosper Drion pour l’anatomie, de Camille Renard pour l'histoire de l'art et d’Auguste Chauvin pour le dessin . Ses premiers dessins, qui datent de cette époque, révèlent déjà son penchant à l'observation : et il reproduit de mémoire les bustes qu'il a copiés au cours de dessin . Toujours vers 1866, son grand-père maternel, négociant, installe une collection de plusieurs centaines de tableaux, dont , dans sa propriété de la rue Hocheporte. Le jeune adolescent .

gauche|vignette|upright|Autoportrait, 1867 (huile sur papier marouflé sur toile ; ), Liège, La Boverie.

Testament de sa précocité comme artiste, il apporte habituellement des corrections amicales aux devoirs de ses camarades de classe à l'Académie des beaux-arts, il peint, dès 1867, un Autoportrait sur papier et il obtient, lors des concours bisannuels de l'Académie royale des beaux-arts pour 1866-1867, 1868-1869 et 1870-1871, pas moins de neuf récompenses : trois , quatre et deux . Comme l'observe le marchand et critique d'art Jacques Goijen : .

La découverte lors d’une visite rendue à un amateur d’art, , d’un tableau de Gustave Courbet, représentant une femme vue de dos sur un lit, est une révélation pour le jeune homme. Il perçoit ce que doit être l’art : l’expression de la vérité.

Début de carrière artistique et premier voyage en Italie (1870-1879)

L'atelier de la rue de l'Étuve et la découverte de l'Italie

Une fois ses études achevées en 1870, il s’installe dans un atelier situé rue de l'Étuve avec son ami le sculpteur Léon Mignon et il collabore avec ce dernier et Joseph Demoulin au journal satirique Le Caustique. Dans leur atelier, Mignon et de Witte se réunissent régulièrement avec un petit groupe d’amis dont le peintre exécute divers portraits dans les années 1870 : Achille Guillaume Durup de Baleine (professeur et directeur de l'Institut Royal des Sourds-Muets et Aveugles de Liège), Félix Nisen (peintre ; fils du portraitiste Jean-Mathieu Nisen), Alphonse Taïée (sculpteur), Antonin Terme (archéologue, collectionneur et futur conservateur du musée des Tissus et des Arts décoratifs de Lyon), Jean Ubaghs (peintre) et Léonard Hubert Zeyen (photographe). Parmi le groupe d'amis, de Witte, Mignon, Nisen, Ubaghs et Taïée sont tous élèves, approximativement à la même époque, de l'Académie royale des beaux-arts de Liège.

droite|vignette|alt=Deux hommes sont représentés dans un intérieur du 19ième siècle, le premier, à droite, est assis dans un fauteuil en train de lire le journal alors que le second, à gauche, est assis devant un secrétaire, dans une attitude paisible et décontractée, presque familiale.|Photographie d'Adrien de Witte et Léonard Hubert Zeyen (vers 1870), Liège, musée de la Vie wallonne.

Fin 1872, de Witte obtient une bourse de qui lui permet de voyager en Italie avec son ami Félix Nisen, l'un des habitués de l'atelier de la rue l'Étuve. Les deux camarades traversent la Bavière, passant par Munich, et le Tyrol, puis ils visitent durant plusieurs semaines Florence, Vérone, Venise, et enfin Rome, où ils s'attardent un peu plus et rendent visite à Pierre Joseph Antoine (1840-1913), boursier de la fondation Lambert Darchis et auteur, entre autres, des peintures murales de l’église Sainte-Véronique de Liège.

gauche|vignette|redresse|Portrait d'Alphonse Taïée, 1876 (eau-forte et pointe sèche ; Inv. Delchevalerie ; ), collection privée.

Dans une lettre datée du qu'il envoie depuis Florence à son père, le jeune homme décrit le Tyrol comme . Il ne reste qu'une journée à Vérone, où il trouve le musée peu intéressant mais s'enthousiasme pour les arènes et surtout pour la basilique Saint-Zénon : . De Witte est émerveillé par la découverte de l'Italie, comme le dévoile une lettre que lui adresse son ami Alphonse Taïée : .

Pendant le voyage de Nisen et de Witte en Italie, le reste du groupe de l'atelier de la rue de l'Étuve organise une , pour célébrer la Saint-Nicolas. Après le souper, un spectacle est organisé dans un décor d'enfer, création d'Alphonse Taïée, au cours duquel les portraits-charges en ombre chinoise de chaque invité, œuvre de Léon Mignon, sont, après jugement, jetés en enfer. De Witte y est représenté roulant à bicyclette vers Rome.

Premières œuvres notables et expositions

vignette|redresse|Coin d'atelier, 1876 (huile sur carton ; ), Liège, La Boverie.

Revenu dans sa ville natale début 1873, il retourne pendant quelque temps à l'Académie royale des beaux-arts puis s'installe dans son atelier rue Hocheporte. Il y effectue de nombreux croquis et portraits mais y brosse aussi . Entre 1870 et 1878, il exécute quelques ainsi que , dans lesquels il manie le crayon, la plume, la mine de plomb, le fusain, le lavis ou des combinaisons de ces techniques.

De cette période datent, par exemple, ses dessins de la Femme portant un paquet de linge sur la tête (1874), conservé au fonds patrimoniaux de la ville de Liège, le Portrait de Léon Philippet (1876) et La Liseuse (1877). Quant aux peintures à l'huile, il réalise, entre autres, ses portraits de Léon Mignon (1871), de Femme au corsage noir (1873) et d'Alphonse Fétis, parent de François-Joseph Fétis (1878) ; deux panneaux décoratifs sur le thème de Daphnis et Chloé (1877) et plusieurs natures-mortes, dont son Coin d'atelier (1876).

Dans un autre registre, il est aussi l'auteur, en , d'un croquis à la plume reproduisant les traits d'un individu arrêté pour le vol d'une bijouterie en mars de la même année. Le croquis, , permet à la police d'identifier le détenu comme Thomas Hull, originaire de New York et timonier de navires, déjà condamné au Royaume-Uni pour vol en 1871. De Witte effectue ce portrait sur demande du juge d'instruction Nihon car le suspect . Le est finalement condamné à par le tribunal correctionnel de Liège.

L'artiste, que , ne participe qu'à peu d'expositions tout au long de sa carrière, et ses débuts ne sont pas une exception à la règle. Néanmoins, il figure durant ces premières années parmi les exposants au Salon de Bruxelles de 1875 avec une nature-morte intitulée Fleurs et fruits et à la Exposition triennale du Salon de Gand 1877 avec une série d'eaux-fortes.

Initiation à la gravure gauche|vignette|redresse|Buste de femme de profil, 1876 (eau-forte ; Inv. Delchevalerie ; ), Minneapolis, Minneapolis Institute of Art.

Entre 1870 et 1874, il fait également ses premiers essais à l’eau-forte, que Charles Delchevalerie décrit en ces termes : .

C'est un ami commun, l'écrivain Alfred Herman, qui vient à la rescousse des deux apprentis graveurs en faisant tirer les essais d'Adrien de Witte par un imprimeur bruxellois de sa connaissance. Il s'agit de François Nys (1839-1921), collaborateur habituel de Félicien Rops, que le jeune artiste liégeois représente d'ailleurs dans une eau-forte de 1876 (Inv. Delchevalerie ). L'inventaire de son œuvre, qui est réalisé en 1927 par Armand Rassenfosse et Charles Delchevalerie, ne comptabilise que cinq de ses premiers essais réalisé avant 1875, date où son catalogue d'eaux-fortes commence à s'étoffer.

vignette|redresse|Portrait d'Alfred Herman, 1876 (eau-forte et pointe sèche ; Inv. Delchevalerie ; ), Amsterdam, Rijksmuseum.

Parmi les gravures qu'il exécute durant ces premières années d'apprentissage, figurent son Portrait de Monsieur Gérimont (Inv. Delchevalerie ). Il y dépeint Édouard Gérimont (1832-1876), avocat, homme politique et journaliste pour La Tribune qui est aussi l'auteur de plusieurs ouvrages dont une Histoire populaire des Liégeois.

Cette estampe a une origine farfelue qui est détaillée dans une lettre d'Alfred Herman du :

Dans ses premiers dessins et ses premières eaux-fortes, le jeune artiste . Entre 1875 et 1878, il va finalement exécuter pas moins de selon le catalogue Delchevalerie-Rassenfosse de 1927.

Second voyage en Italie (1879-1884)

La bourse de la fondation Darchis et le départ pour Rome gauche|vignette|redresse|L'Indisposée, 1879 (eau-forte et pointe sèche ; Inv. Delchevalerie ; ), collection privée.

De Witte est prévenu dès 1876 par son ami Léon Philippet, résident romain depuis 1868, qu'une bourse de la fondation Lambert Darchis va bientôt se libérer. Celle-ci est offerte par , évêque de Liège, à Félix Nisen, qui y renonce car . En effet, il s'est marié avec Jeanne Charlotte Henriette Hougardy en 1876 et le couple a un enfant en bas âge (le petit Félix Mathieu Adolphe Marie Nisen, né le ). Il propose donc à son ami de et lui fournit une introduction afin qu'il fasse agréer sa candidature.