Pierre Puget, né le à Marseille, et mort dans la même ville le , est un sculpteur baroque, dessinateur, peintre et architecte français.

Il fut célébré par de nombreux auteurs aux comme « le Michel-Ange de la France », l'un des représentants de l'esprit classique français du Grand siècle dans la sculpture, comme le fut Nicolas Poussin pour la peinture. Il est l'un des introducteurs de l'Art baroque en France, bien illustré par ses réalisations architecturales. À la fois artiste et artisan, il peut être considéré comme un exemple de créateur complet, dont le talent transcende les techniques.

Biographie

Naissance et apprentissage thumb|La maison natale de Pierre Puget à Marseille. Pierre Puget est né le à Marseille dans une maison construite par son père située à l'actuel de la rue du Puits du denier à l’angle de la rue du Petit Puits dans le quartier populaire du Panier, à proximité de la Vieille Charité. Son père, Simon Puget, fils d'un agriculteur aisé, Paul Puget dit Paulet, établi sur un vaste domaine agricole situé à l'Estaque près de la vallée de Riaux, quitte l'agriculture et s’installe à Marseille vers 1600 pour y exercer la profession de maître maçon. Simon Puget épouse Marguerite Cauvin qui lui donne neuf enfants (quatre garçons et cinq filles : Jean, l'aîné, puis Gaspard, Anne, Virginie, Jeanne, Marguerite, Constance, Pierre et César). Trois d'entre eux, uniquement des garçons atteindront l'âge adulte : l’aîné, Jean né en 1611 ; Gaspard, né en 1615, et enfin Pierre.

Pendant longtemps, on a cru que Pierre Puget était né en 1622 dans la propriété rurale de ses grands parents dans la vallée de Riaux : c'est pour cela que Cézanne a peint une toile, conservée à Washington à la National Gallery of Art, dénommée Maison en Provence, la vallée de Riaux près de l’Estaque afin de rendre hommage au maître vénéréGeorges Reynaud, « Origine et jeunesse marseillaise de Pierre Puget », in Revue Marseille, , juin 1966, ..

Pierre n'a que deux ans lorsque son père meurt brutalement, le , d’une chute d'échafaudage. À quatorze ans, sa mère le met en apprentissage chez maître Roman, spécialisé dans la confection du mobilier d’église. Il travaille notamment à la décoration de l'église Saint-Martin, aujourd’hui disparue, mais, contrairement à la tradition répandue sur la foi du sculpteur Jean Dedieu et par le père Bougerel, la décoration des galères ne semble pas faire partie de l'activité de RomanGeorges Reynaud, « Origine et jeunesse marseillaise de Pierre Puget », in Revue Marseille, , juin 1966, ..

Premier voyage en Italie (1638-1643)

Vers 1638, Pierre part pour Livourne, puis Florence et enfin Rome où il travaille dans l'atelier d'un sculpteur sur bois qui l'introduit dans l'équipe de Pierre de Cortone, qui achève la décoration du palais Barberini. De retour à Florence pour terminer le palais Pitti, Pierre de Cortone essaie de retenir Pierre Puget, mais ce dernier décide de revenir à Marseille à la fin de 1643 ou au début de 1644 probablement pour retrouver sa mère malade. C'est à cette période qu'il est susceptible de peindre le portrait de sa mère.

Marseille et Toulon (1644-1659)

Pierre Puget assiste, le à Marseille, au partage des biens paternels avec ses deux frères Jean et Gaspard. En 1645, probablement après le décès de sa mère, Pierre rejoint à Toulon son frère Gaspard qui, de tailleur de pierre, deviendra sculpteur puis architecte. L'amiral Jean Armand de Maillé lui demande de travailler pour l'atelier du maître-sculpture sur bois Nicolas Levray, chef de l'atelier de décoration à l’arsenal de Toulon : il décore le navire Le Magnifique qui, après la mort de l'amiral, est rebaptisé La Reine.

Pendant l'année 1646, Pierre Puget fait un court séjour à Rome où il accompagne un religieux feuillant envoyé par la reine mère pour y copier des antiques. Ce religieux pourrait être, comme le pense Lagrange, le père Joseph qui . De retour à Toulon, il épouse Paule Boudet le . Ils ont un fils, François Puget, qui naît le et sera peintre.

Pendant la Fronde (1648-1652), l'activité de l’arsenal cesse pratiquement et Puget se consacre essentiellement à la peinture. Il exécute à la demande des tableaux et des retables pour des confréries religieuses, des églises paroissiales et des couvents. Ainsi en 1652, pour le baptistère de la cathédrale de Marseille, il réalise Le baptême de Constantin et Le baptême de Clovis. Il maîtrise alors parfaitement l'art pictural.

Le , la ville de Toulon décide d'ériger un portail avec balcon à l'hôtel de ville. Les consuls de Toulon passent un marché avec Nicolas Levray ; Pierre Puget qui avait commencé depuis quelques années une carrière de sculpteur, propose deux atlantes à la Michel-Ange pour soutenir le balcon. Enthousiasmés par le projet, les consuls résilient le marché passé avec Nicolas Levray pour passer un nouvel acte avec Pierre Puget. C'est une réussite éclatante.

Du Vaudreuil à Vaux-le-Vicomte (1659-1661)

Bien que Puget continue à peindre occasionnellement, c'est sa réputation de sculpteur qui franchit les frontières de la Provence jusqu'à la Cour. Le marquis Claude Girardin l'appelle pour orner de statues le parc de son château du Vaudreuil. Nicolas Fouquet le sollicite ensuite pour les sculptures du château de Vaux-le-Vicomte et l'envoie à Gênes afin de choisir les plus beaux marbres de Carrare pour la réalisation des statues. Après la disgrâce de Fouquet survenue le , Puget décide prudemment de rester à Gênes.

Deuxième séjour italien : Gênes (1661-1668)

Pierre Puget travaille avec ardeur pour les patriciens de la capitale ligure. LHercule gaulois primitivement destiné aux jardins de Vaux-le-Vicomte, est sculpté pendant cette période. Il effectue un court voyage à Rome en 1662, puis un bref séjour en Provence en d'où il revient avec sa femme, son fils et son élève Christophe Veyrier. Le travail du marbre plus fin que la pierre qu'il avait utilisée pour créer les atlantes de Toulon (en pierre de Calissanne), est pour Puget un éblouissement. Il a pour le marbre une admiration sensuelle et quasi amoureuse ; il écrit à Louvois en 1683 : georges Reynaud, « Des pièces de marbre », in Revue Marseille, , juin 1996, .. Il veut également dominer ce matériau, puisqu'il écrit dans la même lettre la fameuse phrase : . Il continue par ailleurs à peindre : le tableau de la Sainte famille date de 1663 environ.

La municipalité de Marseille souhaitant reconstruire un hôtel de ville, Pierre Puget réalise à Gênes deux projets. Le premier datant de 1663 est un dessin d'un édifice conçu comme un palais romain. Le deuxième propose un bâtiment plus modeste. Aucun des deux projets ne sera retenu.

L'arsenal de Toulon (1668-1679)

Puget rentre en France en 1668, afin d’assurer la direction de l'atelier de sculpture de l'arsenal de Toulon, en remplacement de Nicolas Levray. Il n'accepte ce poste qu'après une longue période de négociation. Il indique dans une lettre du ses exigences qui ne seront acceptées par Jean-Baptiste Colbert qu'en .

Il poursuit pour Marseille et Toulon ses projets d'urbanisme. Il entreprend des sculptures destinées au parc de Versailles : statue de Milon de Crotone, bas-relief dAlexandre et Diogène, et statue de Persée délivrant Andromède.

L'indépendance de Puget et ses projets coûteux finissent par exaspérer Colbert qui le licencie en 1679 de l'atelier de l’arsenal de Toulon.

Retour définitif à Marseille (1680-1694)

Puget quitte Toulon pour s’installer à Marseille. En 1681 il se construit une maison à l’angle de la rue de Rome et de la rue de la Palud. Cette maison se compose d’un rez-de-chaussée avec entresol, de deux étages et d’un attique. La fenêtre du premier étage sur la façade en pan coupé s’ouvre sur un balcon. Au-dessus de cette fenêtre, Puget avait placé dans une niche circulaire un buste du Christ en ronde bosse avec cette inscription : . En dessous on pouvait lire : . Dans le courant du le buste du Christ est remplacé par une tête en hermès d’une grande médiocrité. Le buste original serait soit celui qui se trouve au musée des beaux-arts de Marseille, soit un autre conservé dans une collection particulière. Au début du , la corniche de la maison a été rognée ; le maçon chargé des réparations allait raser les chapiteaux et les pilastres considérés comme des nids à poussière quand l’archéologue Alexandre de Fauris de Saint-Vincens (1750-1819), arrêta « ce vandalisme ».

Entre 1690 et 1693 il achète à proximité de sa maison de ville un terrain sur les pentes de la colline Fongate encore plantée de vignes, il y construit une maison de campagne connue sous le nom de « Pavillon Puget » ou de « Villa Fongate ». , ainsi que sur le plan dressé par Joseph Razaud en La campagne et le pavillon sont représentés au sud du n°71 qui correspond au couvent des Trinitaires sur le.. Le Pavillon Puget est démoli en pour permettre la prolongation de la rue Rue Balthazar-Dieudé..

Le peintre La peinture de Pierre Puget a été relativement délaissée jusqu'au début du . L'historien Arnaud d’Agnel, très critique sur la peinture de Puget, écrit en 1921 : Paul Masson (dir.), Encyclopédie départementale des Bouches-du-Rhône, Archives départementales des Bouches-du-Rhône, Marseille, 17 volumes parus de 1913 à 1937, tome III .. Par la suite, l'Italien Giulano Briganti et l'Allemand Klauss Herding ont proposé un nouveau regard sur la peinture de Puget. Marie-Christine Gloton a également consacré plusieurs ouvrages ou communications pour redonner toute sa place à la peinture de PugetMarie-Christine Gloton, Pierre & François Puget peintres baroques, Édisud, Aix-en-Provence, 1985, .

Les peintures connues de Pierre Puget sont au nombre de dix-sept, parmi lesquelles on peut retenir les œuvres suivantes : Sainte Cécile, huile sur toile, , (musée des beaux-arts de Marseille), représentée sous la forme d'une jeune femme, les mains posées sur le clavier d'une épinette et les yeux fixés sur une partition présentée par un angelot ; L'Apparition de la Vierge au bienheureux Félix de Cantalice, huile sur toile, , (Toulon, cathédrale Sainte-Marie), peinte vers 1651 pour les capucins de Toulon. Le vieux capucin tend les mains pour recevoir l'enfant Jésus que porte la Vierge. Au premier plan un jeune homme semble soutenir un nuage qui porte la Vierge. Cette toile a fait l'objet en 1995 d'une importante restauration par le Centre interrégional de conservation et de restauration du patrimoine installé à Marseille, ce qui a permis de lui redonner son éclat d'origineÉlisabeth Mognetti, « Marseille au secours du patrimoine », in Marseille, revue culturelle, , juin 1996, . ; Deux toiles peintes pour décorer le baptistère de la cathédrale de la Major à Marseille : Le Baptême de Constantin, , et Le Baptême de Clovis, 158 × . Le père Bougerel indique que ces deux toiles étaient protégées par une grille pour les garantir des voleurs qui avaient tenté de les enleverRégis Bertrand, « Les travaux de Gaspard et Pierre Puget pour la cathédrale de la Major », in Revue Marseille, , juin 1996, .. Ces deux tableaux sont enlevés en 1723 sur ordre du Chapitre pour enrichir la galerie du Régent. Le décès du duc d’Orléans en 1723 favorise le retour des tableaux dans la cathédrale après leur restauration par le peintre Michel Serre362-363 ; Portrait de la mère de Pierre Puget, Marguerite Cauvin, huile sur toile, , peinture exécutée vers 1643-1644. Âgée d'une soixantaine d'années, elle porte le costume des veuves, un rabat blanc attaché par trois nœuds couvre ses épaules. Sa tête est couverte par un voile de taffetas noir (collection particulière) ; Le Sacrifice de Noé, huile sur toile, , exécutée vers 1654, elle provient de la collection Émile Ricard, frère du peintre Gustave Ricard, qui en a fait don au musée des beaux-arts de MarseilleFélix Fénéon, Nouvelles en trois lignes, 1906, éditeur Libella, collection Libretto, 160 p. , Paris, 2019. ;