Un film perdu est un long ou un court métrage de cinéma qui n'existe plus dans aucune archive de quelque studio que ce soit ou encore qu'on ne peut plus trouver dans aucune collection privée. L'expression « lost media » est également utilisée pour désigner des œuvres dont certaines parties ou l'intégralité ont été perdues, non éditées ou dont des versions alternatives ont été égarées.

Parfois une copie d'un « film perdu » est retrouvée ; . Un film qui n'a pas été retrouvé dans son intégralité est appelé un « film partiellement perdu ».

Les raisons de la perte d'un film

La plupart des films perdus sont des films muets ou des films des premières années du cinéma parlant, des années 1894 à 1930 environ L'Ère du muet : Présumés perdus, consulté le 22 juillet 2008.. La fondation de préservation du film de Martin Scorsese estime que 80 % des films de cette époque sont perdus..

De nombreux films des débuts du cinéma se sont perdus à cause de la présence de nitrate, particulièrement instable et inflammable, dans les pellicules photographiques cinématographiques. Le feu a ainsi détruit des archives entières de films ; par exemple, un feu de chambre de stockage en 1932 a détruit tous les négatifs originaux des métrages de la Twentieth Century Fox tournés avant 1935Little Ferry, New Jersey, le .. De plus, la pellicule peut être détériorée rapidement si elle n'est pas préservée dans une température et une humidité contrôlée..

En 1923, ruiné, le réalisateur pionnier Georges Méliès brûle plusieurs centaines de négatifs de son stock installé à Montreuil.

Mais la cause la plus répandue de la perte de films muets fut la destruction intentionnelle, étant donné que les films silencieux avaient peu ou aucune valeur commerciale après la fin de l'ère du muet en 1930. Le conservateur Robert A. Harris a dit :

thumb|left|Theda Bara dans Cléopâtre de 1917 (film perdu).

Plusieurs des premiers films de Warner Bros et de la First National furent perdus parce qu'ils utilisaient le procédé du son sur disque, qui utilisait des enregistrements séparés sur un phonographe spécial. Ces enregistrements étaient souvent perdus ou mal rangés, rendant ainsi la bobine sans valeur, « une empreinte muette », et par conséquent ils étaient jetés. Cela changea en 1930, quand ces studios se convertirent au procédé du son sur pellicule.

Avant l'ère du home vidéo et de la télévision, on considérait les films comme ayant peu de valeur en cas d'échec au cinéma. Ainsi, de nombreux films furent délibérément détruits par les studios au nom du gain de place. Beaucoup d'anciens négatifs bicolores en Technicolor des années 1920 et 1930 furent jetés dans le même but de faire de la place, quand les studios refusaient de reprendre leurs films, qui étaient alors dans les coffres de Technicolor. Beaucoup de films furent recyclés afin de récupérer l'argent contenu dans les pellicules. Certaines pellicules furent vendues intactes ou divisées en plusieurs morceaux à des personnes qui avaient acquis des appareils de projection privés et désiraient posséder des scènes de leurs films favoris afin de les montrer à leur entourage.

Afin de préserver les films à base de nitrate, on les copia sur des pellicules de sauvetage à base de cellulose ou grâce au numérique, cependant l'option cellulose est plus appréciée que l'option numérique dans la communauté des archives à cause de sa longévité prouvée et de sa ressemblance à la forme originale.

D'où le cas de Theda Bara : des 40 films qu'elle a tournés, seulement trois et demi ont survécu. Plus typique, le cas de Clara Bow ; de ses 57 films, 20 sont complètement perdus et 5 sont incomplets Clara Bow.net, consulté le 24 juillet 2008..

Il demeure des exceptions occasionnelles : tous les films de Charlie Chaplin en ont réchappé, ainsi que nombre de métrages inutilisés datant de 1914, sauf A Woman of the Sea (qu'il a lui-même détruit) et l'un de ses premiers films avec Keystone, Her Friend the Bandit.

Films perdus après 1950

Le format de pellicule de sauvegarde en 35 mm fut introduit en 1949. Ce format était bien plus stable que la précédente pellicule au nitrate et la preuve en fut que très peu de films furent perdus après les années 1950. Cependant, certaines couleurs disparaissaient et le syndrome du vinaigre menaçait la pellicule.

La plupart des principaux films des années 1950 ont survécu jusqu'à aujourd'hui, à part quelques-uns des premiers films pornographiques et quelques séries B qui furent perdus. Dans la plupart des cas, ces films obscurs restent complètement inconnus, mais quelques films de réalisateurs reconnus ont aussi été perdus. En voici quelques-uns : Ecstasies of Women et Linda and Abilene de Herschell Gordon Lewis, sorti en 1969 ; The Undergraduate, d'Ed Wood (1972), tout comme Take It Out In Trade du même réalisateur (1970), dont il ne reste que quelques fragments sans son. On crut pendant des années que Necromania datant de 1971, toujours d'Ed Wood, était perdu jusqu'à ce qu'une version éditée refît surface dans une brocante en 1992, puis une copie complètement inédite suivit en 2001 New Yorker:In the Vault article de journal paru dans The New Yorker, consulté le 25 juillet 2008.. Une copie entière d'un précédent film pornographique de Ed D. Wood Jr., The Young Marrieds fut retrouvée en 2004 ; The Noble Experiment de 1955, le premier film de , est considéré perdu. Dans ce film Tom Graeff endosse les étiquettes de réalisateur, auteur et acteur puisqu'il joue un scientifique au génie incompris ; La majorité des premiers films d'Andy Milligan sont considérés également perdus ; Beaucoup de films réalisés pour l'éducation, la formation, ou dans un but religieux des années 1940 jusqu'aux années 1970 ont aussi été perdus, étant donné qu'ils étaient considérés comme jetables ou améliorables. Le Mariage collectif (1971) de Sven Olsen et Sven Holm a été également perdu, seule la bande-son de Jean-Pierre Mirouze a été sauvegardée.

Certaines versions (noir et blanc/couleur, avec ou sans son, etc.) de la plupart des films récents sont peut-être perdues également. Les premiers films en couleur, tels que L'Île mystérieuse de Lucien Hubbard (The Mysterious Island) de 1929 et The Show of Shows de John G. Adolfi, existent seulement partiellement ou pas du tout en couleur, car les copies restantes ont été faites en noir et blanc pour les archives. Deux films en 3-D de 1954, Top Banana et Southern Passage existent seulement dans leurs formes en 2-D car une seule copie fut faite au lieu d'une copie pour chaque œil comme il se doit.

Films menacés

Beaucoup de films importants de l'ère du cinéma muet, des films où jouent des acteurs célèbres, des films au talent créatif, existent en un seul exemplaire dans les musées et collections privées. Il s'agit de films qui n'ont jamais été copiés, numérisés ou préservés d'aucune manière que ce soit.

Films dont la bande son a été perdue

Quelques films produits avec le système du son sur disque comme avec le Vitaphone, où les disques étaient séparés de la pellicule, sont maintenant considérés comme perdus parce que les disques sont endommagés ou détruits, alors que la pellicule ne l'est pas. Plusieurs films du Vitaphone qui ont survécu existent par l'image seulement, tandis que la bande sonore est perdue alors qu'au contraire, d'autres ont seulement vu leur disque survivre, sans la pellicule.

Plusieurs enregistrements stéréophoniques du milieu des années 1950 furent joués en s'enclenchant sur une bobine magnétique 35 mm ou une bande magnétique simple (telle que la bande magnétique à quatre pistes de Fox, bande qui devint le standard de la bande sonore stéréophonique) sont à présent perdus. Des films tels que La Maison de cire voir La Maison de cire le remake de ce film. (House of Wax), The Caddy, La Guerre des mondes (The War of the Worlds), The 5,000 Fingers of T et Tant qu'il y aura des hommes (From Here to Eternity) qui furent à l'origine enregistrés sur des bandes à trois pistes, ont aujourd'hui leur son magnétique utilisable uniquement sur des bandes son à pistes optiques monophoniques. Toute la chimie propre à la pratique du magnétique appliquée à la pellicule à base triacétate fut la cause effective du déclin du film autocatalytique ("syndrome du vinaigre"). Tant que les studios utilisaient un négatif optique monophonique pouvant être impressionné, les studios exécutifs ne ressentaient pas le besoin de préserver les versions stéréophoniques des bandes son.

Films impropres à la commercialisation

Le terme « film perdu » a également été appliqué par erreur aux films qui survécurent en intégralité, mais qui n'ont jamais été présentés au public dans des formats comme la VHS et le DVD, et dans quelques cas, qui n'ont jamais été diffusés à la télévision (peu de ceux-là sont disponibles dans des bootlegs de qualité variable) :

Captive, une production de la MGM de 1932, avec Joan Crawford, Robert Montgomery et Nils Asther, n'est plus disponible depuis une injonction de la cour fédérale des États-Unis du qui a déclaré que le script utilisé par la MGM était trop proche du jeu du film Dishonored Lady de 1930, d'Edward Sheldon et Margaret Ayer Barnes, sans en avoir acquis les droits ou les créditant dans le générique (le générique du film dit qu'il est basé sur un roman éponyme de 1931 de Marie Belloc Lowndes). Le film de John Wayne, Écrit dans le ciel (The High and the Mighty), de 1954, est un célèbre exemple, il fut vu pour la dernière fois à la télévision en 1982, et ne sortit pas en vidéo avant 2005, sortie DVD. Le film Mélodie du Sud (Song of the South) de Disney, qui ressortit pour la dernière fois au cinéma en 1986, n'est plus disponible en Amérique du Nord à cause du stéréotype racial dans la période de reconstruction des États-Unis, après la guerre d'indépendance. Il est disponible en plusieurs formats en Europe et en Asie. La comédie musicale d'Anthony Newley, Can Hieronymus Merkin Ever Forget Mercy Humppe and Find True Happiness?, la première comédie musicale classée X. Le téléfilm The Star Wars Holiday Special a été diffusé une fois seulement à la télévision, avant d'être interdit de commercialisation par son producteur George Lucas. En raison de la présence de scènes montrant des activités illégales, le documentaire sur les Rolling Stones Cocksucker Blues fut interdit à la diffusion sauf en présence du réalisateur Robert Frank. American Hot Wax de 1978 était disponible en VHS, mais est aujourd'hui épuisé. L'histoire du pionnier du Rock'n'roll Alan Freed contient des enregistrements réels des années 1950 notamment de Chuck Berry, Jerry Lee Lewis et The Planotones, ainsi que Fran Drescher et Jay Leno. Le film Inchon (1982) de Terence Young n'est jamais sorti sous aucun format après sa désastreuse exploitation dans les salles. Enfin l'amour, dont le répertoire musical fut composé par Cole Porter et Cybill Shepherd, a fait basculer la carrière alors prestigieuse de son réalisateur Peter Bogdanovich. En 1972, The Day the Clown Cried de Jerry Lewis dans lequel un clown divertit des enfants dans un camp de concentration, le film se terminant par des photos du tournage, mais tomba dans les limbes de la légalité avec l'auteur du livre dont le film s'inspirait, livre qui n'a jamais été édité. Une version à petit budget du film Les Quatre Fantastiques de 1994 de Oley Sassone et produit par Roger Corman. Le film avait pour seul but de permettre la conservation des droits d'adaptation et n'était pas destiné à une exploitation commerciale. Le film d'animation canadien Métal hurlant, inspiré du comic fantasy/sci-fi Métal hurlant sorti en 1981 fut brièvement commercialisé au milieu des années 1980 sur des chaines du câble comme HBO. Mais les diffusions furent rares à cause de la récente existence du magnétoscope et de l'industrie du Home vidéo de l'époque. Le film est finalement sorti en VHS en 1996 puis disponible aujourd'hui en "DVD Collector".