Le Théâtre Beanfield, est le nom d'emprunt utilisé à des fins commerciales et publicitaires du Théâtre Corona, située au 2490, rue Notre-Dame Ouest à Montréal, dans le quartier de la Petite Bourgogne, de l'arrondissement Le Sud-Ouest de Montréal.

La salle de spectacle est présentement détenue et opérée par la société Evenko, membre du groupe des Canadiens de Montréal depuis .. Elle présente une programmation musicale variée.

Le théâtre Corona est renommé théâtre Beanfield en à la suite d'un partenariat avec l'entreprise de télécommunication torontoise du même nom..

Histoire

Construction et début du théâtre L'édifice est érigé en 1911-1912 sous le nom de Family Theatrepar les architectes Louis-Joseph Cajetan Dufort (1868-1936) et Louis-Joseph Théophile Décary (1882-1952) pour le compte de la société Duchess Amusement afin d'y présenter des spectacles de théâtre musical, du vaudeville, des vues photographiques animées et du cinéma muet.

Le Family Theatre est vendu en 1923 à la United Amusement Corporation Limited, fondée en 1908 par George Ganetakos. Cette compagnie porte plus tard successivement les noms de Independent Amusement, United Theatres, Cinéma Unis et devient ultimement la branche québécoise de la Famous Players Canadian Corporation. La United Amusement confie en 1923 la rénovation du Family Theatre au décorateur Emmanuel Briffa (1875-1955) assisté par l'architecte Daniel John (D.J.) Crighton (1868-1946). Cette salle de quartier prend le nom de Théâtre Corona.

La fermeture du Théâtre Corona De 1955 à 1965, l'activité économique et culturelle des quartiers de Griffintown et de la Petite Bourgogne sont en déclin. Ceci s'explique par l'effet combiné du déclin de l'industrie cinématographique, attribuable à l'arrivée de la télévision, et de la récession économique du quartier causée notamment par l'ouverture de la voie maritime du Saint-Laurent qui suscite l'abandon progressif de la vocation industrielle du Canal de Lachine.

Il se passe un phénomène d'oubli et d'abandon des populations marginalisées dans les anciens faubourgs du Vieux-Montréal tel que présenté dans le documentaire Griffintown réalisé par Michel Régnier de l'ONF en 1972..

Malgré la baisse de fréquentation des salles de cinéma, le Théâtre Corona demeure en fonction jusqu'à son expropriation en 1967 par la Ville de Montréal, dans le cadre de la rénovation urbaine du quartier de la Petite-Bourgogne, dont un projet d'élargissement de la rue Notre-Dame qui n'est finalement jamais réalisé.

Le théâtre est abandonné en 1967. Celui-ci devient un entrepôt et une salle d'exposition de baignoires pour une compagnie de plomberie, qui en a retiré les fauteuils. Par la suite, le Corona est victime d'intrusions répétées et d'un lent pillage de son décor et de ses équipements qui persiste pendant 20 ans.

Sauvetage du théâtre Le Théâtre Corona est redécouvert en 1986-1987 par les artistes contemporains Martha Flemming & Lyne Lapointe qui y présentent La Donna Delinquenta, du au . Le Numéro hiver 1989 de la revue Protée contient des photos et des textes relatant le spectacle-installation de l'été 1987, La Donna Delinquenta de Martha Flemming et Lyne Lapointe, production des Petites filles aux allumettes au Théâtre Corona. Selon elles, l'abandon des bâtiments publics signifie l'abandon des communautés qui les entourent. Suivant cet événement culturel, les démarches de Flemming et Lapointe convainquent la Ville de Montréal de prendre les moyens de protéger et réhabiliter ce lieu. Le projet novateur de prise en charge du projet de réouverture permanente soumis par Flemming et Lapointe n'est cependant pas retenu par la Ville de Montréal qui lui préfère une approche immobilière et culturelle plus conventionnelle.

À la suite des démarches de Martha Flemming & Lyne Lapointe, l'édifice du Théâtre Corona est cédé en 1989 par la Ville de Montréal à la Société immobilière du patrimoine architectural de Montréal (SIMPA) qui reçoit le mandat d'en assurer la sauvegarde et le redéveloppement à des fins culturelles. La propriété immobilière du 2496 rue Notre-Dame Ouest, adjacente au côté ouest du Théâtre Corona, est acquise du même coup par la SIMPA en prévision des besoins d'espace requis pour la mise en conformité et la programmation fonctionnelle du théâtre. Des travaux d'urgence afin de sécuriser l'édifice et d'arrêter sa dégradation sont réalisés dès le printemps 1989, et un appel d'offres est lancé en août 1989 auprès des entreprises culturelles montréalaises en vue de l'occupation du théâtre.

Ce premier appel d'offres rencontre un échec en raison des possibilités scénographiques de l'édifice trop limitées pour les compagnies qui ne sont de toute façon pas intéressées. Par ailleurs, les importantes contraintes réglementaires et administratives imposées par quatorze services municipaux découragent les rares intéressés. Le nombre et l'importance des contraintes imposées par les services municipaux aux éventuels repreneurs compromettent tout projet de relance du Théâtre Corona.

Relance du projet 1990-1995 En avril 1990, une nouvelle orientation est prise tandis que le dossier est confié à la Direction des projets spéciaux de la SIMPA. La SIMPA et la Commission d'initiative et de développement culturel (CIDEC), créée par la ville de Montréal en 1987 et remplacée en 1993 par le Service de la culture.. Les chargés de projet Richard Adam de la CIDEC et Gérald McNichols Tétreault, de la SIMPA prennent acte de l'échec de l'appel de proposition de 1989 et s'engagent alors dans l'analyse du contexte culturel et économique dans lequel s'inscrit le Théâtre Corona : les besoins culturels, sociaux et économiques de l'Arrondissement Sud-ouest; les besoins de la production et de la diffusion des spectacles à Montréal; la valeur, ainsi que le potentiel patrimonial et architectural du site; les juridictions et attentes des services municipaux; le conditions de la faisabilité du projet. À l'initiative de la SIMPA, le , les 14 directeurs des services municipaux, accompagnés de leurs chargés de projet affectés au dossier du Corona, sont conviés à une visite et une conférence tenues dans le théâtre abandonné qui a été nettoyé et illuminé en couleurs pour l'occasion. Un déjeuner pour une quarantaine de personnes est servi au parterre de la salle devant la fosse d'orchestre, et les projecteurs éclairent en couleur les murs, illuminent aussi les traiteurs en toque et tablier, les nappes blanches des tables placées en carré et le spectaculaire rideau de scène d'Emmanuel Briffa qui a été abaissé pour l'occasion. Le spectacle impressionne. Ce lieu, dont l'avenir se jouait à ce moment avait besoin d'éclat pour séduire ces dirigeants et gestionnaires bien occupés ailleurs.

Trois représentants de la SIMPA, le Directeur général Clément Demers, le Directeur des projets spéciaux Hugues Desrosiers et le chargé de projet Gérald McNichols Tétreault, présentent respectivement l'histoire du Corona, son potentiel de réhabilitation et exposent comment chacun des 14 services municipaux impose des contraintes bureaucratiques qui rendent impossible le sauvetage du Théâtre Corona et la réalisation du mandat confié à la SIMPA. La parole est ensuite donnée à chaque directeur de service qui se retrouve dans une situation quelque peu gênante.

La Directrice générale de la CIDEC, Madame Jeanine Beaulieu, qui est la dernière à prendre la parole, fait part de son indignation devant l'insensibilité d'une intervention précédente ne proposant rien de moins que la démolition pure et simple de ce lieu représentatif de la misère culturelle et matérielle des anciens quartiers populaires et proposant son remplacement par un édifice tout neuf. La directrice du Service de la culture répond en proclamant qu'elle donne l'appui de son service à la démarche de réhabilitation proposée par la SIMPA et suggère que chacun des 14 services municipaux concernés délègue un représentant pour constituer un groupe de travail interservices chargé de résoudre les contraintes imposées par chacun d'eux en vue de rendre possible le projet. Cette démarche est accompagnée de la réalisation d'une étude servant à établir les conditions de faisabilité matérielle et financière du projet de réhabilitation.

Cette première étape de l'étude de faisabilité conduite par la SIMPA réuni : Gérald McNichols Tétreault, b. Arch., chargé de projet, (SIMPA) Richard Adam, agent de développement culturel (CIDEC) l'architecte Dino Barbarese de l'agence Saia et Barbarese le scénographe Luc Plamondon de l'agence TRIZART Madame Jeannette Laquerre de l'agence TINTAM'ART Randy Cohen, architecte de l'Atelier BIG CITY

À cette étape, plusieurs options immobilières sont considérées telles que la construction d'un complexe regroupant des organismes ou entreprises culturelles autour du Corona. Le , le planificateur Gilles Cardinal de Synergik suggère de proposer un modèle de développement qui permettra d'étudier et de chiffrer les différentes options d'aménagement de la salle, d'établir les investissements admissibles au mandat de la SIMPA, d'établir le potentiel de développement immobilier et d'aménagement de la salle et d'établir les coûts des différentes options. Ces informations permettraient d'établir les revenus nécessaires à l'amortissement de l'investissement éventuel.

Le , une rencontre entre les architectes et le représentant du Service du développement et de l'habitation urbaine permet de résoudre les contraintes d'aménagement relatives à la réhabilitation de la salle et au développement d'un complexe culturel sur les terrains adjacents. Une nouvelle rencontre est tenue le afin d'explorer la possibilité d'inclure une composante d'habitation et résidences d'artistes derrière le théâtre à l'intersection des rues Charlevoix et Duvernay.

En conclusion de cette première étape, les architectes Saïa et Barbarese présentent la programmation détaillée des besoins encourus pour la réhabilitation du Corona. Trois possibilités d'aménagement correspondant aux intentions exprimées par les entreprises consultées sont explorées : OPTION A: salle de 1100 places : 583 places au parterre et 504 places au balcon. OPTION B: cabaret de 610 places : 312 places au parterre et 282 places au balcon. OPTION C: arrangement mixte : cabaret de 312 places au parterre et 504 places standard au balcon

Les aménagements scénographiques et équipements connexes sont aussi énumérés. Le potentiel de développement immobilier autour du théâtre est aussi envisagé.

Orientation patrimoniale retenue pour la réhabilitation de l'édifice Se référant aux avancées de la recherche sur la conservation et la restauration du patrimoine, ayant mené une série de consultations dans le quartier, dans le milieu du patrimoine et dans le milieu des spectacles et après avoir établi un dialogue avec les artistes Martha Flemming et Lyne Lapointe, la SIMPA considère que tout travail de restauration qui viserait à remettre le bâtiment dans son état original ou idéal, occasionnerait une perte de sens considérable, voire la constitution anachronique d'un faux et la négation du passage du temps. Le parti adopté visera le respect de l'état significatif de dégradation actuel, la conservation des traces laissées par le temps et le passage des générations. Ce choix remet en question les attitudes alors courantes privilégiant la remise à l'état original.

Sélection d'un opérateur Une rencontre avec des entreprises culturelles intéressées à prendre en charge le théâtre Corona est tenue le . Outre les consultants, et les représentants de la SIMPA et de la CIDEC, les participants invités proviennent de groupes intéressés au projet du Théâtre Corona, tels que la Société des salles historiques de Montréal (Janet McKinnon), le Groupe Mot-Tel (Stephan Brunet, Lucio Tomaro, Robert Telaro), R.P.M. Design (Martin Roloff, Carlo Peruch), L'Association culturelle Georges Vanier (Jean Gilbert), et la Maison de la culture Marie-Uguay (Martin-Philippe Côté).