L'Institut d'études politiques de Paris (IEP de Paris), plus communément appelé Sciences Po ou Sciences Po Paris, est une grande école française spécialisée dans la recherche scientifique et l'enseignement académique des sciences humaines et sociales, parmi lesquelles la science politique, l'économie ou le droit. L'école, jouissant d'un très grand prestige en France et dans le monde, est souvent surnommée « la fabrique des élites » tant ses anciens élèves occupent les plus hauts postes de la fonction publique, des organisations internationales, des médias et des grandes entreprises. Nombre d'hommes et femmes d'État français sont issus de ses rangs parmi lesquels six présidents et dix-sept Premiers ministres de la Ve République.
D'après le classement QS par discipline, Sciences Po figure au rang mondial en science politique et en relations internationales en 2024, derrière Harvard et devant Oxford, et est ainsi classé première université européenne dans ces domaines.. Selon le classement du Figaro, Sciences Po figure au premier rang des écoles de journalisme françaises en 2022.
Sciences Po se distingue dans le paysage universitaire français par sa forte internationalisation : près de 50% de ses étudiants sont étrangers et l'école a noué des partenariats avec 445 universités dans le monde, dont Oxford, Harvard, Columbia et la Bocconi.
Sciences Po Paris est fondé en 1872 sous le nom d'École libre des sciences politiques par Émile Boutmy, entouré et inspiré par Hippolyte Taine, Ernest Renan, ou encore François Guizot. Après la défaite de la France dans la guerre franco-allemande de 1870 à l'issue de la bataille de Sedan, il souhaite . À l'origine située uniquement à Paris, l'école est aussi présente depuis 2000 sur les campus délocalisés de Nancy, Dijon, Poitiers, Menton, Le Havre et Reims.
Présentation générale Sciences Po est une grande école et une université de recherche, qui recrute ses étudiants dans le monde entier par le biais de diverses procédures d’admission. Sciences Po propose à la fois une offre de formation initiale, et une offre de formation continue à destination de professionnels..
Issu de la nationalisation de l'École libre des sciences politiques, fondée en 1872 par Émile Boutmy, l'IEP de Paris a le statut particulier de grand établissement, ce qui lui permet d'avoir un processus de recrutement très sélectif. C’est l’un des onze instituts d'études politiques en France. La Fondation nationale des sciences politiques (FNSP) et l'IEP de Paris sont juridiquement liés et forment l'ensemble Sciences Po.
Près de 71 % de ses diplômés travaillent dans le secteur privé, 8 % dans une organisation internationale ou au sein des institutions européennes et 21 % dans le secteur public, et pour des domaines variés : le conseil, le marketing et la communication, la finance, la comptabilité et la gestion administrative, les relations internationales, le journalisme et la sécurité..
Sciences Po propose une préparation aux concours administratifs français, aux concours européens ainsi qu'aux concours judiciaires et juridiques. L'école est notamment réputée pour posséder la meilleure classe préparatoire aux grands concours administratifs français, dont notamment celui de l'École nationale d'administration/Institut national du service public..
L'IEP de Paris est partenaire de dans le monde, dont l'université Columbia, Wharton, la London School of Economics, l'université d'Oxford et Harvard.
Histoire
1872-1945 : l’École libre des sciences politiques Sciences Po est fondé en 1872 par Émile Boutmy, sous la forme d'un établissement privé, pour répondre à la crise politique et morale qui frappe la France au lendemain de la guerre de 1870. Il entend former de nouvelles élites et produire des savoirs modernes pour une France nouvelle. Le fondateur de Sciences Po veut que ses élèves s’intéressent aux enjeux contemporains et ne se contentent pas d’une culture classique ; il soutient que « le moins que l’on puisse attendre d’un homme cultivé, c’est qu’il connaisse son temps »..
L'école en tire sa tradition d'innovation pédagogique, ses premières structures, son surnom, et ses bâtiments de la rue Saint-Guillaume. L'École libre des sciences politiques est établie en opposition à la faculté de droit de Paris qui, à cette époque, formait alors les « élites » des grands corps de l'État.. L’École libre se centre sur la préparation aux grands concours administratifs, tout en formant aux carrières des affaires.
En 1879, un don de la duchesse de Galliera permet l’acquisition de l’hôtel de Mortemart au 27, rue Saint-Guillaume et entérine l’installation définitive de Sciences Po dans le quartier Saint-Germain-des-Prés.. En 1895, naît à Londres la London School of Economics, dont le modèle académique est directement inspiré de Sciences Po.
Si Boutmy était favorable à l'admission des femmes dès 1904, le conseil d'administration ne l'accepte qu'à partir de 1919, date à laquelle six sont admises.
En 1941, une grande réforme pédagogique instaure une scolarité en trois ans, composée d’une année dite préparatoire (l’AP) et de deux années de deuxième cycle au sein de quatre sections (Service public, Économie-finance, Section générale et Section internationale), qui conduit à l’obtention du prestigieux diplôme de Sciences Po à l’issue d’une série d’épreuves dont le « grand O » (grand oral)..
1945 : refondation En 1945, Charles de Gaulle, président du Gouvernement provisoire de la République française, confie à Michel Debré une mission provisoire de la réforme de la fonction publique, chargée notamment de réfléchir à la formation et la sélection des hauts fonctionnaires. Outre la création de l'École nationale d'administration (ENA), Debré propose la nationalisation de l'École libre des sciences politiques, qu'avait déjà tentée le Front populaire. Lors des négociations avec Michel Debré et Jean-Marcel Jeanneney, les responsables de l'école, André Siegfried, Roger Seydoux et Jacques Chapsal (directeur, directeur adjoint et président du conseil d’administration de l’ELSP) s'opposent à une nationalisation totale. Un accord est finalement trouvé pour remplacer l'École par deux structures distinctes et complémentaires : une entité sui generis de statut privé, la Fondation nationale des sciences politiques, à laquelle est transmis le patrimoine de l'École et sa gestion administrative et financière ; une entité publique, l'Institut d'études politiques de l'université de Paris, composante de l'université de Paris, auquel est attribuée la mission de formation initiale. L'université de Paris délègue par convention la gestion administrative et financière de l'Institut à la FNSP.
L'ordonnance du 9 octobre 1945 entérine la transformation de l'ELSP en IEP de Paris, en même temps qu'elle crée l'ENA. D'autres instituts d'études politiques sont créés par la suite dans plusieurs grandes villes de France.
vignette|Médaille d'Émile Boutmy fondateur et directeur de l'École des sciences politiques par Oscar Roty.
1947-1979 : directorat Chapsal En 1947, Jacques Chapsal devient directeur en remplacement de Roger Seydoux. Il occupe ce poste jusqu'en 1979. Il met en œuvre une politique de développement de l'institut et le rénove. L'entrée à triple porte du 27, rue Saint-Guillaume est dessinée par Henri Martin en 1949. L'IEP se porte en 1946 acquéreur de l'hôtel de La Meilleraye, -58 de la rue des Saints-Pères, derrière l'IEP ; les jardins des deux établissements sont contigus. L'École nationale d'administration créée en même temps que l'IEP, s'installe dans ce bâtiment et y demeure jusqu'en 1978. En 1953, l'hôtel de la Bretesche sis au 30, rue Saint-Guillaume, est également acheté et reconstruit.
Chapsal développe considérablement l'école tout en veillant à son équilibre financier. Il réforme la scolarité, et crée un troisième cycle destiné à la recherche en 1956 avec Jean Touchard. Il crée également des laboratoires de recherche, à savoir le Centre de recherches internationales (CERI) en 1952. et le Centre de recherches politiques (CEVIPOF) en 1960. Une école doctorale est aussi créée dans les années 1950, dont 20 % des étudiants sont d'origine étrangère. En 1974, un cycle de formation continue est ouvert. En 1976, il fonde les Presses de Sciences Po. Afin de ne pas négliger la science économique, l'Institut scientifique de recherches économiques et sociales (ISRES), fondé par Charles Rist, est rattaché à l'école en 1952. Le nombre d'étudiants internationaux croît considérablement sous sa direction : 270 en 1937, ils sont 792 en 1961.
1979-1996 : directorats Gentot-Lancelot En 1979, Jacques Chapsal quitte le poste directorial après trente-deux ans de mandat, et Michel Gentot lui succède. Il crée notamment le Centre d'histoire de Sciences Po.
En 1987, le politologue Alain Lancelot succède à Michel Gentot comme directeur. En 1989, la réforme pédagogique des études initiée par le directeur Alain Lancelot met l’accent sur la culture générale, l’internationalisation et la professionnalisation.. En 1993, Alain Lancelot recrée l'école doctorale.
1996-2012 : directorat Descoings En 1996, Richard Descoings est élu directeur de Sciences Po. Il engage l'internationalisation du recrutement de l'institut, dont aujourd'hui 47 % des étudiants sont étrangers.. Ce mouvement s'accompagne d'une croissance soutenue du nombre d'élèves : les effectifs passent de pour l'année universitaire 1999-2000 à pour 2002-2003.
Pour soutenir ce mouvement d’internationalisation et de montée en puissance des effectifs, le directeur installe des campus de premier cycle hors de Paris : à Nancy en 2000., puis Poitiers. et Dijon. en 2001. Laurent Bigorgne est recruté pour organiser ce développement des antennes régionales.
Au printemps 2001, l'établissement annonce la création de Convention éducation prioritaire (CEP), conclues avec des lycées situés en zone d'éducation prioritaire près de Paris et de Nancy et permettant à certains de leurs élèves d'entrer en première année dans le cadre d'une procédure d'admission ad hoc, sur dossier puis sur entretien. Les « conventions ZEP » sont l'un des premiers programmes de discrimination positive en France, et suscitent à ce titre un débat très vif, que ce soit au sein de l'établissement ou dans la presse. La première année, les CEP permettent à d'entrer à Sciences Po. Le nombre de conventions et d'admis ira croissant, atteignant à la rentrée 2005 trente-trois lycées et cinquante-sept admisChiffres tirés de Les Conventions éducation prioritaire : Cinq années d'une action pionnière (PDF), brochure de l'Institut d'études politiques de Paris, décembre 2005.. La première promotion incluant des élèves bénéficiaires de ces conventions est diplômée en 2006« La première promotion ZEP de Sciences Po témoigne du succès de l’expérience », Le Monde, 20 juin 2006..
À la rentrée 2000, la scolarité est étendue à cinq ans : l'année préparatoire (AP) disparaît et est remplacée par un premier cycle de trois années, correspondant à la licence, celui de l'Institut d'études politiques de Paris, à la différence des autres IEP à l'exception de Grenoble et de Lille, étant diplômant : ainsi, après un premier cursus de composé de quatre semestres d'étude et d'une année à l'étranger, les étudiants obtiennent le « Diplôme du Collège universitaire de Sciences Po ». Les quatre sections du cycle du diplôme sont supprimées et remplacées par vingt-trois majeures. L'IEP entend ainsi proposer une scolarité complète du baccalauréat jusqu'à l'entrée sur le marché du travail ou dans un troisième cycle universitaire ; il reste toutefois possible d'entrer en quatrième année après un autre cursus.