vignette|redresse=1.2|Carte de la Gaule avant la Guerre des Gaules selon l'interprétation de Gustav Droysen (1886) Gustav Droysens Allgemeiner historischer Handatlas in 96 Karten mit erläuterndem Text Bielefeld [u.a.]: Velhagen & Klasing 1886, S. 16. d'après les peuples définis par Posidonios d'Apamée et Jules César : les Belges (en orange), les Aquitains (en rouge), la Gaule celtique (en vert) et la Gaule narbonnaise (en jaune).

La Gaule (en latin : Gallia) était une région historique de l'Europe de l'Ouest, peuplée majoritairement lors de la conquête romaine, par les Celtes (appelés Gaulois par les Romains), les Belges, les AquitainsCNRS, Qui était vraiment les gaulois ?, https://lejournal.cnrs.fr/articles/qui-etaient-vraiment-les-gaulois, les Ligures et les Ibères, correspondant approximativement actuellement à la France, le Luxembourg, la Belgique, la majeure partie de la Suisse, le nord de l'Italie, ainsi que des régions des Pays-Bas et d'Allemagne situées sur la rive ouest du Rhin. Les frontières exactes de la Gaule, signalées par César (le Rhin et une partie du Rhône à l'est, les Alpes au sud, les Pyrénées au sud-ouest, l'Atlantique à l'ouest), ont varié au fil du temps en raison des conquêtes, des migrations, des changements politiques et de la conception des Gaulois d'un espace qui leur était commun.

Le pluriel s'emploie dans l'expression « Guerre des Gaules » de Jules César : la Gaule belgique ( en latin), aussi écrite « Gaule Belgique », la Gaule aquitaine, la Gaule lyonnaise et la Gaule narbonnaise sont les quatre provinces créées par Auguste au début de son principat à partir des conquêtes effectuées par Jules César en Gaule entre 58 et 51/50 av. J.-C. Cependant, "la Gaule" au singulier est une pure invention de César voulant que sa conquête soit perçue comme un ensemble homogène.

Archéologiquement, les Gaulois sont porteurs des cultures de Hallstatt (en partie) puis de la Tène, qui s'étendaient à travers toute la Gaule, ainsi qu'à l'est de la Rhétie, le Norique, la Pannonie et le sud-ouest de la Germanie du au La Gaule tombe sous domination romaine au cours d'une période allant du au : la Gaule Cisalpine est conquise en -203 et la Gaule narbonnaise en -123. La Gaule est envahie après -120 par les Cimbres et les Teutons, qui sont à leur tour vaincus par les Romains en -103. Jules César conquiert finalement les parties restantes de la Gaule (qu'il considère comme divisée en trois parties : Gallia Celtica, Belgica et Aquitania) dans ses campagnes de -58 à -51. Quant à l'Aquitaine césarienne, elle se différencie du reste de la Gaule par son assise linguistique basque-aquitaineLinguistique et peuplement en Aquitania par Joaquín Gorrochategui.

La Gaule romaine s'est maintenue jusqu'à ce que le dernier État croupion romain, le domaine de Soissons, ne tombe partiellement aux mains des Francs en 486, et pratiquement jusqu'au Traité de Verdun en 843, date à laquelle les textes évoquent pour la première fois la Francie occidentale qui deviendra plus tard la France. Alors que les Gaulois celtiques avaient perdu leurs identités et leurs langues originelles depuis les conquêtes romaines et ensuite durant l'Antiquité tardive, devenant progressivement et relativement amalgamés en une culture gallo-romaine, Gallia est resté le nom conventionnel du territoire tout au long du haut Moyen Âge, jusqu'à ce que la Gaule Belgique acquière une nouvelle identité en tant que royaume de France capétien dans la haute période médiévale. De nos jours, Gallia reste un nom de la France en grec moderne () et le latin moderne (à côté des alternatives Francia et Francogallia).

Étymologie vignette|300px|Situation de la Gaule dans l'Empire romain.

Les auteurs latins utilisent déjà le nom de Gallia (« Gaule ») et celui de Galli (« Gaulois »), pluriel de , pour désigner les Celtes installés en Gaule et en Galatie occidentale, « » en grec..

Le nom de Gallia est attesté pour la première fois chez Porcius Caton vers 168 av. J.-C., mais son emploi est très probablement beaucoup plus ancien. Il sert d'abord à désigner les peuples celtes qui ont colonisé la plaine du Pô nommée par la suite Gaule cisalpine. Cependant, c'est seulement avec les Commentaires sur la Guerre des Gaules, de Jules César, que ces concepts vont se diffuser largement, le proconsul romain taillant dans la civilisation celtique une unité géographique arbitraire correspondant aux limites de sa conquête de la GauleLaurent Avezou, « Gaulois, l'histoire d'un mythe, Métarécit de l'histoire nationaliste française », conférence à la cité des Sciences et de l'Industrie, 31 janvier 2012..

Au Moyen Âge, l'historien Richer de Reims donne une étymologie pittoresque au nom propre Gaule dans ses : Richer de Reims, Histoire de France (888-995), éditée et traduite par Robert Latouche, Tome 888-954, Paris, Librairie ancienne Honoré Champion éditeur, 5, quai Malaquais (), 1930, ..

On ne connaît pas avec certitude l'étymologie du terme latin , mais il pourrait être lui-même un emprunt au celtique. Peut-être s'agit-il d'un type *galiā, d'un radical *gal-, qui devait désigner la force, terme restitué d'après le vieil irlandais gal « fureur guerrière », également radical du gallois gallu « pouvoir », breton galloud, de même sens.. Les Galli seraient donc « les forts », « les puissants » ou « les furieux »Christian Goudineau, Étude philologique et archéologique sur l'emploi des…, Antiquités nationales.. Le radical *gal- ou *gali- serait en outre à l'origine des mots français jaillir (< bas latin *galire). et gaillard..

Ce n'est qu'à la Renaissance que le nom latin est associé par analogie chez les érudits à son homonyme latin « coq » (latin > ancien français jal, jau « coq », l'étymologie de ce gallus-coq le faisant peut-être remonter à une racine signifiant « faire du bruit, chanter »). C'est pourquoi il est devenu l'animal emblématique de la France lors de la redécouverte de « nos ancêtres les Gaulois »..

Si les mots français Gaule et gaulois sont bien les traductions usuelles des mots latins , et , il existe deux thèses pour leur étymologie. En effet, le passage apparemment évident de à Gaule présente deux difficultés : le G- initial dans le groupe /ga/ aurait dû subir une palatalisation selon les règles d'évolution du latin à la langue d'oïl (cf. gallus « coq » > ancien français jal « coq », forme régulière). C'est dire que Ga- aurait dû faire place à Ja- (sauf en normanno-picard). Ensuite, la palatalisation en [ʎ] de la latérale [l] (ou [ll]) suivie de yod aurait dû se produire (voir contexte général des consonnes suivies d'un yod), puis [ʎ] aurait dû se muer en [j] à partir du (cf. ALLIU> ail [aj]), d'où *Jail- (cf. jaillir ci-dessus), phénomène d'ailleurs attesté dans la toponymie française pour ces exemples précis, ainsi trouve-t-on : La Jaille-Yvon ([Yvo de] Gallia en 1052 - 1068Albert Dauzat et Charles Rostaing, DNLEF, .) et le type toponymique Jailly (Nièvre, Côte-d'Or) de *GAL[L]IACU ou Jallais (Maine-et-Loire, Galiscus vers 1130).

Une première explication se base sur le terme par lequel les Germains désignaient des peuples non germaniques situés à l'ouest ou plus au sud, c'est-à-dire des Celtes ou des locuteurs de langue latine, à savoir *Walha « les Celtes » ou « les Romans » (cf. Walh et *walhisk > Waals « wallon » en néerlandais et welsch dans les dialectes allemands du sud et signifiant « roman(ophone), francophone, italien » et les noms anglais pour les territoires celtiques Wales et Cornwall).L'occlusive [g] (notée g ou gu) à l'initiale des mots du français central (anciennement désigné sous le terme de « francien », l'ancêtre de la langue française qu'on supposait être le dialecte de Paris). L'expression « français central » correspond à une zone limitée par un certain nombre d'isoglosses, par exemple celui de g // w (ou v), le [g] initial (noté g ou gu) étant caractéristique d'une zone dialectale s'étendant de l'Ouest au Sud de la Normandie et de l'Île-de-France jusqu'au Poitou et au Berry (Les dialectes au nord de cette isoglosse conservant [w], qui dans certains endroits est passé à [v]). L'évolution s'est faîte ainsi : [w] > [gʷ] > [g]. Parfois même des mots d'origine latine avec v- initial sont passés à w- initial. Ainsi le latin vespa (cf. italien vespa) a-t-il muté en *wespa, d'où le picard wèpe, le wallon wèsse et le français guêpe ou encore le latin vulpiculus duquel procèdent le picard woupil et l'ancien français golpilz, gulpil « renard », ce dernier admettant toutefois les variantes vorpil et volpil.. C'est bien ainsi que le germanique *Walha est à l'origine de wallon et de Wales, Galles, gallois. Mais ceci n'explique pas bien l'ancienne diphtongue [au], qui est un développement régulier de [al] devant une consonne (cf. cheval ~ chevaux et latin alter> autre), car la consonne germanique h tend à disparaître rapidement en français, comme le montre le a conservé dans wallon et Galles, de même que dans le nom de famille Wallois présent dans le Pas-de-Calais, à la limite de la Flandre et de la zone romane, et également issu du francique *Walha. Cependant, *Walha a dû passer au stade *Wahla par métathèse, le h vélaire s'est vocalisé en u, comme dans l'exemple parallèle du mot saule issu de *salha. Il est possible que le toponyme Plaine des Vaulois à Saint-Ouen-le-Mauger (Seine-Maritime) ait cette origine car le w initial ([w]) est régulièrement passé à v ([v]) au en normand septentrional.

Cependant Gallia n'a pas forcément été soumis à cette évolution du langage parlé car il a rapidement disparu du langage populaire pour être remplacé par Francia / Francie / France, remplacement initié dès les mérovingiens et bien achevé sous les carolingiens. Gallia n'est alors plus utilisé que dans les ouvrages savants ou littéraires pour faire référence aux temps de l'Empire romain, sous une forme qui finit par être francisée. Un des premiers exemples est celui de Wace à la fin du dans le Roman de Rou et il éclaire bien le processus : Wace explique dans un passage que beaucoup de pays ont changé de nom et en cite une grande liste dans laquelle on trouve la « France » qui s'appelait auparavant « Gale », ainsi que « Gales » (le Pays de Galles) qui s'appelait auparavant « Cambrie » (Wace ne double donc ni le l de Galle, ni celui de Galles, ce qui lui est propre). Mais l'ancien nom de la France n'est pas Gale, mais Gallia, de même que l'ancien nom du Pays de Galles est Cambria et non Cambrie. Wace a donc francisé à sa manière les noms latins originels, sans que cela aboutisse à une forme palatalisée. En rétablissant le double l, Gallia est ainsi plus souvent francisé sous la forme Galle au Pierre-Henry Billy, Dictionnaire des noms de lieux de la France, éditions Errance, Paris, 2011, 639 p., page 274., tandis que Gaule est attesté dans des sources médiévales littéraires et historiques au milieu du Louis-Fernand Flutre, Table des noms propres avec toutes leurs variantes figurant dans les romans du Moyen Âge écrits en français ou en provencal, Poitiers, 1962., et apparaît issu de Galle, par vocalisation régulière du premier l (-al-> -au- devant une consonne).

Dans cette hypothèse, Gaule ne serait pas l'évolution d'un nouveau nom *Walha qui viendrait des Francs et dont on n'a aucune attestation, mais résulterait simplement de la francisation savante de Gallia, sur l'exemple de Wace dans le Roman de Rou. Cette francisation a néanmoins pris la forme Galle et non Gallie (cfr. Cambria > Cambrie, Germania > Germanie, etc.), ce qui est peut-être le résultat d'une influence du germanique *Walha.