Hugo Lafayette Black ( – ) est un avocat, homme politique et juriste américain qui a été sénateur des États-Unis de 1927 à 1937 et juge associé à la Cour suprême des États-Unis de 1937 à 1971. Membre du parti démocrate et ardent New Dealer, Black a soutenu Franklin D. Roosevelt lors des élections présidentielles de 1932 et 1936, ce qui lui a valu d’être le premier juge nommé à la Cour suprême fédérale par le président Roosevelt. Malgré les nombreuses controverses ayant précédé sa nomination, il a été confirmé par le Sénat par un vote de 63 contre 16.
Il a été l'un des juges de la Cour suprême fédérale les plus influents du . Il est connu pour sa position en faveur d'une lecture textualiste de la Constitution des États-Unis et pour sa défense de la doctrine de l’incorporation totale, selon laquelle le quatorzième amendement de la Constitution des États-Unis rend la Déclaration des droits, adoptée à l'origine pour limiter le pouvoir du gouvernement national, également restrictive du pouvoir des États de restreindre la liberté individuelle. Il a également été considéré comme un fervent partisan des libertés civiles tout au long de sa carrière politique.
En outre, Black s'est opposé à la doctrine du substantive due process, dont s’était servi la Cour suprême fédérale anti-Nouveau Deal afin d’invalider de nombreuses lois qui, selon les conservateurs, interféraient avec la liberté ostensible des entreprises.
Avant de devenir sénateur des États-Unis, Black a été membre du Ku Klux Klan en Alabama, principalement pour obtenir un soutien politique, mais il a démissionné en 1925. En 1937, lors de sa nomination à la Cour suprême fédérale, Black a déclaré : .
Biographie Jeunesse Hugo Lafayette Black est né le à Harlan, dans le comté de Clay, Alabama, aux États-Unis.
Il était le plus jeune des huit enfants de William Lafayette Black, et de Martha Ardellah Toland. Son père, ancien soldat confédéré, exploitait une ferme à Harlan et sa mère travaillait comme receveuse des postes.. Hugo travaillait dans l’imprimerie de l’hebdomadaire et ramassait également du coton pour aider sa famille. Il était proche de sa mère dont il a hérité la passion pour la lecture. À l’inverse, il était plus distant de son père car celui-ci avait des problèmes d’ivresse.
La famille Black a déménagé à Ashland en 1890 afin que les enfants reçoivent une meilleure éducation.
Black a passé une grande partie de son enfance à assister à des rassemblements politiques ainsi qu’à des procès criminels dans le palais de justice du comté de Clay. Dès son plus jeune âge, il aimait s’imaginer à la place des avocats afin de réfléchir à la manière dont lui aurait pu présenter les faits ou soulever une question..
Études et formation Il a d’abord commencé des études de médecine au Birmingham Medical College sur la demande de sa mère ainsi que de son frère Orlando. Il a réussi les deux premières années en à peine 9 mois. Grâce à la rapidité de son apprentissage, il a pu être l’assistant de son frère Orlando. Cependant après cet été, les deux frères étaient d’accord sur le fait qu’une carrière de médecine n’était pas faite pour Hugo Black.
Il poursuivit ensuite avec des études de droit à l’université d’Alabama à Tuscaloosa. À nouveau, Hugo fut un étudiant brillant diplômé avec la mention Phi Beta Kappa en 1906. Il fut l’un des sept étudiants ayant eu leur diplôme avec une moyenne d’au moins 95%. Il a accompli cet exploit tout en suivant des conférences d’histoire, d'économie politique et d’anglais.
Début de carrière professionnelle Black commença sa carrière en ouvrant un petit cabinet juridique à AshlandBerman, D. M., « Hugo L. Black: The Early Years », Catholic University Law Review, vol. 8, , 1959, et s. ; Suits, S., « Hugo L. Black », disponible sur http://encyclopediaofalabama.org, 16 novembre 2008 ; Suits, S., Hugo Black of Alabama: how his roots and early career shaped the great champion of the constitution, NewSouth Books, .. Celui-ci eut peu de succès et termina en cendres ravagé par un énorme incendie qui engloutit la moitié de la ville.
Il décida ensuite d’emménager à Birmingham, qui était à l’époque la plus grande ville industrielle de l’état d’Alabama. Il se spécialisa dans les affaires touchant au droit du travail ainsi que les dommages corporels. Il arriva tout de même à se distinguer en défendant la cause des mineurs noirs et blancs lors de leur grève en 1907.
Jeune et perdu face à l’immensité de cette ville, il décida de rejoindre des groupes civiques ainsi que des loges fraternelles comme « Les Chevaliers de Pythie ».
Nomination à la magistrature au tribunal de police de Birmingham En 1911, il rencontra A. O. Lane, qui était commissaire de police de Birmingham et frère de la loge fraternelle « Les Chevaliers de Pythie ». Celui-ci nomma Black juge à temps partiel du tribunal de police de BirminghamFrank, J. P., « The Shelf Life of Justice Hugo L. Black », Wisconsin Law Review, vol. 1997, , 1997, à 32 ; Suits, S., « Hugo L. Black », disponible sur http://encyclopediaofalabama.org, 16 novembre 2008 ; Suits, S., Hugo Black of Alabama: how his roots and early career shaped the great champion of the constitution, NewSouth Books, ..
La presse retiendra de Black en tant que juge, sa sévérité et son intransigeance vis-à-vis de l'application des lois étatiques. Il appliqua la loi de la même manière pour tous, sans aucune forme de discrimination raciale à l’encontre du prévenu.
Passage de la magistrature assise à la magistrature debout Aguerri de 3 ans d’expérience au tribunal de police, il décida de rejoindre le parquet en tant que procureur du Comté de Jefferson. Il s'illustra à ce poste en rejetant avec fermeté des milliers d'affaires concernant des délits simples présumés commis par des afro-américains. Au contraire, il concentra ses poursuites dans les enquêtes conduisant à des faits de brutalité voire de meurtres commis par des policiers blancs à l'encontre de suspects noirs. La presse retint l'effectivité ainsi que l'agressivité de son travail au parquet.
Combat contre le "Convict leasing" Black s'est battu contre la location des condamnés à des industries privées, comme les mines de charbon. Cette forme moderne d'esclavage était une source financière importante pour l'État de l'AlabamaSuits, S., « Hugo L. Black », disponible sur http://encyclopediaofalabama.org, 16 novembre 2008 ; Suits, S., Hugo Black of Alabama: how his roots and early career shaped the great champion of the constitution, NewSouth Books, .. Cette pratique était connue pour se solder souvent par la mort des prisonniers noirs.
Durant ce combat il mena sa première affaire importante à Birmingham, qui était la défense de Willie Morton, un condamné noir, qui avait été contraint illégalement à purger vingt-deux jours de plus que sa peine de prison en tant qu'ouvrier loué à une entreprise sidérurgique.
Ce fut sa seule et unique affaire en tant qu'avocat à la Cour suprême fédérale. Black a gagné le procès contre l’un des plus grands avocats de Birmingham.
Le Ku Klux Klan En , il intégra la section locale du Ku Klux KlanMorgan, T., « How an ex-KKK member made his way onto the U.S. Supreme Court », disponible sur https://www.history.com, 10 octobre 2018 ; Van Der Veer, V., « Hugo Black and the K.K.K. », disponible sur https://www.americanheritage.com, s.d., consulté le 28 février 2021 ; Nicandro Iannacci, « Hugo Black, unabashed partisan for the Constitution » disponible sur: https://constitutioncenter.org/interactive-constitution/blog/hugo-black-unabashed-partisan-for-the-constitution.. Il justifia plus tard son adhésion à cette organisation. En effet, il affirma que c’était la seule organisation capable de fournir une aide à un aspirant politicien comme lui. En effet, le KKK lui a permis d’avoir, selon lui, un soutien politique, financier et d’atteindre les électeurs jusqu’aux campagnes, ce que les syndicats industriels étaient incapables de faire.
Il est allé plus loin dans sa justification en expliquant qu'il voyait en cette organisation une force « anti-corporation » qui pouvait contrebalancer l’influence politique et sociale des industriels et des grandes entreprises, qui avaient, après la destruction du mouvement ouvrier, un contrôle quasi total sur l’économie de l’État de l’Alabama.
Il déclara peu après son élection au Sénat de 1926, Nicandro Iannacci, « Hugo Black, unabashed partisan for the Constitution » disponible sur: https://constitutioncenter.org/interactive-constitution/blog/hugo-black-unabashed-partisan-for-the-constitution..
Carrière au Sénat En 1925, Black quitta le KKK afin de présenter sa candidature au Sénat américain en tant que démocrate. Il gagna l'investiture démocrate, ce qui lui conféra une certitude quant à sa victoire aux élections généralesBerman, D. M., « Hugo L. Black: The Early Years », Catholic University Law Review, vol. 8, , 1959, et s.. Sa campagne électorale se déclina principalement sous trois aspects : soutien de la prohibition, combat de ses opposants millionnaires et lutte contre l'influence qu’a l'argent en politiqueSuits, S., « Hugo L. Black », disponible sur http://encyclopediaofalabama.org, 16 novembre 2008..
Son premier mandat sénatorial débuta en 1926. Il fut dans l’ensemble assez médiocre car les républicains contrôlaient les deux chambres du Congrès américain ainsi que de la Maison-Blanche. Cela explique en partie pourquoi Black avait peu d'influence sur le monde politique et un impact restreint sur la législation nationale. Il se positionna toutefois déjà contre les intérêts financiers et contre une utilisation peu éthique et frauduleuse du gouvernement à des fins d'enrichissements d'entreprises privées.
En 1932, Hugo Black fut élu pour son deuxième mandat de sénateur. En parallèle, Franklin D. Roosevelt était élu pour son premier mandat de présidentShannon, D. A., « Hugo La Fayette Black as United States Senator », Alabama Law Review, vol. 36, , 1985, et s.. La Maison-Blanche passa du côté démocrate, avec en plus de ça, une majorité démocrate au Congrès AméricainSuits, S., « Hugo L. Black », disponible sur http://encyclopediaofalabama.org, 16 novembre 2008. Tout était donc réuni pour que Black s'épanouisse et puisse ainsi avoir un impact plus significatif en politique. Black devint rapidement l'un des principaux soutiens de Roosevelt et du New DealJ. FRANK, « Justice Black and the New Deal », Arizona Law Review, vol. 9, , 1967, à 58.. Il mena de nombreuses enquêtes et son travail d'investigation au Sénat eut un effet significatif sur la dynamique politique de la législation du New Deal. D’après Thomas Corcoran, tout le travail mené par Black contribua grandement à la réélection de RooseveltJ. FRANK, « Justice Black and the New Deal », Arizona Law Review, vol. 9, , 1967, à 59..
Contribution de Hugo Black en tant que sénateur On peut distinguer trois grandes contributions de Black à la politique du New Deal durant sa carrière au Sénat : sa « loi des trente heures », son enquête sur la poste aérienne qui aboutit à l’adoption de l’Air Mail Act de 1934, et son enquête sur le lobby.
Black-Connery Thirty-Hour bill (ou « loi des 30 heures ») En 1932 puis en 1933, il présenta son projet de loi, généralement appelé "loi des 30 heures" au Congrès. La disposition centrale du Black Bill était d'interdire le commerce interétatique des produits de l'industrie manufacturière et minière fabriqués par les travailleurs qui travaillaient plus de 30 heures par semaine ou 6 heures par jour. Black et ses partisans voyaient le projet de loi comme un moyen de stimuler l'économie en général et de réduire la concurrence industrielle, sans violer les lois antitrust, parce que toutes les entreprises manufacturières et minières seraient soumises aux mêmes normes en matière de jours et d'heures de travailD.A. SHANNON, « Hugo La Fayette Black as United States Senator », Alabama Law Review, vol. 36, , 1985, à 898.. Le projet passa au Sénat mais pas à la Chambre.