Dieudonné Costes, né le à Septfonds (Tarn-et-Garonne) et mort le à Paris , est un aviateur français, célèbre notamment pour la première traversée de l'Atlantique sud sans escale en 1927, puis pour la première traversée de l'Atlantique nord sans escale dans le sens est-ouest, avec Maurice Bellonte, en 1930.
C'est en tant que pilote de ligne d'abord chez Latécoère sur la liaison Toulouse-Casablanca, puis à Air Union sur le parcours Paris-Londres que Dieudonné Costes commence sa carrière, avant de devenir pilote d'essai chez Breguet et de mettre à son actif de nombreux raids et recordsJean Riverain, Dictionnaire des aéronautes célèbres, Paris, Éditions Larousse, 1970..
Dieudonné Costes repose au cimetière parisien de Passy, non loin d'autres célébrités du monde de l'aviation : Henri Farman, Maurice Bellonte et l'avionneur Marcel Dassault.
Biographie Jeunesse Né dans une famille de la bourgeoisie provinciale (ses parents possèdent une petite fabrique de chapeaux de paille) établie à Septfonds, puis à Caussade, Dieudonné Costes se montre à l'école .. Le jeune homme fréquente le lycée de Toulouse, puis l'école des arts et métiers d'Aix-en-Provence qu'il quitte à et demi, sans obtenir le diplôme. Il entre dans la vie active comme mécanicien. Passionné par l'aviation naissante, il obtient de ses parents de se faire financer des cours de pilotage et obtient son brevet civil () à l'école Blériot d’Étampes en , puis tente sa chance comme pilote itinérant en achetant avec trois associés un Blériot XI dans l'espoir de gagner sa vie dans les meetings aériens. L'entreprise tourne court après quelques meetings quand leur appareil rend l'âme. Costes décide alors de s'engager dans l'armée au de Troupes aéronautiques au mois d' dans le but d'y devenir pilote militaire. Simple soldat, il essuie des déconvenues en étant versé au service général malgré son brevet de pilote civil et se retrouve affecté comme caporal mécanicien au camp de Sissonne. Il est finalement sélectionné pour passer les épreuves du brevet de pilote militaire, mais la Première Guerre mondiale éclate et les épreuves du brevet sont annulées.
L'as des as du Front d'Orient thumb|Photo prise en 1919, représentant le pilote Dieudonné Costes (assis), entouré de ses équipiers Maurice Lashermes (gauche) et Paul Andrillon (droite)Dieudonné Costes sert alors comme mécanicien à l'escadrille V 24 et effectue ses premiers vols de guerre en tant que mitrailleur. Légèrement blessé à la main le par un éclat de DCA qui s'infecte et lui vaut une hospitalisation, il est réaffecté le à l'escadrille MF 44, d'où il peut passer les épreuves de pilote militaire () sur Maurice Farman le à école d'aviation militaire de Chartres (future base aérienne 122 Chartres-Champhol). Il y est affecté en tant que moniteur, avant de finalement retourner dans une escadrille au front, la MF 55, au mois d'.
Un mois plus tard, il part pour l'armée d'Orient recruté par un de ses anciens élèves-pilotes, le capitaine Victor Denain, qui y dirige localement l'aviation. Costes va s'y révéler comme le meilleur pilote, étant affecté dans plusieurs escadrilles et terminant dans la chasse où il devient avec le grade de sous-lieutenant un « as », avec six victoires aériennes, dont plusieurs remportées en collaboration avec ses équipiers Maurice Lashermes et Paul Andrillon. Il est décoré de la Croix de guerre avec 7 palmes et 2 étoiles de vermeil, la médaille militaire et la croix de chevalier de la Légion d’honneurDossier militaire de Dieudonné Costes au Service Historique de la Défense (Vincennes), cote 1P 29109/5..
Premiers pas dans l'aviation civile Démobilisé en , Dieudonné Costes vit à Toulouse et va se faire immédiatement embaucher comme pilote à la société des lignes Latécoère, effectuant des liaisons aériennes entre Toulouse et le Maroc. Il en est renvoyé par Pierre-Georges Latécoère au mois de pour s'être livré à du trafic de cocaïne d'Espagne vers Toulouse, ce qui lui vaut une condamnation à de la prison avec sursis par le tribunal correctionnel de Toulouse en Compte-rendu de procès aux archives départementales de Haute-Garonne. Embauché par la compagnie Aéro Transport Ernoul où il fait connaissance de son ami le pilote Paul Codos, il est de nouveau sans emploi quand celle-ci fait faillite en .
Il connaît alors une période difficile et reçoit le soutien financier de sa famille, jusqu'au mois de quand il est embauché par la compagnie Air Union à Paris. Il va y effectuer des liaisons aériennes Paris-Bruxelles sur Blériot-SPAD S.33, puis Paris-Londres sur bimoteurs Farman Goliath. C'est à cette occasion qu'il fait la connaissance de Maurice Bellonte, qui devient son mécanicien volant.
Chef-Pilote de la société Breguet thumb|Photo représentant l'aviateur Dieudonné Costes à droite et son navigateur le capitaine Georges Rignot à gauche, en 1927, devant leur appareil Breguet 19 "Bidon" de grand raid.Durant l'été 1925, Dieudonné Costes est embauché parmi les pilotes réceptionnaires de la société Breguet, dirigés par le chef-pilote Robert Thiéry. Il arrive à une période où sort le Breguet 19 aux commandes duquel les pilotes de la firme vont se lancer pour réaliser plusieurs vols de record de distance.
Le , Robert Thiéry et Costes en tant que navigateur s'attaquent au record du monde de distance en ligne droite, pilotant un Breguet 19 à moteur Renault de 480 chevaux, décollant du Bourget avec l'intention de se poser en Iran. Mais la tentative échoue, leur avion bourré de carburant et volant à basse altitude percutant un arbre dans la brume au-dessus de la Forêt-Noire.. Robert Thiéry meurt dans l'accident.
Après ce drame, Costes devient le chef-pilote de la société Breguet et va réaliser plusieurs vols de record :
- Le , sur un appareil de grand raid (dit Breguet-Bidon, ) appartenant à l'armée, il réussit un vol Paris-Assouan de avec le lieutenant René de Vitrolles en navigateur, mais échoue à remporter le record de distance.
- Le , il bat de record du monde de distance en réussissant un Paris-Djask (Iran) avec le capitaine Georges Rignot en navigateur, parcourant une distance de ..
- Le , toujours avec Georges Rignot en observateur, il tente d'améliorer son record en traversant l'Asie mais un problème mécanique le contraint à se poser autour des Monts Oural en n'ayant parcouru que .
Vainqueur de l'Atlantique Sud thumb|Pilote Dieudonné Costes (à droite) et son navigateur Joseph Le Brix (à gauche) pris en photo devant leur appareil après avoir réussi la première traversée sans escale de l'Atlantique Sud en 1927.Alors que Charles Lindbergh a réussi la première traversée New-York / Paris le , Costes envisage de réussir le premier Paris / New-York, une performance bien plus difficile à réaliser car soumise aux vents contraires. Il compte partir sur son Breguet "Bidon" utilisé lors de ses précédents vols de records, mais le ministre de la guerre Paul Painlevé refuse de mettre à disposition l'appareil car trop d'aviateurs téméraires ont disparu en tentant cette périlleuse traversée. Le Breguet 14 est alors racheté à l'état par la société Breguet et le raid va être financé sur les fonds propres de l'entreprise. Au mois de , alors que la meilleure période météo pour réussir la traversée est passée, le Breguet que Costes baptise "Nungesser et Coli" en hommage aux deux aviateurs disparus le dans l'Atlantique Nord, n'est pas prêt. Il décide alors de se rabattre sur un objectif de rechange, la traversée de l'Atlantique Sud, encore invaincu en traversée directe. Cinq aviateurs l'ont traversé en hydravion jusque-là, mais en utilisant les rochers Saint-Pierre et Saint-Paul ainsi que les îles Fernando de Noronha comme escales.
S'adjoignant les services du lieutenant de vaisseau Joseph Le Brix en navigateur, Costes décolle le du Bourget pour la ville de Saint-Louis du Sénégal où les deux hommes découvrent un Latécoère 26 piloté par Jean Mermoz avec pour navigateur Élisée Négrin, immobilisés après avoir endommagé leur hélice. La Compagnie générale aéropostale considère en effet ce parcours comme sa chasse gardée et avait affrété un équipage pour tenter la traversée avant Costes... thumb|left|Dieudonné Costes y Joseph Le Brix dans le magazine argentin Plus Ultra, novembre 1927 Devant attendre la fin d'une tornade qui a détrempé leur terrain, Costes et Le Brix décollent de Saint-Louis du Sénégal le à 6h23, et se posent à Natal dans la nuit du à 2h00 (heure de Paris). Les médias du monde entier célèbrent l'exploit et le gouvernement français, mis devant le fait accompli, nomme Costes officier de la Légion d'honneur et octroie un crédit aux aviateurs qui entament une tournée à travers l'Amérique du Sud, puis gagnent l'Amérique du Nord où ils sont à chaque fois portés en triomphe et reçus par les autorités locales - ils sont ainsi reçus à la Maison-Blanche par le président des États-Unis Calvin Coolidge le .
Ils gagnent ensuite le Japon en bateau avec leur appareil démonté, puis regagnent la France en vol avec plusieurs escales les menant en Indochine, Inde et Syrie. Arrivé à Paris le , Costes est reçu par le ministre Maurice Bokanowski, ils reçoivent une gloire nationale, avec une ombre au tableau car Costes s'est brouillé avec son navigateur Le Brix dont il supporte mal le fait que ce dernier cherche à s’approprier la gloire de l’exploit.. Les deux hommes deviendront désormais des rivaux acharnés.
Vainqueur de l'Atlantique Nord thumb|Pilote Dieudonné Costes devant son Breguet 19 Point d'interrogation, en 1930. Costes va désormais s'employer a préparer avec une grande méticulosité son raid Paris - New-York. Il tient à ne pas dépendre de l'armée qui lui imposerait un navigateur militaire et cherche à disposer de son propre appareil. L'opportunité d'une rencontre avec le très riche parfumeur François Coty lui offre le financement : il achète avec les fonds donnés par ce dernier un nouvel appareil, un dit « Super-Bidon », spécialement modifié pour les grands raids. Il le fait peindre en rouge et le baptise Point d'interrogation, et salarie également son ancien mécanicien de l'époque d'Air Union, Maurice Bellonte. L'appareil est livré au mois de , est testé par les deux hommes et doit repartir en usine pour l'hiver 1928-1929.
thumb|left|Profil couleur du Breguet 19 « Super Bidon », utilisé par Dieudonné Costes pour sa traversée de l'Atlantique Nord. Le , Costes manque de perdre la vie dans un accident : apprenant que son désormais rival Joseph Le Brix va tenter une liaison directe de Paris vers l'Indochine, il va décider de lui voler la gloire en tentant de se poser à Hanoï avant lui. Affrétant un baptisé Dragon d'Annam, il décolle avec en équipiers Maurice Bellonte et Paul Codos, mais l'appareil s'écrase peu après son décollage et les trois hommes en réchappent indemnes malgré le risque de l'incendie des réservoirs d'essence.
Le Point d'interrogation sort d'usine au mois de et Dieudonné Costes s'élance pour une première tentative le en décollant du Bourget avec Maurice Bellonte, en décidant de passer par les Açores. Vingt minutes avant eux est parti un équipage concurrent, les Polonais Idzikowski et Kubula sur un appareil Amiot. Sur le golfe de Gascogne, constatant que la météo se dégrade et que sa consommation est plus importante que prévu, Costes décide de faire demi-tour et rentre au Bourget. Les deux Polonais vont s'écraser sur l'archipel des Açores. thumb|Les aviateurs Dieudonné Costes (à gauche) et Maurice Bellonte (droite) célébrés par la ville de New-York lors d'une Ticker tape parade après avoir réussi le premier vol Paris / New-York en 1930.