Louis Joseph Aloys Stanislas Martin (Bordeaux, Gironde, 1823 - Arnières-sur-Iton, Eure, 1894 ; inhumé à Lisieux, Calvados), horloger, et son épouse née Azélie Marie Guérin dite « Zélie » (Gandelain, Orne, 1831 - Alençon, Orne, 1877) dentellière, appartiennent à la bourgeoisie d’Alençon.

Béatifiés le à Lisieux, pour l'exemplarité de leur vie de couple, et canonisés à Rome le par le pape François, ils sont les parents de neuf enfants. Parmi eux, Thérèse de Lisieux, en religion « sœur Thérèse de l'Enfant-Jésus et de la Sainte-Face », canonisée en 1925, et Léonie, visitandine à Caen, dont le procès de béatification ouvre en 2015.

Biographies Louis Martin

Louis Martin naît le à Bordeaux, fils de Pierre François Martin (1777-1865) et de Marie Anne Fanny Boureau (1800-1883).Louis Martin. Il est baptisé le suivant dans l'église Sainte-Eulalie, par le père Jules Guibre, avec pour parrain Léonce Lamothe, et pour marraine Ernestine BeyssacRegistre de baptêmes de l'église Sainte-Eulalie, acte du 28 octobre 1823..

Dernier d'une famille de trois filles et deux garçons, il est élevé au hasard des garnisons de son père, militaire de carrière. Après ses études, Louis apprend le métier d'horloger. Vers , attiré par la vie monastique, il demande à entrer au monastère du Grand-Saint-Bernard ; mais sa candidature est refusée car il ignore le latin. Il séjourne alors trois ans à Paris, puis s'installe à Alençon chez ses parents qui occupent un magasin d'horlogerie-bijouterie, rue du Pont-Neuf..

Pendant huit années, il mène une vie laborieuse, calme et méditativeHorlogerie de Louis Martin. Ses distractions consistent en de longues séances de pêche, quelques parties de chasse et les soirées avec ses amis au Cercle Catholique "Vital Romet". Sa foi demeure vive, c'est un chrétien fervent : messe le dimanche et en semaine, adoration du Saint-Sacrement, pèlerinages. Il achète à Alençon le PavillonLe pavillon de Louis Martin, une tour entourée d'un terrain, pour jardiner, lire et méditer. À , il est encore célibataire, au grand désespoir de sa mère..

Zélie Guérin

Tout comme son futur mari, Azélie Marie Guérin , née le à Gandelain, village de l'Orne proche du bourg de Saint-Denis-sur-Sarthon, est l'enfant d'un militaire ayant fait les guerres de la Révolution et de l'Empire puis, la paix revenue, a épousé tardivement une femme bien plus jeune que lui. Comme les Martin, les Guérin sont animés d'une Foi vive mais ont les pieds bien sur terre. Le père, Isidore Guérin (1789-1868), ancien soldat de la Grande Armée, s'est battu à Wagram (1809) puis a suivi Masséna et Soult pendant la guerre d'Espagne. Il est désormais gendarme à Saint-Denis-sur-Sarthon, où sa fille est baptisée. Il a épousé en 1828 Louise Jeanne Macé (1805-1859), une paysanne assez rude. Zélie a une sœur aînée, Marie-Louise (1829-1877). Son frère, prénommé comme leur père Isidore Guérin (1841-1909) naît dix ans plus tard.

En , ses parents s'installent à Alençon, préfecture du département de 14000 habitants. Marie-Louise, qui a , et Zélie, qui en a 13, reçoivent une formation soignée au pensionnat des religieuses des Sacrés-Cœurs de Picpus, sis rue de Lancrel, qui deviendra plus tard l'Institution Notre-Dame. Intelligente et travailleuse, Zélie garde de son éducation austère une tendance au scrupule, bien dans la spiritualité de l'époque.. Les relations avec sa mère sont difficiles et elle ne conservera pas le souvenir d'une enfance heureuse, elle écrira même : . Elle ressent assez tôt un appel à la sainteté, que tempère pourtant son robuste bon sens : . Elle songe alors à entrer à l'Hôtel-Dieu d'Alençon comme religieuse, mais la supérieure l'en dissuade.

Déçue, elle devient dentellièreZélie Martin et se révèle particulièrement douée pour la confection de dentelle au point d'Alençon, travail délicat et minutieux. En 1853, à l'âge de , elle ouvre une boutique avec Marie-Louise. Mais sa sœur la quitte pour entrer au couvent des Visitandines du Mans sous le nom de sœur Marie-Dosithée..

La famille Martin vignette|upright|left|Basilique Notre-Dame d'Alençon, lieu du mariage de Louis et Zélie le . En 1856, Zélie, toujours célibataire, « coiffe Sainte-Catherine », elle commence à être considérée comme une « vieille fille ». En 1858, alors qu'elle ne peut pas rentrer dans la vie religieuse elle choisit de se marier. Elle confie à Dieu le choix de celui qu'elle épousera. Quelques semaines après elle fait la rencontre de Pont de sarthe. Louis Martin horloger. Ils se marient le à l'église Notre-Dame d'AlençonBasilique Notre-Dame d'Alençon. Il a , elle en a 27.

Dans leur jeunesse, chacun des deux époux avait tenté d'entrer en religion mais ils avaient été tous deux récusés. Aussi, à l'instigation de Louis, décident-ils d'abord de vivre comme frère et sœur dans une continence perpétuelle. Leur confesseur les en dissuade. Louis et Zélie consomment leur union et Zélie donne naissance à sept filles et deux garçons entre 1859 et 1873 malgré une maladie du sein qui progresse lentement à partir de 1863Les neuf enfants reçoivent tous Marie comme premier prénom.. Cependant, la mortalité infantile demeure très élevée à cette époque, et les Martin perdent quatre enfants en bas âge. notamment leurs deux fils Marie Joseph et Marie Jean-Baptiste. La petite dernière, ThérèseVie de sainte Thérèse, naît en . écrit Zélie.vignette|Maison à Alençon des saints Louis et Zélie Martin, maison natale de sainte Thérèse.Afin de recevoir une éducation chrétienne, les aînées sont envoyées au pensionnat de la Visitation du Mans où leur tante a pris le voile. Les soucis familiaux ne manquent pas, tels les difficultés scolaires de Léonie ou la santé délicate de Thérèse, qu'il faut placer chez Rose TailléRose Taillé, la nourrice de Thérèse, une nourrice du village de Semallé. Si Zélie, femme active et énergique, tient incontestablement une place prépondérante dans le couple, elle ne cesse de louer la bonté paisible de Louis : .

Malgré ces deuils Zélie Martin perd sa mère en 1859, son père en 1865, ses deux fils en 1867 et 1868 puis en 1870 deux de ses filles dont sa préférée qui n'avait pas six ans, en 1871, son neveu Paul Guérin (mort au berceau) enfin en 1877, sa soeur religieuse au Mans. et la maladie, Zélie consacre toute son énergie à son entreprise. Celle-ci est prospère et emploie jusqu'à une vingtaine d'ouvrières. À force de labeur et d'épargne, les époux Martin ont acquis une grande aisance financière. En 1870, Louis vend son horlogerie à un neveu, afin d'aider sa femme à administrer sa production et son commerce, et à gérer leurs biens..

Fervents chrétiens, Zélie et Louis assistent chaque matin à la messe de . Ils pratiquent le jeûne et la prière en famille, respectent scrupuleusement le repos du dimanche. Ils savent également mettre en pratique leurs convictions : ils visitent les vieillards seuls, les malades, les mourants ; lorsque l'occasion se présente, ils accueillent un vagabond à leur table, font les démarches pour le faire accepter à l'hospice d'Alençon. Zélie, ayant appris qu'une enfant était maltraitée par ses nourrices, s'acharne à la délivrer de ses tortionnaires allant jusque devant les tribunaux. Elle s'occupe également de ses bonnes et de ses ouvrières, souvent jeunes et inexpérimentées.. écrira-t-elle à un de ses correspondants. Elle finit par comprendre que sa fille Léonie, enfant malheureuse et difficile, est tombée sous l'emprise de la bonne qui la traite comme une esclave et résout le problème avec tact et diplomatie.

Maladie et décès de Zélie En 1876, la maladie frappe la famille Martin. C'est d'abord la sœur de Zélie, Marie-Dosithée, que ronge inexorablement la tuberculose. Durement affectée, Zélie se résout à consulter pour elle-même un médecin en . Malgré ses maux de tête, ses douleurs d'estomac, elle n'avait pas voulu jusqu'alors se soucier de sa santé. Mais le diagnostic ne laisse aucun espoir : la au sein est trop avancée, une opération serait inutile. Zélie reçoit lucidement la nouvelle de ce cancer du sein, tandis que Louis est . Isidore, le frère de Zélie devenu pharmacien à Lisieux, lui fait rencontrer un grand chirurgien. Mais celui-ci déconseille également l'opération : il est trop tard..

Le , sœur Marie-Dosithée s'éteintEn 1897, Thérèse mourra à son tour de la tuberculose, véritable fléau à la fin du .. C'est pour Zélie un coup terrible, et son mal empire. En , malgré ses souffrances, elle se rend à Lourdes, mais le miracle espéré n'a pas lieu. De retour à Alençon, elle met de l'ordre dans ses affaires et prépare la maisonnée à sa prochaine disparition. Elle reçoit l'extrême-onction le en présence de Louis et de ses filles, et meurt après deux jours d'agonie le . La déclaration est effectuée par son frère Isidore Guérin et Vital Auguste Romet, ami. Ses funérailles sont célébrées dans la basilique Notre-Dame. Elle est inhumée le au cimetière d'Alençon, laissant une famille effondrée et cinq filles dont la plus jeune, Thérèse, est âgée seulement de quatre ans et huit mois..

Un veuf et cinq orphelines Veuf avec ses cinq filles, Louis déménage à Lisieux pour se rapprocher de son beau-frère Isidore Guérin et de sa famille, appliquant ainsi les recommandations de Zélie avant sa mort. Léonie, Céline puis Thérèse font à leur tour leurs études au pensionnat des bénédictines de Lisieux.. En 1882, Pauline décide, avec le consentement de Louis, de devenir carmélite. Le , elle entre au carmel de Lisieux, au grand désarroi de Thérèse qui se sent abandonnéeÀ la mort de sa mère, Thérèse avait choisi Pauline comme sa seconde maman... Si Louis est déjà un homme d'âge mûr, l'oncle Isidore et la tante Céline ont la trentaine et leurs deux filles ont le même âge que les plus jeunes filles Martin.

Amateur de voyages, Louis Martin aime à faire visiter Paris à ses filles.. En 1885, il entreprend un grand périple de près de deux mois. Avec l'abbé Charles Marie, il traverse l'Europe centrale jusqu'aux Balkans, via Munich et Vienne. Ils reviennent par Athènes, Naples, Rome, Milan. Les récits de voyage agrémentent ensuite les veillées d'hiver : écrit Thérèse dans un devoir scolaire..

Thérèse, sans doute la plus touchée par la mort de Zélie, est devenue une enfant excessivement sensible, toujours prête à fondre à larmes. En , Louis se résout à la retirer de son école et à lui faire donner des leçons particulières.. En , à la surprise de toute la famille, l'aînée des filles, l'indépendante Marie décide à son tour d'entrer au carmel de Lisieux. Louis qui perd sa fille préférée, son , doit cacher sa peine. C'est également un choc pour Thérèse, dont Marie était devenue la confidente et sans doute une mère de substitution. D'autant qu'en octobre, Léonie se fait admettre au couvent des clarisses. La chaude atmosphère des Buissonnets est en train de disparaître. Il ne reste autour de Louis que Thérèse et Céline, qui est alors promue maîtresse de maison à dix-sept ans et demi..

Début , Léonie est de retour : sept semaines de la dure vie des clarisses ont eu raison de sa bonne volonté. Pourtant, au printemps 1887, elle demande à son père l'autorisation d'entrer à la Visitation de Caen.. Le , Louis Martin subit une petite attaque qui le laisse paralysé du côté gauche pendant quelques heures. Mais l'intervention rapide de son beau-frère le tire d'affaire..

Louis Martin et la vocation de Thérèse thumb|upright=1.2|Statues de Louis Martin et de sainte Thérèse dans le jardin des Buissonnets, en mémoire de la Pentecôte de 1887 : « Thérèse demande à son Père l'autorisation d'entrer au Carmel à 15 ans. »