Ursus thibetanus, l’Ours du Tibet, plus communément désigné sous le nom d’Ours noir d'Asie, également connu sous le nom d’Ours-lune, est une espèce de mammifère carnivore de la famille des ursidés. Il s’agit d’un ours de taille moyenne, largement adaptée à un mode de vie arboricole. Il est présent depuis le sud-est de l’Iran, le Pakistan, l’Inde et l’Himalaya jusqu’à l’Asie du Sud-Est continentale, la péninsule Coréenne, la Chine et l’Extrême-Orient russe, ainsi que sur les îles de Honshū et Shikoku au Japon. Il est classé comme espèce vulnérable sur la Liste rouge de l’UICN, et est menacé par la déforestation et le braconnage pour son utilisation dans la médecine traditionnelle.
Dénominations Nom scientifique valide : Ursus thibetanus (Cuvier, 1823) ; Nom normalisé anglais : Asian black bear, Moon bear ; Noms vulgaires : Ours du Tibet, Ours noir d'Asie, Ours-lune, Ours à collier du Tibet ; Noms vernaculaires : Ours de l'Himalaya, Ours à collier, Ours, Kuma. L'ours noir d'Asie est appelé mi khwai หมีควาย ou หมีดำเอเชีย (« ours-buffle ») en Thaïlande.
Le mot japonais , referait originellement à cette espèce.
Taxonomie Historique vignette|gauche|Illustration de l’Ours du Tibet dans Histoire naturelle des mammifères avec des figures originales, coloriées, dessinées d'aprèsdes animaux vivans - tome 5 (1824). L'espèce est formellement nommée et décrite pour la première fois en 1823 par le naturaliste français Georges Cuvier sous le nom binominal d'« Ursus thibetanus » dans la nouvelle édition de ses Recherches sur les ossemens fossiles. Cuvier fonde son identification et sa diagnose succincte sur des dépouilles rapportées des Indes orientales par son beau-fils, le voyageur naturaliste Alfred Duvaucel. Une description anatomique et morphologique plus détaillée, accompagnée de planches en couleur dessinées d'après le vif, est publiée peu après, en mai 1824, par Étienne Geoffroy Saint-Hilaire et Frédéric Cuvier dans leur Histoire naturelle des mammifères sous le nom vernaculaire d'« Ours du Thibet ». Les auteurs y précisent que cette espèce a été découverte par Alfred Duvaucel dans le Sylhet (actuel Bangladesh) ainsi que dans les contreforts du Népal par le botaniste danois Nathaniel Wallich. Ils en détaillent les traits caractéristiques distinctifs, notamment sa robe entièrement noire, son chanfrein rectiligne formant une ligne continue avec le front, ses petites griffes, la lèvre inférieure blanche et la marque blanche caractéristique en forme de « Y » ornant sa poitrine.
Par la suite, le naturaliste Pierre Marie Heude a apporté plusieurs contributions à la systématique des ours asiatiques, qui étaient dans un premier temps décrit comme des espèces distinctes décrivant notamment différentes formes régionales telles que ussuricus et moupinensis. Dans ses travaux, Heude isole toutes ces nouvelles espèces d’ours noirs asiatiques des autres membres du genre Ursus pour les classer au sein du groupe Selenarctos. Il motive cette distinction par des particularités anatomiques et dentaires : des dents petites et finement striées ou granulées, ainsi qu'une morphologie crânienne dont l'élargissement au niveau des arcades zygomatiques n'apparaît que tardivement avec l'âge, conférant au crâne un aspect allongé chez les individus plus jeunes. Dans la taxonomie actuelle, la création de ce nouveau groupe équivalait à rassembler les sous-espèces d’ours noirs asiatiques dans le taxon Ursus thibetanus, désormais la seule espèce de ce groupe. Le;taxon sert surtout à illustrer la séparation phylogénétique avec les autres espèces d’ours proprement dits du genre Ursus, que sont l’ours noir d’Amérique du sous-genre Euarctos, ainsi que les Ours brun et blanc dans le sous-genre nominal Ursus.
Évolution Sur le plan biologique et morphologique, l’ours noir d’Asie représente le début des spécialisations arboricoles atteintes par les ours lippus et les ours malais. Il possède un caryotype presque identique à celui des cinq autres espèces d’ursidés du genre Ursus, et compte 74 chromosomes. Il est considéré comme le moins l’espèce d’ours la moins « déviante » taxonomiquement, de l’Ancien Monde. Il s’agit soit d’une forme survivante, bien que modifiée, de Ursus etruscus, en particulier la petite variété précoce du Villafranchien moyen soit d’une forme plus grande de Ursus minimus, une espèce éteinte apparue il y a . À l’exception de l’âge des os, il est souvent difficile de distinguer les restes de Ursus minimus de ceux de l’ours-lune moderne.
L’ours noir d’Asie et l’ours noir d’Amérique auraient divergé génétiquement il y a environ , bien que les preuves génétiques soient non concluantes. Les deux espèces d’ours noirs sont considérées comme des taxons frères et sont plus étroitement apparentées entre elles qu’aux autres espèces d’ours. Les plus anciens spécimens connus d’ours noir d’Asie proviennent du Pliocène inférieur en Moldavie. Les plus anciens fossiles d’ours noir américain trouvés en Pennsylvanie ressemblent fortement à l’ours noir d’Asie. Des études sur la séquence du cytochrome b mitochondrial indiquent que la divergence des populations continentales et japonaises pourrait avoir eu lieu lorsque les ours ont traversé le pont terrestre entre la péninsule Coréenne et le Japon il y a , conformément aux preuves paléontologiques.
Sous-espèces +Liste des sous-espèces d’Ursus thibetanus. à jour selon : Nom de la sous-espèce Répartition Description SynonymesUrsus thibetanus formosanusR. Swinhoe, 1864Ours noir de Formose180 pxTaïwanCette sous-espèce n’a pas l’épaisse fourrure du cou présente chez d’autres sous-espècesBaluchistan black bear Ursus thibetanus (G. Cuvier, 1823).Ursus thibetanus gedrosianusBlanford, 1877180 pxSud du Baloutchistan, Iran et Pakistan.Une petite sous-espèce, à poil relativement court et rêche, souvent brun-roux plutôt que noir.Ursus thibetanus japonicusSchlegel, 1857Ours noir du Japon180 pxHonshū et Shikoku. Éteint à Kyushu.Une petite sous-espèce pesant de 60 à pour le mâle adulte et 40 à pour la femelle adulte. La longueur moyenne du corps est de 1,1 à Il n’a pas l’épaisse fourrure du cou des autres sous-espèces et possède un museau plus sombre.Ursus thibetanus laniger Pocock, 1932Ours noir de l'Himalaya180 pxLes HimalayaSe distingue de U. t. thibetanus par sa fourrure plus longue et plus épaisse, et par une marque pectorale plus petite et plus blanche. L’été, il vit dans des zones plus chaudes du Népal, de Chine, de Sibérie et du Tibet, entre 3000 et d’altitude. L’hiver, il descend jusqu’à . En moyenne, il mesure 1,4 et du nez à la queue et pèse entre 90 et , mais peut atteindre à l’automne lorsqu’il se prépare à l’hibernation.Ursus thibetanus mupinensis Heude, 1901Ours de Moupin180 pxIndochineClair, similaire à U. t. lanigerUrsus thibetanus thibetanusCuvier, 1823Ours du Tibet(espèce-type)180 pxAssam, Népal, Myanmar, Mergui, Thaïlande et AnnamSe distingue de U. t. laniger par son pelage court et fin, avec peu ou pas de sous-poil.Ursus thibetanus ussuricus Heude, 1901Ours du RunickOurs noir de l'Oussouri180 pxSud de la Sibérie, nord-est de la Chine et péninsule CoréenneLa plus grande sous-espèce. Jusqu’au Pléistocène supérieur, deux autres sous-espèces vivaient en Europe et en Asie occidentale : U. t. mediterraneus en Europe occidentale et dans le Caucase, et U. t. permjak en Europe orientale, en particulier dans les monts Oural.
Hybrides Les ours noirs d’Asie sont compatibles avec plusieurs autres espèces d’ours et ont parfois produit des descendants hybrides. Selon Jack Hanna dans son ouvrage Monkeys on the Interstate, un ours capturé à Sanford, en Floride, aurait été le descendant d’une ourse noire d’Asie échappée et d’un ours noir d’Amérique, et l’ouvrage Some notes on hybrid bears de Scherren publié en 1907 mentionne une reproduction réussie entre un ours noir d’Asie et un ours lippu.. En 1975, au zoo « Las Delicias » au Venezuela, une ourse noire d’Asie partageait son enclos avec un ours à lunettes et produisit plusieurs descendants hybrides. En 2005, un possible hybride ours noir d’Asie–ours malais fut capturé dans le bassin du Mékong, dans l’est du Cambodge. Un hybride ours noir d’Asie / ours brun, issu d’une ferme à bile, est hébergé au centre de sauvetage de la .
Phylogénie
Description Comme son nom vernaculaire l’indique, l’espèce se caractérise par une fourrure noire, un museau brun clair et une tache pectorale blanche ou crème, parfois en forme de V. en forme de U ou en forme de croissant de lune, d’où le nom d’« ours-lune ».
Ses oreilles, arrondies en forme de cloche, sont proportionnellement plus longues que celles des autres ursidés, et dépassent latéralement de la tête. Sa queue est courte, autour de de long..
Les adultes mesurent de à au garrot et de de longueur. Les mâles adultes pèsent entre , pour un poids moyen d’environ . Les femelles adultes pèsent , les plus grandes pouvant atteindre .
L’ours noir d’Asie a une morphologie générale similaire à celle de l’ours brun (Ursus arctos), mais il est plus léger et plus petit. Les lèvres et le nez sont plus grands et plus mobiles que chez l’ours brun. Le crâne de l’ours noir d’Asie est relativement petit mais massif, en particulier la mâchoire inférieure. Les mâles adultes ont un crâne mesurant de long et de large, tandis que les crânes des femelles mesurent de long et de large. Comparé aux autres ours du genre Ursus, les apophyses du crâne sont faiblement développées ; la crête sagittale est basse et courte, même chez les vieux individus, et ne dépasse pas de la longueur totale du crâne, contrairement à celle de l’ours brun, qui peut représenter jusqu’à 41 % de la longueur du crâne.
Bien que principalement herbivore, la mâchoire de l’ours noir d’Asie n’est pas aussi spécialisée pour l’alimentation végétale que celle des pandas géants : l’espèce des arcades zygomatiques beaucoup plus étroites, et le ratio de poids des deux muscles ptérygoïdiens est également beaucoup plus faible chez eux. Les faisceaux latéraux des muscles temporaux sont plus épais et plus fortsEndo, H., Taru, H., Yamamoto, M., Arishima, K., & Sasaki, M. (2003). Comparative morphology of the muscles of mastication in the giant panda and the Asiatic black bear. Annals of Anatomy. Anatomischer Anzeiger 185 (#3) : 287–292..
Contrairement à l’ours polaire, l’ours noir d’Asie possède un haut du corps puissant lui permettant d’escalader les arbres, avec des pattes arrière relativement faibles et plus courtes que chez l’ours brun et l’ours noir d’Amérique. Un ours noir d’Asie ayant les pattes arrière brisées peut encore grimper efficacement. C’est l’ours le plus bipède de tous, capable de marcher debout sur plus de . Les coussinets des pattes avant sont plus grands que chez la plupart des autres espèces d’ours. Leurs griffes, principalement utilisées pour grimper et creuser, sont légèrement plus longues sur la patte avant de que sur la patte arrière de et sont plus grandes et plus recourbées que celles de l’ours noir américain. En moyenne, les ours noirs d’Asie sont légèrement plus petits que les ours noirs américains, bien que de grands mâles puissent dépasser la taille de plusieurs autres espèces d’ours..
Le célèbre chasseur britannique connu sous le nom de « Old Shekarry » écrivit qu’un ours noir d’Asie qu’il avait abattu en Inde devait probablement peser pas moins de , d’après le nombre de personnes nécessaires pour soulever son corps. Le plus grand ours noir d’Asie enregistré aurait pesé. Les individus élevés en zoo peuvent peser jusqu’à .. Bien que leurs sens soient plus développés que ceux de l’ours brun, leur vue est médiocre et leur audition est de portée moyenne, la limite supérieure étant de 30 kHz..
Répartition et habitat Au cours du Pléistocène moyen et du début du Pléistocène supérieur, l’ours noir d’Asie occupait un vaste territoire allant de la péninsule Ibérique, aux Balkans jusqu’aux monts Oural.