Eugénie de Grèce (en grec moderne : ), princesse de Grèce et de Danemark puis, par ses mariages successifs, princesse Radziwill et princesse de Tour et Taxis, est née le à Paris, en France, et morte le à Genève, en Suisse. Elle est un membre de la famille royale de Grèce, une biographe et une traductrice proche de Sigmund Freud et du milieu psychanalytique français.

Fille de Georges de Grèce et de Marie Bonaparte, la princesse Eugénie passe l'essentiel de sa jeunesse en France. Issue d'une famille fortunée mais éloignée du trône depuis longtemps, elle grandit aux côtés de personnalités brillantes, parmi lesquelles Roland Bonaparte, Aristide Briand ou Rudolph Loewenstein. Atteinte d'une pleurésie à l'âge de seize ans, Eugénie traverse plusieurs années difficiles, qui la conduisent à suivre un long traitement à Leysin, en Suisse. Complètement guérie en 1933, elle effectue alors de nombreux voyages en Europe et en Amérique avec sa mère. Dans le même temps, elle entreprend une analyse et devient une intime de Sigmund Freud et de sa famille.

Mariée, en 1938, au prince polonais Dominique Radziwill, Eugénie donne le jour à deux enfants, Tatiana (1939) et Georges (1942). Elle publie, par ailleurs, la traduction d'un livre de sa mère, consacré à leur chow-chow Topsy (1940). Avec la Seconde Guerre mondiale et la mise en place du régime de Vichy, la famille fuit la France. Exilée en Afrique du Sud, Eugénie y travaille comme infirmière dans un hôpital. Revenus en Europe à la Libération, la princesse et son époux décident de se séparer et leur divorce est prononcé en 1946. Eugénie reprend alors ses voyages avec sa mère et assiste à de nombreux événements liés à la vie du gotha.

Remariée, en 1949, au prince Raymond de Tour et Taxis, Eugénie a, avec lui, un troisième enfant, le prince Charles-Alexandre (1952). Cependant, cette union périclite également et le couple divorce en 1965. Pendant longtemps, la princesse se consacre à sa famille et effectue de nombreux séjours en France et à l'étranger. Au fil des années, elle entreprend aussi des recherches historiques, qui la conduisent à écrire les biographies de deux membres de sa famille, son arrière-grand-père Pierre-Napoléon Bonaparte (1963) et son petit-cousin le tsarévitch Alexis de Russie (1990).

Frappée par la maladie d'Alzheimer sur ses vieux jours, la princesse Eugénie meurt en 1989, non sans avoir connu ses cinq petits-enfants. Elle est enterrée auprès de son deuxième mari, au château de Duino, en Italie.

Famille vignette|alt=Photo en noir et blanc d'un couple en tenue nuptiale.|Marie Bonaparte et Georges de Grèce, parents de la princesse Eugénie (1907). La princesse Eugénie est la fille du prince Georges de Grèce (1869-1957) et de son épouse la princesse française Marie Bonaparte (1882-1962). Par son père, elle est donc la petite-fille du roi (1845-1913) et de la grande-duchesse Olga Constantinovna de Russie (1851-1926) tandis que, par sa mère, elle a pour grands-parents le prince Roland Bonaparte (1858-1924) et son épouse Marie-Félix Blanc (1859-1882).

Le , la princesse Eugénie épouse, à Paris, le prince polonais Dominique Radziwill (1911-1976), lui-même fils du prince Jérôme Radziwill (1885-1945) et de sa femme l'archiduchesse Renée d'Autriche-Teschen (1888-1935).

De cette union, qui se termine par un divorce en 1946, naissent deux enfants : Tatiana Radziwill (1939-2025), princesse Radziwill, épouse, en 1966, le cardiologue français Jean « John » Henri Fruchaud (1937), fils du chirurgien Henri Fruchaud (1894-1960). D'où : Fabiola Fruchaud (1967), épouse Thierry Hermann (1965) avant de divorcer et de se remarier à Didier Fradin (1959). D'où une fille, Titiana Hermann (1996), et un fils, Édouard Fradin (2007) ; Alexis Fruchaud (1969), épouse Natalie Chandler. D'où une fille, Thalia Fruchaud (2008). Georges Radziwill (1942-2001), prince Radziwill, épouse, en 1985, Françoise Lageat (1931-1992), fille de la compositrice Germaine Tailleferre (1892-1983).

Le , Eugénie de Grèce se remarie au prince Raymond de Tour et Taxis (1907-1986), deuxième duc de Castel Duino. Issu de la branche italienne de la maison de Tour et Taxis, Raymond est le fils d'Alexandre de Tour et Taxis (1881-1937), prince de Tour et Taxis, et de son épouse la princesse belge Marie de Ligne (1885-1971).

De cette seconde union, qui se termine également par un divorce en 1965, naît un enfant : , troisième duc de Castel Duino, épouse Véronique Lantz (1951). D'où trois enfants : Dimitri de Tour et Taxis (1977), prince de Tour et Taxis, épouse Elinor de Pret Roose de Calesberg (1981). D'où un fils, Alexandre de Tour et Taxis (2017) ; Maximilien de Tour et Taxis (1979), prince de Tour et Taxis ; Constanza de Tour et Taxis (1989), princesse de Tour et Taxis.

Biographie Jeunesse Une enfance dorée

vignette|gauche|redresse|La princesse Eugénie, enfant, aux côtés de sa mère, Marie Bonaparte, et de son frère, Pierre de Grèce (1912). Née dans la capitale française le , Eugénie de Grèce reçoit pour marraine l'ancienne impératrice des Français Eugénie de Montijo, veuve de . La princesse passe la majeure partie de son enfance et de son adolescence entre Saint-Cloud et l’avenue d'Iéna, à Paris, où sa mère et son grand-père maternel, le prince Roland Bonaparte, possèdent plusieurs résidences. Les liens de l’enfant avec la Grèce sont par contre beaucoup plus distants. La Première Guerre mondiale, avec ses conséquences néfastes pour la famille royale hellène, et surtout la proclamation de la république à Athènes en 1924, éloignent pour longtemps la petite fille de sa patrie. Entre 1912 et 1936, elle ne revoit ainsi jamais la Grèce. La princesse Eugénie connaît finalement bien mieux le Danemark, pays de son arrière-grand-père paternel, le roi . Pendant de nombreuses années, elle se rend en effet, chaque été, avec sa famille, au château de Bernstorff, à Gentofte, chez son grand-oncle, le prince Valdemar. Ce dernier entretient en effet, depuis 1883, une relation amoureuse avec le père d'Eugénie. La petite fille et son frère Pierre appellent affectueusement le prince (« Papa deux »).

Avec leur progéniture, Georges de Grèce et Marie Bonaparte se montrent à la fois chaleureux et distants. L’arrière-petite-nièce de a perdu sa mère, Marie-Félix Blanc, peu après sa naissance et ses relations avec son propre père, Roland Bonaparte, n’ont jamais été faciles. Elle a donc parfois du mal à savoir comment se comporter avec ses enfants et se montre tantôt lointaine, tantôt étouffante. Malgré ses principes égalitaires, la princesse favorise par ailleurs son fils, ce qui n'est pas sans faire naître de la jalousie chez Eugénie. De son côté, le prince Georges aurait préféré avoir un deuxième fils plutôt qu'une fille et Eugénie se sent longtemps mal aimée de lui. Comme tous les enfants princiers de leur génération, la princesse et son frère sont également confiés au soin de domestiques et leur gouvernante anglaise, Violet Croisdale (surnommée tendrement « Croisy »), joue un rôle important, mais pas toujours positif, dans leur éducation.

Eugénie et son frère aîné reçoivent une éducation libérale, largement supervisée par leur mère. D’abord confiés aux soins d’un précepteur suisse, Henri Hoesli, les enfants étudient ensuite dans des lycées publics, ce qui est très atypique, dans le milieu des familles princières. Seule leur formation religieuse est assurée par leur père, orthodoxe strict et fervent. La princesse et son frère ont, par ailleurs, la chance de grandir dans un milieu cultivé, où ils côtoient nombre de personnalités brillantes. Dès l'âge de deux ans, Eugénie rencontre ainsi l’écrivain Rudyard Kipling, auteur du Livre de la jungle. Plus tard, en 1924, elle passe des vacances avec le sinologue George Soulié de Morant, qui lui enseigne un peu de chinois. Au fil des années, elle fréquente aussi le président du Conseil Aristide Briand, qui est longtemps l’amant de sa mère, le père de la psychanalyse Sigmund Freud, dont Marie Bonaparte devient bientôt la disciple, ou encore le psychanalyste Rudolph Loewenstein, un autre amant de sa mère.

Une adolescence marquée par la maladie… et la psychanalyse Le décès du prince Roland Bonaparte, en 1924, et les bouleversements intérieurs qu'il fait naître chez Marie Bonaparte marquent le début d'une période difficile dans la vie de la princesse Eugénie. En 1925, l'arrière-petite-nièce de quitte sa famille durant plusieurs mois pour suivre, à Vienne, une analyse auprès de Sigmund Freud. Pendant cette période, Eugénie se sent d'autant plus abandonnée par sa mère que ses relations avec le prince Georges sont de plus en plus froides et distantes. Après le retour de Marie Bonaparte à Paris, l'adolescente s'imagine pouvoir l'accompagner en Autriche à l'occasion de son prochain séjour, mais cette dernière doit l'en détromper car son père refuse de la voir quitter la France. En dépit de cette opposition, Eugénie et son frère font finalement la connaissance de Freud et de sa famille en et les enfants s'en montrent ravis. Cela n'empêche pas les deux adolescents de continuer à déplorer les longues absences de leur mère.

vignette|redresse|alt=Photo en noir et blanc d'un homme barbu vêtu d'un costume et fumant le cigare.|Sigmund Freud, intime de la princesse Eugénie (1922). Lors du cinquième voyage de Marie Bonaparte auprès de Freud, en , la santé d'Eugénie se dégrade subitement. Après avoir d'abord envisagé une jaunisse, son médecin, le , diagnostique une pleurésie. Face à la gravité de la situation, sa mère revient immédiatement à Paris pour la soigner. D'abord traitée en France, Eugénie est ensuite envoyée en maison de repos à Leysin, en Suisse, durant l'été 1927. Placée sous la garde de « Croisy », sa gouvernante anglaise, la princesse y reçoit des visites régulières de sa mère.

L'état de sa fille ne s'améliorant pas, Marie Bonaparte l'installe finalement dans une maison de la commune, La Pyrole, et embauche, à son service, une cuisinière, une fille de cuisine, une femme de chambre et un chauffeur. Contrainte à rester alitée durant de longues périodes, Eugénie se distrait par la lecture, et dévore l'œuvre de Dickens. Elle obtient, par ailleurs, l'autorisation de ses parents d'adopter un couple de chow-chow, race canine qui joue, par la suite, un rôle si important dans la vie de sa famille que Marie Bonaparte consacre un livre entier à l'un de ses chiens, Topsy. Au fil de ses séjours suisses, Marie Bonaparte se rapproche de sa fille, dont elle considère que c'est la seule personne qui la comprenne vraiment. Pourtant, de son côté, Eugénie continue à éprouver le sentiment que sa mère ne s'intéresse pas à elle.

Pendant les années qui suivent, Eugénie suit de nombreux examens médicaux et reçoit différents traitements, mais sa santé reste délicate. Dans ces conditions, elle ne quitte la Suisse qu'à l'occasion de courts séjours avec sa mère. En , elle retourne ainsi en Autriche pour retrouver les Freud et participer au festival de Salzbourg. En , elle passe des vacances au Lys de Mer, à Saint-Tropez. En , elle se rend à nouveau à Vienne. En , elle assiste aux funérailles d'Aristide Briand, à Paris. Quelques mois plus tard, en décembre, elle se rend au Danemark, pour assister aux noces d'argent de ses parents. Pendant ce voyage, son état empire et elle doit être hospitalisée en urgence. Ce n'est finalement qu'en qu'elle commence à reprendre une vie normale.

Malgré la maladie, Eugénie conserve un tempérament joyeux et fantasque. Sous l'influence de sa mère, elle se passionne pour la psychanalyse et entame une thérapie, qui l'amène à rompre brusquement tout lien avec Violet Croisdale, qu'elle accuse de l'écraser (1932). Au fil des années, la princesse devient par ailleurs une intime de Sigmund Freud, avec qui elle entretient une correspondance régulière. Comme sa mère, elle intègre même le petit cercle des disciples du médecin, ce qui lui vaut de recevoir une bague ornée d'une intaille, symbole d'estime et de confiance.