Clements Robert Markham, né le à Stillingfleet dans le Yorkshire et mort le à Londres, est un fonctionnaire, géographe, explorateur et écrivain britannique. Il est secrétaire de la Royal Geographical Society (RGS) entre 1863 et 1888, puis président de l'institution pendant douze années. Durant cette dernière position, il est principalement responsable de l'organisation de l'expédition Discovery (1901-1904), ainsi que du lancement de la carrière d'explorateur polaire de Robert Falcon Scott.
Markham commence sa carrière en tant que cadet et aspirant dans la Royal Navy. Il est envoyé dans l'Arctique avec l' dans l'une des nombreuses opérations de recherche de l'expédition perdue de John Franklin. Plus tard, Markham sert en tant que géographe au bureau de l'Inde et est responsable de la collecte des plantes Cinchona dans les forêts péruviennes pour leur transplantation en Inde britannique. Par ce moyen, le gouvernement a acquis une source proche de quinine. Markham sert également comme géographe à la force expéditionnaire en Abyssinie de Robert Napier et est présent en 1868 à la bataille de Magdala.
La principale réalisation de la RGS sous la présidence de Markham est la reprise à la fin du de l'intérêt des Britanniques dans l'exploration de l'Antarctique, après une éclipse de cinquante ans. Il a des idées déterminées sur la façon dont l'expédition Discovery doit être organisée et se bat pour s'assurer qu'elle soit exécutée essentiellement comme une entreprise navale, sous le commandement du capitaine Robert Falcon Scott. Pour ce faire, il surmonte l'hostilité et l'opposition d'une grande partie de la communauté scientifique. Dans les années qui suivent l'expédition, il continue à aider la carrière de son champion Scott, jusqu'à dénigrer les réalisations des autres explorateurs contemporains.
Toute sa vie, Markham a été un voyageur et un écrivain prolifique. Ses œuvres comptent des histoires, des récits de voyage et des biographies. Il est l'auteur de nombreux articles et rapports pour la RGS et a fait beaucoup de travaux d'édition et de traduction pour l'Hakluyt Society, dont il devient également président. Il reçoit les honneurs publics et universitaires et est reconnu comme une influence majeure sur la discipline de la géographie, bien qu'une grande partie de son travail soit basée sur l'enthousiasme plutôt que sur l'érudition. Parmi les caractéristiques géographiques portant son nom se trouve le mont Markham en Antarctique, baptisé ainsi par Scott en 1902.
Biographie Enfance Clements Robert Markham naît le à Stillingfleet dans le Yorkshire. Il est le deuxième fils du révérend David Markham qui est vicaire de Stillingfleet. La famille descend de William Markham, évêque de Chester puis archevêque d'York mais également tuteur royal du futur George IV. Cette proximité de la cour conduit en 1827 à la nomination de David Markham comme chanoine honoraire de Windsor. La mère de Clements Markham, Caroline Markham, née Milner, est la fille de William Milner, un baronnet.. Par sa grand-mère paternelle Elizabeth Markham née Bowles, Clements Markham est l'arrière-petit-fils du peintre anglais Oldfield Bowles (1739-1810). Il est également le neveu de William Markham (1796-1852), autre peintre anglais. Clements Robert est baptisé le dans la salle de réception de Becca Hall par son grand-oncle Robert Markham (1768-1837), archidiacre d’York, en même temps que son cousin germain William Thomas Markham (1830-1886) né une semaine avant lui.
En 1838, David Markham est nommé recteur de Great Horkesley, près de Colchester dans l'Essex.. Un an plus tard, Clements Markham commence sa scolarité, d'abord à Cheam dans le Surrey puis à la Westminster School. Il est un bon élève, particulièrement intéressé par la géologie et par l'astronomie, et à un âge précoce, un prolifique écrivain, une activité qui occupe une grande partie de son temps libre. À Westminster, qu'il décrit comme , il développe un intérêt particulier dans la navigation, étant même souvent barreur dans les courses d'avirons sur la Tamise..
Royal Navy Cadet et aspirant thumb|upright|Clements Markham comme cadet en 1844.
En , Markham est présenté par sa tante, la comtesse de Mansfield, au contre-amiral George Seymour, un lord de l'Amirauté. Le garçon fait bonne impression sur l'amiral et l'entretien conduit à la proposition de devenir cadet dans la Royal Navy. Le , Markham se rend à Portsmouth et rejoint le navire amiral de Seymour, le , quelques jours plus tard. Le navire est équipé pour un voyage prolongé vers l'océan Pacifique dans la mesure où Seymour doit prendre le commandement de la Pacific Station.. Cette mission doit durer près de quatre ans et les liens sociaux de Markham lui assurent évidemment une période relativement confortable. Il est ainsi rapporté qu'il est fréquemment invité à dîner avec l'amiral, dont la femme et les filles sont aussi à bord.. Le , le navire atteint Valparaiso au Chili, le port d'attache de la Pacific Station, après une croisière qui fait des escales à Rio de Janeiro et aux îles Malouines.
Après un répit de quelques semaines, le Collingwood navigue à nouveau, cette fois pour Callao, le principal port de la côte péruvienne, donnant à Markham sa première expérience d'un pays qu'il reverra plus tard dans sa carrière.. Au cours des deux années suivantes, le Collingwood croise dans l'océan Pacifique, en visitant les îles Sandwich (Hawaï), le Mexique et Tahiti où Markham tente d'aider les rebelles nationalistes contre leur gouverneur français.. Il reçoit sa première punition militaire quand il est puni pour impertinence par un instructeur naval : il est ainsi contraint de rester debout sur le pont de huit heures du matin jusqu'au coucher du Soleil.. Le , Markham passe l'examen pour devenir aspirant, terminant en troisième place dans un groupe de dix cadets. Les longues périodes passées dans les ports chiliens et péruviens sont aussi l'occasion d'apprendre l'espagnol.
Vers la fin du voyage, ses aspirations à une carrière classique dans la marine changent. Markham désire désormais avant tout être explorateur et géographe, portant ces pensées avec lui sur le voyage de retour. À l'arrivée à Portsmouth en , il informe son père de son désir de quitter la marine, mais est finalement convaincu d'y rester.. Après une brève période de service en mer Méditerranée, Markham compte quelques mois d'inactivité alors qu'il est basé à Spithead et Cobh, ce qui diminue encore plus son intérêt pour la marine.. Au début de l'année 1850, il apprend qu'une escadre de quatre navires est assemblée pour entreprendre une recherche de l'expédition Franklin., menée dans l'Arctique canadien par John Franklin et dont l'Amirauté n'a plus de nouvelles. Markham utilise l'influence de sa famille pour obtenir une place dans cette entreprise et le , il est informé de sa nomination sur l', l'un des deux navires principaux de l'escadre..
Premier voyage en Arctique (1850–1851)
John Franklin avait quitté l'Angleterre en avec deux navires, le et le , à la recherche du passage du Nord-Ouest. L'expédition est vue pour la dernière fois le par des baleiniers dans le nord de la mer de Baffin, en attente de pouvoir continuer vers l'ouest..
thumb|left|Une photographie moderne des tombes de l'île Beechey.
La recherche des navires disparus commence deux ans plus tard. L'escadre de secours est commandée par le capitaine Horatio Thomas Austin à bord du . L', où est Markham, est commandé par le capitaine Erasmus Ommanney.. Markham est le plus jeune membre de l'expédition et le seul aspirant de celle-ci. Il a un rôle limité, mais note soigneusement chaque détail de la vie de l'expédition dans son journal. Les navires prennent la mer le ..
Après avoir contourné la pointe sud du Groenland le , l'escadre procède vers le nord jusqu'à être bloquée le par la glace dans la baie de Melville.. Ce n'est que le qu'une avancée vers l'ouest est possible via le détroit de Lancaster, l'itinéraire prisé par Franklin. Les navires se dispersent pour rechercher des signes de l'expédition disparue. Le , Ommanney aperçoit un cairn et découvre des boîtes de conserves à proximité qui portent la mention « Goldner », l'entreprise fournissant de la viande en conserve pour l'expédition de Franklin. Ces fragments sont les premières traces de Franklin jamais trouvées après sa disparition. Quelques jours plus tard, sur l'île Beechey, trois tombes sont découvertes et elles s'avèrent être celles de membres du l'équipage de Franklin qui sont morts entre janvier et .
Les recherches continuent jusqu'à ce que les navires soient préparés pour le long hiver arctique. La principale activité pendant les mois qui suivent est une préparation détaillée d'expéditions en traîneaux pour la saison suivante. Il y a des cours donnés à l'équipage et diverses activités théâtrales dans lesquelles Markham peut démontrer son .. Il lit beaucoup, principalement sur l'histoire de l'Arctique et de la littérature classique, et envisage un possible retour au Pérou, un pays qui l'avait captivé pendant le voyage du Collingwood. Quand le printemps vient, une série d'expéditions en traîneaux est donc lancée à la recherche d'autres traces de l'équipage de Franklin. Markham joue un rôle à part entière dans ces activités et s'il ne trouve aucune autre trace de Franklin, il participe à la cartographie de centaines de kilomètres de côtes précédemment inexplorées.Markham traite de cela dans son livre The Lands of Silence (1921) aux pages 255–260.. Les navires retournent en Angleterre au début du mois d'..
Dès son retour en Angleterre, Markham informe son père de sa détermination à quitter la marine. Une des principales raisons de son mécontentement semble être la sévérité de la punition corporelle qui lui a été donnée en permanence pour ce qu'il considère comme des infractions mineures. Il avait été aussi en difficulté pendant son service sur le Collingwood pour avoir tenté d'empêcher la flagellation d'un membre d'équipage. Il est également désenchanté par les longues périodes de son service où il est inoccupé. Avec un peu de regret, son père consent à la demande de son fils, et après avoir passé la partie concernant l'artillerie de l'examen pour le grade de lieutenant, Markham démissionne du service à la fin de l'année 1851..
Voyages au Pérou Premier voyage (1852–1853) thumb|La ville d'Arequipa au Pérou, avec le Misti en arrière-plan.
À l'été 1852, libéré de ses obligations militaires, Markham prépare une visite prolongée au Pérou. Aidé par un cadeau de son père d'une valeur de — soit plus de de 2008 — pour couvrir ses dépenses, Markham part de Liverpool le .
Markham ne voyage pas directement vers le Pérou et il passe d'abord à Halifax en Nouvelle-Écosse, puis par voie terrestre à Boston et New York, avant de prendre un bateau à vapeur au Panama. Après avoir traversé l'isthme, il embarque pour Callao pour y arriver finalement le . Le , il part pour l'intérieur du Pérou, allant vers son but, l'ancienne ville inca de Cuzco.. Sur le chemin, Markham s'arrête près d'un mois dans la ville d'Ayacucho afin d'étudier la culture locale et accroître sa connaissance de la langue quechua. Il se rend ensuite en groupe vers Cuzco et, après avoir traversé le pont Apurímac, un pont de corde inca suspendu à environ au-dessus du Río Apurímac, il traverse des vallées fertiles qui l'amènent finalement à Cuzco le ..