Le Nicaragua est un pays d'Amérique centrale. Il est limitrophe du Costa Rica au sud et du Honduras au nord. Il est bordé par l'océan Pacifique à l'ouest et la mer des Caraïbes à l'est.

L'origine du nom du Nicaragua n'est pas élucidée et divise encore les historiens et les linguistes. Selon une version, le terme vient du nahuatl nic-Anahuac (signifiant Jusqu'ici ensemble avec la mer). La version la plus populaire, mais peu soutenue par des experts, fait dériver le Nicaragua de Nicarao, qui aurait été le chef de la population indigène ayant accueilli les premiers conquérants espagnols sur les rives du lac Nicaragua (ou lac Cocibolca). Gil González Dávila lui donna le nom de mer d'eau douce, associant le nom du cacique au terme espagnol d'agua (eau).

La population du pays est estimée à de Nicaraguayens en 2020, non-compris les .

Avant 1500 : époque précolombienne

Les civilisations précolombiennes de Mésoamérique sont relativement connues.

Il est probable que les premiers habitants paléoindiens occupent le territoire dès Les empreintes pétrifiées dans la boue volcanique des Huellas de Acahualinca à Managua ainsi que d'autres indices archéologiques le laissent supposer.

Au début du plusieurs groupes amérindiens se partagent le pays : sur les basses terres de la côte Pacifique, les Niquiranos (dirigés par leur chef Nicarao et qui occupent l'actuel site de Rivas), les Chorotegas (ou Choroteganos) , les Matagalpas, les Lencas et les Chontales et les Maribios ( ?)

Les régions centrales (hautes terres et côte Pacifique) étaient linguistiquement et culturellement similaires aux Aztèques et Mayas. L'histoire des peuples de l'ouest du Nicaragua montre que ceux-ci proviennent de migrations depuis le Mexique et le nord de l'Amérique centrale, plusieurs siècles avant l'arrivée des Espagnols. D'ailleurs la plupart des populations du centre et de l'ouest parlent Pipil une langue apparentée au Nahuatl, langue des Aztèques. Les populations des Caraïbes ont migré depuis la Colombie. Celles de l'Est leur étaient apparentées et maintenaient des contacts et des liens commerciaux avec les populations Caraïbes. À l'arrivée des Espagnols le pays était occupé par trois groupes : les Niquiranos, les Choroteganos et les Chontals. Ils étaient dirigés par une hiérarchie de caciques. Les Chontals occupaient les régions montagneuses du centre et ne présentaient pas, aux yeux des étrangers, la complexité des deux autres. Les Niquiranos occupaient la région entre le lac de Nicaragua et la côte Pacifique - l'un des chefs, Nicarao, occupait l'actuelle cité de Rivas. Les Chorotegas occupaient la région centrale. Ces deux derniers peuples ont établi de bons termes avec les Espagnols. Ensuite, l'Ouest et les montagnes ont été rapidement décimées par ce contact avec les Espagnols ; l'Est survécu.

sur la côte Atlantique de la mer des Caraïbes, les Mosquitos (ou Miskitos), les Mayangnas (ou Sumus, voire Sumos). et les Ramas.

Les groupes de la côte Atlantique sont apparentés, par la culture ou les dialectes (proches de la langue muisca (chibcha), aux peuples du nord de la Colombie. En revanche, ceux de la partie occidentale et centrale parlent des dialectes náhuat (pipil) proches du nahuatl, la langue des Aztèques, ce qui pourrait laisser supposer une origine mexicaine. La plupart ont adopté une forme de gouvernement "monarchique".

Période coloniale espagnole (1502-1821)

Le premier Européen à fouler le sol du Nicaragua est Christophe Colomb. Fuyant la tempête au cours de son quatrième voyage il aborde, le au Cap Gracias a Dios, à l'embouchure de la rivière Coco sur la côte des Caraïbes. Il en prend possession au nom du roi d'Espagne.

En 1522, le conquistador Gil González Dávila (1480-1526) avec une petite troupe venant du Panama et traversant le Costa Rica est le premier à pénétrer au Nicaragua côté Pacifique. Il explore les fertiles vallées de l'ouest, entre en contact avec le chef Nicarao qu'il parvient à baptiser et à en faire un allié. Il doit cependant lutter contre le chef Diriangén. Négligeant d'établir des colonies pérennes, il se replie sur le Panama où le gouverneur de la Castille d'Or Pedrarias Dávila (1440-1531) le fait arrêter et lui confisque l'or ramené du Nicaragua. González Dávila doit fuir à Saint-Domingue.

Plusieurs expéditions sont alors montées par les Espagnols en 1524. González Dávila, qui a de nouveau reçu l'autorisation par décret royal, aborde la côte du Honduras en venant des Caraïbes ; Francisco Hernández de Córdoba (1475-1518) envoyé par le gouverneur de Castille d'Or approche par le Costa Rica et fonde les deux premiers établissements à Granada sur la rive du lac Nicaragua et à León sur celle du lac de Managua ; Pedro de Alvarado (1485-1541) et Cristóbal de Olid (1483-1524), envoyés par Hernán Cortés partent du Guatemala à travers le Salvador et le Honduras.

Les indigènes furent décimés en quelques décennies par la répression, l'esclavage et les maladies, mais aussi par les conflits entre les différentes forces espagnoles qui ont engendré une série de batailles connues sous le nom de guerres des capitaines. Pedro Arias Dávila (Pedrarias Dávila) qui avait perdu le contrôle du Panama, s'empare du Nicaragua et établit sa base dans la colonie de Léon. Il va gouverner le pays avec une main de fer jusqu'à sa mort en 1531. Son successeur Rodrigo de Contreras (1534-1542) sera à l'origine des mêmes abus.

Le Nicaragua fait partie de l'audience du Panama créée en 1538. En 1543, l'Espagne divise son empire en deux vice-royautés et rattache le Nicaragua à la capitainerie générale du Guatemala, elle-même dépendante de la Nouvelle-Espagne. Les Espagnols s'installèrent surtout sur la côte Pacifique au climat plus sain, évitant de s'enfoncer dans la jungle de la côte Atlantique. Celle-ci fut alors colonisée par les Anglais à partir du Honduras britannique jusqu'au fleuve San Juan. Ils y installèrent dès 1687 un royaume fantoche la Moskitia (ou Mosquitia), dont le monarque était nommé par le gouverneur de la Jamaïque. Les Anglais y introduisirent aussi des esclaves noirs.

Pendant la période coloniale, le Nicaragua est la principale voie entre le Pacifique et l'Atlantique grâce à une circulation aisée par les fleuves et les lacs. El Realejo est notamment l'un des principaux ports du Pacifique et un centre de construction des galions Manille-Acapulco. En 1610, l'éruption du volcan Momotombo détruit la capitale Léon, qui est reconstruite au nord-ouest du site original. Le pays est alors relativement calme, entrecoupé de rébellions mineures rapidement réprimées. Toutefois la côte des Caraïbes subit de fréquents raids des pirates anglais, français et hollandais. La ville de Granada a été dévastée par deux fois en 1658 et 1660.

Jusqu'à la fin du , le territoire est divisé en un gouvernorat nicaraguayen avec sa capitale à León et les corregimientos de Chontales, Realejo, Matagalpa, Quezalguaque et Monimbó, l'ensemble dépendant de la capitainerie du Guatemala. En 1787, ces corregimientos ont été supprimés et rattachés au gouverneur.

Le changement dynastique consécutif à la guerre de Succession d'Espagne (1701-1714) a des conséquences durables sur les colonies espagnoles. Les Habsbourg ont soutenu les monopoles commerciaux stricts. Les Bourbons sont plus partisans d'une politique économique libérale. Au sein de la capitainerie générale, deux factions s'opposent : les conservateurs, surtout propriétaires terriens qui ont profité du monopole, sont soutenus par l'Église catholique et ont leur fief dans la ville de Granada ; les libéraux, partisans de la nouvelle économie, plutôt anticléricaux, ont leur fief dans la ville de León. La rivalité entre libéraux et conservateurs pèse longtemps sur la vie politique du pays, comme sur celles des futurs autres États de l'isthme. Elle est aussi à l'origine d'une ingérence internationale, chaque faction n'hésitant pas à voler au secours de son homonyme dans les pays voisins, souvent par la force armée.

Vers l'indépendance (1800-1838) Lors des Cortes de Cadix (1810-1814), le gouverneur du Nicaragua est représenté par José Antonio López de la Plata. Avec son collègue Florencio del Castillo du Costa Rica il réussit à imposer en 1812 une province du Nicaragua et Costa Rica comme une unité politique administratives distincte du Guatemala. Remise en cause lors du règne de Ferdinand VII d'Espagne (1814-1833, restauration absolutiste en Espagne), elle est de nouveau reprise en 1820. Le maire du Nicaragua, Miguel Gonzalez Saravia et Colarte devient le chef politique de la province du Nicaragua et du Costa Rica. La province comporte sept subdivisions: Costa Rica, El Realejo, Granada, León, Rivas, Nicoya et New Segovia.

L'indépendance du Mexique (1810-1821), dans le cadre du plan d'Iguala, entraîne une agitation dans les provinces relevant de la capitainerie du Guatemala, et donc de la vice-royauté de la Nouvelle-Espagne. Successivement le Chiapas, le Guatemala (associé au Salvador), Comayagua (Honduras) s'associent librement à l'éphémère Empire mexicain. La province du Nicaragua et du Costa Rica approuve également cette annexion le . La chute d'Iturbide entraîne une désaffection des unionistes. Les partisans de l'indépendance totale des provinces de l'ancienne capitainerie organisent un congrès à Guatemala, se déclarent indépendants du Mexique et fondent les Provinces-Unies d'Amérique centrale fédérant les cinq provinces du Nicaragua, Guatemala, Honduras, El Salvador et Costa Rica. À l'inverse, le Chiapas choisit l'union avec le Mexique.

La constitution proclamée le rebaptise le nouvel ensemble en république fédérale d'Amérique centrale, et les provinces deviennent des États membres. Au Nicaragua, Manuel Antonio de la Cerda, en tant que chef de l'État, prête serment à la Constitution.

L'histoire politique du Nicaragua est alors dominée par la rivalité entre l'élite libérale de León et l'élite conservatrice de Granada. À Granada vivent les grands propriétaires terriens, les producteurs, principalement du café et du sucre. Les habitants de Léon représentent la classe moyenne et l'artisanat commercial. La rivalité entre ces deux villes motive plusieurs guerres civiles.

Manuel Antonio de la Cerda, chef indépendantiste, occupe les fonctions de président depuis le . Son adjoint, Juan Argüello, conspire contre lui et le dépose l'année suivante. Argüello établit la capitale à León, mais Granada refuse de reconnaître son autorité. Le , de la Cerda est abattu sur ordre de Argüello. Le gouvernement de la République fédérale envoie des troupes des divers États membres pour pacifier le pays jusqu'à la nomination d'un nouveau président Herrera Dionisio, qui restera au pouvoir entre 1830 et 1833. Quelques années plus tard, sous la présidence de José Núñez (1838-1841), le Nicaragua choisit de faire sécession de la Fédération d'Amérique centrale et devient un État souverain (1838).

Indépendance et période des directeurs (1838-1850c) Le , le Nicaragua se donne une nouvelle Constitution. Le pouvoir exécutif est confié à un directeur suprême (Supremo Director) élu pour deux ans. Les années 1840 et 1850 sont marquées par des guerres civiles opposant libéraux et conservateurs. Le pays doit subir l'invasion des forces armées du Salvador et du Honduras (1844-1845), sous le commandement du dictateur Francisco Malespín (1806-1846). Elles saccagent la ville de León. En 1852, la capitale est transférée à Managua afin de mettre fin à l'éternelle rivalité entre León et Granada, mais cette décision ne deviendra effective qu'en 1858.

Le Fruto Chamorro (1804-1855) est élu « Directeur suprême ». Sous son mandat, une assemblée constituante adopte une nouvelle constitution, mettant fin à la période des Directeurs. Le Nicaragua devient une république avec un pouvoir exécutif confié à un président pour une période de quatre ans. Fruto Chamorro assume ces nouvelles fonctions en 1854. Toutefois ces dispositions ne mettent pas fin aux guerres civiles.