vignette|Un couple célébrant son mariage à Toronto en 2003.|upright
Les droits des personnes LGBTQ au Canada sont les mêmes que ceux du reste de la population.
Depuis 1969, le pays a dépénalisé la criminalisation des relations sexuelles entre personnes de même sexe.
Le mariage entre personnes de même sexe au Canada est reconnu depuis l'adoption de la Loi sur le mariage civil le .
Historique Au siècle Influencée par l’Église, en 1841, les pratiques sexuelles entre hommes étaient passibles de la peine de mort en Amérique du Nord britannique ; toutefois, les autorités politiques se sont montrées réticentes à l'appliquer"'Sodomites' in Canada before 1841". The Drummer's Revenge, August 19, 2007. . Ainsi, de nombreux hommes ont été condamnés à mort par les tribunaux pour sodomie, sans que l'on trouve d'enregistrement d'une exécution pour sodomie.
En 1859, le Canada a intégré sa loi sur la sodomie dans les Statuts refondus du Canada, où l'on pouvait lire : ..
La sodomie est restée passible de la peine de mort jusqu'en 1869, lorsqu'une réforme du droit pénal canadien a supprimé la peine de mort pour tous les crimes sauf les plus graves.. Les tribunaux considèrent l’homosexualité comme un acte de grossière indécence, passible de poursuites et de condamnation criminelle, en vertu de l'amendement Labouchère du . Une loi plus large ciblant toutes les pratiques sexuelles entre hommes (« grossière indécence ») est adoptée en 1892.
Années 1950-1960
Les modifications apportées au Code criminel en 1948 et 1961 qualifient les homosexuels de « psychopathes sexuels criminels » et de « délinquants sexuels dangereux ». Ces catégorisations impliquaient des peines de prison à durée indéterminée.
Le Code criminel canadien est abrogé en 1953 pour appliquer la notion de grossière indécence aux deux sexesLine Chamberland. (2019). « 50 ans de changements juridiques visant l’inclusion citoyenne », présenté lors du Colloque du Lieutenant-Gouverneur du Québec. Université du Québec à Montréal, 4. URL https://www.caij.qc.ca/wp-content/uploads/2019/11/5_RegisBoisvert_LineChamberland.pdf. Ainsi, le référent passe de « tout individu de sexe masculin » à « quiconque », ce qui permet désormais de réprimer criminellement l'homosexualité féminine.
La répression de l'homosexualité s'intensifie dès les années 1950 dans le cadre des purges ciblant les personnes LGBT au Canada pendant la guerre froide. Le gouvernement considère que les homosexuels de la fonction publique et de l'armée sont, notamment en raison de leur clandestinité forcée, plus susceptibles que d'autres de céder à un chantage des agents communistes, et de livrer à l'URSS des informations sensibles. Comme aux États-Unis, où sévit à la même époque la peur violette, au Canada les homosexuels sont sous surveillance. La Gendarmerie royale du Canada constitue des dossiers sur 9000 d'entre eux. On estime à plusieurs centaines, peut-être à un millier, le nombre de personnes LGBT licenciées de la fonction publique en raison de leur orientation sexuelle. Le gouvernement fédéral finance des tests supposés « détecter » les homosexuels, notamment la Fruit machine, ou trieuse à fruits .
Durant les années 1960 (comme antérieurement), l’Église considère les homosexuels comme des pécheurs, la médecine comme des malades mentaux et la loi comme des criminels. Tous les jours, les policiers présentent une cause d’homosexualité devant les tribunaux. Les condamnés peuvent être emprisonnés pour une période de cinq ansÉmission « Tout le monde en parlait », Les gais sortent de l'ombre (1969-1979), juillet 2008..
En 1968, des gays et lesbiennes sont pour la première fois interrogés à la télévision de Radio-Canada à l’émission Dossier, présentée par Bernard Derome. L’une des invitées, Jeanine Mahès, est poursuivie, emprisonnée et internée à Saint-Jean-de-Dieu quelques jours après l'entretien, puis elle perd la garde de sa fille qu’elle ne peut pas revoir durant quinze ansÉmission « Dossier », Gais et lesbiennes s'affirment, 25 novembre 1968..
À la même époque, George Klippert, un mécanicien de Yellowknife, est emprisonné durant quatre ans pour avoir dit aux policiers qu’il avait eu des relations avec d’autres hommes. Son cas se rendit jusqu’en Cour suprême du Canada et c’est son histoire qui poussa le ministre de la Justice, Pierre Elliott Trudeau, à revoir le Code criminel au sujet de l’homosexualité. George Klippert est la dernière personne au Canada à être arrêtée, inculpée, poursuivie, condamnée et emprisonnée pour son homosexualité Archive de CBC : NWT man jailed for being gay Everett George Klippert, appellant; and Her Majesty The Queen, respondent.
Le , le gouvernement Trudeau réforme le Code criminel du Canada et décriminalise les actes homosexuels en présentant le Bill omnibus : .
Les années 1970 Bien que le Bill omnibus de Trudeau décriminalise l’homosexualité, le quotidien des homosexuels demeure difficile au Québec et au Canada. Jusqu’au milieu des années 1970, l’homosexualité est considérée comme une maladie mentale au sein de la communauté médicale. Jusqu’alors, la thérapie par électrochocs, insuline et lobotomie était préconisée par les psychiatres.
En 1971, le document « We demand » (Nous exigeons) est publié. Il proclame la défense et l’égalité des homosexuels et entraîne aussi l'émergence du mouvement gai. Il est essentiel, puisqu’il contribue à faire réagir l’État et encourage la lutte de la communauté homosexuelle. De plus, dans ce document, plusieurs informations sont rendues publiques et les auteurs font preuve de transparence..
En 1971, le Front de libération homosexuel (FLH) est le premier regroupement gai du Canada. Le mouvement est né après une descente policière dans un bar des États-Unis, le StoneWall Inn, où se déroula l’une des plus grandes émeutes en Amérique entre la communauté LGBT et les policiers. Au Canada, le Front de libération homosexuel ne dure qu’un an, victime de la répression policière.
La première manifestation gaie au Canada se déroule devant le parlement du Canada à l’automne 1971. La revue homosexuelle The Body Politic est créée en 1971. La revue, comme d'autres qui se vendaient sur les kiosques à journaux, permettait à la communauté d'obtenir des informations fiables sur les avancées dans les droits homosexuels. En lisant ces journaux, la population pouvait avoir non seulement accès aux avancées juridiques, mais également à une étude plus approfondie des limites et apports des nouvelles lois mises en place. La presse a ainsi joué un rôle important dans le pouvoir dont dispose la communauté homosexuelle..
En 1975, le Parti québécois (PQ) tente de faire adopter un article interdisant la discrimination des homosexuels dans la première version de la Charte des droits et libertés. Le PLQ refuse. La charte étant promulguée sans cet article.
Au milieu des années 1970, l'adjoint du député Robert Burns, André Larocque, devient le premier Canadien ouvertement homosexuel à adopter un enfant. Le député Burns signe une des 4 lettres de recommandationAlexandre Duval, Les députés homosexuels de l’Assemblée nationale de 1977 à 2002: un facteur dans l’atteinte de l’égalité juridique des gais et des lesbiennes du Québec ?, fondationbonenfant.qc.ca, juin 2014.
En 1976 est fondée l'Association pour les droits des gai(e)s du Québec (ADGQ). L'association est dissoute en 1986.
À Montréal, durant les Jeux olympiques d'été de 1976, le maire Jean Drapeau lance une offensive de nettoyage des rues de la ville. On tente de cacher les taudis, les sans abris et les bars/saunas gais. Jean Drapeau prend son rôle à cœur. « Il est aussi impossible pour les Jeux olympiques de Montréal de produire un déficit que pour un homme de devenir enceint[e]. »., a déclaré ce dernier. Les arrestations dans les bars s'intensifient alors.
Le soir du , vers 23 heures, des policiers de Montréal, munis de gilet pare-balles et de mitrailleuses, effectuent la plus grosse descente jamais effectuée dans un bar. Plus de 145 clients du bar TruXX sont arrêtés et accusés Andrea Zanin, « The Village Comes Out: A Quick History », Go-Montreal.com.. Cette opération policière constitue la plus importante opération de masse depuis la crise d'Octobre. Le lendemain des arrestations, plus de deux mille personnes manifestent spontanément dans les rues du centre-ville de Montréal.
Jusqu’en 1977, Citoyenneté et Immigration Canada refuse toujours l’accès au territoire canadien à tout homosexuel déclaré.
En , pour la première fois en Amérique, le ministre de la justice québécois Marc-André Bédard (PQ) fait adopter un amendement avant-gardiste à la Charte des droits et libertés, interdisant toute forme de discrimination sur la base de l’orientation sexuelle (c'est la reprise de la tentative de 1975).
En 1979, la commission des écoles catholiques de Montréal refuse la location d’un local à une association gaie. Après un jugement de la cour, les gais obtiennent pour la première fois gain de cause grâce à la Charte des droits de M. Bédard.
En , l'Association pour les droits des gai(e)s du Québec (ADGQ) fonde Le Berdache (1979-1982). Ce dernier devient donc le journal de l'Association. Des articles sur le militantisme, la culture et les modes de vie homosexuels y sont publiés.
Les années 1980 Le , des descentes de police dans quatre saunas (« Operation Soap ») provoquent une importante mobilisation et des manifestations que l'on considère comme la première « Toronto Pride » (semaine de la fierté à Toronto)"The 1981 Toronto bathhouse riots", Xtra!, 4 février 2011.. Le , à Edmonton, 56 policiers sont arrêtés en raison de leurs relations avec des homosexuels"May 30, 1981: Sixty men arrested in police raid on Pisces Health Spa", Canada.com, 30 mai 2012..
En a lieu la dernière descente de police dans un sauna, après plusieurs manifestations. En 1984, Pink Triangle Press lance le magazine gay Xtra!.
En 1987 débute l'émission de télévision CODCO qui montre plusieurs personnages homosexuels, suivi l'année suivante par The Kids in the Hall. En 1988, Svend Robinson est le premier député canadien à se déclarer publiquement homosexuel.
L'assassinat de Joe Rose à Montréal, en 1989, galvanise le mouvement LGBT et VIH/SIDA au Québec et entraîne la fondation de plusieurs organismes et courants militants. La réponse militante donnera également l'impulsion à la réplique, l'année suivante, aux descentes policières du Sex Garage.
Les années 1990 En 1990, une descente violente de la police de Montréal et des arrestations de masse lors de l'événement gai Sex Garage, et la répression également violente d'importantes manifestations LGBT organisées pour dénoncer ces actions, choque la communauté LGBT au Québec. Dans la foulée de ces événements, l'essentiel de la base organisationnelle et militante de la communauté pendant les prochaines décennies est mis en place. Une commission publique sur la violence homophobe sera organisée en 1994.
En 1990, Vancouver accueille les Gay Games.
En 1994, le projet de loi 167 proposé par le gouvernement de Bob Rae, donnant aux couples homosexuels les mêmes droits que les couples hétérosexuels, est repoussé par l'assemblée législative de l'OntarioNancy Nicol, "Queer Nineties", 2009.
En 1995, l'arrêt Egan c. Canada refuse d'attribuer une allocation à un partenaire de même sexe, mais établit l'existence d'une discrimination envers les homosexuels.
En 1996, le Conseil scolaire du district de Toronto lance le « Triangle Program », le premier programme à destination des jeunes LGBT en dangerTriangle Program.