vignette|Drapeau de la France marqué en son centre du coq wallon utilisé par les partisans de la réunion de la Wallonie à la France. Le rattachisme ou réunionisme est un courant politique irrédentiste prônant la réunion de la Wallonie (Région wallonne), éventuellement accompagnée de la Région de Bruxelles, à la France. Pour encourager ce projet, ses partisans (appelés ou ) soulignent notamment la grande proximité des Wallons et des Français ainsi que les avantages économiques, diplomatiques et militaires dont bénéficieraient tant la France agrandie de la Wallonie que cette dernière si elle devenait française. Concernant la région de Bruxelles, un statut particulier pourrait être octroyé afin de tenir compte de la présence de la minorité linguistique flamande ainsi que des institutions européennes.
Nom Le mot rattachisme est un belgicisme datant de 1830. Ses partisans préfèrent toutefois employer le terme réunionisme dès lors que le territoire de la Wallonie a déjà été intégré au sein de la France au cours de son histoire, notamment entre 1795 et 1815, sous la Première République et le Premier Empire. Une réunion de la Wallonie à la France correspondrait donc, selon leur point de vue irrédentiste, à une réunification française pour corriger une erreur historique..
L’encyclopédie du Mouvement wallon distingue toutefois, au sein du courant réunioniste, les irrédentistes, c’est-à-dire les Belges francophones qui se sentent d’emblée Français et souhaitent retrouver leur véritable identité nationale française, des rattachistes et réunionistes qui plaident pour une reconnaissance préalable de la Wallonie dans le cadre belge avant de demander son intégration dans la France. Il s’agit prioritairement, pour les réunionistes, d’établir progressivement des liens très forts avec la France en matière culturelle, économique voire militaire, tandis que les rattachistes souhaitent une intégration pure et simple de la Wallonie comme région de France.
Objectifs gauche|vignette|Carte de la France métropolitaine avec la Wallonie et Bruxelles intégrées comme régions françaises à part entière. L'objectif du réunionisme est l'intégration de la Wallonie (éventuellement accompagnée de Bruxelles) au sein de la France, le cas échéant en prévoyant un statut particulier à fixer. Dans cette optique, il pourrait s'agir soit de faire de la Wallonie une région française à part entière (au même titre que la Normandie, la Provence, l'Occitanie), soit de l'intégrer avec des dispositions particulières comme pour l'Alsace-Moselle ou comme ce fut le cas pour les territoires français d'outre-mer avant 2003. À titre de comparaison, la taille de la population et le produit intérieur brut de la Wallonie sont comparables (légèrement supérieurs) à ceux de la Normandie. Par ailleurs, la Wallonie française disposerait d'un nombre de départements équivalent (5) à celui de la Normandie et du Pays de la Loire. En toute hypothèse, en tant que nouvelle région de France, la Wallonie ferait ainsi partie intégrante de la République, garderait Namur comme chef-lieu régional et serait composée de 5 départements correspondants aux 5 provinces wallonnes.
Une intégration de la Wallonie à la France permettrait aux Wallons de préserver leur niveau de vie en cas de scission de la Belgique, de protéger la langue française et le wallon (les régions françaises disposent de compétences en matière de valorisation des langues régionales, ce que ne permet pas le régime fédéral belge) et d'apporter à la Wallonie la protection d'une grande puissance internationale sur les plans diplomatique et militaire. Ses partisans mettent également en exergue les institutions et valeurs républicaines au sein desquelles la Wallonie pourrait s’épanouir et retrouver une meilleure stabilité par rapport au système belge.
La France bénéficierait quant à elle d'une nouvelle région, agrandissant son territoire et sa population, et renforcerait son économie ainsi que son produit intérieur brut. Elle pourrait profiter notamment des infrastructures hydrauliques, aéroportuaires, routières, universitaires et de recherche scientifique que comptent la Wallonie. En outre, au niveau européen, cela aurait l'avantage de rééquilibrer le couple franco-allemand et de rapprocher la France des Pays-Bas. Enfin, une telle réunification française améliorerait l'image de la France et son prestige sur la scène internationale.
Histoire Intégration de la Wallonie dans la France avant 1795 vignette|Les conquêtes des Francs de Clovis en Gaule, depuis le territoire de la Wallonie. Dès le , le territoire de la Wallonie faisait partie du royaume des Francs, qui préfigure le royaume de France, établi dans le Nord de la Gaule Belgique jusqu’au Rhin.. Tournai était considérée comme capitale du royaume jusqu’à ce que le roi Clovis lui préférât Paris en 508 pour sa position centrale en Gaule.. Par ailleurs, les familles des Mérovingiens et des Carolingiens, qui sont les deux premières dynasties ayant régné en France au Haut Moyen-Âge, sont originaires de Wallonie puisque Clovis est né à Tournai, Pépin d’Herstal provient de la région liégeoise. et Charles Martel est né à Andenne. L’historien Félix Rousseau qualifie la Wallonie .
La Wallonie demeura intégrée dans les royaumes francs mérovingiens puis carolingiens jusqu’au partage du traité de Verdun en 843 entre les petits-fils de Charlemagne. Lors de ce traité, Tournai qui fut associée à la Francie occidentale et le reste du territoire wallon fut intégré dans la Lotharingie, au même titre que les régions françaises de Lorraine, d’Alsace, de Franche-Comté, de Provence et du pays lyonnais. Dans la Lotharingie, espace délimité par des frontières conventionnelles sur lequel cohabitaient des populations latines et germaniques de langues et cultures différentes, la Wallonie se trouve au centre de rivalités et zones d’influences entre, d’une part, les rois de France et, d’autre part, l’Empereur du Saint-Empire germanique et les Hasbourg..
En 925, la quasi-totalité de son territoire est juridiquement rattachée au Saint-Empire. Cependant, dans les faits, se développent en Wallonie des principautés autonomes culturellement tournées vers la France. En effet, à partir du XIIIe siècle, le français remplace progressivement le latin comme langue officielle administrative et littéraire, notamment grâce au rayonnement intellectuel de Paris et aux foires de Champagne. Selon Félix Rousseau, ce remplacement ce fit spontanément et sans réticence, car .
Au Moyen Âge, la ville de Tournai était considérée comme française : en 1429, Jeanne d'Arc s'adressait dans une lettre aux . La ville fut brièvement occupée par les Anglais pendant la guerre de la Ligue de Cambrai avant d'être prise par Charles Quint en 1521 au début de la sixième guerre d'Italie. La ville redevint française en 1667 avant d'être cédée au Saint-Empire germanique lors des traités d'Utrecht de 1713..
Par ailleurs, dans le cadre de la politique des Réunions menée par Louis XIV, consistant à rattacher progressivement au royaume de France les territoires de l’ancienne Gaule romaine afin de consolider ses frontières, les armées royales françaises ont tenté à plusieurs reprises de réunir le territoire de la Wallonie actuelle à la France. Le sud de la Wallonie et le Luxembourg ont ainsi été rattachés à la France en 1684 dans le cadre de la guerre des Réunions opposant la France aux Provinces-Unies. Par ailleurs, la ville de Mons a été intégrée à la France de 1691 à 1697 et celle de Namur de 1692 à 1695. Les armées françaises crurent pouvoir réunir définitivement la Wallonie en 1746 pendant la guerre de Succession d'Autriche, après leurs victoires lors du siège de Tournai et aux batailles de Fontenoy, Rocourt et Lauffeld, après lesquelles la France conquit l'ensemble de la Wallonie et des Pays-Bas autrichiens jusqu'à Maastricht. Cependant, lors des négociations de paix d'Aix-la-Chapelle en 1748, le roi Louis XV, souhaitant traiter , renonça aux territoires conquis par ses troupes, ce qui a suscité de nombreuses protestations en France...
Révolution française et période napoléonienne
Révolutions française, liégeoise et brabançonne vignette|Le général Charles-François Dumouriez dont l'armée a libéré Liège des troupes du Saint-Empire germanique en 1792 et qui a déclaré que les Liégeois sont un peuple et constituent .La Révolution liégeoise survenue à partir de 1789 est considérée par certains comme le reflet voire un épisode de la Révolution française. Elle aboutit à la réunion du pays de Liège à la République française en suite d'un plébiscite au suffrage universel lors duquel les Liégeois ont voté en faveur de la réunion à France. Le vote en faveur de la réunion à la France fut massif puisque sur 21 919 suffrages exprimés, on ne recensa que 92 votes négatifs. Le soutien à la réunion à la France était particulièrement fort chez les Franchimontois.
En 1792, les anciens Pays-Bas autrichiens et la principauté de Liège furent réunis à la France. La Convention proclama officiellement le rattachement de Liège à la France le .
Le général Dumouriez, après avoir infligé une défaite aux Impériaux lors de la bataille de Valmy et celle de Jemappes, entra dans Liège . Il a témoigné à propos des Liégeois : .
Au début de 1793, les autorités françaises décidèrent de réunir à leur tour le comté de Hainaut et le Tournaisis en un nouveau département français : le département de Jemmapes. La population de ce nouveau département fut invitée à voter en faveur de ce projet dans le cadre d'« assemblées primaires ».
Après un bref retour des Impériaux suivant la défaite du général Dumouriez à la bataille de Neerwinden, les troupes françaises dirigées par le général Jourdan revinrent victorieusement en 1794 après les victoires de Fleurus et Sprimont. Le territoire fut officiellement annexé à la République en octobre 1795. Il y eut peu de débats au sujet de cette annexion en Belgique. Seules quelques voix s'élevèrent pour défendre l'idée d'une éventuelle indépendance, mais la majorité de la population se rallia massivement à la décision de la Convention nationale..vignette|Carte de la première République française en 1800. Intégration dans la République et l'Empire Lors du traité de Campo-Formio du suivant la victoire de Napoléon Bonaparte à la bataille de Rivoli, François II, empereur du Saint-Empire, ancienne puissance souveraine, céda à perpétuité le territoire des Pays-Bas du sud à la France : « Les articles 3 et 4 du traité de Campo-Formio consacrèrent enfin, au point de vue international, la réunion de la Belgique à la France. Voici ces articles. Art. 3 - Sa Majesté l'Empereur, Roi de Hongrie et de Bohême, renonce pour elle et ses successeurs en faveur de la République française, à tous ses droits et titres sur les ci-devant provinces belgiques, connues sous le nom de Pays-Bas autrichiens. La République française possédera ces pays à perpétuité, en toute souveraineté et propriété, et avec tous les biens territoriaux qui en dépendentJules Delhaize, La domination française en Belgique, Bruxelles, 1909, tome III, ».
Le , les territoires des Pays-Bas autrichiens, de la principauté de Liège, de la principauté de Stavelot-Malmedy et du duché de Bouillon correspondants approximativement à la Wallonie actuelle furent organisés en cinq départements :
NºDépartementChef-lieu 86 Jemmapes Mons 94 Dyle Bruxelles 96 Ourthe ou Ourte Liège 97 Sambre-et-Meuse Namur 98 Forêts Luxembourg vignette|gauche|Décret N° 579 du 11 mars 1793 de la Convention nationale, qui réunit les villes et banlieues de Namur, Ham-sur-Sambre, Charles-sur-Sambre, Fleurus et Wasseiges à la République Française.