Pierre Trémaux, né le à Charrecey et mort le à Tournus, est un architecte, explorateur, orientaliste et photographe français, auteur de nombreuses publications scientifiques et ethnographiques.
Il est l'auteur du livre Origine et transformations de l'homme et des autres êtres (1865), un essai qui ferait de lui l'un des précurseurs de la théorie des équilibres ponctués..
Biographie Pierre Trémaux est né à Charrecey (Saône-et-Loire), le . Il est le fils de Claudine Renaudin et de Jean-Marie Trémaux, cultivateurs-propriétairesArchives départementales de Saône-et-Loire, État civil en ligne, Charrecey, naissances 1813-1822, cote 5 E 107/3, .. Il a deux sœurs et un frère cadet, Jean-Baptiste Trémaux (1824-1898), qui deviendra conducteur des travaux publics et archéologue du site de Tipasa (Algérie) ; les deux frères ont sans doute visité l'Algérie ensembleJean Pelletier-Thibert, Académie de Mâcon, conférence du 2 décembre 2010, in: Annales académiques, mars 2011 - ..
Il est admis aux Beaux-Arts de Paris le , mentionné comme élève de l'architecte Léon VaudoyerNotice de Marie-Laure Crosnier Leconte, sur la base Agorha.. Le , il est admis à tenter le concours de Rome. Il reçoit le le second grand prix de Rome d’architecture, pour son projet intitulé Église cathédrale pour une CapitaleM. A. Duvivier, Liste des élèves de l’ancienne école académique et de l’école des Beaux-Arts, qui ont remporté les grands prix, Archives de l’art français, 1857-1858, - lire en ligne..
Il travaille par la suite pour les établissements Schneider au Creusot. Il reçoit sans doute une commande pour des aquarelles, des vues panoramiques du site industriel incluant usines et logements ouvriers, travail qui est achevé en 1847Élisabeth Poulain, « "La ville industrielle", Le Creusot, vue par Pierre Trémaux, 1847 », 30 mars 2016 — avec de nombreuses références indiquées.Le Creusot, vue prise au nord, 1847 : d'après le tableau de Pierre Trémaux, catalogue de l'Écomusée-Creusot-Montceau..
Vingt après Eduard Rüppell, Trémaux va en 1847 entreprendre un premier voyage en Égypte, précédant de deux ans Maxime Du Camp et de quatre ans, Félix Teynard Voyages au Soudan oriental et dans l'Afrique septentrionale, exécutés de 1847 à 1854, collection d'images, The New York Public Library.. De chacun de ses voyages, outre de nombreuses notes d'observation, il rapporte des dessins et des aquarelles. En 1849, il publie dans le Bulletin de la Société de Géographie un premier article à la suite d'un voyage d'exploration en Égypte, au Soudan oriental et en Éthiopie, à la rencontre des peuples Berta, à cheval sur le Darfour. D'Alexandrie, il remonta le Nil jusqu'en Nubie. L'année suivante, il produit un article sur les mines d'or du Soudan, et il est sans doute le premier à cartographier avec rigueur cette région sur ce domaine, et précède l'égyptologue Johannes Dümichen J. W. Crowfoot, The Island of Meroë, coll. « Archeological Survey of Egypt », Londres, The Offices of the Egypt Exploration Fund, 1911, — lire en ligne..
De retour en France, Trémaux ne parvient pas à décrocher un poste aux Bâtiments civils ou au Service des Édifices diocésains. C'est à partir de 1852 que la Librairie Louis Hachette lui passe commande d'ouvrages d'exploration, comprenant du texte, un atlas cartographique et des images. La première livraison du Voyage en Éthiopie, au Soudan Oriental et dans la Nigritie commence et s'achève en 1862. Cette publication au départ périodique et vendue par souscription, lui permet d'organiser de nouveaux voyages, et d'ajouter au dessin et à l'aquarelle, les techniques photographiques. Trémaux va embarquer avec du matériel permettant d'obtenir des calotypes, mais il y a deux problèmes : le coût de reproduction des épreuves reste élevé pour l'éditeur, et l'image tend à ne pas rester lisible du fait de l'instabilité du fixatif. C'est pourquoi la technique lithographique viendra, avec le temps, combler l'iconographie, certains dessins sur la pierre sont par ailleurs signés par Trémaux, qui travaillera pour Decan et Lemercier, et fut l'un des premiers à expérimenter la photolithographie. Entre autres illustrations, il produit des planches d'histoire naturelle, de botanique africaine, en couleurs, et d'une remarquable précision. Il n'en demeure pas moins que Trémaux a produit d'importants clichés photographiques sur verre, de précieux témoignages tant sur les habitants que sur l'architecture de cette partie de l'Afrique, puis de l'Asie Mineure, qu'il explore en 1853-1854. Ces fonds sont conservés entre autres au musée d'Orsay, au musée du Quai BranlyLe Monde, « Amateur d'art », 4 mai 2023. et au Metropolitan Museum of ArtPierre Trémaux, Jeune femme nubienne, vers 1853-1854, catalogue en ligne du MET..
Ces travaux d'explorations et d'édition sont récompensés en 1864, puisque Trémaux est nommé chevalier de la Légion d'honneur, grâce au soutien de ministre de l'Instruction publique, Victor DuruyNotice base Léonore, Archives nationales de France., l'année où est publié Parallèle des édifices anciens et modernes du continent africain.
L'année suivante, Hachette publie de lui un essai intitulé Origine et transformations de l'homme et des autres êtres, un ouvrage qui va susciter la curiosité de ses contemporains (voir ci-dessous), et qu'il va retravailler sans cesse jusqu'en 1878, le republiant dans des versions augmentées et sous des titres différents ; son éditeur finit d'ailleurs le lâcher, et Trémaux publie alors à compte d'auteur. Il s'est fait construire en 1867 un petit hôtel particulier, situé au 21-23 rue Vernier, une maison de style orientalisant dont la presse va parlerParis nouveau illustré, 1867, ..
En , il est membre ad honorem de l'Académie des sciences de Saint-Pétersbourg. L'année suivante, un certain colonel Édouard Ledeuil (1838-1905)., directeur de la Librairie française à Bâle, écrit sa biographie, qui va figurer dans la dernière édition anthume de L'Origine des espèces et de l'homme.
En 1891, il réside à Paris, rue Vernier, comme l'indique son dossier aux Archives nationales de France. En 1892, une notice mentionne son nom pour une liste de souscripteurs à une revue dénommée Histoire de la ville et du canton de Tournus Histoire de la ville et du canton de Tournus. sur Gallica..
Pour le reste, entre 1879 et 1895, date de sa mort à Tournus, il n'existe en fait que peu d'informations le concernant. Son acte de décès le mentionne marié avec Victorine Julie Marie Perrine Roy[ Archives départementales de Saône-et-Loire], état civil, Tournus, année 1895, acte n°36., qu'il avait épousée en 1858, et qui possédait une certaine fortune, laquelle permit à Trémaux de se consacrer à sa thèse (voir ci-dessous).
De cette union, est né un fils, Charles-Pierre Trémaux (1859-1882), polytechnicien 1876, ingénieur du télégraphe, connu pour avoir défini en premier l’algorithme du parcours dans les labyrinthes en 1882 (dit « arbre de Trémaux »)D’après la base de données des anciens élèves de l’École polytechnique citée par Pierre Rosenstiehl dans .
Une production iconographique abondante
Origine et transformations de l'homme et des autres êtres : réception et postérité thumb| « Tableau synoptique de la transformation des espèces », extrait de l'ouvrage, bis.
Publié trois ans après la première traduction française de L'Origine des espèces de Charles Darwin, l'essai de Trémaux, et dont le titre tombe comme en écho, Origine et transformations de l'homme et des autres êtres (Hachette, 1865), connaît un certain succès, dont l'apogée se situe au moment de l'exposition universelle de 1867, du fait même que les thèses darwiniennes passent mal en France, et ce, au moins jusqu'en 1870, date de l'admission à l'Académie des sciences de Paris du savant britannique. Quant à Trémaux, la Société de géographie a cessé de le publier depuis qu'une violente polémique en a été lancée contre lui par Antoine d'Abbadie et Armand de Quatrefages, le premier prêtant à Trémaux des dans ses récits de voyage. L'année même de la parution de l'essai de Trémaux, Henri de Parville commet un roman, Un habitant de la planète Mars et cite dans sa préface l'une des thèses de Trémaux, mais sous un angle on ne peut plus ironiqueJean Pelletier-Thibert, « Sophisme sur l'évolution », 2012.. Au rang des adeptes, Karl Marx est séduit par le livre de Trémaux et le recommande dans une lettre à Engels le . Ce dernier, dans sa réponse du , déclare ce livre sans valeur et disqualifie l'auteur dans son étude scientifique, lui préférant Ernst Haeckel. Voilà en substance ce qu'écrivait Marx à son ami et collaborateur :
Il ne faudra que quelques semaines encore à Marx pour rallier Engels et lâcher Trémaux. Selon l'étude de Dominique Lecourt en 1982., le rejet d'Engels montre que ce dernier se rendit compte immédiatement du . Pourtant, ni Engels, ni Marx, ni Trémaux donc, ne retiennent dans leurs raisonnements l'interprétation évolutionniste du concept d'évolution ; Marx et Engels se cramponnent à une forme de matérialisme substantialiste, qui doit beaucoup à l'hégélianisme. Quant à Trémaux, sa pensée, du moins sa thèse, va subir un relatif oubli, jusqu'à ce qu'en 2008 deux chercheurs australiens, Wilkins et Nelson, s'emparent de son essai de 1865 et en fassent une relecture..
Selon eux, dans l'essai de Trémaux — et dans les éditions suivantes —, est proposée, pour la première fois dans l'histoire, la théorie évolutive aujourd'hui désignée sous le nom de théorie des équilibres ponctués, initiée par Stephen Jay Gould et Niles Eldredge en dans un article intitulé « Punctuated Equilibria: An Alternative to Phyletic Gradualism » (chez Freeman, Cooper & Co.). Ils résument leurs intentions ainsi : . Or, dans une relecture de cet article, le chercheur Jean Pelletier-Thibert démontre en 2012 que les deux Australiens n'ont fait que travailler sur quelques chapitres du livre, et ont commis de nombreuses traductions incorrectes et donc des contresens (traduire « sol » par « habitat », et non soil, « terre cultivable », en est un).
De fait, Trémaux fut l'un des premiers, en 1855, à dénoncer le mythe d'un homme singe, et son monogénisme s'exprime dans l'essai de 1865. Or, voici ce qu'il écrit au chapitre XIII, titré « Comment l'homme est apparu » : P. Trémaux, Origines..., 1865, .. En attribuant un rôle primordial aux bons ou mauvais terrains nourriciers, Trémaux en déduit que l'Homme originel s'est modifié par acquisition de qualités ou défauts déterminants des races. Sans doute à son insu, il servit ainsi les politiques racistes d'expansion coloniale françaises d'un Jules Ferry. Il fut sans aucun doute un grand illustrateur et un brillant observateur du terrain, mais sa pensée théorique est zeugmatique, déroutante, elle saute du coq à l'âne, et manque de rigueur.
Distinctions 1864 : .
Œuvre Articles scientifiques « Notice d’un voyage sur le cours du Nil et dans des parties inconnues du Soudan, chez les nègres Bertha, du Darfok et du Dar-Gourum », Bulletin de la Société de Géographie, 1849, série, 12 (67-72), 250-278. « Notes sur la localité ou sont situées les principales mines d’or du Soudan oriental, et observations critiques sur le récit du Colonel Kovalevski relatif à cette même contrée », Bulletin de la Société de Géographie, , sér., 13 (73-78), 201-232. « Quelques détails sur les prétendus hommes à queue », Bulletin de la Société de Géographie, 1855, sér., 9 (49-54), 139-148. « Épisode d’un voyage au Soudan oriental et remarques sur l’esclavage », Bulletin de la Société de Géographie, 1856, sér., 11 (61-66), 153-164. « Remarques sur l’Afrique centrale et orientale », Bulletin de la Société de Géographie, 1862, sér., 3 (13-18), 69-86 et 147-165.
Ouvrages vignette| Voyage au Soudan Oriental, page de titre de l'album-atlas publié en 1857. Voyage en Éthiopie, au Soudan Oriental et dans la Nigritie, atlas illustré de 61 planches, Hachette (par souscription, livraisons d'un atlas in-folio à partir de 1852) — texte sur Gallica ; images sur Caliméo.