La timidité amoureuse est un type spécifique de timidité sévère et chronique qui diminue ou exclut la possibilité d'avoir une relation intime avec une autre personne. Le psychologue Brian G. Gilmartin en a donné une définition, publiée dans Timidité & amour : causes, conséquences et traitements (1987) : « la timidité amoureuse implique un degré d’inhibition et de réticence avec les partenaires potentiels suffisamment grave pour être incapable de former un couple, de se marier et d’avoir une vie de famille ». Selon cette définition, les personnes timides en amour trouvent difficile, si ce n’est impossible, d’être sûres d'elles dans la vie quotidienne lorsque de potentiels partenaires amoureux ou sexuels entrent en jeu. alt=Femme amoureuse qui n'ose pas avouer son amour|vignette|Femme amoureuse qui n'ose pas avouer son amour Par exemple, un homme hétérosexuel timide en amour aura des difficultés pour initier une conversation avec une femme en raison d’un fort sentiment d’anxiété sociale.

Origine du terme L’expression de « timidité amoureuse » ( en anglais) pour désigner ce type spécifique de timidité a d’abord été inventée par le psychologue Brian G. Gilmartin. Celui-ci estimait que la timidité amoureuse touchait approximativement 1,5 % des hommes américains et qu’elle empêcherait environ des hommes aux États-Unis de se marier ou d'avoir une relation sexuelle avec une femmeGilmartin, Brian G. (1989). The Shy Man Syndrome: Why Men Become Love-Shy and How They Can Overcome It. Lanham, MD: Madison Books .. Gilmartin a également mené des recherches, élaboré des traitements et mis au point des protocoles de prévention contre la timidité amoureuse.

Théorie de Gilmartin Causes

Gilmartin estime que la timidité amoureuse affecte approximativement 1,5 % des hommes américains. Selon lui, la timidité amoureuse est, à l’instar de la plupart des caractéristiques psychologiques humaines, le résultat d’une combinaison particulière de facteurs biologiques, génétiques ou liés au développement, et de facteurs environnementaux, comme des expériences vécues dans le passé telles que la maltraitance, le trouble de stress post-traumatique, ou des évènements liés à la culture, la famille ou la religion. Gilmartin estime que la timidité est une maladie qui nécessite d’être soignée. Il explique dans son livre que « la timidité n’est « jamais » bonne. La timidité exclut le choix libre et l’auto-détermination, et se dresse en plein milieu de la route vers le contrôle de soi-même responsable et la gestion de sa propre vie ». De nouveau, il affirme : « En deux mots, la timidité n’est jamais saine ».

Il suggère plusieurs causes biologiques possible de la timidité amoureuse, dont un faible taux de testostérone provenant de la mère durant le développement fœtal, la polypose naso-sinusienne et l’hypoglycémie.

Plusieurs facteurs cruciaux peuvent aggraver un développement négatif durant l’enfance de l’homme timide en amour : Le harcèlement scolaire. Les garçons timides en amour y sont vulnérables en raison de leur timidité et de leurs inhibitions. L’anti-conformisme par rapport aux normes de leur entourage font des garçons timides en amour une cible sans qu’ils commettent de faute. L’éducation parentale. Là où l’enfant reçoit à l’origine des stimuli négatifs venant des parents (par exemple le châtiment corporel, la maltraitance, l’insulte, la critique, le rabaissement, la comparaison dévalorisante ou l’indifférence), il va probablement en résulter pour le garçon un comportement consistant à se recroqueviller de plus en plus.

Avec tant de stimuli négatifs provenant des relations déterminantes durant son enfance, le garçon timide en amour s’isole socialement. Il apprend à associer ces relations déterminantes (c’est-à-dire celles avec les parents et l’entourage) au sentiment d’avoir été blessé, et a de grandes chances d’éviter les interactions sociales. Au fil du temps, l’isolement social et l’anxiété sociale deviennent un cercle vicieux pour l’individu timide en amour, ce qui réduit ses chances de succès lors d’une interaction avec le sexe opposé, de même que dans d’autres domaines importants comme le monde professionnel.

Différence entre hommes et femmes et orientation sexuelle Gilmartin soutient que la timidité amoureuse aurait les effets les plus marquants sur les hommes hétérosexuels, en raison du rôle assigné à chaque sexe. Selon cette logique, les individus attendent toujours des hommes hétérosexuels d’avoir une grande assurance lors des situations de séduction, et d’être ceux qui prennent l’initiative d’aller plus loin et qui favorisent une plus grande intimité avec des partenaires amoureux potentiels, tandis que les femmes hétérosexuelles adoptent généralement une posture plus passive, car la confiance en soi est bien moins déterminante dans le développement d’une relation amoureuse dans leur cas. Gilmartin prétend qu’il est possible pour les femmes timides et les hommes homosexuels d’entrer en relation intime avec un partenaire sans que soit nécessaire aucune prise d’initiative, simplement en attendant un homme sûr de lui qui amorce une relation, ou dans le cas des lesbiennes, une femme ayant plus d’assurance. Selon le chercheur, les femmes timides ont les mêmes chances, voire davantage, de sortir avec quelqu’un, de se marier ou d'avoir des enfants, que les femmes non timides en amour, alors que ce n’est absolument pas le cas pour les hommes hétérosexuels. La plupart du temps, les hommes timides en amour n’ont aucune relation sociale en privé avec les femmes. Ils ne peuvent pas sortir avec quelqu’un, se marier ou avoir des enfants, et nombre d'entre eux n’ont jamais fait l’expérience d’aucune forme de contact intime. Gilmartin nota également que pour des raisons morales, aucun des hommes timides en amour ne s’est mis en quête de prostituées. Certains des hommes timides en amour s’étaient adressés à des agences recueillant des propositions de mariage féminines sur catalogue ; toutefois, Gilmartin n’a pas poussé plus loin l'étude de l'issue de ces efforts.

Gilmartin remarqua aussi qu’en raison de ce qui était perçu comme une absence d’intérêt pour les femmes, les hommes timides en amour sont souvent supposés homosexuels. Les éventuelles avances d’hommes homosexuels faites à des timides en amour conduisent à un rejet de ces tentatives par ces derniers. Gilmartin nota enfin que la plupart des hommes timides en amour ne recherchent pas d’amitié avec d’autres hommes.

Résultats obtenus La collecte de données de Gilmartin incluait seulement des hommes hétérosexuels. Selon lui, une personne peut être timide en amour quels que soient l’âge, le groupe ethnique, l’orientation sexuelle ou le genre. Cependant, de son point de vue, les effets négatifs de la timidité amoureuse se manifestent essentiellement chez les hommes hétérosexuels. Il a étudié 200 étudiants universitaires timides en amour (âgés de 19 à 24 ans), 100 hommes timides en amour plus âgés (entre 35 et 50 ans), et un groupe comparatif de 200 étudiants à l’université « non-timides » et « très sociables »Gilmartin, Brian G. (1987). « Peer Group Antecedents of Severe Love-shyness in Males ». Journal of Personality 55 (3): 467–489. doi:10.1111/j.1467-6494.1987.tb00447.x..

Observations Gilmartin a sept critères pour chaque « timide en amour » qu'il inclut dans son étude : Il est vierge. Il n'a pas eu de relations sexuelles. C'est une personne qui, socialement, va rarement en dehors des seuls contacts amicaux avec les femmes. Il s'accroche généralement aux femmes plus qu'aux hommes en tant qu'ami, mais n'a rien à faire avec elles. C'est un homme qui est strictement hétérosexuel dans ses orientations romantiques et érotiques. Autrement dit, il n'est en aucune façon homosexuel ou bisexuel. C'est un homme. Les femmes timides en amour n'étaient pas étudiées pour cette recherche. C'est une personne qui a souffert et continue à souffrir émotionnellement en raison de son manque de rencontres de compagnies féminines. En bref, c'est une personne qui souhaite désespérément avoir une relation avec une femme, mais qui n'en a pas en raison de sa timidité. C'est une personne sans histoire émotionnelle, rencontre de relations de nature romantique et/ou sexuelle avec un membre du sexe opposé.

Tempérament et personnalité Les hommes timides en amour de l’échantillon de Gilmartin présentaient de considérables différences de tempérament par rapport aux hommes non-timides. Ils avaient des résultats sensiblement plus bas en extraversion et plus élevés en neuroticisme que les hommes non-timides sur le questionnaire de personnalité d’Eysenck. Selon les termes utilisés par Eysenck, ils avaient un tempérament « mélancolique ». La plupart des hommes timides en amour (et seulement quelques-uns des hommes non-timides) ont rapporté que leur mère leur avait souvent dit qu’ils avaient été des bébés calmes ; Gilmartin suggère que cela prouve que les timides en amour ont plus de chances de correspondre à la description de l’inhibition comportementale de Jerome Kagan. Un certain nombre des hommes étudiés ont eu des difficultés à être mis au monde et ont nécessité parfois une césarienne pour naitre.

Une minorité des timides en amour plus jeunes ressentaient de l’optimisme quant à la résolution de leurs problèmes alors que les plus vieux étaient très pessimistes à ce propos, et étaient cyniques à propos des femmes et du monde en général. Les hommes plus âgés montraient davantage de colère durant les entretiens alors que les hommes plus jeunes étaient plus calmes. Seule une infime partie des participants, jeunes comme âgés, avait plongé dans la drogue ou l’alcool. Cependant, les deux groupes avaient des intérêts similaires, comme l’art ou la natation. La plupart des hommes dans les deux groupes n’aimaient pas les sports à l’esprit de compétition. Enfin, les deux groupes d’âges avaient une orientation idéologique très religieuse.

Les hommes étudiés avaient différents degrés de sensibilité à des choses telles que le toucher, le goût, la lumière et d’autres formes de stimuli. Ils avaient tendance à être hypersensibles par rapport aux hommes non-timides.

Relations durant l'enfance et vie de famille Isolation sociale et effets du harcèlement scolaire La plupart des hommes timides en amour ont déclaré n’avoir jamais eu aucun ami, pas même des connaissances, ce qui n’est le cas pour aucun des hommes non-timides. Une grande majorité des hommes timides ont expliqué avoir été victimes de harcèlement scolaire de la part des enfants de leur âge en raison de leurs inhibitions et de leurs intérêts, alors qu’aucun des hommes non-timides n’en a reçues. Les hommes timides en amour étaient également moins à même de répondre aux attaques. Environ la moitié des hommes timides en amour ont indiqué avoir subi des brimades ou avoir été harcelés jusqu’au lycée, alors que ce ne fut le cas pour aucun des hommes non-timides. Même à l’âge adulte, les hommes timides en amour ont signalé qu’ils restaient sans amis et qu’ils étaient malmenés par les autres personnes. Les hommes timides en amour ont spécifié que ce manque d’acceptation de la part des autres les rendait très seuls et extrêmement déprimés. Cependant, cela amenait aussi les hommes interrogés à ne rien vouloir faire avec les individus du même sexe.

Famille et origines Les données de Gilmartin ont indiqué que les hommes timides en amour ont grandi dans des familles dysfonctionnelles.