Charles-Louis Du Pin (1814-1868), né le à Lasgraisses (Tarn) et décédé le à Montpellier (Hérault), est un colonel français, archétype du militaire français intrépide du avec et de service dont près de 5 au Mexique.

Biographie Origines familiales Charles Louis Désiré Du Pin, aussi orthographié de Dupin, naît le à Lasgraisses (Tarn). Il est le fils de Pierre Paul Charles Louis de Dupin (1769-1823), maire de Lasgraisses de 1814 à 1825, et de Marie-Sophie de Genton de Villefranche qu'il a épousée le à Amarens (Tarn)Union de Dupin x de Genton de Villefranche, à Amarens (Tarn) .

Formation Du Pin obtient un baccalauréat littéraire à 17 ans et est envoyé à Paris où il prépare le concours d'entrée à l'École polytechnique. Il est reçu sur 121 au concours de 1834 et sort sous-lieutenant deux ans plus tard avec le même rang. Il parfait son instruction militaire à l'école d'application du Corps royal d'état-major qu'il rejoint le et après deux ans de cours en sort secondDupin, Charles Louis Désiré de (X 1834 ; 1814-1868) . Le il est nommé lieutenant du corps d'état-major.

Le suivant, il débute ses stages réglementaires au de ligne. À partir du , il est employé aux travaux de la carte de France et devient un des topographes les plus qualifiés de l'armée ; les cartes qu'il dresse en AlgérieReconnaissance faite par le capitaine Ch. Dupin dans le désert algérien , Chine et Japon font toujours autorité de nos jours. Promu au grade de capitaine le , il poursuit le ses stages au de ligne.

Campagnes algériennes

Le , Du Pin s'embarque à 29 ans avec son régiment pour l'Algérie où il participe, le , à la prise de la smala d'Abd el-Kader ; il y sauve d'une mort certaine le lieutenant-colonel MorrisLouis Michel Morris, né le à Canteleu (Seine-Maritime) , commandant du de chasseurs d'Afrique. Cet acte de bravoure lui vaut d'être cité par le duc d'Aumale et fait de lui un des personnages du tableau d’Horace Vernet qui immortalise le combatDu Pin est mis en scène à l'extrême gauche de la composition, pistolet au poing .

Du Pin rentre d'Algérie le et y repart le pour un séjour de trois ans. Il est cité une seconde fois, par le Maréchal Bugeaud, le , après le combat de Flissas El Bahr. Il est fait chevalier de la Légion d'honneur le . Le il est affecté au de cuirassiers et est maintenu dans son poste jusqu'au ; il passe alors au de chasseurs d'Afrique. Il est cité à l'ordre par le colonel Camon, le , après le combat de Ben Nahr, et par le général Yusuf, le , après celui de Mengren.

Rentré d'Algérie le , Du Pin est affecté, le suivant, au de chasseurs. Il se fait mettre en disponibilité le et reprend son service le suivant, à l'état-major de la d'infanterie de réserve de l'armée des Alpes. Le , il est nommé aide de camp du général Marey-Monge, commandant de la d'infanterie de l'armée des Alpes.

À nouveau en disponibilité le , il reprend son poste, le , auprès du général Marey-Monge, qui vient d'être nommé commandant de la militaire à Clermont-Ferrand. Il est promu au grade de chef d'escadron le , et est maintenu dans son emploi jusqu'au . Il est alors détaché auprès du général Lafontaine, inspecteur général d'infanterie pour l'année 1852.

Mis en disponibilité le , il revient en activité le à l'état-major de la et dès le , il est mis à la disposition du gouverneur général de l'Algérie. Sur place, il prend part à l'expédition des zouaves du général Randon et ses états de service lui valent la rosette d'officier de la Légion d'honneur le et une nouvelle citation, le .

Campagnes de Crimée et d'Italie

Du Pin est attaché à l'état-major général du camp du Midi le et passe le suivant à l'état-major de la division d'infanterie du camp du Midi, devenue ensuite puis du de l' avec laquelle il part en Crimée. Il y exerce successivement les fonctions de chef d'état-major de la division du de l'armée d'Orient (), chef d'état-major de la division du de l'armée d'Orient (), chef d'état-major de la division du de l'armée d'Orient (), chef d'état-major de la d'infanterie du de l'armée d'Orient () ; le , à l'âge de 40 ans, il est promu au grade de lieutenant-colonel.

Rentré de Crimée, il est nommé le chef d'état-major de la d'infanterie de l'armée de Lyon, mais, à la suite d'une accumulation de dettes dans des mess, maisons de jeu ou établissements spéciaux, il est muté en Corse comme chef d'état-major de la militaire ().

À partir du , Du Pin prend part à la campagne d'Italie comme chef d'état-major de la division de cavalerie du de l'armée d'Italie.

Campagne de Chine

De retour en France, Du Pin devient chef d'état-major de la à Besançon (). Il est nommé le chef du service topographique du corps expéditionnaire de Chine in et embarque le pour la Chine ; il est cité par le général de Montauban pour la prise des forts du Peï-Ho le . vignette|gauche|Prise des forts du Peï-Ho le vignette|droite|200px|Pillage de l'ancien palais d'été par les troupes franco-britanniques en 1860 durant la seconde guerre de l'opium.

Le , il escalade les murs du palais d'été de Pékin, avec quelques hommes, permettant ainsi aux alliés d'entrer sans combat. Il est promu au grade de colonel le . En , il obtient l'autorisation de se rendre au Japon où il voyage pendant quatre mois en compagnie du journaliste Antoine FaucheryAntoine Fauchery (1823-1861), photographe et journaliste par excellence ; de ce séjour, il tire un livre publié en 1868 Le Japon : mœurs, coutumes, description, géographie, rapport avec les Européensin Du Pin est un photographe amateur qui prend des photographies dès son arrivée en Chine. Ce sont des paysages et des portraits pris en 1860 à Shanghai, Chefoo (Yantai), Tientsin (Tianjin), Tung-Chow (Tongzhou) et Pékin (Beijing). Une trentaine environ sont publiées par la société en images stéréoscopiques sur verre et sur papier en 1861.

Quand bien même le Rijksmuseum les attribuent à un photographe anonyme, ces photos éditées pareillement par Ferrier & Soulier ont vraisemblablement comme auteur Du Pin ; les photographes équipés d’un appareil stéréoscopique ne devaient pas en effet être légion en 1860 et surtout en Chine ! .

De retour en France, il est confirmé colonel le et affecté provisoirement au dépôt de la guerre à Paris le . Il se heurte fortement au chef d'état-major du corps expéditionnaire de Chine et est même soupçonné d'avoir fourni, au retour, des documents officiels à Paul Varin pour son ouvrage Expédition de Chinein qui présente une analyse foncièrement différente du rapport officiel rédigé six mois plus tôt. Aussi, le , il est muté disciplinairement comme chef d’état-major du d'armée à Lyon.

Du Pin y fait à nouveau parler de lui pour une sombre affaire de vente d'objets chinois. En effet, il a rapporté de nombreux objets de la mise à sac du Palais d'été, à Pékin, par les troupes franco-britanniquesLe pillage du Palais d'été, Maurice d'Irisson, comte d'Hérisson (1839-1893) . Mais, amateur de femmes, grand buveur et joueur, il doit vendre cette collection pour payer ses dettes ; l'annonce de la vente publique à l'hôtel DrouotCatalogue des objets précieux composant le musée japonais et chinois de M. le colonel Du Pin sur Gallica, qu'il fait paraître dans les journaux au moment où des accusations de pillages sont portées contre le général de Montauban, cause un tel scandale que Napoléon III en personne, à qui le ministre de la Guerre soumet le dossier, décide de le placer en non activité par retrait d'emploi, le .

Campagnes du Mexique

vignette|droite|Colonel Charles Du Pin, commandant des contre-guérillas Du Pin n'est pas homme à s'apitoyer sur son sort alors que la France se lance dans une expédition au Mexique. Usant de ses relations, il obtient, sur décision ministérielle du , d'être rappelé à l'activité et détaché auprès du général Almonte, chargé de l'organisation de l'armée impériale mexicaine ; le , il s'embarque à Cherbourg. Désœuvré du fait du total désintérêt que porte ce général à l'organisation de l'armée, Du Pin fait le siège de ses camarades qui composent l'état-major du général Forey, commandant en chef du corps expéditionnaire, à Orizaba.

Au même moment, la guérilla prend corps et le corps expéditionnaire tient difficilement le terrain entre la côte et le point clé de la route de Mexico que représente Puebla ; une contre-guérilla, d'origine privée et de recrutement international, s'organise et parvient à assurer la sécurité extérieure du port de Veracruz. Ses succès militaires sont pourtant inexploitables par manque de coordination entre son chef, le suisse Charles de StoëcklinCharles Edouard Eugène de Stoëcklin (1834-1863), mort pour la France au champ d'honneur à Jatilpan (Mexique) , et les officiers français responsables de la région. Cette situation conduit le général Forey à rechercher un officier français capable de développer, d'unifier et de coordonner les différentes contre-guérillas existantes dans le cadre du dispositif de sûreté des approvisionnements du corps expéditionnaire.

Le général Forey est séduit par la personnalité et l'efficacité du colonel Du Pin et lui confie le commandement de la contre-guérilla dans les Terres chaudes (Tierra caliente), zone comprise entre à l'Ouest et Veracruz à l'Est avec mission de . Le , Du Pin rejoint son quartier-général à et prend le commandement de sa troupe, unité semi-régulière comprenant une centaine d'hommes de onze nationalités différentes, équipés et payés par l'armée française. Il la réorganise totalement en faisant passer l'effectif à , ce qui lui permet d'opérer avec deux colonnes mixtes de chacune, tout en assurant la sûreté de son cantonnement.

Cette nouvelle organisation tactique permet à la contre-guérilla, initialement cantonnée dans un rôle de couverture de Veracruz face au Sud, de prendre une part active à la sécurité des convois dans les Terres chaudes. En , partant de Medellin avec un escadron mixte, Du Pin parvient à surprendre le centre de guérilla de Tlaliscoya à de sa base, après deux jours de marche. Après la destruction de la compagnie Danjou à Camerone le , Du Pin tient garnison à la Soledad et relève le régiment étranger dans une partie de sa mission. Implanté dans la zone la plus exposée aux raids des guérillas coordonnés par le colonel Milán et de la garde nationale de Jalapa du colonel Camacho, il parvient même, en , à occuper temporairement Huatusco, une des bases des guérillas. Le , ses hommes mettent en déroute les troupes mexicaines ayant participé à l’assaut de Camerone et Du Pin est considéré par la Légion comme le « vengeur de Camerone ».

vignette|gauche|Contre-guérilla - Expédition de Vera Cruz 1864 En et malgré quelques coups d'éclat comme l'attaque du convoi du colonel Ferrerer, les guérillas mexicaines sont obligées d'abandonner aux troupes françaises ou mexicaines alliées les Terres chaudes de Veracruz. Auréolé de ces premiers succès, Du Pin est nommé, le , gouverneur de Tampico et de la province côtière du Tamaulipas. Le , il sort de la ville pour affronter les brigades des généraux Pavon et Carvajal, lesquelles fortes de mènent le siège de tenu par le colonel Llorente et ses alliés de la France. Bien que faible numériquement, la colonne de contre-guérilla par son arrivée pousse Pavon et Carvajal à lever le siège et à se retrancher dans le village de San Antonio. Le , Du Pin déloge par un assaut frontal les mexicains et disperse par la force les deux brigadesOpérations aux environs de Tampico in . Ce succès lui vaut d'être cité par le général Bazaine pour sa belle attitude au combat de San Antonio.

La région sud du Tamaulipas pacifiée, Du Pin peut achever la réorganisation de sa contre-guérilla dont il parvient à porter l'effectif à et plus de . Les troupes de Juarez qui craignent sa redoutable efficacité en surnomment les hommes Los diablos colorados (les diables colorés) en raison de la couleur rouge des dolmans des cavaliers du ou Los camiceros colorados (les bouchers colorés).