thumb|upright=1.2|alt=Buste d'Allan Kardec, fondateur du spiritisme. L'image est une photographie rapprochée d'un buste dorée représentant un homme d'une cinquantaine d'année, portant moustache et regardant droit devant.|Buste en plâtre d'Allan Kardec (1804-1869), réplique du buste en bronze présent sur la tombe du fondateur de la philosophie spirite et inventeur du mot « spiritisme ».
Le Spiritisme est une philosophie spiritualiste fondée en 1857 par Hippolyte Léon Denizard Rivail, alias Allan Kardec, qui donnera naissance à un mouvement socio-culturel en France et en Europe. Il atteindra son point culminant au début du .
Allan Kardec définit le spiritisme comme une doctrine fondée sur l'existence en Dieu et la communicabilité des Esprits (défunts) par l'intermédiaire des médiums qu'il tente d'expliquer scientifiquement. Il expose d'abord ses thèses dans Le Livre des Esprits (1857, 1860), puis dans les ouvrages suivants.
D'abord européen, ce mouvement s'est diffusé en Amérique latine, constituant la troisième religion du Brésil. De nombreux courants spiritualistes s'en inspireront, jusqu'à jouer un rôle important dans l'avènement de la psychiatrie moderne.
Étymologie, définition et synonymes upright|thumb|alt=Première page de l'édition originale du Livre des Esprits représentée entièrement. Le papier est fortement jauni et les caractères apparaissent en bruns foncés tout en restant clairement lisibles.|Première apparition du mot « spiritisme » dans la littérature française. Le Livre des Esprits, page 1, avril 1857.
Le mot « spiritisme » est un néologisme, inventé par Allan Kardec pour nommer la nouvelle doctrine spiritualiste qu'il développe en 1857...... Ce mot serait lui-même probablement inspiré du mot anglais , apparu en 1856 par dérivation de spirit (esprit). Refusant le titre d'« auteur », Kardec se présente comme « codificateur du spiritisme »...
Kardec expliquera dans la première page de l'introduction de son Livre des Esprits justifie l'emploi de ce mot nouveau afin de donner une identité propre à la philosophie qu'il présentait.. Dans le même ouvrage, il inventera également les mots « périsprit » et « ». Le fait d'avoir institué un mot nouveau lui aura été reproché, parfois qualifié de barbarisme.. En français, il fait son apparition dans l'édition de 1860 du Dictionnaire français illustré et Encyclopédie universelle. Avant qu'il ne rentre en usage, on parlait de « phénomènes magnétiques », des « phénomènes du spiritualisme », de « spiritualisme moderne », voire de « spiritualisme américain », expressions que le mot « spiritisme » continuera de désigner.
Si le terme s’est imposé rapidement, c’est d'abord parce qu’il permettait de lever une ambiguïté lexicale. En effet, il n'était pas clair de traduire le mot anglais « » par le mot français « spiritualisme » qui désignait déjà le spiritualisme philosophique. Ainsi, inventé d'abord pour nommer un enseignement moral, ce n'est que progressivement que le mot « spiritisme » sera associé aux activités ayant pour but de communiquer avec l'au-delà.
Toutefois, Kardec présente le spiritisme comme une doctrine spiritualiste.. fondée sur l'existence, les manifestations et l'enseignement des espritsDéfinition formulée par Allan Kardec dans Qu’est-ce que le spiritisme ? en 1859 et reprise ensuite par l'encyclopédie Larousse : .. Elle accepte formellement l'existence de Dieu, de la vie éternelle, et d’une communication concrète avec divers êtres spirituels, notamment les défunts.. Le spiritisme soutient également la réincarnation, sans la considérer comme nécessairement terrestre.. Sous sa forme pratique, le spiritisme expérimente diverses méthodes pour tenter de communiquer avec les esprits de l'au-delà. L’instrument utilisé lors de ces tentatives est le médium, entrée « Spiritisme », in Encyclopédie Larousse, 2010.. Le spiritisme s’affiche comme une discipline qui ambitionne de mêler le progrès moral et intellectuel., voulant constituer un trait d'union entre la science et la religion. au moyen d'un ensemble de lois morales. Les adeptes de cette doctrine sont appelés « spirites » ou « spiritistes ».. Par ailleurs, dans la langue anglaise, même si le mot « spiritism » précède celui de Kardec, il peut être synonyme de « French spiritualism » (spiritualisme français).
Comme synonymes du spiritisme d'Allan Kardec, les auteurs spirites comme non-spirites peuvent également utiliser différentes expressions, telles que : « doctrine spirite »., « codification spirite », « philosophie spirite »., « kardécisme »., « spiritualisme moderne », « science spirite », « religion des Esprits »., « nouvelle révélation ». — plus rarement « Troisième Testament ».
Tendances au sein du mouvement spirite Parmi ces termes, plus ou moins synonymes, Nicole Edelman identifie trois tendances au sein même du mouvement spirite :
Une tendance religieuse, qui peut être nommé Kardécisme ou spiritisme christique, elle peut intégrer aux thèses d'Allan Kardec celles controversées de l'avocat bordelais Jean-Baptiste Roustaing qui voient les ouvrages de Kardec comme un signe de la Troisième Révélation. Une tendance intellectuelle/philosophique, qui traite notamment des questions sociales, politiques et épistémologiques. Une tendance expérimentale/scientifique, qui s'intéresse aux « sciences psychiques » (psychical research), renommées par le médecin français Charles Richet en métapsychie qui, avec l'essor de la Psychologie, sera à son tour renommé parapsychologie.
Selon les auteurs et les thèmes abordés, l'une ou plusieurs de ces tendances prédominent. Cependant, déjà en 1940, l'ethnologue français Roger Bastide reconnaissait selon les groupes et les pays une tendance, plus ou moins assumée, pour un certain conservatisme vis-à-vis du pouvoir en place, associé à du racisme et des discriminations. Aujourd'hui, ces tendances sont manifestes dans les débats, avec des groupes se déclarant ostensiblement comme progressistes, et d'autres ostensiblement favorables à des groupes ou des personnalités autoritaires (néofascistes, conservatrices, traditionalistes).
Historique et influence du spiritisme « kardéciste »
Le contexte alt=|gauche|vignette|Image parue dans L'Illustration en 1853. À gauche un couple fait mouvoir un chapeau alors qu'au centre un groupe se concentre sur un guéridon et à droite une dame utilise un pendule. En 1847, la famille Fox qui vit dans une ferme de Hydesville, dans l'État de New York, déclare entendre des coups dans les cloisons et dans les meubles. En présence des sœurs Fox, les bruits semblent leur répondre de manière intelligente. Ce phénomène constatable par un nombre croissant de témoins est bientôt attribué à l'esprit d'un colporteur assassiné par un ancien locataire.. Grisées par leur popularité, les sœurs Fox multiplient les exhibitions publiques et suscitent des vocations. Quantité de médiums prétendent alors pouvoir échanger avec les défunts et le mouvement du spiritualisme moderne anglo-saxon gagne rapidement des millions d'adeptes dans tous les États-Unis.
En 1852, une mission de médiums américains parcourt l'Angleterre. L'année suivante, quand la mode des « tables tournantes » touche la France, le mesmérisme, le swedenborgisme et le fouriérisme ont déjà préparé le terrain. au « spiritualisme moderne », comme on disait à l'époque. Tous les salons de la bonne société du Second Empire discutent du sujet et tentent des expériences paranormales.
En 1854, un instituteur lyonnais, Léon Rivail, découvre ces séances insolites pendant lesquelles on « magnétise les tables ». Durant les années suivantes, il fréquente régulièrement une famille dont les filles déclarent être médiums écrivains (« psychographes »). Progressivement, Rivail vient à chaque réunion avec une série de questions méthodiquement préparées pour noter les réponses données par les médiums.. À partir de la synthèse de ses notes, il publie Le Livre des Esprits, le , sous le pseudonyme d'Allan Kardec et donne naissance à une philosophie qu'il baptise « spiritisme »..
La naissance upright|thumb|alt=Page de garde du livre des Esprits, édition de 1860, son entête est Philosophie spiritualiste.|Page de garde du Livre des Esprits, édition de 1860, son entête est : philosophie spiritualiste. Le Livre des Esprits connaît un succès immédiat. Réédité cinquante fois en cinquante ans, il éclipse à cette époque tous les autres ouvrages sur l'au-delà.. Au début du mouvement, Kardec ne songe nullement à fonder un courant de pensée et encore moins une religion. Mais il est très vite entraîné par la popularité de son œuvre. Des témoignages lui parviennent spontanément de tous les pays et les visiteurs se pressent à sa porte. L'empereur Napoléon III lui-même s'entretient avec lui.. Il envisage alors de structurer son activité.
Kardec fonde La Revue spirite qui sort des presses le et connaît plus de succès que celle publiée en 1857, la Revue spiritualiste de son concurrent Zéphyr-Joseph Piérart, anticlérical plus affirmé. En quelques années, elle est diffusée dans le monde entier et compte des centaines de collaborateurs dont Victor Hugo, Victorien Sardou et Camille Flammarion. En est constituée la Société parisienne des études spirites, et Paris devient alors la capitale internationale du spiritisme.
Après avoir publié le volet théorique du spiritisme dans son premier ouvrage, Kardec passe au volet expérimental en rédigeant Le Livre des médiums en 1861, ouvrage qui développe les conséquences pratiques du précédent. Il complète par la suite la doctrine spirite par une interprétation du christianisme associée à des principes moraux et sociaux qui voient paraître trois ouvrages : L'Évangile selon le spiritisme (1864), Le Ciel et l'Enfer (1865) et La Genèse selon le spiritisme (1868). À des fins de vulgarisation, Allan Kardec rédige également un résumé de 180 pages intitulé Qu’est-ce que le spiritisme ? (1859), ainsi qu'un petit fascicule Le Spiritisme à sa plus simple expression (1861).
Pour les spirites religieux (kardécistes), ces cinq ouvrages forment un pentateuque spirite., et constituent encore leur socle doctrinale, comme c'est le cas pour le Conseil Spirite International.
La diffusion upright|left|thumb|alt=Portrait d'Allan Kardec paru dans L'Illustration, le 10 avril 1869.|Portrait d'Allan Kardec paru dans L'Illustration, le 10 avril 1869.
Le spiritisme se propage en quelques années avec une rapidité rare pour un mouvement social. Devant les désordres provoqués par la multiplication des médiums et des débats houleux qui s'ensuivent, Kardec entreprend des voyages en province afin d'unifier les adeptes. Il forme partout des petits groupes destinés à devenir des centres spirites « sérieux » en écartant les personnes qui ne viendraient que par goût du sensationnel..
Le spiritisme s'appuie sur ces « sociétés d'études » pour tenter de constituer une grande famille solidaire ainsi qu'une école de la charité. Les spirites lyonnais prennent la tête du mouvement et revendiquent trente mille spirites en 1862.. Cette même année, Kardec visite les principales villes françaises et propage son instruction devant des salles combles. Au fur et à mesure de sa croissance, le spiritisme se transforme. Il délaisse son côté expérimental pour s'impliquer davantage dans les œuvres sociales et la philanthropie. Les groupes organisent des caisses de secours pour les indigents, des collectes pour les chômeurs et mettent en place les premières crèches.. La Revue spirite prend parti pour le vote des femmes, l'abolition de l'esclavage, l'abolition de la peine de mort, l'internationalisme et le pacifisme.