Hermann Cohen, né à Hambourg le et mort à Spandau (Berlin) le , est un prêtre allemand, pianiste et compositeur de musique profane et religieuse. Issu d'une famille juive, il se convertit au catholicisme en 1847 et entre dans l'ordre des Carmes déchaux sous le nom d'Augustin-Marie du Très Saint Sacrement. Il est généralement connu sous le nom de «père Hermann».
Enfant prodige, à l'âge de 12 ans il part suivre une formation musicale à Paris auprès de Franz Liszt qui devient son maître pendant de nombreuses années. Ensemble, ils parcourent l'Europe et donnent de nombreux concerts. Jeune homme aux mœurs dissolues, et perdant beaucoup d'argent au jeu, il se brouille peu à peu avec son maître; ils finissent par se séparer en 1841. Un jour, lors d'une messe en 1846, il prétend faire l'expérience de la présence réelle du Christ dans l'hostie et décide, par la suite, de se convertir au catholicisme. Très vite il souhaite devenir prêtre. Il cherche à vivre dans un ordre monastique et finalement entre dans l'ordre des Carmes déchaux en 1848. Il est ordonné prêtre en 1851.
Orateur enflammé, grand promoteur de l'adoration du Saint-Sacrement, il devient célèbre en Europe et fait une tournée de prédication, avant d'aller restaurer l'ordre du Carmel en Angleterre. Il fonde également plusieurs couvents en France. En 1867, il se retire dans un ermitage à Tarasteix, mais la guerre franco-allemande de 1870 l'oblige à émigrer en Suisse. De là, il part rapidement pour Spandau afin de s'occuper des prisonniers français. Il meurt de la variole le .
Son procès en béatification a été ouvert.
Biographie Enfance et jeunesse Hermann Cohen est né à Hambourg le . Il est le fils de David Abraham Cohen, un financier juif, et de son épouse Rosalie (née Rosalie Benjamin). La famille compte quatre enfants. Bien que ses parents ne soient pas pratiquant, ils font néanmoins partie du judaïsme réformé et ils enseignent à leur fils les bases de la foi juive.. Hermann Cohen étudie le piano dès l'âge de 4 ans et donne ses premiers concerts à l'âge de 7 ans à Altona et Francfort. Élève doué, il est loué par son professeur et devient le centre de l'attention familiale.
Lorsqu'il a 12 ans, sa mère décide de l'amener à Paris pour faire avancer sa formation musicale. Son père, qui est en butte à des difficultés financières, est contre cette idée. Sa mère Rosalie se rapproche des grands-ducs Georges de Mecklembourg-Strelitz et Frédéric-François Ier de Mecklembourg-Schwerin, afin d'obtenir leur soutien financier pour son fils. Sa requête étant couronnée de succès, elle prend ses enfants et s'installe à Paris.
La famille (sans le père, celui-ci étant resté à Hambourg) arrive à Paris en , mais elle apprend que, étant étranger, le jeune Hermann ne peut être admis au Conservatoire de Paris..
L'élève de Franz Liszt vignette|Franz Liszt par J. Kriehuber, 1838. Ce rejet conduit à un changement important dans la vie du jeune Hermann. Sa mère réussit à convaincre le virtuose Franz Liszt de le prendre comme élève. Malgré ses premières réticences, après l'avoir entendu jouer, et séduit par son bon visage, Liszt accepte. Cohen devient vite son élève préféré.. Comme Liszt avait lui-même été surnommé Putzig (terme allemand pour signifier ) par son propre maître Carl Czerny, Franz appelle son élève du nom de Puzzi (un diminutif de Putizg).
Liszt introduit Cohen dans son cercle social, en le présentant à ses amis : l'auteur George Sand et l'abbé de Lamennais, qui tous deux sont charmés par son protégé. George Sand le surnomme le . L'abbé de Lamennais offre au jeune garçon un exemplaire dédicacé de son livre, Paroles d'un croyant (pour lequel le prêtre vient d'être excommunié par le pape Grégoire XVI). L'ouvrage porte l'inscription : Souvenirs offerts à mon cher petit Puzzi.
En , sans avertissement, Liszt quitte Paris avec sa nouvelle amante, la comtesse Marie d'Agoult, pour s'installer à Genève où il commence à enseigner au tout nouveau Conservatoire de musique de Genève. Désespéré par le départ soudain de son mentor, Hermann supplie Liszt de l'autoriser à le rejoindre. Finalement Liszt cède. L'arrivée d'Hermann à Genève lui vaudra une longue inimitié de la part la comtesse.
Hermann continue de développer ses talents musicaux sous l'œil attentif de Liszt. Le , il joue dans un concert parrainé par la princesse Cristina Trivulzio Belgiojoso. Avec Liszt et deux autres pianistes, il joue dans un Brillant Potpourri à quatre pianos sur des airs folkloriques de Carl Czerny. Durant ce mois d'octobre, Liszt intègre le jeune garçon à dix élèves de son école. À seulement 13 ans, le jeune Hermann Cohen semble promis à de grands succès. vignette|240px|« A Morning with Liszt », 1884. Hermann devient le compagnon attitré de Liszt, il les accompagne, lui et la comtesse, durant leurs voyages de vacances dans la campagne suisse. Il se trouve également avec eux et George Sand lors d'un voyage à Chamonix. Il écrira plus tard .
Liszt est considéré dans le monde comme ayant des mœurs dissolues, à l'image de son groupe d'amis. Mais il se sent responsable d'apporter une éducation morale à son élève, tout autant qu'un perfectionnement technique. Un jour, il offre une Bible au jeune Hermann, ce qui le touche profondément. Plus tard, au cours d'un voyage, Hermann ressent une profonde expérience spirituelle quand Liszt joue une improvisation sur le Dies iræ du Requiem de Mozart aux grandes orgues de la cathédrale Saint-Nicolas de Fribourg.
Tournées européennes thumb|redresse|gauche|Portrait de Franz Liszt par Miklós Barabás (1847).
Liszt et son cercle d'amis rentrent à Paris en 1837. La princesse Cristina Trivulzio Belgiojoso a organisé un concours célèbre entre Liszt et son plus grand rival de l'époque : Sigismund Thalberg. Elle profite de l'occasion pour rencontrer Hermann avec qui elle se liera d'amitié et deviendra son mécène. Alors que ses dettes croissantes menacent de noyer le jeune garçon, la princesse organise un concert pour le renflouer, mais celui-ci s'avérera infructueux. Apparemment, cet échec serait dû au manque d'entraînement d'Hermann causé par le mode de vie paresseux et dissolu qu'il avait adopté. Le choc de cet échec conduit Hermann à retourner à Hambourg, où il demande l'aide de son père. Seul et lui-même dans une situation financière difficile, l'aîné de la famille Cohen ne voit aucun intérêt à aider son fils. Hermann se tourne alors vers un ancien mécène, le grand-duc Georges de Mecklembourg-Strelitz, qui parraine plusieurs concerts pour lui afin de lever des fonds. Le succès de ces concerts permet au jeune garçon de revenir à Paris. Il y rencontre un chanteur populaire italien nommé Mario, avec qui il s'associe. Le duo se rend à Londres, où Hermann améliore ses compétences musicales et connaît un certain nombre de succès lors de ses concerts.
À nouveau aux prises avec des dettes (le jeune homme a pris goût pour les jeux d'argent, et il perd de grosses sommes à la roulette), en 1839 Hermann commence à s'éloigner de ses mentors, tant Liszt que la comtesse, du fait de son mode de vie. La comtesse d'Agoult utilise une liaison qu'il a eue avec une femme mariée durant sa campagne afin de le discréditer aux yeux de Liszt qui néanmoins, conserve Hermann comme compagnon pour ses tournées de concerts à travers l'Europe jusqu'à la fin 1840. Pour Hermann, ses liens avec Liszt n'étaient cependant pas sans conséquences. Friedrich Wieck, le père de la future Clara Schumann, commence à critiquer publiquement tant Liszt qu'Hermann Cohen dans des journaux à Leipzig. Il était furieux que Liszt soutienne Robert Schumann dans sa propre plainte en justice contre Wieck : « Pour démontrer pourquoi sa fille de vingt ans, Clara Schumann, ne devrait pas se marier avec Schumann ». Si Liszt a laissé passer les accusations, Hermann Cohen choisit de porter l'affaire en justice et dépose plainte contre Friedrich Wieck pour avoir gain de cause.
L'année 1841 voit la rupture définitive entre Hermann et Liszt : l'adolescent est accusé d'avoir détourné des fonds de certains concerts que Liszt avait donnés à Dresde. Hermann essaie de démontrer son innocence et demande, sans succès, à sa mère d'intercéder en sa faveur auprès de son ancien ami. Il sent alors sa vie détruite. Plus tard, il dira que cette expérience fut le résultat d'un « complot ourdi en enfer »En se basant sur des correspondances d'Hermann après son entrée au Carmel, certains auteurs expriment l'hypothèse que ces accusations auraient pu être le fait d'un coup monté par Marie d'Agoult (qui souhaitait le voir s'éloigner de son foyer depuis longtemps).. Il passe alors les cinq années suivantes à voyager à travers l'Europe (Venise, Paris, Londres, différentes villes d'Allemagne) avec sa mère et sa sœur Henriette, jouant des concerts et composant des œuvres pour piano.
Sa conversion
Cohen s'installe à Paris en , où il partage un appartement avec un ami artiste. Le printemps suivant, il rencontre une écuyère populaire, Céleste Mogador, avec qui il partage un amour profond de la musique, et tombe amoureux d'elle. La relation est de courte durée, mais la rupture est brutale : il indique à Céleste qu'il se sent appelé à placer sa vie dans les mains de Dieu. Dégoûté par sa vie mondaine, il commence à visiter les églises de la ville (où il reste des heures en prière), et recherche des conseils spirituels.
En , tout en jouant de l'orgue pour un service de bénédiction dans l'ancienne église de Saint-Valère, au moment de l'élévation du Saint-Sacrement, il est submergé par une expérience spirituelle, douce et puissante. Le vendredi suivant, il ressent cette même sensation, et il est Canoniquement, un juif ne se , mais . Car, pour les chrétiens, le peuple juif détient déjà une part de la révélation divine (d'où l'expression de l'entrer dans la plénitude de la révélation).. Il commence alors à se rendre de temps en temps à la messe. Le , alors qu'il assiste à la messe à Ems, au moment de l'élévation de l'hostie, il ne peut contenir un flot de larmes : ..
Mais Hermann Cohen ne connaît aucun prêtre, sauf l'abbé Lamennais, et redoute d'en approcher un. Il est introduit auprès du père Théodore Ratisbonne, lui-même juif converti et prosélyte, qui à son tour, le présente à l'abbé Legrande. Ce dernier le forme dans la foi catholique.
Baptême thumb|150px|L'adoration du Saint-Sacrement, une pratique popularisée par le père Hermann. Avec pour marraine la duchesse de Rauzan, Hermann Cohen est baptisé le , sous le nom de Marie-Augustin-HenriLe 28 août est le jour de la fête de saint Augustin, lui aussi un converti célèbre.. Le baptême a lieu dans la chapelle de Notre-Dame de Sion, en présence d'Alphonse Ratisbonne (fondateur avec son frère Théodore de la Congrégation de Notre-Dame de Sion), et de nombreux catholiques d'origine juive. Hermann raconte que lors de son baptême, il a eu une du Christ, de Marie et de saints dans une « lumière brillante » ainsi qu'une « expérience bouleversante d'amour ».
Hermann est confirmé le par Affre, archevêque de Paris. À la suite de sa propre expérience et avec le soutien de Jean-Baptiste de Bouillé, l'archevêque de Poitiers, il commence immédiatement à populariser la pratique de l'adoration nocturne, par les fidèles, du Saint-Sacrement.
En novembre (quelques semaines avant sa confirmation), il décide de devenir prêtre. Cependant, avant de se lancer dans cette formation, il doit régler des dettes de jeu considérables qu'il a accumulées au cours de sa vie publique. Il lui faut deux années passées en tant qu'enseignant au collège Stanislas et en donnant des leçons privées à de jeunes dames pour réussir à solder ses dettes.