La Princesse de Clèves est un roman de Madame de La Fayette, publié anonymement en 1678. L'action du roman se situe à la cour des Valois , comme l'indique le narrateur dans les premières lignes du récit. Il s'agit donc d'un roman historique, même si l'œuvre inaugure, par de nombreux aspects (souci de vraisemblance, construction rigoureuse, introspection des personnages) la tradition du roman d'analyse. C'est en effet l'un des premiers romans psychologiques, ce qui explique sa modernité.
La Princesse de Clèves témoigne également du rôle important joué par les femmes en littérature et dans la vie culturelle du , marquée par le courant de la préciosité. Madame de La Fayette fréquentait avant son mariage le salon de la marquise de Rambouillet« de La Fayette fut introduite jeune à l’hôtel de Rambouillet, et elle y apprit beaucoup de la marquise. (…) Elle eut le temps d’y aller dès avant son mariage et d’y profiter ; aussi bien que de Sévigné. » - Portraits de femmes - de La Fayette, Sainte-Beuve, 1836, et, comme son amie Madame de Sévigné, admirait l'œuvre littéraire d'Honoré d'Urfé« Tous les après-midi M. de La Rochefoucauld s’assemblait avec Segrais chez de La Fayette, et on y faisait une lecture de l’Astrée. », Portraits de femmes - de La Fayette Charles Augustin Sainte-Beuve, 1836, ed. 1869, page 286.
Roman fondateur, La Princesse de Clèves est l’un des modèles littéraires de Balzac, Raymond Radiguet« On a lu, relu, récrit de Balzac (dans La Duchesse de Langeais ou avec le personnage de de Morsauf, l'héroïne du Lys dans la vallée) à Marguerite Duras (Le Ravissement de Lol V. Stein) en passant par Radiguet (Le Bal du comte d'Orgel). » Laurence Plazenet – Interventions aux journées des écrivains du sud, 19-20 mars 2010 ou même Jean Cocteau« Les écrivains qui veulent l'imiter - les Cocteau, les Radiguet, les Gide - et la plupart des critiques modernes cherchent dans cette œuvre un art purement intellectuel (...). », Alain Niderst dans : Madame de Lafayette - Romans et Nouvelles, Classiques Garnier, 2010.
Première édition Claude Barbin obtient le privilège le et l'achevé d'imprimer date du Gervais E. Reed, Claude Barbin, libraire de Paris sous le règne de Louis XIV, Droz, 1974, 24. L'édition princeps comportait quatre volumes : un tome I de 211 pages, un tome II de 214 pages, un tome III de 216 pages, un tome IV de 213 pages.
Résumé
L’histoire se déroule dans un cadre historique, entre les mois d' et de , à la cour du roi Henri II, puis à celle de son successeur François II.
est une jeune fille de 16 ans qui arrive à la cour du roi Henri II. Le prince de Clèves tombe amoureux d'elle, mais ce sentiment n'est pas partagé. Ils se marient. Elle tombe amoureuse du duc de Nemours, mais leur amour est illégitime puisqu'elle est mariée. Afin d'éviter de le revoir, elle se retire de la cour et avoue sa passion à son mari. Celui-ci meurt de chagrin en pensant qu’elle l’a trompé. Elle décide alors de se retirer dans un couvent.
Première partie La première partie commence avec la description de l'univers de la cour de France « dans les dernières années du règne d'Henri second », époque où « la magnificence et la galanterie n'ont jamais paru avec tant d'éclat ». Madame de La Fayette brosse un portrait d'une cour emplie d'hypocrisie et de faux-semblants. C'est à cette cour que madame de Chartres introduit sa fille, d'une grande beauté mais aussi d'une grande vertu, dans le but de lui trouver un bon parti. Elle va très rapidement attirer l'attention des personnages de la cour et se faire aimer et admirer de tous, sauf de madame de Valentinois, qui éprouve une grande haine pour François de Vendôme, vidame de Chartres. En particulier, le chevalier de Guise, un cadet de famille insuffisamment fortuné, s'éprend de mademoiselle de Chartres, ainsi que monsieur de Clèves, qui était tombé fou amoureux d'elle avant même de connaître son identité et son statut social. Ce dernier souhaite l'épouser. Après l'échec de plusieurs tentatives de mariages particulièrement ambitieuses, madame de Chartres accepte de donner sa fille en mariage au prince de Clèves, bien que mademoiselle de Chartres n'éprouve pas de grands sentiments pour celui-ci. Après leur mariage, elle est invitée aux fiançailles du duc de Lorraine et de Claude de France, où elle rencontre le duc de Nemours, un personnage important qui aspirait à épouser la reine d'Angleterre ; ils dansent ensemble et tombent éperdument et secrètement amoureux l'un de l'autre. Seuls le duc de Guise et madame de Chartres ont su rapidement deviner cet amour. Madame de Clèves elle-même ne prendra conscience de ses propres sentiments que plus tard. La mère de la princesse de Clèves tombe gravement malade et, sur son lit de mort, elle avoue à sa fille qu'elle a remarqué sa passion pour le duc de Nemours et la met en garde : « Songez ce que vous devez à votre mari ; songez ce que vous vous devez à vous-même, et pensez que vous allez perdre cette réputation que vous vous êtes acquise et que je vous ai tant souhaitée ». Elle lui conseille de quitter la cour afin de fuir sa passion pour M. de Nemours.
Deuxième partie Le prince de Clèves raconte à sa femme que son ami Sancerre était amoureux depuis deux ans de Madame de Tournon, une veuve de la cour qui vient de décéder. Celle-ci lui avait promis, ainsi qu'à monsieur d'Estouteville, de l'épouser en secret. À la mort de Madame de Tournon, Sancerre est fou de douleur, d'autant plus qu'il découvre cette liaison secrète que Madame de Tournon et monsieur d'Estouteville entretenaient parallèlement à sa liaison avec elle. Monsieur d'Estouteville lui laisse quatre lettres que Madame de Tournon lui avait écrites, des lettres pleines de tendresse et de promesses de mariage. Le prince répète à Madame de Clèves le conseil qu'il a donné à Sancerre : « La sincérité me touche d'une telle sorte que je crois que si ma maîtresse et même ma femme, m'avouait que quelqu'un lui plût, j'en serais affligé sans en être aigri. Je quitterai le personnage d'amant ou de mari, pour la conseiller et pour la plaindre.»
Sur la demande de son mari, Madame de Clèves retourne à Paris et se rend compte de l'amour que lui porte le duc de Nemours, puisque celui-ci a renoncé à ses prétentions sur la couronne d'Angleterre pour elle. Elle sait qu'elle doit apprendre à cacher ses sentiments et contrôler ses actes. Bien qu'elle souhaite s'éloigner de M. de Nemours, son mari insiste pour qu'elle reste à Paris.
Lors d'un tournoi, le duc de Nemours est blessé, et Madame de Clèves ne se préoccupe que de Monsieur de Nemours, ce qui montre à ce dernier sa passion pour lui. Mais après ce tournoi la reine Dauphine lui confie une lettre qui serait tombée de la poche du duc de Nemours que lui aurait écrite une de ses supposées amantes. Folle de douleur et de jalousie, d'autant que la rumeur court que le duc de Nemours aurait depuis peu quelque passion secrète, Madame de Clèves, à qui la Reine Dauphine a remis la lettre pour qu'elle voie si elle pouvait en reconnaître l'écriture, la relit plusieurs fois au cours de la nuit.
Troisième partie Le vidame de Chartres, qui est venu trouver le duc de Nemours chez lui, lui avoue que cette lettre lui appartient et vient lui demander de l'aider à cacher cela. En effet, le vidame de Chartres est l'amant platonique de la reine, et il lui avait affirmé qu'il lui était parfaitement fidèle, alors qu'il entretenait toujours une relation avec Madame de Thémines dont cette lettre est la preuve. Il demande au duc de Nemours d'affirmer que cette lettre est à lui, mais ce dernier refuse de peur que Madame de Clèves n'y croie. Le vidame de Chartres remet une lettre au duc de Nemours pour qu'il puisse la montrer à la dame qu'il craint de fâcher, car elle prouve que la lettre trouvée est au vidame de Chartres et non au duc de Nemours. La reine demande à la reine Dauphine de récupérer la lettre, mais Madame de Clèves ne l'a plus en sa possession. Elle est chargée de la réécrire avec le duc de Nemours, ce qui leur fait passer des heures exquises ensemble.
Madame de Clèves se rend alors compte de l'amour toujours plus fort qu'elle éprouve pour lui, et demande à son mari de se retirer à la campagne. Celui-ci la suit. Elle lui avoue qu'elle aime un autre homme mais ne mentionne pas de nom même si monsieur de Clèves la presse de le faire. Le duc de Nemours a surpris cette conversation et comprend que la princesse de Clèves parlait de lui, car elle mentionne l'épisode du vol de son portrait au cours duquel elle avait surpris son amant en train de voler son portrait destiné à son mari.
Le duc de Nemours, fou de joie, révèle cette conversation au vidame de Chartres sous d'autres noms, sans dire que cette expérience est liée à lui. Bientôt toute la cour apprend ce fameux épisode, la princesse de Clèves au comble du désespoir le dit à son mari et le soupçonne d'avoir raconté son aveu pour pouvoir découvrir l’identité de son rival. Ignorant l'indiscrétion du duc de Nemours, ils s'accusent mutuellement d'être à l'origine de cette rumeur. Le prince de Clèves devine que c'est le duc de Nemours qu'aime son épouse.
Peu de temps après, un tournoi a lieu en l'honneur du mariage de Madame avec le roi d'Espagne. Le roi reçoit dans l'œil l'éclat d'une lance lors d'une joute avec le Comte de Montgomery. Au bout de dix jours, les médecins déclarent la maladie incurable, et le roi meurt.
Quatrième partie Le nouveau roi, François II, est sacré à Reims. Toute la cour s'y rend. La princesse de Clèves demande à son mari d'y échapper pour se rendre plutôt dans leur maison de campagne, à Coulommiers. Le duc de Nemours se rend compte que la princesse de Clèves n'est pas à Chambord. Surprenant une conversation entre le roi, le prince de Clèves et Madame de Martigues (qui avait rendu visite à la princesse de Clèves dans sa maison de campagne), il donne comme prétexte une affaire urgente à Paris pour se rendre à Coulommiers avec le désir de voir la princesse de Clèves. Le prince de Clèves, qui soupçonne le dessein du duc de Nemours, envoie un gentilhomme espionner ce dernier. Le duc de Nemours s'infiltre une première fois dans le cabinet ouvert de la princesse de Clèves, dans lequel il la surprend rêveuse devant un de ses portraits. Il tente d'entrer en contact avec elle, mais elle se retire précipitamment. La deuxième nuit, il essaie de nouveau de la voir, mais elle reste cloîtrée dans sa chambre. Le troisième jour, il lui rend visite avec sa sœur, et elle comprend que c'est bien lui qu'elle a vu dans son cabinet deux nuits auparavant.
Lorsque le gentilhomme envoyé comme espion rapporte au prince de Clèves la présence possible du duc de Nemours auprès de sa femme pendant deux nuits, le prince, persuadé qu'elle l'a trompé, est pris d'une violente fièvre. La princesse de Clèves revient à Blois après avoir appris son état inquiétant. Elle a une dernière conversation avec son mari agonisant, lors de laquelle elle nie toute liaison avec le duc de Nemours : « la vertu la plus austère ne peut inspirer d'autre conduite que celle que j'ai eue ; et je n'ai jamais fait d'action dont je n'eusse souhaité que vous eussiez été témoin ». Il la croit, lui pardonne et meurt.