thumb|Siné au Salon du livre de Paris, mars 2007 L'affaire Siné est une polémique fondée sur une accusation d'antisémitisme à l'encontre du dessinateur et caricaturiste politique français Siné, de son vrai nom Maurice Sinet.
L'affaire débute le avec une chronique de Siné parue dans l'hebdomadaire Charlie Hebdo. Le dessinateur y critique l'arrivisme de Jean Sarkozy, fils du président nouvellement élu, Nicolas Sarkozy. Il s'y moque particulièrement de la possible conversion au judaïsme de Jean Sarkozy.
Le , lors d'une émission sur RTL, le journaliste Claude Askolovitch qualifie au micro cette chronique d'« antisémite dans un journal qui ne l'est pas », engageant ainsi la polémique. Le directeur de la publication du journal, Philippe Val, annonce alors au dessinateur son licenciement le .
De nombreux intellectuels français prennent parti dans la controverse, qui mêle plusieurs thèmes dont ceux de l'antisémitisme — et de l'accusation d'antisémitisme — mais aussi les rapports présumés de l'antisémitisme avec l'antisionisme et la critique de l'État d'Israël, et enfin la liberté d'expression, thème particulier pour l'hebdomadaire satirique qu'est Charlie Hebdo, lequel a publié peu de temps auparavant les caricatures de Mahomet du journal danois Jyllands-Posten. Quelques semaines plus tard, Siné fonde Siné Hebdo.
Pour beaucoup de ses soutiens, la situation interne de l'hebdomadaire satirique explique une bonne part de la controverse, qui donne lieu notamment à une pétition de soutien en faveur de Siné ainsi qu'à une tribune à charge rassemblant une vingtaine de signatures dans le journal Le Monde.
L'affaire donne lieu à plusieurs procès :
Siné est poursuivi devant la chambre correctionnelle du tribunal de grande instance de Lyon par la Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme (LICRA) pour incitation à la haine raciale. Ce n'est pas le premier procès de Siné. En 1985, il avait déjà été accusé, notamment par la LICRA, d'avoir tenu des propos antisémites. Le Procureur général de chaque procès requiert la relaxeAugustin Scalbert, Askolovitch accusé d'avoir diffamé Siné : relaxe requise, Rue89, nouvelobs.com, 22 janvier 2009.Paul Terra, Siné fait un malaise, le procureur demande la relaxe, Rue89, nouvelobs.com, 28 janvier 2009.. Siné est finalement relaxé de l'accusation d'antisémitisme le , les juges considérant qu'il avait usé de son droit à la satire.. Siné poursuit Claude Askolovitch en diffamation devant la chambre de la presse du tribunal correctionnel de Paris, plainte dont il est débouté le . Le , le tribunal de grande instance de Paris a condamné la société les Éditions Rotatives, société éditrice du journal Charlie Hebdo, à payer à Siné de dommages et intérêts pour rupture abusive de leur collaboration. En , la cour d’appel de Paris confirme la condamnation de Charlie Hebdo et augmente le montant des dommages et intérêts à «Charlie Hebdo» doit verser 90 000 euros à Siné, Libération avec AFP, 17 décembre 2012.
L'affaire La déclaration de Siné Dans une chronique publiée le dans l'hebdomadaire Charlie Hebdo, Siné écrit à propos de Jean Sarkozy :
Ce texte, basé sur une information donnée par Patrick Gaubert, président de la Licra, au journal Libération.. ne suscite aucune réaction particulière jusqu'à ce que six jours plus tard, Claude Askolovitch, alerté par l'entourage de Jean Sarkozy, dénonce sur RTL « un article antisémite dans un journal qui ne l’est pas », après quoi Philippe Val condamne le texte de Siné dans son journal.
Siné, après avoir rédigé une lettre d'explications et d'excuses à paraître, se rend compte que Philippe Val voulait publier conjointement un texte qu'il voulait faire signer par toute la rédaction — une partie refusera, dont Michel Polac, et le texte ne sera pas publié —, ce qu'il considère comme . Il trouve cela et refuse donc de publier ses excuses. Dans sa lettre d'excuses non publiée, il explique que c'est la conversion à une religion, quelle qu'elle soit, qu'il condamne, ainsi que . Il déclare aussi comprendre que son billet puisse être mal interprété, reconnaissant qu'il pouvait y avoir ambiguïté et s'excuse en conséquence auprès des lecteurs qui l'auraient compris ainsiCharlie hebdo zappe Siné, Marianne, 15 juillet 2008.
Éviction de Charlie Hebdo Philippe Val lui annonce alors son licenciement, le ..
Philippe Val explique la vigueur de sa réponse et le renvoi de Siné comme une nécessité afin d'éviter un procès qu'aurait pu intenter la famille Darty contre Charlie Hebdo, un collaborateur de Jean Sarkozy lui ayant téléphoné pour lui signifier cette intention de procès« Philippe Val répond aux polémiques », Nouvelobs, 30 juillet 2008. L'entourage de Jean Sarkozy assure de son côté n'avoir jamais contacté Charlie Hebdo et n'avoir jamais menacé le journal de procèsAugustin Scalbert, Siné viré, Charlie Hebdo en deuil, Philippe Val dans la tourmente, Rue89, nouvelobs.com, 17 juillet 2008. Un journaliste de Marianne explique que cette affaire est en partie due au mauvais climat qui règne à Charlie Hebdo, évoquant des conflits éditoriaux entre Philippe Val, Cavanna, Michel Polac et Siné sur le soutien qu'a affiché le directeur de l'hebdomadaire envers Richard Malka avocat de longue date du journal, spécialisé en droit de la presse, très engagé sur les questions d'atteintes à la laïcité et sur la lutte contre toutes les formes de radicalisme religieux.
Dans une chronique publiée non pas par Charlie Hebdo mais par le Nouvel Observateur, il se présente le poing levé, un « Siné et Mirabeau » annonce qu'il ne partira « que par la force des baïonnettes »« La chronique de Siné non publiée dans Charlie Hebdo cette semaine » (version manuscrite), Nouvel Obs, 23 juillet 2008.
Pour avoir annoncé le licenciement de Siné bien avant qu'il ne reçoive sa lettre de rupture et sans période de préavis, la société éditrice de Charlie Hebdo, les Éditions Rotatives, est condamnée par le tribunal de grande instance à verser de dommages et intérêts à Siné pour rupture abusive de contrat. Le communiqué judiciaire doit être publié sur un bandeau de 15 centimètres en une de l'hebdoZineb Dryef, Charlie Hebdo condamné dans l'affaire Siné, Val désavoué, Rue89, nouvelobs.com, 9 décembre 2010. Charlie Hebdo fait appel, et en , la cour d’appel de Paris confirme la condamnation et augmente le montant des dommages et intérêts à .
Le passé déterré Radio Carbone 14 En , peu de temps après la fusillade de la rue des Rosiers et dans le contexte de l'intervention de l'armée israélienne au Liban de , Siné est invité par Jean-Yves Lafesse à une discussion sur les ondes de la radio libre Radio Carbone 14. Cette source contient également un extrait vidéo où Siné se justifie au sujet de cette « affaire »., au cours de laquelle il déclare : À la suite de ces propos – tenus manifestement en état d'ébriété, et dont Siné ne contestera pas l'exactitude –, la LICRA dépose plainte pour antisémitisme. Siné publie une lettre d'excuses, et la LICRA accepte de retirer sa plainte. Mais l'action en justice est maintenue par d'autres parties civiles, et Siné est condamné, le , pour « provocation à la discrimination, la haine ou la violence raciale ».
La lettre d'excuses de Siné et la réponse de Jouanneau seront amplement citées lors de la polémique suscitée par l'éviction de Siné de Charlie Hebdo. Siné affirmera notamment que la non-publication de sa lettre d'excuses par la LICRA avait causé le départ de Jouanneau de cette organisation. Une version démentie par Jouanneau dans une réponse publiée le par Libération, où il précise qu'il a quitté la LICRA dix ans plus tard et pour des motifs qui n'avaient rien à voir avec l'affaire Siné. L'avocat ajoute, à cette occasion :
Cet épisode sera plus tard repris comme « preuve » dans la polémique opposant partisans de la thèse d'un Siné antisémite et défenseurs de Siné, bien que plusieurs proches du dessinateur aient affirmé qu'il n'y a pas, malgré les propos, d'antisémitisme chez le dessinateur, mais seulement de la provocation. Le dessinateur Charb déclarera notamment :
Texte de Desproges
Dans une chronique humoristique pour l'émission le Tribunal des flagrants délires sur France Inter, Pierre Desproges, dans le rôle du procureur, déclarait à propos de Siné (dans le rôle de l'accusé)Extraits du texte de Pierre Desproges. : Selon Delfeil de Ton, Desproges et Siné auraient travaillé ensemble pour l'hebdomadaire Charlie Hebdo. et se seraient prêtés à ce sketch au second degré. Ces propos ont été cependant repris dans la presseMarc Weitzmann, Libération, 31 juillet 2008 sans que la nature parodique de l'émission soit précisée, laissant entendre que Desproges tenait réellement Siné pour antisémite.
Polémique entre intellectuels Ce débat a déclenché à travers les médias une polémique entre intellectuels français sur le thème de l'antisémitisme. Ainsi, Bernard-Henri Lévy analyse l'affaire Siné, sous le titre « De quoi Siné est-il le nom ? » dans le quotidien le Monde du et la situe dans un contexte politique plus large, affirmant que l'antisarkozysme peut être aujourd'hui un véhicule autorisant certains à des dérives antisémitesBernard-Henri Lévy, « De quoi Siné est-il le nom ? », lemonde.fr, 21 juillet 2008..
Laurent Joffrin, directeur du journal Libération et ami de Philippe Val, prend part à cette polémique en apportant son soutien à Philippe Val dans un article publié dans les pages Rebonds du quotidien le .. Toutefois, si le directeur dénonce les propos de Siné qu'il juge antisémites, son article déclenche de nombreuses réactions critiques chez les internautes en raison de l'utilisation non fortuite du terme « race » pour désigner les juifs, à tel point qu'il modifie la version électronique de son éditorial.. En outre, cet article colporte plusieurs inexactitudes, dénoncées comme mensonges par Acrimed, par exemple l'accusation selon laquelle Siné n'aurait pas tenté de dissiper le malentendu« Laurent Joffrin et la "race" juive : un mot "mal choisi", dit-il », Acrimed, 26 juillet 2008.. Laurent Joffrin persistera en publiant un nouvel article dans les pages « Rebonds », le , sous le titre « Siné, suite… », également accusé d'« omissions et insinuations » par Acrimed« Joffrin, journaliste, juge de Siné : une question "factuelle", dit-il », Acrimed, août 2008..
La veille, l'historienne Esther Benbassa affirme, dans une tribune intitulée « Siné, nous aurais-tu tous rendus fous ? » :
Pétition soutenant Siné Une pétition. déclarant « Nous apportons notre soutien inconditionnel à Siné » a été signée par plus de internautes., parmi lesquels des dessinateurs dont Jacques Tardi, Jihel (auteur de nombreuses cartes postales de soutien), Barbe, Tignous, Diego Aranega, Willem, Jacques Lardie, Pétillon, Pichon, Philippe Geluck, Desclozeaux, des écrivains tels Gilles Perrault, Annie Ernaux, François Maspero, Régine Deforges et Raphaël Confiant, des philosophes comme Michel Onfray et Daniel Bensaïd, les humoristes Guy Bedos : texte de Guy Bedos adressé à Philippe Val, en soutien à Siné. et Christophe Alévêque, l'écrivain et cinéaste Fernando Arrabal, les réalisateurs Jean-Luc Godard, Pierre Carles, Lionel Soukaz, des enseignants, des journalistes (Denis Robert, Denis Sieffert), l'acteur Gérard Depardieu, les comédiennes Marina Vlady et Yolande Moreau, le porte-parole de la LCR Alain Krivine, Olivier Besancenot, l'entarteur Noël Godin1 pétition ayant recueilli près de 3000 signatures, le vice-président de l'Union juive française pour la paix Pierre Stambul, le musicien François Hadji-Lazaro, le DAL ou encore Rony Brauman, ex-président de Médecins sans frontières..
Tribune du 31 juillet dans le Monde