La Confédération des XXII cantons est l'une des étapes de formation de la Confédération suisse, la période entre la fin de la domination française en 1813 et la création de l'État fédéral de 1848.

À la suite de la chute du Premier Empire français et du régime de la Médiation, le pays rejoint la Sainte-Alliance mise en place par l'Autriche, mais reste neutre pendant les Cent-Jours, si ce n'est une incursion de quelques mois dans le pays de Gex, ce qui marque le dernier engagement des troupes suisses à l'étranger. Les Français partis, plusieurs cantons, partiellement appuyés par les puissances européennes, s'empressent de restaurer l'Ancien Régime alors que l'existence des nouveaux cantons, en particulier l'Argovie, que Berne veut récupérer, est menacée.

Dans ce contexte, un nouveau pacte fédéral est finalement signé entre tous les cantons le , établissant une Confédération suisse constituée de cantons indépendants liés entre eux par un seul traité commun et non plus par un réseau d'alliances hétérogènes. Au Congrès de Vienne, les puissances européennes reconnaissent la neutralité perpétuelle du pays le et lui octroient trois nouveaux cantons : le Valais, Genève — auquel la France et le royaume de Sardaigne attribuent quelques territoires afin de lui assurer une continuité territoriale — et Neuchâtel, qui demeure néanmoins une principauté prussienne, fondant ainsi la Confédération des XXII cantons dont les frontières ne subiront dès lors plus de modifications majeures.

À la suite de la révolution française de 1830, certains cantons démocratisent progressivement leurs constitutions alors qu'une guerre civile éclate entre la ville de Bâle et sa campagne, obligeant l'armée à intervenir et provoquant la séparation du canton en deux demi-cantons.

Dans les années suivantes, le Parti radical-démocratique connaît une forte croissance dans plusieurs cantons urbains et protestants où ses élus font passer des mesures anticatholiques et anticonstitutionnelles, poussant sept cantons catholiques à conclure une alliance secrète en 1845 et à rechercher une entente séparée avec l'Autriche, actes contraires à la constitution. En 1847, le parlement ordonne la dissolution de ce ; devant le refus des cantons concernés, une guerre civile de trois semaines éclate et voit la défaite des cantons catholiques suivie de la mise en place puis de l'adoption d'une nouvelle constitution en 1848, qui ne sera remaniée de façon radicale qu'en 1874 puis en 1999.

De XIX à XXII cantons Au sortir du régime de la Médiation introduit par qui définissait une Confédération des XIX cantons, plusieurs changements territoriaux ont lieu, en particulier induits par le congrès de Vienne réuni par les européens. Parmi ces changements, le pays se voit adjoindre trois nouveaux cantons, ceux du Valais, de Neuchâtel et de Genève ; dans le même temps, plusieurs territoires alliés à l'ancienne confédération des XIII cantons sont définitivement attribués à la France ou à l'Autriche.

Le canton du Valais

vignette|Les collines de Valère et Tourbillon à Sion.

Après le départ de l'administration française le , l'ancien département du Simplon redevient une république valaisanne dirigée par un gouvernement provisoire sous le contrôle de l'armée autrichienne. qui reste en place jusqu'en . Ce gouvernement provisoire préconise alors un retour à la situation politique et économique d'avant 1798, avec en particulier la domination du Haut-Valais, essentiellement alémanique et peuplé alors de personnes réparties en huit dizains, sur le Bas essentiellement romand et comprenant habitants groupés en quatre dizains seulementp. 301. De leur côté, les Bas-Valaisans, refusant la restauration du vote par dizains à la Diète valaisanne, envoient Charles-Emmanuel de Rivaz à Zurich pour négocier ; celui-ci obtient la création de trois dizains supplémentaires pour le Bas-Valais, portant ainsi leur nombre à sept.

L'acceptation par le peuple valaisan, le , de la nouvelle constitution convainc la Diète fédérale qui accepte le Valais comme XX canton suisse à la satisfaction des puissances européennes qui désiraient que la route du Simplon soit sous la protection de la Confédération p. 250. Le territoire est alors divisé en treize dizains, dont les sept composant le Haut-Valais sont politiquement prépondérants par leur représentation plus importante à la Diète., chaque dizain envoyant quatre députés à la Diète cantonale où quatre voix sont également attribuées à l'évêque de Sion, traditionnellement originaire du Haut-Valais.

Le canton de Neuchâtel

vignette|gauche|Portrait du roi Frédéric-Guillaume III de Prusse.

En 1805, Neuchâtel, alors principauté prussienne, est donné par Napoléon au maréchal Berthier à la suite de la bataille d'Austerlitz.. Ce dernier, malgré l'occupation de la ville par l'armée autrichienne dès le p. 373, refuse d'abdiquer et se rallie aux Bourbons lors de la Première Restauration, ce qui, couplé au refus du roi de Prusse Frédéric-Guillaume III de Prusse de renoncer à ce territoire, complique fortement la prise de décision sur le sort de la principauté. Les autorités locales vont alors profiter de la confusion pour négocier un compromis avec le roi de Prusse, obtenant en particulier la promesse de pouvoir rejoindre la Suissep. 294.

Le territoire de la principauté est augmenté de la commune de Cerneux-Péquignot lors du traité de Paris du ., avant que Berthier n'abdique finalement le et rende le territoire au roi de Prusse. Celui-ci, en application de la négociation, lui donne le une constitution monarchique qui confirme les droits du souverain tout en définissant le pays comme p. 195.

Pour le canton de Neuchâtel, admis par la Diète fédérale comme XXI canton, commence une période d'ambiguïté qui dure jusqu'en 1857 et pendant laquelle il est soumis à une double allégeance. Cette situation va être la cause de plusieurs tensions pendant la première moitié du entre la Prusse et la Confédération : le parti pro-prussien demande, en 1831 et en 1834, la séparation pure et simple d'avec la Suisse ; le parti pro-suisse déclare en 1848 que la République neuchâteloise p. 559.

Le canton de Genève

vignette|L'arrivée des troupes suisses à Genève, le , peinture de Frédéric Dufaux

Ancienne alliée de la Confédération des XIII cantons, la ville de Genève, annexée à la France et chef-lieu du département du Léman pendant quelques années, retrouve son statut indépendant de République le lorsque l'ancien syndic Ami Lullin, chef du gouvernement, proclame la restauration. Les magistrats de la République se rendent rapidement compte que Genève ne peut plus former un État isolé et se tournent vers leurs anciens alliés en demandant l'entrée dans la Confédération. Cette demande, appuyée par certaines puissances européennes et malgré la crainte de certains des cantons catholiques, est acceptée et devient effective le .

Négociateur officiel du gouvernement genevois, Charles Pictet de Rochemont participe aux deux conférences de Paris de 1814 et 1815. S'il n'obtient rien lors de la première des conférences où il se retrouve face à Talleyrand, il aborde la seconde avec le titre officiel de plénipotentiaire de la Diète fédérale et, grâce à l'aide du comte Capo d'Istria, obtient du duc de Richelieu, nouveau négociateur français, le rattachement au canton de Genève de six communes du pays de Gex (dont celles de Versoix et Pregny-Chambésy), évitant ainsi l'enclavement du nouveau canton et lui offrant une liaison directe avec le canton de Vaud. Dans le même temps, Pictet de Rochemont obtient également la création d'une zone démilitarisée en Savoie, ainsi que de zones franches disposant d'un régime douanier spécial.. L'année suivante, lors du congrès de Turin, Charles Pictet de Rochemont obtient, en plus d'une vingtaine de communes (dont la ville de Carouge et celle de Lancy) prises sur la Savoie, la reconnaissance officielle de ..

Les autres territoires Le Jura vignette|gauche|Plan de la ville de Porrentruy au .

Territoire vacant entre 1814 et 1815 après la dissolution du département français du Mont-Terrible, l'évêché de Bâle est le sujet de discussions pendant le congrès de Vienne. Les Alliés avaient, en 1814, offert le territoire à Berne, mais le Conseil souverain de ce canton avait décidé le de le p. 560 ; une année auparavant, le canton avait officiellement lancé un appel pressant à ses anciens sujets de Vaud et d'Argovie pour qu'ils reviennent dans son giron. et voulait, par ce refus, montrer sa fermeté. Ce fut peine perdue : le congrès de Vienne va lui attribuer l'ensemble de l'ancien diocèse (à l'exception des deux communes de Birseck et de Pfeffingen qui sont attribuées à Bâle) ainsi que la ville de Bienne et les villages environnants.

L'acte final du congrès, quant à lui, précise dans l'article 77 que La partie du traité concernant la Suisse peut être consultée sur .. Cette égalité de droits politiques est assurée par l'acte de Réunion, signé à Bienne le et qui découpe l'ancien évêché en cinq bailliages. Bien que la population francophone des territoires jurassiens représente alors environ un cinquième de la population totale du canton, l'allemand est alors remis en vigueur, à tel point que des pétitions seront signées dans la région en 1830 pour demander la reconnaissance du français comme du canton de Bernepp. 302–303.

Si la région et la ville de Bienne, après avoir espéré former un nouveau canton., se satisfont progressivement de leur incorporation bernoise, la population francophone et catholique du nord va, par contre, développer une qui débouchera, à la suite de la question jurassienne, sur la formation du XXIII canton au milieu du .

La perte de la Valteline vignette|Plan de la Valteline.

Dans le même temps où le congrès de Vienne confirme les territoires du Valais, de Genève, de Neuchâtel et du Jura comme faisant partie de la Suisse, les délégués européens lui suppriment la ville de Mulhouse, jusqu'alors alliée au même titre que Genève, et surtout la région de la Valteline, malgré les pressions du canton des Grisons qui réclame ce territoire. La décision finale d'attribuer cette région à l'AutricheComme indiqué dans l'article 94 de l'., est principalement prise à la suite du refus des autorités grisonnes protestantes de considérer sur un pied d'égalité leurs nouveaux concitoyens italophones et catholiques. La solution, un temps évoquée, de transformer la Valteline en nouveau canton tout en dédommageant financièrement les Grisons ne va finalement pas être retenue, à la suite de l'intervention de Talleyrand qui propose de relier la décision concernant le sort de la vallée à celle concernant les différends entre l'Autriche et l'Italie : le territoire est finalement attribué au royaume lombard-vénitien. La Diète fédérale, peu désireuse de voir la création d'un nouveau canton catholique après celui du Valais, risquant ainsi de compromettre l'équilibre confessionnel dans le pays, n'insiste pasp. 269.

La campagne de Franche-Comté vignette|gauche|Plan des fortifications de Huningue.

Lors du retour de Napoléon de l'île d'Elbe en , la Confédération abandonne sa neutralité pour se ranger du côté des alliés européens. La Diète, à l'exception des cantons de Vaud et de Bâle, autorise le les armées autrichiennes à traverser son territoire et mobilise son armée, forte de hommes sous le commandement de Niklaus Franz von Bachmann alors âgé de 75 ans pour protéger les frontières entre Bâle et Genève, en face desquelles se trouve l'armée des Alpes du maréchal Suchet. Les deux armées se font face jusqu'en juin, période pendant laquelle les troupes suisses passent à hommes et 108 canons, chiffres encore jamais atteints dans une mobilisation pp. 119–121.