L'histoire du Portugal au sens strict commence au avec la naissance des premiers États portugais : les comtés de Portugal et de Coimbra au temps d'Henri de Bourgogne.. Au sens large, elle comprend le passé de l'actuel territoire portugais et de l'Ouest de la péninsule Ibérique depuis la Préhistoire. Si les fortes identités culturelles des Basques méridionaux, de la majeure partie des Catalans et des Galiciens ne les ont pas empêchés de rejoindre le royaume de Castille pour former l'Espagne moderne., le Sud-Ouest de la péninsule Ibérique, en revanche, a formé une autre unité politique, délimitéeÀ six villages près, dont l'appartenance fut réglée en 1864 par le traité de Lisbonne. par la plus ancienne frontière d'Europe.. La vocation maritime du pays portugais s'est affirmée malgré un littoral peu propice à la grande navigation et une situation géographique qui l'éloigne, encore aujourd'hui, des grands axes européens.
Préhistoire et Antiquité pré-romaine
Jusqu'au premier millénaire, l'histoire du Portugal se confond avec celle de la péninsule Ibérique.. Pourtant, dès la protohistoire, apparaissent des caractéristiques, qui vont amener le pouvoir romain et ses successeurs à distinguer les populations locales, à les répertorier avant de créer différentes divisions administratives.
Paléolithique Les plus anciennes traces de présence humaine au Portugal datent du Paléolithique de plus de avant notre ère Xavier Roca-Rada, Roberta Davidson, Matthew P. Williams et al., The genetic history of Portugal over the past 5,000 years, biorxiv.org, 17 septembre 2024, doi.org/10.1101/2024.09.12.612544. Elles témoignent de l'existence de populations de chasseurs cueilleurs vivant principalement de cueillette.. C'est ensuite le règne de l'homme de Néandertal (entre et ans), nomade, qui perfectionne l'art de la chasse et dont la culture se développe dans toute la péninsule. Sur le futur territoire portugais, ces populations se concentraient dans deux régions : la première, entre l'Estrémadure et l'Alentejo, l'autre au nord du Douro.
L'homme de Néandertal trouve l'un de ses ultimes refuges dans le territoire de l'actuel PortugalOn a retrouvé des vestiges d'hommes de Cro-Magnon avec des traces de Néandertal vieux de ans, ce qui indiquerait une population hybride résultat du croisement des deux espèces. Ce sont également les vestiges d'hommes aux caractéristiques de Néandertal les plus récentes que l'on connaisse, ce qui en ferait les derniers de leur espèce . avant d'être remplacé progressivement par l'homo sapiens ans avant notre ère.
Le paléolithique supérieur a laissé de nombreux témoignages de ces sociétés, tels que les peintures et les gravures rupestres des grottes d' (Alentejo) ou de Mazouco (Tras-os-Montes). Mais les gravures les plus importantes restent celles de Vale de Côa, situées en plein air et vieilles de plus de . La majorité de ces traces se trouvent en Estrémadure, dans la vallée du Tage et au nord du Douro. Durant le dernier maximum glaciaire, le Portugal comme une partie de la péninsule Ibérique joue un rôle déterminant de refuge pour les populations humaines.
L'Asturien (9500-6000), culture épipaléolithique, s'étend jusqu'au nord du Portugal depuis la Cantabrie.
Néolithique vignette|Le cromlech d'Almendres. Au , l'Andalousie voit l'arrivée des premiers agriculteurs depuis le sud du Portugal. Les économies agricoles se sont établies le long des zones côtières de l'Estrémadure et de l'ouest de l'Algarve vers De là, l'agriculture s'est étendue à l'intérieur et au nord, où sa présence est attestée vers .. Pendant au moins les deux premiers siècles des quelque du Néolithique ancien, les populations d'agriculteurs coexistent avec les chasseurs-cueilleurs mésolithiques dans les vallées inférieures du Tage et du Sado et sur la côte de l'Alentejo avant de s'étendre vers des régions peu ou pas occupées par ces derniers.
La construction de mégalithes commence vers . C'est à cette époque, entre 4000 et , que les terres correspondant au Portugal et à la Galice voient se développer une culture originale par rapport au reste de la péninsule : la culture mégalithique se caractérise par son architecture funéraire et religieuse particulière et par la pratique de l'inhumation collective.. On peut encore trouver dans le pays de nombreuses traces de ces réalisations même si la plupart sont concentrées dans l'Alentejo : le cromlech des Almendres près d'Évora (le plus important alignement de menhirs d'Europe), ceux de Vale Maria do Meio ou de Portela de Mogos ainsi que le dolmen de Zambujeiro.
La culture campaniforme (vers 2900 à ) touche l'ensemble de la péninsule Ibérique. Les vases campaniformes les plus anciens, datés de 2900 à , ont été retrouvés dans le sud du Portugal, en particulier à Zambujal et Vila Nova de São Pedro. Durant plus de quatre siècles, leur production s'est développée en un style dit « campaniforme maritime » dans la basse vallée du Tage, zone qui fut un des principaux foyers du mégalithisme dès le cinquième millénaire. Les premières communautés urbaines font leur apparition autour de , avec les constructions fortifiées perchées sur des collines ()Susana Oliveira Jorge et Vitor Oliveira Jorge, « Trois millénaires de vie préhistorique dans le nord du Portugal : des bâtisseurs des premiers dolmens aux sociétés hiérarchisées du bronze final » communication présentée au congrès préhistorique de France, novembre 1989..
La culture campaniforme voit un remplacement important de la population ancienne entre 2500 à , avec l'arrivée des populations d'ascendance steppique venues de et/ou par l'Europe centrale... L'ascendance issue de la steppe pontique-caspienne (ascendance steppique) apparaît dans toute la péninsule Ibérique, mais avec moins d'impact au sud. Ces nouvelles populations coexistent avec des populations locales sans ascendance steppique, ces groupes vivant à proximité. Ils vont se mélanger pour former la population de l'âge du bronze après avant notre ère.
L'économie de subsistance est basée sur l'agro-silvo-pastoralisme, les animaux domestiques incluant le porc, le mouton, la chèvre et le bœuf. La pêche fluviale est documentée par une fréquence élevée de poids de filets sur certains sites. Le campaniforme se distingue de la période précédente par la métallurgie du cuivre arsenié absente auparavant, et par l'intégration de certains établissements dans les réseaux d'échange régionaux, telle la route du sel marin du Guadiana suggérée par la présence de coquilles d'estuaire marin à l'échelle suprarégionaleSinos e Taças. Junto ao oceano e mais longe. Aspectos da presença campaniforme na Península Ibérica, sous la dir. de Gonçalves, Victor S., UNIARQ - Centro de Arqueologia da Universidade de Lisboa, 2017.
Âge du bronze et protohistoire Sous l'âge du bronze, si la péninsule est dominée par un même type humain, on ne retrouve pas moins la division nord-sud sur le territoire portugais. L'âge du bronze puis l'âge du fer voient se développer des contacts maritimes entre le littoral atlantique et celui de la Bretagne et des îles Britanniques alors que le sud de la péninsule entretient des liens commerciaux avec la Méditerranée : des Grecs et des Phéniciens ainsi que leurs descendants carthaginois y installent de petits comptoirs commerciaux semi-permanents. Le moteur de ce commerce est la richesse de la péninsule en métaux (or, argent, fer, cuivre et étain) qui permet l'essor de la métallurgie dans la péninsule.
Les Phéniciens introduisent la culture du vin et de l'huile d'olive dans la péninsule, y développent la pratique de la pêche. Certains historiens ont avancé qu'ils auraient fondé Lisbonne autour de l'an Le suffixe -ippo que l'on trouve dans les anciens noms de Lisbonne (Olissio) et Leiria (Collipo) est un héritage celte ; Voir .. Les Grecs laissèrent aussi quelques traces. La légende veut même que ce soit Ulysse qui ait donné son nom à Lisbonne. En réalité, seul le site d'Abul, près d'Alcácer do Sal, demeure incontestable. Ces peuples, comme plus tard, l'arrivée des Romains et des musulmans contribuèrent certainement au caractère méditerranéen du pays.
L'arrivée dans la péninsule de peuples indo-européens, probablement d'origine pré-celtique (entre 800 et ), va fortement marquer l'intérieur des terres. Très vite, ces populations vont être coupées de leurs « cousins » continentaux et acquérir des caractéristiques propres en se mêlant aux peuples autochtones : leur alliance avec les Ibères donne naissance aux Celtibères. On trouve également les Tartessiens, qui occupent l'est et le sud de la péninsule autour du Guadalquivir. Cette puissante civilisation, fortement influencée par les Phéniciens et les Grecs avec qui ils font commerce de bronze et d'argent, règne longtemps sur la péninsule et disparaît seulement avec l'arrivée des Carthaginois en puis des Romains.
vignette|droite|Populations et langues de la péninsule Ibérique vers
La culture des Celtibères, Celtici et Gallaeci, et des Lusitaniens (composants du groupe Celtibère), les moins celtisés, reste la mieux connue : ils vivent regroupés en petits noyaux de population isolés, établis sur les hauteurs avec des habitations circulaires (les castros) et pratiquent l'agriculture et l'élevage. Chaque maison (150 environ) est défendue par une enceinte (comme on peut en voir dans la Citânia de Briteiros). On trouve aussi dans ces regroupements un édifice funéraire. On voit apparaître une différenciation sociale, avec des chefs locaux et une élite de chevaliers. Ils vivent, en général, autour des montagnes et ne s'intéressent pas à la mer.. Comme ils maîtrisent le fer, le travail de la terre devient plus efficace, les cueillettes et les récoltes augmentent, améliorant par là-même les conditions de vie et la démographie..
Les Lusitaniens, souvent considérés comme les ancêtres des Portugais, seraient en fait seulement une des composantes du futur Portugal. Possédant déjà une langue différente, ils s'émancipent peu à peu de la culture celte et s'étendent vers l'Estrémadure.
Les Carthaginois débarquent dans la péninsule au et en occupent la moitié sud ainsi que le nord de l'Afrique. Adossés aux côtes, ils sont attirés par ses ressources minières et agricoles mais aussi par la réputation des guerriers ibères, un atout précieux face à Rome. Ils soumettent plusieurs tribus lusitaniennes et fondent Ossonoba (Faro) et Portus Hannibalis (Portimão ou Alvor)..
À leur arrivée, les Romains ont répertorié et classifié ces peuples, avant de se décider à diviser administrativement la péninsule en tenant compte de leurs différences. Sur le futur territoire portugais, ils distinguent trois groupes principaux : au centre les Lusitaniens, à l'ouest les Celtibères proprement dits et au nord-ouest les Gallaecis. Cette division atteste à nouveau d'une différence entre le nord et le sud du territoire. On peut dire, en somme, que la péninsule est le point de rencontre de populations venues d'horizons différents (Europe du Nord, Afrique et Méditerranée) sur lesquelles va venir se greffer la culture romaine.
Province romaine
vignette|L'Hispanie en vignette|L'Hispanie en 13. vignette|L'Hispanie en 286.
Se rendant compte de l'importance stratégique de la péninsule Ibérique dans le conflit qui l'oppose à Carthage, Rome décide de s'en emparer et d'en expulser les Carthaginois qui les avaient précédés. Vers le , à l'occasion de la deuxième guerre punique. (entre 218 et ), Rome envahit la péninsule. L'objectif des troupes romaines des Scipions est alors de prendre les troupes carthaginoises à revers et surtout de les empêcher d'y préparer un assaut sur Rome : les Carthaginois sont à expulser.