Louis Guilloux, né le à Saint-Brieuc et mort le dans la même ville, est un écrivain français.
Auteur du Sang noir, il appartient à cette « grande génération » de romanciers, déterminée par l’expérience de la guerre de 1914. « Romancier de la douleur »Albert Camus, Préface à La Maison du peuple et Compagnons, Paris, Grasset, 1953., sensible au sort que la société réserve aux plus démunis, il se caractérise également par son engagement antifasciste. Il se situe au cœur des questionnements littéraires, politiques et existentiels de son époque.
Il a vécu entre Paris et Saint-Brieuc que l’on reconnaît dans la petite ville de province qui sert de cadre à de nombreux romans. Mais en se refusant à lui attribuer un nom, il lui confère une très vaste portée. Il s’inscrit dans une veine réaliste, issue du naturalisme, qui justifie son rapprochement avec la littérature prolétarienne. Néanmoins, son œuvre se développe en pleine période de « crise du roman » et explore les multiples ressources du genre romanesque. Le récit peut se concentrer sur une seule journée (Le Sang noir) ou couvrir un demi-siècle (Le Jeu de patience), être proche du grand roman polyphonique ou de l’« essai de voix » (Coco Perdu). La diversité de cette œuvre unifiée par son sens du tragique montre que son auteur ne peut être réduit ni à son engagement social, ni à son appartenance bretonne.
Il est l’ami intime d'André Malraux et d'Albert Camus. Depuis 1983, un prix littéraire porte son nom.
Biographie thumb|Plaque apposée au de la rue du Dragon, dans le de Paris.
Origine, enfance et formation Louis Guilloux naît à Saint-Brieuc en 1899. Malgré de nombreux séjours à Paris et un bref passage à Angers, il reste attaché sa vie durant à sa ville natale, dans laquelle il situe l'action de plusieurs de ses romans et où il écrit la majeure partie de son œuvreSituée au 12 rue Lavoisier à Saint-Brieuc, la Maison Louis Guilloux, propriété de la Ville, accueille depuis 1993 le public autour de diverses formes de rencontres avec la littérature contemporaine, les arts visuels et la visite du bureau de l’auteur au dernier étage.
Le bureau de Louis Guilloux est demeuré tel que l’auteur l’avait aménagé.La Maison Louis Guilloux a par ailleurs reçu en 2011 le label « Maison des Illustres ». Ce label signale des lieux dont la vocation est de conserver et transmettre la mémoire de femmes et d'hommes qui se sont illustrés dans l'histoire politique, sociale et culturelle de la France.Se reporter à .
Son père est cordonnier et sa mère modiste. À la naissance de Louis, le couple a déjà deux filles. Les difficultés matérielles conduisent la famille à des déménagements successifs au sein de la petite ville. L’expérience de la pauvreté, qui est aussi expérience de l’exclusion, imprègne à tout jamais l’enfant. Son père est militant socialiste. Secrétaire de section, il se présente à plusieurs reprises à des élections localeshttps://maitron.fr/spip.php?article138798, notice GUILLOUX Louis, Marie par Alain Prigent, François Prigent, version mise en ligne le 12 novembre 2011, dernière modification le 7 janvier 2018.. L’œuvre de Louis Guilloux, de La Maison du peuple au Jeu de patience garde le souvenir des réunions de section, des espoirs et des désillusions politiques, de la fréquentation des compagnons artisans (Compagnons).
Une forme de tuberculose osseuse lui laisse une main gauche légèrement déformée, le rendant inapte aux métiers manuels. C’est pourquoi il entre en sixième comme élève-boursier au lycée de Saint-Brieuc, devenu collège Anatole Le Braz. L’apprentissage de l’anglais seul semble le passionner. L’été 1914, il est en Angleterre quand la guerre est déclarée. En 1916, il résilie sa bourse et demande un poste de surveillant d’internat. La complexité de sa situation est analysée par Sylvie Golvet. Il aspire à être écrivain, à suivre une voie intellectuelle mais il se sent en porte-à-faux avec son milieu d’origine : il ne veut pas être le . Il échoue au baccalauréat. En 1921 dans une lettre à Jean Grenier, il confie :
Sa formation intellectuelle n’est pas académique, et vient moins d’une institution scolaire dans laquelle il ne trouve pas sa place que de sa curiosité de lecteur porté vers Jules Vallès ou Maxime Gorki et de ses rencontres, entraînant à leur tour amitiés et lectures.
La première rencontre décisive est celle du philosophe et professeur Georges Palante qui prête certains de ses traits au Cripure du Sang Noir. C’est d’abord la lecture de Jean-Christophe de Romain Rolland qui les rapproche. S’ensuit une longue et profonde amitié, essentielle dans la formation intellectuelle de l’écrivain : Pascal et Nietzsche font partie des auteurs lus à cette époque. Pendant la guerre, encore, il fait la connaissance du poète Lucien Jacques et du critique d’art Waldemar George qui deviendra le personnage de Kaminski dans Le Sang noir. C’est grâce à lui qu’il découvre Dostoïevski. En 1917, à la bibliothèque de Saint-Brieuc, Guilloux rencontre Jean Grenier, futur professeur de philosophie de Camus à Alger.
Il a été témoin pendant la guerre de l’arrivée des longues files de soldats blessés au lycée transformé par les circonstances en hôpital tandis que le maire parcourt la ville pour annoncer aux familles la mort d’un fils, d’un frère ou d’un époux. Cela constitue une expérience qui fonde la singularité d’une œuvre- témoignage de premier plan sur la vie d’une petite ville de province de l'arrière pendant la première guerre mondiale. Le sentiment tragique qui habite les romans de Louis Guilloux s’enracine dans cette vision du malVoir .
Il part pour Paris en 1918 ; commence une période difficile où il est amené à vivre de petits métiers. . Le soutien de la famille Robert lui est alors d’un grand secoursConfrontation , “Correspondance Louis Guilloux-Georges, Emilienne et Lucie Robert -1920-1970 », édition établie par Pierre- Yves Kerloc’h, Saint-Brieuc, Société des Amis de Louis Guilloux, septembre 2006.. Cependant, sa décision est prise : « Je ne saurais décidément qu’écrire, plus rien ne m’en empêchera »Lettre à Jean Grenier de janvier 1921, citée par .
Débuts littéraires Un écrivain dans la presse Au printemps 1921, Louis Guilloux s’installe pour de bon dans la capitale et, dès l’été, il parvient à placer ses premiers textes dans divers journaux parisiensVoir Louis Guilloux, Un écrivain dans la presse, sous la direction de Jean-Baptiste LEGAVRE et Michèle TOURET, Rennes, PUR, collection « Interférences », 2014.. Il publie principalement des nouvelles et des contesUne partie d’entre eux a été réunie dans le recueil posthume Vingt ans ma belle âge (Gallimard, 1999).dans des quotidiens d’obédience socialiste, comme Le Populaire, proche de la SFIO ou Le Peuple, qui est une publication de la C.G.T., voire dans des journaux républicains, plutôt conservateurs comme Bonsoir, Le Petit Journal ou à tendance socialisante comme L’Œuvre. Il rédige également les échos pour Excelsior, . D’ à , il collabore régulièrement à l’hebdomadaire Floréal, un périodique culturel de qualité « destiné à apporter des informations choisies à un lectorat populaire »Louis Guilloux, Chroniques de Floréal, 1922-1923, édition établie et présentée par Éric Dussert, Genève, Héros-Limite, 2018, .. Louis Guilloux s’y révèle un chroniqueur soucieux du monde moderne, maniant l’ironie et propre à des envolées poétiques, capable de traiter de sujets très variés, qu’il s’agisse du Tour de France cycliste, des théories d’Einstein, du cinémaValérie Poussard-Fournaison, « Louis Guilloux, critique de cinéma ? » dans Louis Guilloux, un écrivain dans la presse, ., des débuts de l’aviation ou de la traduction française d’Introduction à la psychanalyse de Sigmund Freud Sur les soixante-neuf textes publiés par Louis Guilloux dans cette revue, Éric Dussert a retenu quarante-neuf chroniques pour l’édition des Chroniques de Floréal qu'il a établie et publiée aux Éditions Héros-Limite en 2018..
Le , Guilloux parvient à une certaine stabilité financière puisqu’il est engagé à L’Intransigeant, un grand quotidien du soir, d’opinion de droite. Il entre au service étranger, chargé de la traduction de la presse anglaise. Dans une lettre à Alain Lemière (datée du ), il fait état de sa collaboration aux différents journaux déjà mentionnés, « surtout à L’Intransigeant. Je dis surtout parce que L’Intran est un grand journal qui paie bien », avant d’ajouter plus loin : . Les premiers pas de Louis Guilloux dans la presse sont donc marqués par la volonté de s’imposer et dénotent d’emblée des ambitions littéraires que le jeune homme revendique ouvertement auprès de sa famille et de ses amis.
Réseaux de relations et premières tentatives littéraires Entre le et le , Guilloux entreprend la rédaction de L’Indésirable, un roman qui a pour décor une ville de l’arrière pendant la guerre de 14-18. S’inspirant d’un scandale survenu à Saint-Brieuc en 1917, Guilloux évoque la mise au ban d’un respectable professeur d’allemand qu’une rumeur insidieuse et infondée décrit comme un traitre, à la solde des « boches ».
Le roman, demeuré inédit du vivant de l’auteur, a été finalement publié chez Gallimard en 2019L’Indésirable, avant-propos de Françoise Lambert, édition, notes et postface d'Olivier Macaux, Gallimard, 2019.. Les thèmes de l’œuvre à venir apparaissent déjà dans ce récit écrit à l’âge de 24 ans : la guerre observée depuis l’arrière (qui correspond à la situation vécue par l’écrivain), la notion d’un pouvoir qui instrumentalise et mutile les vivants et une vision de la violence historique qui décrit une humanité en état de guerre perpétuelle. Les différentes réactions de ses proches à la lecture du manuscrit et le refus des Éditions Rieder ont incité Guilloux à ne pas publier l’ouvrage. Pendant près de dix ans, il envisage de retravailler le manuscrit, avant d’y renoncer d’autant qu'il et qu'L’Indésirable, avant-propos de Françoise Lambert, édition, notes et postface d'Olivier Macaux, Gallimard, 2019, ..
Parmi les premiers lecteurs de cette œuvre de jeunesse, figure Renée Tricoire, une professeure de lettres, d’origine toulousaine, que Louis Guilloux a rencontrée chez Henri Petit. Séduit par cette jeune femme brillante et cultivée, de quatre ans son aînée, Guilloux, pourtant rétif à l’idée de la vie conjugale, la demande en mariage. La cérémonie est célébrée le . Par la suite, Renée Guilloux est devenue une enseignante très appréciée de ses élèvesComme en témoigne notamment l’hommage rendu par Mona Ozouf dans Composition française.. Jusqu’aux années trente, elle apporte à Louis Guilloux « une collaboration littéraire, sous forme d’avis, de suggestions et d’échanges d’idées » , qu’il s’agisse de relecture (Le Sang noir lui est d’ailleurs dédié) ou de travaux de traductionRenée Guilloux est mentionnée aux côtés de son époux pour la traduction de L’Idiot de la famille de Margaret Kennedy (Plon, 1929), mais elle a signé ou apporté sa collaboration à d’autres traductions (notamment La Vie de Robert Browning de G.K. Chesterton ou La Nymphe au cœur fidèle de Margaret Kennedy) où son nom n’apparaît pas ()..