À l'origine ville-état dans l'actuelle Italie au , puis empire hégémonique couvrant la majeure partie de l'Europe, du Proche-Orient et de l'Afrique du Nord jusqu'à sa chute au cours du , l'histoire de l'ancienne Rome est étroitement liée à son histoire militaire. Le cœur des campagnes qui constituent l’histoire militaire de la Rome antique est un agrégat de récits de différentes batailles terrestres, de sa première défense et sa conquête de la péninsule italienne jusqu'à la lutte ultime de l'Empire romain d'Occident pour sa survie contre les invasions barbares après la division de l'empire. Ces récits ont été écrits par différents auteurs pendant et après l'empire. Malgré le fait que l'empire englobait sur sa fin une partie importante du bassin méditerranéen, les batailles navales ont été généralement moins importantes que les batailles terrestres dans l'histoire militaire de Rome, notamment en raison de sa position dominante et incontestée sur mer à la suite de la première guerre punique.
L'armée romaine a d'abord lutté contre ses voisins tribaux et les villes étrusques dans l'actuelle Italie, puis est parvenue à dominer une grande partie du bassin méditerranéen et au-delà, y compris les provinces de Bretagne et de l'Anatolie à l'apogée de l'Empire. Comme pour la plupart des civilisations anciennes, l'armée romaine assurait une triple fonction : la sécurité de ses frontières, l'exploitation des zones périphériques par le biais de mesures telles que le tribut payé par les peuples conquis et enfin le maintien de l'ordre interne. Dès le début, la majorité des campagnes de Rome ont été caractérisées par un de ces deux types : le premier est la campagne d'expansion territoriale, normalement débutée en tant que contre-offensive, dans laquelle chaque victoire conduisait à la possession et la soumission de vastes territoires ce qui a permis à Rome de se développer d'une petite ville au troisième plus grand empire du monde antiqueSous Trajan, l'Empire romain est de . Il se situe donc après les de l'Empire achéménide sous et les du royaume de Macédoine sous Alexandre le Grand., représentant environ un quart de la population mondiale totale de l'époque ; le second est la guerre civile, qui a frappé Rome plusieurs fois depuis sa fondation jusqu'à son effondrement.
Les armées romaines n'étaient pas invincibles, en dépit de leur formidable réputation et de toutes leurs victoires. Au cours des siècles, les Romains ont qui ont conduit les armées romaines à des défaites catastrophiques. Néanmoins, même les plus grands ennemis de Rome, tels et Hannibal Barca, s'ils gagnaient des batailles, finissaient par perdre la guerre. L'histoire militaire de la Rome antique peut être vue comme une persistance obstinée surmontant des pertes considérables.
La monarchie romaine (-753|753 - -509|509 )
Les temps légendaires thumb|L’Enlèvement des Sabines, de Nicolas Poussin, 1637–1638 (Musée du Louvre).
Rome est presque unique dans le monde antique par le fait que son histoire a été retranscrite, souvent de façon très détaillée, depuis sa fondation en tant que ville jusqu'à son déclin et sa chute en tant qu’empire. Bien que certains récits aient été perdus, comme les écrits de Trajan à propos des guerres daciques, et que d’autres, comme les premières histoires de Rome, soient au moins en partie apocryphes, les histoires subsistantes au sujet de l’histoire militaire de Rome sont nombreuses.
L’histoire de la fondation de Rome, du petit village tribalPennell, ch.III, para.8 à la chute des rois de Rome, est la partie historique la moins conservée. C’est que, bien que les premiers Romains possédassent un certain niveau d’alphabétisation, soit ils n’ont pas souhaité conserver leurs propres récits historiques, soit ceux-ci ont été perdusPennell chap.IX, part.3.
Dans son Histoire romaine, qui commence à la fondation de la ville, l’historien romain Tite-Live (59 -17 ) liste les quatre premiers rois de Rome : RomulusFlorus, I. 1., Numa PompiliusFlorus, I. 2.Dion Cassius, Histoire romaine: livre I, paragraphe 7, 6., Tullus HostiliusFlorus, I. 3. et Ancus MarciusFlorus, I. 4., dont l’histoire est sans doute presque entièrement apocryphe. Michael Grant et d’autres soutiennent qu’avant le début de la domination étrusque à Rome sous Tarquin l’Ancien, cinquième roi de RomeR. F. Pennel, Ancient Rome, chapitre V, partie 1., Rome était dirigée par une sorte d’autorité religieuse. On n’en sait que très peu au sujet de l’histoire militaire de Rome à cette époque, et ce que l’histoire nous a légué tient plus du caractère légendaire. Selon la tradition, Romulus aurait fortifié une des sept collines de Rome, le mont Palatin, après la fondation de la ville. Tite-Live affirme que, peu de temps après sa fondation, Rome était .
L’année 753 est l’année mythique de l'enlèvement des Sabines et de la lutte contre plusieurs villages voisins habités par les Sabins. L’enlèvement des Sabines permet aux habitants de Rome de s’assurer d’une descendance. Selon Tite-Live, les Sabins du village de Caenina réagissent en envahissant le territoire de Rome, les envahisseurs sabins sont repoussés et le village des Sabins est pris par Rome. Les Sabins du village d’Antemnae sont également battus dans des circonstances similaires, tout comme le village de Crustumerium. Les Sabins attaquent Rome et s’emparent brièvement de la citadelle, mais ils sont repoussés et mis en dérouteDion Cassius, Histoire romaine: livre I, paragraphe 7, 9.. Ils signent ensuite un traité avec les Romains, par lequel ils deviennent citoyens de la citéTite-Live, I.10-13.
thumb|left|Le Serment des Horaces, de Jacques-Louis David, 1784-1785 (Musée du Louvre).
Une autre guerre, contre FidènesTite-Live, I.14 et VéiesTite-Live, I.15, a lieu au cours du Au , des guerres opposent Rome à Albe la LongueTite-Live, I.23 (épisode du combat entre les Horaces et les Curiaces), à Médullia, à ApiolaeTite-Live, I.35 et à CollatiaTite-Live, I.38 et à nouveau aux Étrusques de Fidènes et Véies et aux Sabins. Ancus Marcius triomphe de la Ligue latine, ainsi que de Véies et des Sabins selon les Fasti triumphales, tablettes érigées sur le Forum Romanum durant le règne d’Auguste et recensant les triomphes ayant eu lieu depuis la fondation de Rome.
Sous la domination de rois étrusques, Tarquin l’AncienFlorus, I. 5., Servius TulliusFlorus, I. 6. et Tarquin le SuperbeFlorus, I. 7., Rome s’étend vers le nord-ouest et entre en conflit avec Véies, après l’expiration du traité ayant mis fin à la guerre précédenteTite-Live, I.42. Il y a une autre offensive contre le peuple de GabiesTite-Live, I.53-54Dion Cassius, Histoire romaine: livre I, paragraphe 7-10. et, plus tard, contre celui des RutulesTite-Live, I.56-57. C’est dans ce contexte que les rois étrusques sont renversés et que Rome devint une RépubliqueM. Grant, The History of Rome, .R. F. Pennel, Ancient Rome, chapitre 7, paragraphe 1., c’est-à-dire régie par une forme de gouvernement fondé sur la représentation populaire (ce qui contraste avec l’autocratie monarchique du régime précédent).
Tarquin l'Ancien Tarquin l'Ancien entre à son tour en guerre contre la Ligue latine et prend d'assaut la ville d'Apiolae, ramenant un important butin à Rome. Selon les Fasti triumphales, cette campagne est antérieure à -588. Les Sabins attaquent ensuite Rome à nouveau et Tarquin double le nombre d'equites pour parvenir à les vaincre. Suivant les termes du traité mettant fin à cette guerre, Tarquin reçoit la ville de Collatie, et il nomme son neveu Égérius commandant de la garnison qui y est stationnée. Il fait ensuite célébrer un triomphe qui a lieu, toujours selon les Fasti triumphales, le 13 septembre -585. Les villes latines de Corniculum, Ficulea, Cameria, Crustumerium, Ameriola, Médullia et Nomentum sont ensuite soumises et deviennent romaines.
Servius Tullius thumb|right|300px|Représentation des sphères d'influence des trois grandes puissances de la Méditerranée occidentale à la fin du , qui coïncide avec le déclin de la Monarchie romaine. L'équilibre entre les Grecs, les Étrusques et les Carthaginois ont été délimités dans les années qui suivirent la bataille d'Alalia et les guerres siciliennes (entre les Grecs de Sicile et Carthage).
Au début de son règne, Servius Tullius fait la guerre aux Étrusques de Véies. D'après Tite-Live, il fait preuve d'une grande valeur militaire et met en déroute une grande armée ennemie, cette guerre contribuant à assurer sa position de dirigeant. Selon les Fasti triumphales, le monarque fait célébrer trois triomphes sur les Étrusques, dont le 25 novembre -571 et le 25 mai -567 (la troisième date n'est plus lisible).
Tarquin le Superbe Tarquin le Superbe, septième et dernier roi de Rome, invite tôt dans son règne les chefs latins à une réunion au cours de laquelle il les persuade de renouveler leur traité d'alliance avec Rome. Il est décidé que les troupes latines doivent se rendre à un bosquet sacré dédié à la déesse Férentina afin d'unir leurs forces à celles des Romains. Cette décision est respectée et Tarquin forme ainsi des unités combinées entre Romains et LatinsTite-Live, I.50-52. Tarquin entre ensuite en guerre contre les Volsques et s'empare de le riche cité de Suessa Pometia, commençant à faire construire le temple de Jupiter capitolin avec le butin ramené.
Tarquin est ensuite engagé dans une guerre contre la ville latine de Gabies, qui a rejeté le traité avec Rome. Incapable de s'emparer de Gabies par la force, Tarquin envoie son fils Sextus infiltrer la cité afin de gagner la confiance de la population et de prendre le pouvoir. Sextus s’acquitte de sa mission et fait tuer ou exiler les notables de Gabies après avoir pris le contrôle de la villeTite-Live, I.53-55. Tarquin conclut également la paix avec les Èques et renouvelle le traité entre Rome et les ÉtrusquesTite-Live, I.55. D'après les Fasti triumphales, il remporte aussi une victoire sur les Sabins.
Il entre ensuite en guerre contre les Rutules qui forment alors, d'après Tite-Live, une nation très prospère et dont Tarquin est désireux de s'emparer des richessesTite-Live, I.57. Tarquin cherche à prendre d'assaut leur capitale, Ardea, mais échoue et met le siège devant la ville. Le siège est interrompu par la révolution qui renverse la monarchie romaine. L'armée romaine, qui campe sous les murs d'Ardea, accepte Lucius Junius Brutus comme nouveau dirigeant et les fils de Tarquin sont chassés. L'issue du siège d'Ardea demeure inconnueTite-Live, I.57-60.
République Au cours de la période entre 509 et 31 , les Romains sont passés d'un régime oligarchique (issu lui-même d'une monarchie) à un régime impérial : le Principat.
La République romaine est une étape longue, complexe et critique de l'histoire romaine à une époque de changement énorme pour Rome. Rome est passé d'une cité-État (petite ville à la fin du ), à la capitale d'un empire vaste et complexe (à la veille de la fondation de l'Empire), composé d'une multitude de peuples et de civilisations différentes, qui marque une histoire décisive dans l'Ouest de l'Europe et dans le Bassin Méditerranéen.
Au cours de cette période, la plus grande partie des conquêtes romaines en Méditerranée et en Europe se fait en particulier entre le et le Le est quant à lui ravagé par des conflits internes, catalysés par des problèmes sociaux, mais c'est aussi un siècle de littérature et de culture majeure, sans doute le fruit de la culture hellénistique et de référence « classique » depuis des siècles.
Premières campagnes en Italie (-509 à -396) thumb|Les cités étrusques voisines de Rome.