Victoria-Louise Adélaïde Mathilde Charlotte de Prusse (en allemand : Viktoria Luise Adelheid Mathilde Charlotte von Preußen) fut princesse de Prusse et d'Allemagne et, par son mariage, duchesse de Brunswick et princesse de Hanovre, née le à Potsdam, en Prusse, et morte le à Hanovre, Basse-Saxe. Unique fille du Kaiser et épouse du duc Ernest-Auguste de Brunswick, elle est la dernière duchesse de Brunswick.
Famille
Victoria-Louise Adélaïde Mathilde Charlotte de Hohenzollern est l'unique fille et la benjamine des sept enfants du Kaiser (1859-1941) et de son épouse l'impératrice Augusta-Victoria de Schleswig-Holstein-Sonderbourg-Augustenbourg (1858-1921). Ses prénoms sont un hommage à son arrière-grand-mère, la reine Victoria du Royaume-Uni (1819-1901), surnommée la « Grand-mère de l'Europe » et à sa grand-mère l'impératrice Victoria, à son arrière-arrière-grand-mère, la reine Louise de Prusse, ardente opposante à Napoléon, à sa grand-mère maternelle, Adélaïde de Hohenlohe-Langenburg (aussi nièce de la reine d'Angleterre) ainsi qu'à sa grand-tante la feue tsarine née Charlotte de Prusse. Elle est une proche parente de tous les souverains européens.
Le , la princesse épouse, à Berlin, le prince royal Ernest-Auguste de Hanovre, lui-même fils d'Ernest-Auguste de Hanovre (1845-1923), prétendant au trône de Hanovre sous le nom d'« » et duc de Cumberland et Teviotdale, et de son épouse la princesse Thyra de Danemark (1853-1933). Par sa mère, Ernest-Auguste est donc le petit-fils du roi (1818-1906), surnommé le « Beau-père de l'Europe ».
Du mariage de Victoria-Louise et d'Ernest-Auguste naissent cinq enfants : (1914-1987), prétendant aux trônes de Hanovre et de Brunswick, qui épouse, en 1951, la princesse Ortrude de Schleswig-Holstein-Sonderbourg-Glucksbourg (1925-1980) avant de se remarier, en 1981, à la comtesse (1929-2015) ; Georges-Guillaume de Hanovre (1915-2006), prince de Hanovre, qui s'unit, en 1946, à la princesse Sophie de Grèce (1914-2001), sœur du duc d'Edimbourg; Frederika de Hanovre (1917-1981), princesse de Hanovre, qui épouse (1901-1964), roi des Hellènes ; Ils sont les grands-parents du roi Philippe VI d'Espagne; Christian de Hanovre (1919-1981), prince de Hanovre, qui s'unit, en 1963, à Mireille Dutry (1946) ; Guelf-Henri de Hanovre (1923-1997), qui épouse, en 1960, la princesse (1937-2015).
Biographie Enfance gauche|vignette|La princesse Victoria-Louise, à l'âge de dix ans. Septième et dernier enfant et unique fille du Kaiser et de l'impératrice Augusta-Victoria, la princesse Victoria-Louise voit le jour le , au palais de Marbre de Potsdam. Le suivant, jour de l'anniversaire de l'impératrice, l'enfant est baptisée dans la galerie de Marbre du Nouveau Palais de Potsdam et reçoit les prénoms de deux de ses ancêtres : son arrière grand-mère la reine Victoria du Royaume-Uni, « la grand-mère de l'Europe » qui, règne depuis plus de cinquante ans sur le Royaume-Uni et son empire et son arrière arrière grand-mère l'héroïque reine Louise de Mecklembourg-Strelitz qui s'opposa à . Dans sa famille, la petite fille est surnommée affectueusement .
L'historien Justin C. Vovk décrit Victoria-Louise comme une jeune fille aussi intelligente que sa grand-mère, l'impératrice Victoria, aussi majestueuse et digne que sa mère mais également aussi impérieuse et autoritaire que son père. Enfant préférée du Kaiser, la princesse est même le seul membre de sa fratrie à parvenir à se faire une place dans le cœur de l'empereur, si l'on en croit son frère aîné, le Kronprinz Guillaume. Au sein de sa famille, Victoria-Louise aime être au centre de l'attention. En 1902, sa gouvernante anglaise, Anne Topham, note, après leur première rencontre, que la princesse de neuf ans se montre amicale et énergique mais qu'elle passe son temps à se quereller avec le prince Joachim. Plus tard, la gouvernante écrit que le Kaiser est . À partir de 1903, la musicienne française Cécile Lauru est Lehrerin und Erzieherin (enseignante et éducatrice).
vignette|gauche|La princesse Victoria-Louise en 1897. Portrait de Sophie Koner.
Durant son enfance, Victoria-Louise retrouve fréquemment ses cousins, les princes de Hesse-Cassel, enfants de Marguerite et les princes et princesses de Grèce, fille de sa tante, Sophie de Prusse, au château de Kronberg. En 1905, la jeune fille étudie la musique avec la pianiste Sandra Droucker.
En 1910, la princesse qui a 18 ans, accompagne ses parents à Königsberg et à Metz où elle participe à l'inauguration du Lycée de jeunes filles. En , la princesse accompagne ses parents lors d'un voyage officiel en Angleterre à l'occasion de l'inauguration du monument érigé en l'honneur de son arrière-grand-mère devant le palais de Buckingham Victoria Memorial, à Londres.
Un mariage inattendu
vignette|gauche|Le prince royal de Hanovre En 1912, le prince royal Ernest-Auguste de Hanovre, seul fils survivant du prétendant de Hanovre, se rend à Berlin pour y remercier le Kaiser d'avoir envoyé ses fils Guillaume et Eitel-Frédéric aux funérailles de son frère aîné, le prince Georges-Guillaume de Hanovre mort brutalement dans un accident d'automobile.
Durant son séjour dans la capitale allemande, Ernest-Auguste fait la connaissance de la princesse Victoria-Louise, et les deux jeunes gens ne tardent pas à tomber amoureux. Cependant, leur idylle est vue d'un mauvais œil par leurs familles et tarde de longs mois à aboutir à un mariage. En effet, son père est l'héritier du trône de Hanovre, qui a été annexé par les Hohenzollern à la suite de la guerre austro-prussienne de 1866. Il est également l'héritier du trône de Brunswick, où une régence a été imposée par les Hohenzollern après la mort de . Sa mère est une fille du roi dont le petit pays, victime de la rapacité prussienne a vu ses états amputés d'un tiers par la Prusse.
Cependant un accord est trouvé qui permet la réconciliation des dynasties ennemies. Afin que son fils puisse épouser Victoria-Louise, le père d'Ernest-Auguste renonce à ses droits sur le duché de Brunswick. Ernest-Auguste devient l'héritier légitime du duché, il renonce à ses droits dynastiques sur le Hanovre. En compensation, le Kaiser reconnaît ses droits successoraux sur le Brunswick.
Le mariage de Victoria-Louise et d'Ernest-Auguste se déroule à Berlin le . Il est présenté par la presse comme la conclusion d'une longue opposition entre les maisons de Hanovre et de Hohenzollern. The Times décrit même l'union comme une histoire à la Roméo et Juliette, dont la conclusion est cependant plus positive. En dépit de la présentation de l'affaire comme une simple histoire d'amour, certains auteurs modernes y voient plutôt un mariage politique. L'historienne Eva Giloi considère ainsi que l'union de Victoria-Louise et d'Ernest-Auguste est surtout due à la volonté de la Prusse de mettre un terme aux querelles l'opposant aux héritiers du trône de Hanovre. Il n'en reste pas moins que Victoria-Louise décrit, dans une de ses lettres, son union comme un .
Le mariage de Victoria-Louise et d'Ernest-Auguste donne lieu à de grandes festivités, qui réunissent les représentants de la plupart des dynasties européennes, qui sont autant de proches parents, parmi lesquels le roi et le tsar , accompagnés de leurs épouses respectives la reine Mary de Teck et la tsarine Alexandra Feodorovna de Russie. Pour de nombreux observateurs, il s'agit même du dernier grand événement princier avant le déclenchement de la Première Guerre mondiale. Le Kaiser gracie, pour l'occasion, deux espions britanniques, les capitaines et .
Duchesse de Brunswick Le , Ernest-Auguste et Victoria-Louise font leur entrée triomphale à Brunswick, capitale du duché éponyme, où ils reçoivent le pouvoir des mains du prince-régent Jean-Albert de Mecklembourg. Moins d'un an plus tard, le , naît leur premier enfant, le duc héréditaire Ernest-Auguste. Peu après, l'Europe s'enfonce dans la Première Guerre mondiale. Le couple a néanmoins quatre autres bébés : Georges-Guillaume (né en 1915), Frederika (née en 1917), Christian (né en 1919) et enfin Guelf-Henri (né en 1923).
Nommé par son beau-père général de division de l'armée prussienne, le duc de Brunswick combat les forces de la Triple Entente durant la Première Guerre mondiale. Sa présence, et celle (toute symbolique) de son père, dans les rangs de l'armée allemande leur vaut d'être privés de leurs titres et pairies britanniques par leur cousin, le roi , après le vote du Titles Deprivation Act en 1917.
En , une révolution secoue l'Empire allemand et le Kaiser s'exile aux Pays-Bas. Dans la foulée, un conseil de soldats oblige Ernest-Auguste à abandonner le pouvoir () et les Hanovre se réfugient dans leur domaine de Gmunden, en Autriche. Une fois le calme revenu en Allemagne, la famille récupère l'essentiel de sa fortune et revient séjourner une partie de l'année dans son ancien duché, où elle récupère notamment les châteaux de Blankenburg et de Marienburg. Le Kaiser a élu domicile à Doorn aux Pays-Bas.
Sous la République de Weimar et le Troisième Reich
Profondément affectée par le suicide de son fils cadet (et préféré) le prince Joachim de Prusse, l'impératrice dont la santé était particulièrement fragilisée meurt en 1921. La duchesse de Brunswick est à ses côtés. Le Kaiser se remarie rapidement ce qui choque la princesse et ses frères qui n'assistent pas aux noces.
En 1923, le père d'Ernest-Auguste meurt d'apoplexie à Gmunden, en Autriche. Le duc et la duchesse de Brunswick prennent alors la tête de la maison de Hanovre. Ils héritent cependant d'une fortune amoindrie par la crise financière que subit la République de Weimar, ce qui les contraint à se séparer d'une partie de leur patrimoine familial durant les années 1930.
Dès 1926, le Kronprinz Guillaume prend contact avec Adolf Hitler dans l'espoir d'une restauration de la monarchie. En 1933, son fils aîné renonce à ses droits pour pouvoir épouser la femme de son choix. Le prince Louis-Ferdinand de Prusse, second fils du Kronprinz, devient alors l'héritier présomptif du trône de Prusse. En 1938, il épouse la grande-duchesse Kira Kyrillovna de Russie, fille du grand-duc Cyrille, prétendant au trône impérial de Russie.
Après l'arrivée au pouvoir d'Adolf Hitler en 1933, plusieurs proches de Victoria-Louise rejoignent le parti nazi, parmi lesquels deux de ses frères, le Kronprinz Guillaume et le prince Auguste-Guillaume. Contrairement à ces derniers, le duc Ernest-Auguste refuse ostensiblement de rejoindre le NSDAP, ce qui ne l'empêche pas de compter parmi les donateurs du parti et de fréquenter les hauts dignitaires du Troisième Reich. En 1934, Hitler tente de profiter des liens familiaux unissant le duc et la duchesse de Brunswick aux Windsor pour organiser un rapprochement entre le Troisième Reich et le Royaume-Uni. Il demande alors au couple princier de favoriser l'union de leur fille, la princesse Frederika, avec le prince de Galles (futur ). Cependant, les anciens souverains refusent à cause de la trop grande différence d'âge séparant les deux jeunes gens. Après leurs fiançailles en 1936, la princesse épouse le prince héritier de Grèce, Paul de Grèce, en 1938 et, la même année, donne le jour à une fille, Sophie, puis à un garçon, Constantin. Une seconde fille naît en 1942.
En 1940, le prince Guillaume tombe pendant la bataille de France. Ses obsèques ont un tel retentissement sur l'opinion publique allemande que le chancelier Hitler interdit aux membres de l'ex-Maison impériale de combattre dans les rangs de l'armée du Reich.
En , tombe malade et Victoria-Louise et ses frères se rendent à son chevet à Doorn. Après quelques jours, le Kaiser se rétablit, mais il meurt le mois suivant, en présence de sa deuxième femme, la princesse Hermine Reuss zu Greiz.
Après-guerre
vignette|redresse|Victoria-Louise signant ses mémoires à Kiel en 1970.