Le cyclone de Bhola fut le cyclone tropical le plus meurtrier de l'histoire écrite, en plus d'être parmi les catastrophes naturelles les plus importantes des temps modernes... Il s'abattit sur le Bangladesh, alors Pakistan oriental, et l'État du Bengale-Occidental en Inde les 12 et .
Le , un cyclone tropical naît dans le golfe du Bengale et atteint les côtes du delta du Gange la nuit du 12 au avec la force d'un cyclone de catégorie 3. Les vents, dépassant les par heure, combinés à une onde de tempête exceptionnellement forte, de cinq à six mètres, touchent aux premières heures du matin la côte de cette région particulièrement peuplée (900 habitants par kilomètre carré) et en grande partie située presque au niveau de la mer.
Plusieurs estimations atteignent la barre de victimes., même si le décompte officiel ne fait état que de plus de morts et personnes disparues (essentiellement par noyade). Les zones les plus touchées furent les îles du delta du Gange, au sud de Dhâkâ. L'île de Bhola paya un lourd tribut, avec plus de victimes et les upazilas de Charfasson et Tazumuddin furent dévastées, perdant jusqu'à 46 % de leur population. La ville de Chittagong fut également touchée.
Le gouvernement pakistanais fut sévèrement critiqué pour la mauvaise gestion de l'aide à la suite de la tempête par les élites locales et les médias internationaux. Le parti de la ligue Awami en tira beaucoup de capital politique et gagna les élections au Pakistan oriental ; ce qui aggrava les tensions avec le gouvernement central. Ceci mena finalement à la guerre de libération du Bangladesh et à la création du Bangladesh en 1971.
Évolution météorologique
La tempête tropicale Nora traversa la mer de Chine en provenance du Pacifique. Le , les restes de ce système atteignirent la péninsule Malaise... Une fois passé dans l'océan Indien, un redéveloppement donna une dépression dans la partie centrale du golfe du Bengale le matin du . Le système s'intensifia en se dirigeant lentement vers le nord et le service météorologique indien le reclassa comme tempête tropicale le lendemain. Après avoir fait du sur-place à 14,5° N, 87° E durant quelque temps, la tempête accéléra vers le nord le .. Elle devint un cyclone tropical le et tourna vers le nord-est en approchant de la côte. Un œil bien dégagé se forma en son centre et le cyclone atteignit la catégorie 3 un peu plus tard dans la journée avec des vents soutenus sur une minute de 205 km/h et une pression centrale de 966 hPA.
Le cyclone toucha terre au Pakistan oriental le soir du à peu près au même moment que la marée haute, les vents la rehaussant et donnant une onde de tempête de cinq à six mètres. Après son entrée, la friction sur le continent l'affaiblit graduellement, mais il demeura un cyclone jusqu'à environ cent kilomètres à l'intérieur des terres, au sud-sud-est d'Agartala. Par la suite, il faiblit rapidement et devint une dépression extratropicale en passant sur l'Assam le soir du .
Préparatifs
Après voir reçu de nombreux rapports de navires du golfe du Bengale, le gouvernement indien ne manquait pas d'informations météorologiques sur la force du cyclone. Cependant, la clarté fait défaut quant à l'échange de ces informations avec le gouvernement pakistanais, vu les relations tendues entre les deux pays.. C'est en partie pourquoi une large portion de la population du Pakistan oriental fut prise par surprise.
De plus, plusieurs indices montrent que le système d'alerte cyclonique de ce pays n'était pas connu de la population, ceci coûtant des dizaines de milliers de vies. En octobre 1960, deux cyclones avaient causé la mort d'au moins au Pakistan oriental.. Le gouvernement pakistanais avait demandé au gouvernement américain son assistance pour le développement d'un système d'alerte aux populations afin de faire face à cette menace. Gordon Dunn, le directeur du National Hurricane Center, avait alors fait réaliser une étude exhaustive de la situation du Pakistan et remis son rapport en 1961. Cependant, le gouvernement pakistanais n'avait pas suivi toutes ses recommandations.
Le service météorologique pakistanais avait ainsi émis un bulletin appelant à la « préparation au danger » pour les régions côtières le . Un autre bulletin fut radiodiffusé pour « grand danger imminent » lorsque le cyclone s'approcha de la côte, mais des survivants déclarèrent ne pas savoir ce que ces deux bulletins signifiaient vraiment. Bien que le premier bulletin fût reconnu comme un avertissement à un danger et que l'on estime que 90 % de la population de la côte l'avait entendu, moins de un pour cent de celle-ci chercha refuge dans des abris paracycloniques.
Impacts
La côte du golfe du Bengale est un endroit où de nombreux systèmes tropicaux touchent terre annuellement. Au moins six cyclones tropicaux importants ont tué plus de personnes. Le plus puissant cyclone appelé cyclone Gorky a frappé en 1991 mais le cyclone de Bhola fut le plus meurtrier de tous les temps, et pas seulement pour cette région. Le total exact des victimes de ce système n'est pas connu étant donné le manque de données sur la population mais on estime qu'il s'élève entre et personnes.. Du point de vue des autres catastrophes naturelles, il se situe au même niveau que le tremblement de terre de Tangshan en 1976 et que le tsunami de 2004 dans l'océan Indien.
Inde
Le cyclone de Bhola donna d'importantes pluies aux îles Andaman-et-Nicobar les 8 et . Port Blair a rapporté le et des inondations affectèrent l'archipel. Le navire MV Mahajagmitra, un cargo de tonneaux en route de Calcutta vers le Koweït, a coulé le avec ses cinquante-cinq membres d'équipage. Le signal de détresse lancé par le navire mentionnait des vents de force d'ouragan. La pluie affecta ensuite le Bengale-Occidental et le sud de l'Assam, causant des dommages aux habitations et aux récoltes. Les plus grandes pertes se sont produites dans la partie la plus au sud des deux États.
Pakistan oriental
thumb|250px|Carte du Pakistan oriental (Bangladesh) avec le Bengale-Occidental à gauche et l'Assam/Tripura à droite La station météorologique de Chittagong, à à l'est du point de chute du cyclone, a rapporté des vents de avant que l'anémomètre ne se brise à 22h TU. Un navire ancré dans le port a quant à lui noté des rafales de quarante-cinq minutes plus tard. L'onde de tempête dans le delta du Gange, où le cyclone a touché terre, était de et dans le port de Chittagong, la marée a été de au-dessus du niveau moyen de la mer avec l'onde de tempête valant du total.
La radio pakistanaise a signalé que tous les habitants des treize îles près de Chittagong avaient péri. Un vol au-dessus de l'île de Bhola montra une dévastation totale du côté sud et que les récoltes de riz de cette île, de celle de Hatia et de la côte continentale adjacente étaient anéanties.. Plusieurs des navires océaniques dans les ports de Chittagong et Mongla ont été endommagés. Les aéroports de Chittagong et de Cox's Bazar se sont retrouvés sous un mètre d'eau durant plusieurs heures..
Plus de 3,6 millions de personnes furent affectées par le cyclone et les dommages se montèrent à 86,4 millions $US de 1970, soit 450 millions $US de 2006. Jusqu'à 85 % des maisons de la zone sinistrée furent détruites ou endommagées sérieusement selon les survivants, les plus forts dégâts se retrouvant le long de la côte.. Du côté de la mer, 90 % des pêcheurs subirent des pertes importantes, incluant celle de bateaux de haute mer. pêcheurs côtiers et hauturiers se sont noyés et 40 % des survivants étaient blessés sévèrement. Au total 65 % de la capacité de pêche fut perdue dans une région où 80 % de l'apport en protéines vient des poissons. Les pertes agricoles s'élevèrent à 63 millions $US et têtes de bétail.
Trois mois après les évènements, 75 % de la population était encore nourrie sur le programme d'aide alimentaire, sur lequel comptaient personnes pour combler au moins la moitié de leurs besoins..
Mortalité CartePréfecture/UpazilaPopulationpré-cycloneMortsMortalité(%)100px KalaparaAmtaliGalchipaChar FassonLalmohan95142222100px TazumuddinHatiyaRamgatiSudharam4681117Total 17,7 Deux études furent menées par le Cholera Research Laboratory de la branche pakistanaise de l'Organisation du traité de l'Asie du Sud-Est, en puis en février/, pour connaître les besoins immédiats et à long terme des régions affectées.. La première étude a conclu que l'eau de surface et des puits des régions dévastées contenait une quantité de sel équivalente sauf dans le district de Sudharam où l'eau était pratiquement impropre à la consommation en surface avec 0,5 % de contenu en sel. La mortalité fut estimée à 14,2 % de la population pré-cyclone soit environ .. La prévalence des blessures chez les survivants montra surtout des blessures mineures consistant surtout en abrasions aux bras, jambes et torses subies lorsque ceux-ci s'agrippèrent à des arbres pour ne pas être emportés par les flots. On a craint un moment une épidémie de choléra et de typhoïde dans les premières semaines après le cyclone., mais l'étude ne montra aucune émergence de ces maladies ni d'aucune autre comme la très crainte variole.
La seconde étude a suivi près de 1,4 % de la population des régions, ce qui sous-estime probablement plusieurs groupes de la population. Les travailleurs agricoles migrants, les familles complètement disparues et les gens qui sont partis durant les trois mois entre les deux études furent également éliminés des interviews pour ne pas fausser les estimations par des oui-dire. Elle conclut que la mortalité due au cyclone serait au minimum de personnes dont le plus grand nombre fut dans l'upazila de Tazumuddin avec 46,3 % de perte. Le taux moyen de morts dans les régions affectées est alors estimé à 16,5 %..
Le plus haut taux de survie fut pour les hommes de 15 à 49 ans et plus de la moitié des morts sont survenues chez les enfants de moins de 10 ans, qui ne représentaient seulement qu'un tiers de la population. Ceci suggère que les plus faibles (enfants, personnes âgées et malades) n'ont pas survécu aux effets du cyclone et de l'inondation. Dans les trois mois suivant la tempête, la mortalité des gens d'âge moyen fut plus basse que dans la population d'une région non affectée près de Dhaka, la capitale du Pakistan oriental, montrant une sélection des personnes résilientes..
D'autres sources estiment toutefois la mortalité jusqu'à .
Secours Réponse gouvernementale pakistanaise
Le lendemain de la frappe du cyclone, trois canonnières de la Marine pakistanaise et un navire hôpital quittèrent Chittagong, avec des vivres et du matériel médical, pour les zones de Hatia, Sandwip et Kutubdia. Les équipes de l'Armée furent également envoyées vers les régions sinistrées qu'elles atteignirent deux jours plus tard.. Durant les dix premiers jours, un avion de transport militaire et trois avions d'épandage furent envoyés pour aider à la distribution de l'aide mais le gouvernement déclara qu'il n'avait pu envoyer des hélicoptères militaires depuis le Pakistan occidental car leur passage avait été refusé par le gouvernement indien, chose que nia ce dernier.
Le président pakistanais, Muhammad Yahya Khan, écourta un voyage en république populaire de Chine et survola la région frappée par le cyclone le . Il ordonna que tout soit mis en œuvre pour venir en aide aux survivants et que tous les drapeaux soient mis en berne pour une journée de deuil national le pour les morts.. Le président prit en charge les opérations le . Le gouvernement du Pakistan avait alloué jusqu'à ce moment 116 millions $US (de 1970) aux opérations d'aide.. Le gouverneur du Pakistan oriental, le vice-amiral Asham, nia que les forces armées n'avaient pas agi assez rapidement et affirma que les vivres et médicaments étaient arrivés à bon port, seuls des secteurs isolés n'étant pas encore atteints..