Gina Manès (de son nom de naissance Blanche Moulin) est une actrice de cinéma française, née le dans le de Paris, morte le à Toulouse (Haute-Garonne)Archives de Paris , acte de naissance , année 1893 (avec mention marginale de mariages et décès) (vue 2/31).

Biographie Née le dans le 12 arrondissement de Paris, d'Amélie (ou Émilie) Mursch, elle est reconnue par Alfred Moulin trois ans plus tard, au mariage de celui-ci avec sa mère ; elle devient donc la fille d'un marchand de meubles du faubourg Saint-Antoine. Blanche Moulin épouse à l’âge de 18 ans, le , un jeune styliste, Alphonse Brias, qui travaille pour son père. Ils divorcent peu de temps après. Attirée par la comédie, elle obtient de petits rôles au théâtre du Palais-Royal, aux Capucines et aux Bouffes-Parisiens. Ballerine dans les revues de Rip, elle rencontre l’acteur et réalisateur René Navarre, qui la persuade que sa photogénie éclatante la destine au cinéma et la recommande auprès de Louis Feuillade.

Devenue Gina Manès, elle débute dans Les Six Petits Cœurs des Six Petites Filles en 1916. Elle se produit encore sur les planches avant d’entamer sa véritable carrière cinématographique en 1919 avec L'Homme sans visage, réalisé par Louis Feuillade. Elle accède à la notoriété, en 1923, grâce à Jean Epstein qui lui confie le rôle de la fille du gargotier de L’Auberge rouge avant d’en faire l'émouvante héroïne de Cœur fidèle.

Elle tourne ensuite sous la direction de Germaine Dulac (Âme d'artiste), Alberto Cavalcanti (Le Train sans yeux). Par sa beauté troublante, son regard lourd et vénéneux et sa démarche féline, elle s’impose rapidement en séductrice ou en femme fatale et conquiert les titres de « vamp aux yeux d’émeraude » ou « Athéna au regard vert ».

En 1927, Abel Gance fait d'elle Joséphine de Beauharnais dans sa fresque historique Napoléon. « Gance venait de me voir dans Cœur fidèle qu’il avait beaucoup aimé. Il m’a demandé de faire un bout d’essai aux studios de Billancourt, affublée d’une chemise de nuit et de plusieurs rubans style Directoire. J’ai dû ensuite fredonner une chanson gaie, puis une goualante avant de m’entendre dire “Vous êtes la femme du rôle, votre sensibilité est celle de la créole historique” ».

L’année suivante, Jacques Feyder l’immortalise en une admirable Thérèse Raquin, film dont il ne reste malheureusement aucune copie. Les studios étrangers la sollicitent et Gina Manès tourne en Allemagne et en Suède notamment en 1928 dans La Sainte et son fou, de Wilhelm Dieterle, et Ivresse d’après Strindberg réalisé par Gustaf Molander. Mariée le , au jeune premier Georges Charlia, (Georges Charliat selon son acte de mariage) Archives de Paris 18e, acte de mariage , année 1929 (vue 10/31) son partenaire dans Naples au baiser de feu (1925) de Serge Nadejdine et Le Train sans yeux (1925) d'Alberto Cavalcanti, elle forme avec lui un couple très en vue. L’arrivée du parlant n’altère pas sa popularité et elle remporte un grand succès commercial, en 1931, toujours en vamp avec Une belle garce.

À l’apogée de sa gloire, Gina Manès quitte la France en compagnie de son mari, Georges Charlia, pour diriger une cantine le long d’une piste routière à cent kilomètres de Marrakech. Ce séjour prolongé au Maroc lui porte préjudice. En effet lorsqu’elle revient en France après deux ans d’absence, Gina Manès a 40 ans et son statut de vedette a vacillé.

Producteurs et cinéastes l’ont un peu oubliée et de plus jeunes actrices, telles que Viviane Romance, Mireille Balin ou Ginette Leclerc convoitent déjà l’emploi de séductrice fatale qu’elle avait créé. Les rôles qui lui sont proposés ont diminué en importance et ne correspondent plus tout à fait à sa personnalité. L’ancienne gloire du muet doit désormais se contenter de défendre des compositions stéréotypées d’ardentes amoureuses délaissées prénommées Marinka (Mayerling), Gina (Les Loups entre eux), Olga (La Maison du Maltais) ou Maria (Le Récif de Corail) pour finir dame des lavabos (Les Caves du Majestic).

Attirée depuis toujours par le cirque, elle met au point un numéro de dressage de tigres qu’elle présente au Cirque d'hiver et à Medrano. Mais en , un fauve la blesse grièvement, interrompant net cette nouvelle activité (elle ne dut son salut qu'à l'aide du personnel et au geste d'un officier allemand qui dégaina et tira sur l'animal)[témoignage de Pierre Monnier in "Les pendules à l'heure" ]. Séjournant de nouveau au Maroc pour les besoins du tournage de La Danseuse de Marrakech, en 1949, elle décide de s’y fixer et ouvre un cours d’art dramatique à Rabat. Elle y interprète deux courts métrages, École Foraine (1949) et Appel 17 (1952), mais, déçue, elle regagne la France en 1954 pour renouer difficilement avec le métier.

Fin de vie Tombée dans l’oubli, elle ne compose plus alors que de simples silhouettes. Gina Manès se tourne vers le théâtre et intègre la troupe du Grenier de Toulouse pour y tenir des rôles correspondant à son âge. Deux personnages, heureusement plus étoffés, celui de l’accorte patronne de café du Bonheur est pour demain et celui de la mamma corse tenant tête à Pierre Brasseur dans Pas de panique, lui permettent de clore dignement sa longue carrière cinématographique.

Retirée dans une maison de retraite en 1972, Gina Manès y meurt le à l’âge de 96 ans. Elle fait don de son corps à la science et ses cendres sont inhumées dans la fosse commune du cimetière parisien de Thiais, dédiée à tous ceux qui ont donné leur corps à la scienceCimetières de France et d'ailleurs.

Filmographie Période muette

1916 : Les Six Petits Cœurs des six petites filles d'Édouard-Émile Violet (court-métrage) 1919 : L'Homme sans visage de Louis Feuillade 1920 : Tue la mort de René Navarre : La Chiffa 1920 : L'Homme aux trois masques d'Émile Keppens : Suzanne Morant 1921 : Le Sept de trèfle de René Navarre : Noémie Modéran 1922 : Le Secret d'Alta Roca d'André Liabel : Viola Santi 1923 : La Dame de Monsoreau de René Le Somptier : de Saint-Luc 1923 : Cœur fidèle de Jean Epstein : Marie 1923 : L'Auberge rouge de Jean Epstein : la fille de l'aubergiste 1923 : La Nuit rouge de Maurice de Marsan et Maurice Gleize : Ginette Lesparre 1924 : La Main qui a tué de Maurice de Marsan et Maurice Gleize 1924 : Âme d'artiste de Germaine Dulac : l'actrice 1924 : Le Cavalier de minuit de Maurice Charmeroy et René Alinat : Rita Colverte 1925 : Naples au baiser de feu de Serge Nadejdine 1926 : Le Soleil de minuit de Richard Garrick et Jean Legrand 1927 : Le Train sans yeux d'Alberto Cavalcanti 1927 : Napoléon d'Abel Gance : Joséphine de Beauharnais 1927 : Sables de Dimitri Kirsanoff 1927 : Printemps d'amour de Léonce Perret 1927 : Voleurs de jeunesse - (Mädchenschicksal) de Richard Löwenbein 1928 : Die kleine Sklavin de Luise et Jakob Fleck 1928 : Synd de Gustaf Molander 1928 : Die Todesschleife d'Arthur Robison 1928 : La Sainte et son fou - (Die heilige und ihr Narr) de William Dieterle 1928 : Thérèse Raquin - (... du sollst nicht ehebrechen) de Jacques Feyder : Thérèse Raquin 1929 : S.O.S. (Schiff in Not S.O.S) de Carmine Gallone 1929 : Quartier Latin d'Augusto Genina 1929 : Le Requin d'Henri Chomette : Violetta 1929 : Un soir au Cocktail's Bar de Roger Lion : Gaby

Période 1930/1939

1930 : Nuits de princes de Marcel L'Herbier : Helene Vronsky 1930 : Une belle garce de Marco de Gastyne : Rosetta Roux 1931 : Sous le casque de cuir de Albert de Courville 1931 : Grock de Carl Boese et Joë Hamman 1931 : L'Ensorcellement de Séville de Benito Perojo 1931 : Salto mortale d'Ewald André Dupont : Marina 1933 : La Tête d'un homme de Julien Duvivier : Edna Reichberg 1933 : La Voie sans disque de Léon Poirier : Daïnah 1933 : L'Amour qu'il faut aux femmes de Adolf Trotz 1934 : Le Diable en bouteille de Heinz Hilpert et Reinhart Steinbicker : Rubby 1935 : Divine de Max Ophüls : Dora 1935 : La Famille Pont-Biquet de Christian-Jaque 1935 : Barcarolle de Gerhard Lamprecht 1935 : Napoléon Bonaparte d'Abel Gance - une version retravaillée et sonore de celle de 1927 : Joséphine de Beauharnais 1936 : Mayerling d'Anatole Litvak : Marinka 1936 : Le Mort d'Émile-Georges De Meyst 1936 : La Mystérieuse Lady de Robert Péguy 1936 : Les Loups entre eux de Léon Mathot : Nina 1936 : Les Réprouvés de Jacques Séverac 1936 : La Brigade en jupons de Jean de Limur 1936 : Maria de la nuit de Willy Rozier 1936 : La Tentation de Pierre Caron 1937 : Nostalgie de Victor Tourjanski : Olga 1937 : Le Mariage de Véréna de Jacques Daroy 1938 : S.O.S. Sahara de Jacques de Baroncelli 1938 : Gosse de riche de Maurice de Canonge : une ouvrière 1938 : Mollenard de Robert Siodmak : Marina 1938 : La Maison du Maltais de Pierre Chenal : Olga 1939 : Le Récif de corail de Maurice Gleize : Maria 1939 : Fort Dolorès de René Le Hénaff : Lola

Période 1940/1949 1940 : Retour au bonheur de René Jayet 1944 : Les Caves du Majestic de Richard Pottier 1946 : Le Bateau à soupe de Maurice Gleize 1946 : Minuit, rue de l'horloge de Jean Lordier - court métrage resté inachevé 1948 : Les Noces de sable de André Zwobada 1949 : La Danseuse de Marrakech de Léon Mathot 1949 : École foraine - court métrage

Période 1950/1959

1952 : Appel 17 de L. de Masure - court métrage 1954 : La Belle Otero de Richard Pottier 1954 : Marchandes d'illusions de Raoul André 1954 : Crime au concert Mayol de Pierre Méré 1954 : Le Vicomte de Bragelonne de Fernando Cerchio 1955 : Les Carnets du major Thompson de Preston Sturges 1955 : Milord l'Arsouille d'André Haguet 1956 : Le Secret de sœur Angèle de Léo Joannon 1956 : Une Enquête de l'Inspecteur Ollivier de Marcel Cravenne, épisode : Le chemin du canal TV 1956 : La Loi des rues de Ralph Habib 1956 : Le Couturier de ces dames de Jean Boyer 1956 : Crime et Châtiment de Georges Lampin 1956 : Les Lumières du soir / Mère abandonnée de Robert Vernay 1956 : Pitié pour les vamps de Jean Josipovici 1956 : Paris, Palace Hôtel de Henri Verneuil 1957 : Mimi Pinson de Robert Darène 1957 : Rafles sur la ville de Pierre Chenal 1957 : Un certain monsieur Jo de René Jolivet 1957 : L'Or de Samory de Jean Alden-Delos - film resté inachevé 1958 : Premier mai ou Le père et l'enfant de Luis Saslavsky 1958 : Le Joueur de Claude Autant-Lara 1959 : Les Amants de demain de Marcel Blistène

Période 1960/1965 1960 : Le Bonheur est pour demain d'Henri Fabiani 1965 : Pas de panique de Sergio Gobbi

Théâtre 1938 : Les Deux Madame Carroll de Marguerite Veiller, Théâtre des Capucines 1954 : La Roulotte de Michel Duran, mise en scène Alfred Pasquali, Théâtre Michel

Bibliographie Christian Gilles, Le Cinéma des années 30 par ceux qui l’ont fait'', L’Harmattan, 2001

Notes et références

Liens externes

Giné Manès sur DVD toile

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