Ferdinand Alvare de Tolède, de son nom complet espagnol Fernando Álvarez de Toledo y Pimentel, né le à Piedrahíta (Castille) et mort le à Lisbonne, troisième duc d'Albe, duc de Huéscar et Grand d'Espagne, issu d'une des familles les plus distinguées du royaume de Castille, est un aristocrate espagnol des règnes de Charles Quint et de Philippe II, qui a notamment exercé les fonctions de vice-roi de Naples et de régent des Pays-Bas espagnols au début de la guerre de Quatre-Vingts Ans.

Il a joué un rôle important dans les guerres menées sous le règne de Charles Quint. Sous Philippe II, il est chargé en 1567 de rétablir l'ordre aux Pays-Bas et devient gouverneur général à la place de Marguerite de Parme. Il semble d'abord connaître le succès, marquant les Néerlandais par les nombreuses condamnations à mort prononcées par le Conseil des troubles, surnommé « Conseil de sang » ; mais à partir de 1572, le soulèvement dirigé par Guillaume d'Orange commence à s'implanter dans plusieurs provinces : le duc d'Albe est rappelé en 1573 et remplacé par Luís de Zúñiga y Requesens.

Le nom de « duc d'Albe » sous lequel il est généralement connu lui vient de son château castillan d'Alba de Tormes.

Biographie Origines familiales, formation et début de carrière

Il est le fils de Garcia Alvare de Tolède et de Béatrice Pimentel, fille de Rodrigo Pimentel, duc de Benavente. Du fait de la mort prématurée de son père lors d'une expédition à Djerba en 1510, il devient l'héritier de son grand-père Frédéric Alvare de Tolède, deuxième duc d'Albe.

Il passe son enfance principalement à la cour ducale d’Alba de Tormes, éduqué par deux précepteurs italiens et un espagnol, le poète Juan Boscán. Il reçoit une éducation humaniste et catholique. Il maîtrise le latin, connaît le français, l’anglais et l’allemand.

En 1524, il participe à l’expédition conduite par Íñigo Fernández de Velasco (mauvais lien) vers Fontarrabie, occupée par des troupes françaises et navarraises depuis 1521. La ville est reprise par les Espagnols.

C'est en 1531, à la mort de son grand-père, qu'il devient le troisième duc d'Albe.

En 1532, son oncle, Pierre Alvare de Tolède (1484-1553) devient vice-roi de Naples, fonction qu'il exerce jusqu'à sa mort.

Officier au service de Charles Quint

En 1535, il participe à la prise de Tunis, occupée l'année précédente par le régent d'Alger Khayr ad-Din (Barberousse) pour le compte du sultan ottoman.

En 1541, il est nommé grand majordome (mayordomo mayor) du roi d'Espagne, Charles , connu sous son nom d'empereur du Saint-Empire Charles Quint (Charles V)Charles de Habsbourg (1500-1558) devient souverain des Pays-Bas (duc de Brabant, comte de Flandre, etc.) et du comté de Bourgogne en 1516 en tant qu'héritier de Charles le Téméraire ; roi d'Aragon et roi de Castille en 1516 en tant qu'héritier des Rois Catholiques ; chef de la maison de Habsbourg en 1519 en tant qu'héritier de Maximilien d'Autriche ; il est élu empereur en 1519, succédant à Maximilien. En 1558, l'héritage des Habsbourg passera à son frère Ferdinand, aussi élu empereur, les Pays-Bas et l'Espagne (ainsi que Milan et Naples) à son fils Philippe..

Ferdinand de Tolède participe la même année au siège d'Alger (octobre-novembre) contre Barberousse, mais c'est un échec.

Dans le cadre de la neuvième guerre d'Italie (1542-1546), il commande une armée de secours espagnole qui contraint les Français à lever le siège de Perpignan en 1542.

Dans le contexte de la guerre que Charles Quint mène en tant qu'empereur contre les princes protestants allemands de la ligue de Smalkalde, il est à la tête de l'armée qui remporte en 1547 la bataille de Mühlberg.

Il accompagne ensuite l'infant Philippe durant un voyage en Europe (1551).

Il participe à l'expédition de Metz, dont Henri II s'est emparé lors de sa « Chevauchée d'Austrasie » en 1552. Commandant l'avant-garde de l'armée de Charles Quint, il met le siège devant la ville le . Metz est soumise à un bombardement d'artillerie à partir de l'arrivée de l'empereur (), mais sans résultat. Le siège est levé au début de janvier, Metz (et les deux autres évêchés, Toul et Verdun) restent occupés par l'armée française.

Il accompagne de nouveau Philippe lors de son mariage à Londres avec la reine d'Angleterre Marie Tudor (1554).

Gouverneur de Milan (1555-1556) et vice-roi de Naples (1555-1558) vignette|Ferdinand Alvare de Tolède, représenté par Pieter de Jode le Jeune en 1652 Les années 1555-1558 sont marquées par les abdications successives de Charles Quint : en , il abandonne les Pays-Bas à son fils aîné Philippe, qui reçoit aussi les couronnes de Castille et d'Aragon en , devenant Philippe II d'Espagne. En 1558, Charles abdique la dignité impériale et cède les domaines autrichiens de la maison de Habsbourg à son frère Ferdinand, qui lui succède comme empereur.

Durant ces années, le duc d'Albe se trouve en Italie.

En , il est nommé gouverneur du duché de Milan, fonction qu'il exerce jusqu'en . En 1556Selon la page anglaise. D'autres indiquent "1555"., il est nommé vice-roi de Naples, fonction qu'il exerce jusqu'en 1558.

En 1556, il doit combattre les troupes du pape Paul IV, ennemi de la maison de Habsbourg, et barre la route aux forces françaises qui menacent le Milanais et Naples.

En 1557, il prépare la contre-attaque des Impériaux en Lorraine et en Picardie.

La rencontre avec Catherine de Médicis en 1565 En juin 1565, accompagnant l'épouse de Philippe II, Élisabeth de France, Ferdinand de Tolède est à la tête de l'ambassade espagnole qui rencontre à Bayonne Catherine de Médicis, régente du royaume de France sous le règne de Charles IX. Depuis 1564, à la suite de l'édit de tolérance (paix d'Amboise) qui a mis fin à la première guerre de religion, Catherine et Charles font un tour de France royal.

À cette occasion, le duc d'Albe demande instamment que le gouvernement français soit moins tolérant envers le protestantisme. Il dénonce aussi les visées françaises vers la colonie espagnole de Floride.

Il refuse aussi les projets d’alliance matrimoniale que propose CatherinePierre Miquel, Les Guerres de religion, Librairie Arthème Fayard, 1980, p. 258 . A savoir son fils Henri d'Orléans (futur Henri III) avec la sœur de Philippe II d'Espagne et sa fille Marguerite de Valois (la future reine Margot) avec Don Carlos, le fils de Philippe II.

Gouverneur général des Pays-Bas (1567-1573)

La crise de 1566-1567 et l'arrivée du duc d'Albe aux Pays-Bas vignette|Arrivée du duc d'Albe à Rotterdam en 1567Eugène Isabey, 1844Paris, musée d'Orsay En 1566, les tensions croissantes entre le gouvernement de Philippe II et la noblesse néerlandaise aboutissent à l'affaire du compromis des Nobles, qui se transforme rapidement en révolte des GueuxPlusieurs centaines de nobles qui, à Bruxelles, ont signé le « compromis des nobles », pétition protestant contre les empiètements du pouvoir espagnol sur les chartes et libertés anciennes des Pays-Bas. Par défi envers le comte de Berlaymont, conseiller de la régente, qui aurait qualifié de « gueux », les pétitionnaires s'approprient cette insulte au cours d'un banquet resté célèbre sous le nom de banquet des gueux. Puis, en , le mouvement calviniste radical de la « furie iconoclaste » touche de nombreuses provinces et villes, générant un début de guerre civile (siège de Valenciennes, 1566-1567).

Marguerite de Parme ne semblant pas pouvoir rétablir l'ordre, Philippe II envoie au printemps 1567 le duc d'Albe aux Pays-Bas avec une armée de hommes parmi lesquels les troupes d'élite espagnoles (les tercios), qu’il mène d’Italie aux Pays-Bas par la Savoie et la Franche-Comté, arrivant aux Pays-Bas en . Il fait son entrée dans Bruxelles à la tête de l'armée espagnole le . Un grand nombre de Néerlandais, opposants politiques ou religieux, préfèrent quitter le pays, notamment Guillaume d'Orange, ainsi qu'un grand nombre de marins, vite surnommés les « gueux de mer ».

thumb|gauche|Le Duc d'Albe fut la cible de la propagande protestante, qui édita des gravures comme celle-ci, qui représente le Duc mangeant des enfants. Nommé gouverneur général par Philippe II, avec le titre de gouverneur et capitaine général des Pays-BasLes gouverneurs de provinces ont le titre (en néerlandais) de stathouder (« lieutenant (du prince) » ; le gouverneur général est désigné en néerlandais par le mot landvoogd ; Marguerite de Parme avait le titre (en français) de « gouvernante et régente ». Ni Charles Quint, ni Philippe ne sont « rois » des Pays-Bas. Ils sont duc de Brabant, comte de Flandre, comte de Hollande, comte de Zélande, etc. (il y a traditionnellement dix-sept provinces essentielles)., il y est investi d'un pouvoir absolu pour rétablir l'ordre. Sa mission est claire. Elle consiste « […] à arrêter et à châtier exemplairement les principaux du pays qui s’étaient rendus coupables durant les troubles; à prendre et punir de même les plus coupables d’entre le peuple; à traiter ensuite des moyens de procurer des ressources au trésor; à visiter les boutiques des imprimeurs et des libraires; à instituer des écoles pour les enfants; à faire publier et observer les placards; à régler l’affaire des évêchés ; enfin à punir les villes, et à déterminer l’emploi de leurs revenus [...] »Correspondance de Philippe II, L.-P. Gachard, T. 2, 1851, pièce 766, Lettre du duc d’Albe au roi, 9 juin 1568, trois jours après l'exécution des comtes d'Egmont et de Hornes..

Le Conseil des troubles et l'arrestation des comtes d'Egmont et de Hornes Il établit un tribunal d'exception, le Conseil des troubles, qui va déployer tant de rigueur qu'il est surnommé « Conseil de sang » (Bloedraad). Présidé par le duc d’Albe entouré de conseillers espagnols, le Conseil des troubles prononce de nombreuses condamnations par contumace contre les hérétiques en fuite, avec confiscation de leurs biens. Seuls deux juges y ont un droit de vote, Louis del Rio et Juan de Vargas.

thumb|left|Ferdinand Alvare de Tolède.

Philippe II a aussi chargé le duc d'Albe de mettre au pas la haute noblesse. Un des événements les plus marquants est l'arrestation des comtes d'Egmont et de Hornes, membres du Conseil d'État, généraux au service de Charles Quint et de Philippe II durant les dernières guerres d'Italie, mais figures emblématiques du mouvement nobiliaire aux Pays-Bas du fait de leur opposition politiques durant les années 1560-1565, aux côtés de Guillaume d'Orange. Ni Guillaume d'Orange, ni le comte de Hornes n'ont pris les armes dans la période de la révolte des Gueux et de la crise iconoclaste ; quant au comte d'Egmont, il a pris part au siège de Valenciennes aux côtés de Philippe de Noircarmes (stathouder du Hainaut). Ils sont tous trois catholiquesGuillaume d'Orange, né en 1533 dans une famille luthérienne du Saint-Empire, est devenu catholique en recevant par héritage la principauté d'Orange (1544). Il n'affichera sa conversion au calvinisme qu'en 1573, après cinq années à la tête de l'insurrection.. Mais ils refusent la politique de répression à outrance du protestantisme et la politique de centralisation de Philippe II.