Jeanne (ou Pieroime) Daubenton, Daubentonne ou D'Aubenton fut une prédicatrice et mystique champenoise particulièrement remarquée dans les chroniques du , née vers 1337 à Aubenton (Aisne) et brûlée vive pour hérésie à Paris en juillet 1372 ou 1373. Elle compte au nombre des martyrs de la liberté de penser.
Contexte : une Église aux abois Comme à ses débuts, du , l'Église catholique romaine dut faire face à une multitude de mouvements contestataires dont certains apparaissaient comme purement hérétiques. Dépassant le cadre religieux, ces mouvements remettaient également en cause l'ordre établi (politique comme social). Aussi les pouvoirs en place, religieux comme civils, optèrent pour une répression « tous azimuts », sans aucun discernement, usant de l'amalgame, de la torture (la Question) jusqu'à l'extermination (Albigeois). La situation va de mal en pis avec le grand désarroi des populations face à la peste noire, et la « robe sans couture de l'Église » se déchire finalement en 1378 quand le refus des cardinaux avignonnais de reconnaître Urbain VI engendre le grand schisme d'Occident (1378-1418).
Dès 1365, Urbain V (1362-1370) avait averti Charles V du danger de « l'hérésie » béguarde dans le royaume de France :
La question hérétique en France est principalement traitée par les travaux littéraires et Annales plus ou moins contemporaines des faits de Robert Gaguin (c.1433-1501) et d'Oderico Rinaldi (1594-1671) ; la Chronologie sacrée de Gilbert Génébrard (1535-1597) traîna par la suite la mémoire du Libre-Esprit dans la boue (enfant de Turlupin devint une insulte commune, le boulanger et comédien Henri Legrand s'en fait un nom de scène comique en 1583 et des écrits méprisables prennent au XVIe siècle le surnom de turlupineries).
Biographie Cette humble champenoise quitte Bancigny où elle travaillait aux champs pour répandre ses idées à Laon, Compiègne et Paris à partir de 1360. Elle voyage surtout en Picardie, en Champagne et en île-de-France : pendant sa vie d'errance, elle épouse un certain Dural, clerc de son état, et tombe enceinte.
Jeanne Daubenton se mêla à une bande de turlupins (nom d'une secte active du ) arrivés fraîchement à Paris, au milieu desquels elle joua un rôle des plus actifs, peut-être même de leader spirituel.
Devenue l'éloquente interprète de leur doctrine, elle se livra à la prédication, annonçant que : l'idéal de la perfection chrétienne consiste à être pauvre et à aller (à-peu près) entièrement nu, tous les devoirs religieux doivent se réduire à une simple oraison mentale, et enfin pour les saints, (c'est-à-dire les adeptes de ses idées), il n'y a nul péché à satisfaire toutes ses passions et tous les désirs de ses sens.
Un passage à Tours scelle son sort : la foule en colère l'humilie devant la basilique saint-Martin : elle est convoquée devant la justice au début de . Jeanne est alors foudroyée par l'efficacité de l'inquisition, dirigée par le dominicain Jacques de Moray, « inquisiteur des bougres » : torturée et questionnée, elle est condamnée, humiliée puis brûlée vive à Paris, sur le marché aux pourceaux où les biens des hérétiques étaient habituellement consumés avec eux. Le corps de son compagnon, mort au tribunal du palais épiscopal quinze jours avant son exécution, fut conservé dans la « chaux vive » avant d'être brûlé en place publique comme prévu, devant le roi de France lui-même. Les grandes chroniques de France témoignent :
Jeanne et le credo turlupin Le témoignage de Jean de Gerson (De examinatione doctrine, 1.1.19), illustre théologien du XIVe siècle, est essentiel pour comprendre la doctrine turlupine, bien peu documentée du reste.
Jeanne formalise surtout le mode de vie des turlupins en doctrine qu'elle propagea activement par l'écrit (elle aurait rédigé un ouvrage vers 1350, le parchemin de l'esprit, pendant un séjour à Landouzy-la-Ville) ; cette doctrine se rattachait visiblement plus aux Cyniques et aux Adamites qu'aux Vaudois (Turlupini cynicorum sectam suscitantes de nuditate pudendorum et publico coïtum selon Génébrard).
En effet ce mouvement mettait en pratique ou tentait d'appliquer : un dénuement complet, une totale nudité, un communisme total (communauté complète des femmes et des biens).
De fait, cette vie en communauté, s'apparenterait plutôt aujourd'hui au naturisme ou au nudisme teinté de communisme ou même de communautarisme.
Continuité du mouvement
En fait, si quelques-uns furent effectivement brûlés (en nombre incertain mais réduit), la plupart réussirent à se disperser. Beaucoup finirent par se regrouper en Savoie où Grégoire XI les pourchassa de sa vindicte en demandant au « comte vert » Amédée VI d'intervenir contre eux (lettre du Apostolica scripta 444, disponible sur le site Telma (http://telma.irht.cnrs.fr/chartes/en/aposcripta/notice-acte/20457).), comte qu'il connaissait pour avoir mené une ligue contre les Visconti de Milan (1372-1375).
Sources Grand Dictionnaire Universel (Larousse 1876).
Notes et références
Catégorie:Date de naissance non renseignée (XIVe siècle) Catégorie:Naissance dans la province de Picardie Catégorie:Décès à Paris Catégorie:Décès en 1372 Catégorie:Personnalité française du XIVe siècle Catégorie:Personnalité féminine française Catégorie:Inquisition Catégorie:Condamné à mort exécuté au bûcher Catégorie:Personne brûlée vive par intolérance religieuse Catégorie:Personnalité chrétienne condamnée pour hérésie Catégorie:Mystique chrétien du XIVe siècle Catégorie:Condamné à mort exécuté en France au XIVe siècle Catégorie:Condamnée à mort exécutée