André Boulloche, né le à Paris et mort le près de Malsburg-Marzell (Bade-Wurtemberg, Allemagne)Archives en ligne de Paris , année 1915, acte de naissance , cote 7N131, vue 8/30 (avec mention marginale de décès), est un homme politique français.

Il est membre de la SFIO, compagnon de la Libération, haut fonctionnaire (ingénieur général des Ponts et Chaussées) et ministre du général de Gaulle en 1959. Il est ensuite maire de Montbéliard à partir de 1965 et député du Doubs de 1967 jusqu’à sa mort.

Biographie André François Roger Jacques Boulloche naît à Paris () le . Il est le second fils de Jacques André Boulloche (1888-1945)Jacques André Boulloche naît à Paris () le . Il est le fils d'André Charles Boulloche, conseiller à la Cour de cassation, et de Marie Léonie Madeleine Goupil. Il entre à l'École polytechnique en 1907 et en sort ingénieur des Ponts et Chaussées. Combattant de la guerre 1914-1918, il est inspecteur général des Ponts et Chaussées au déclenchement de la Seconde Guerre mondiale. C'est alors un chef de famille dans laquelle tout est sacrifié à la Résistance. Trois d'entre elles vont mourir en déportation : sa femme Hélène à Ravensbrück le , son fils aîné Robert, inspecteur des finances, à Ellrich (annexe de Dora - Buchenwald) le , et lui-même à Buchenwald le . et de Hélène Marguerite Thérèse Chaperon (1888-1944).

Il est issu de deux lignées de notables provinciaux, du côté paternel. Du côté de sa mère, se trouvent des notables girondins. La branche paternelle, normande, est issue de robins ayant opté pour la fonction publique : son grand-père paternel a été doyen à la Cour de Cassation, son père, polytechnicien (promotion 1907) et ingénieur général des Ponts et chaussées, achève sa carrière comme directeur des routes au ministère des travaux publics. Sur le plan politique, ils sont libéraux et dreyfusardsAndré Boulloche, sa biographie sur le site de l'Assemblée nationale .

André Boulloche suit des études secondaires au lycée de Beauvais (Oise), où son père est un temps en poste, puis, après le baccalauréat en 1931, au lycée Janson-de-Sailly à Paris en classes préparatoires ; il est reçu en 1934, à moins de 19 ans, à l'École polytechnique. Il en sort en 1936 ingénieur des Ponts et chaussées. Il fait son service militaire dans le Génie à Versailles puis à Metz. Il passera une licence de droit en 1941André Boulloche, sur le site de l'ordre de la Libération .

Rappelé en 1939 comme lieutenant au du Génie dans l'Est, il demande sa mutation pour l'armée de l'Air. À partir de , il effectue un stage comme observateur en avion à Dinard.

Le refus de la capitulation de 1940 Après la défaite de , au début de l'occupation allemande, la famille d'André Boulloche refuse l'armistice, le régime de Vichy et la collaboration.

Sa famille entre dans la Résistance. Son père, sa mère et son frère sont arretés dans les recherches pour sa sœur Christiane. Ils sont déportés dans le dernier convoi de Paris, le The Cost of Courage, Charles Kaiser, pg 162. Ils meurent en déportation : sa mère, Hélène, à Ravensbrück le , son frère, Robert, inspecteur des finances, à Ellrich (annexe de Dora - Buchenwald) le , et son père, Jacques, ingénieur général des Ponts et Chaussées, à Buchenwald le .

Ses sœurs, Jacqueline et Christiane, sont agents de liaison (boîtes aux lettres, transmissions de courrier, parachutages) pour la Résistance parisienne, avant de rejoindre le maquis, en André Boulloche, La Jaune et la Rouge, n° 583, mars 2003 .

Au moment de la débâcle, André Boulloche rejoint l'Afrique du Nord en s’embarquant à Port-Vendres le , avec une dizaine de camarades. Il débarque à Oran, tente sans succès de gagner Londres, est démobilisé début septembre, et regagne la métropole.

Il est nommé, en , ingénieur ordinaire des Ponts et Chaussées à Soissons. Il entre aussitôt dans le mouvement de Résistance « Organisation civile et militaire » (OCM).

En , par l'intermédiaire de son frère Robert, il entre en contact avec André Postel-Vinay qui lui demande de constituer un réseau de renseignements dans l'Aisne. Il fait entrer dans l'organisation son chef direct aux Ponts et Chaussées, Pierre Pène, puis, son collègue Jean Bertin. Par ses fonctions, il peut obtenir des informations sur la localisation des troupes ennemies et sur les travaux entrepris par l'occupant.

Après l'arrestation de Postel-Vinay, fin , André Boulloche prend la responsabilité du réseau pour la région nord ; durant l'année 1942, le réseau s'accroît et de nombreux agents opèrent dans toute la zone occupée. En dehors du travail de renseignements, il prend des contacts avec les responsables de l'Armée secrète (AS) et organise l'infrastructure militaire de la Résistance. Recherché par la Gestapo, il passe la frontière espagnole le avec deux camarades, suivant l'itinéraire Oloron-Pampelune. Arrêté, il est interné à Pampelune puis Ágreda et Jerada.

Passé au Portugal, il parvient à gagner l'Angleterre par avion, en , et s'engage à Londres au Bureau central de renseignements et d'action (BCRA). Volontaire pour des missions en France, il est déposé dans la région de Tours, par opération Lysander, le , en qualité de délégué militaire de la Région P (Paris). Avec les responsables de l'Armée secrète, sous le pseudonyme d’Armand, il met en place l'organisation paramilitaire de la Résistance, alors désorganisée par l’arrestation du général Delestraint. Il fait entreprendre de nombreux sabotages demandés par le Commandement interallié.

Arrêté à son domicile par la Gestapo, le , avec son adjoint Ernest Gimpel, à la suite d’une dénonciation, il tente de s'échapper ; blessé grièvement d'une balle au ventre, il est opéré, et laissé sans soins postopératoires dans une cellule de la « prison-hôpital » de la Pitié (pavillon Quentin). Il tente une évasion qui échoue.

Incarcéré à Fresnes en février, il est transféré le au camp de Royallieu (Compiègne). Il est ensuite déporté, alors qu'il souffre d'une éventration due à la réouverture de ses blessures. Il fait partie du convoi du , surnommé le « convoi des tatoués ».

Les déportés sont envoyés à Auschwitz, où ils arrivent le et sont tatoués. Ils sont déplacés le , au camp de Buchenwald, en Allemagne. André Boulloche porte le Livre mémorial sur le site de la Fondation pour la mémoire de la déportation, convoi des tatoués, bddm.org« L'énigme du convoi des tatoués » sur le site de l'Amicale des déportés tatoués du 27 avril 1944, 27avril44.org . Il est ensuite déporté au camp de Flossenbürg. Il sera libéré par les Américains le , après deux tentatives d’évasion. Il échappe aux « marches de la mort » grâce aux docteurs Jacques Michelin et Michel Bommelaer qui le cachent, avec Henri Lerognon et Ernest Guimpel, dans l'infirmerie du camp.

Il restera marqué à vie : dans les camps, selon ses dires, il a compris , et il y a .

Mémoire de la Résistance

André Boulloche a été membre de nombreuses associations, particulièrement dans le monde des anciens combattants et résistants : lieutenant-colonel de réserve, il a été président du comité des anciens chefs de réseau de la France combattante et président de la commission de révision des titres de résistant. Compagnon de la Libération (l'un des trente-trois polytechniciens), commandeur de la Légion d'honneur, titulaire de la croix de guerre 1939-1945 et de la King's medal for courage, il a été membre du conseil de l'Ordre de la Libération à partir de 1958.

Lors de la fondation de l’amicale des Déportés tatoués du convoi du , à Paris, en , il est désigné président d'honneur, à l'instar d'un autre compagnon de la Libération, Rémy Roure.

Au service de la France À son retour, en 1946, André Boulloche reprend sa carrière de haut fonctionnaire à Paris. Il est chargé de mission par le Ministère des Travaux publics aux États-Unis. La même année, il adhère à la SFIO.

Après son voyage d'études d'un an aux États-Unis, il entre, en 1947, au cabinet du président du Conseil Paul Ramadier. Il en deviendra le directeur. Paul Ramadier étant devenu ministre de la Défense, il contribuera à la modernisation des industries de l'armement et à la restructuration des armées ; il veillera notamment à la relance de l'industrie aéronautique.

Il est nommé en 1948 chef de l'arrondissement des Ponts et Chaussées de Versailles, puis en 1950, commissaire du gouvernement auprès de la RATP. Il est directeur de l'Infrastructure au Ministère de l'Air, de 1953 à 1954, bâtissant des bases aériennes pour l'OTAN.

Lors des municipales de 1953, il est élu conseiller municipal de Fontainebleau où il représente l'opposition socialiste dans cette ville. Il est candidat lors des cantonales de 1951, 1955 et 1958.

En , Gilbert Grandval est nommé résident général au Maroc pour préparer l'indépendance : tous les directeurs de l'administration du protectorat sont changés. En , Boulloche est nommé directeur des travaux publics au Maroc. En 1956, dès la prise de pouvoir de Mohammed V, il accepte le poste de secrétaire général du ministère des Travaux publics, auprès d'un jeune ministre Mohammed Douiri.

Il se heurte à une situation délicate entre la France et le Maroc, entre le secteur public et le secteur privé. Il doit régler la question de l'indemnisation des entrepreneurs pour la période des troubles (circulaire Boulloche). Il contribue à un véritable renouveau dans le domaine des travaux publics : création de Royal Air Maroc, chemins de fer, électricité, adduction et distribution de l'eau, ports de Mohammédia (ex-Fédala) et de Tanger. Il priorise la formation des futurs cadres du nouveau Maroc.

Sa mission se termine en 1957 ; il est donc le dernier directeur des Ponts et Chaussées du protectorat et le premier secrétaire général des Travaux Publics du Maroc indépendant.

Il dirige le cabinet de Maurice Bourgès-Maunoury, président du Conseil du au .

Il sait les menaces que les événements d'Algérie font peser : pour lui, il faut arrêter cette guerre et négocier la paix, donc un gouvernement qui s'engage. Sensible au message que lui adresse Germaine Tillion, il conclut que, seul, le général de Gaulle peut éviter à la France une dictature de droite.

Après le retour au pouvoir du général, il accepte successivement le poste de ministre délégué à la Présidence du Conseil dans le troisième gouvernement de Gaulle (-), puis, sans en référer au Parti socialiste, celui de ministre de l'éducation nationale du premier gouvernement Michel Debré de la Ve République ( au ).

Il explique ainsi sa position :

Il précise dans un message à Guy Mollet :

Il est le seul socialiste – toutefois en congé du parti – de ce gouvernement. Il quittera le ministère de l'Éducation le : un différend l'oppose à Michel Debré sur les aides de l'État à l'école privée. Il ne cessera de harceler le général de Gaulle sur la question algérienne, jusqu'à ce que l'indépendance soit inévitable.

Un homme d'action Après son départ du gouvernement Debré, André Boulloche reprend sa carte de la SFIO. Il est nommé conseiller d'État en 1960, puis président de l’Institut du commerce extérieur en 1964.

Il est élu maire de Montbéliard à partir de 1965, président du District urbain du pays de Montbéliard et député du Doubs de 1967 à 1978. Il stimule le développement de ces collectivités : de 1965 à 1978, cinq mille logements seront construits, trois cents hectares de terrain acquis par la ville, quarante hectares d'espaces verts aménagés, vingt-trois kilomètres de voies publiques, trente-neuf kilomètres d'égouts, neuf écoles maternelles, quatre écoles primaires, deux C.E.S., un lycée, une halle polyvalente, quatre gymnases seront réalisés.

Membre du Comité directeur du Parti socialiste en 1969, il est vice-président du groupe socialiste à l'Assemblée nationale, puis secrétaire national du PS chargé du Plan (1976). Il est membre de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe en 1973.

Il est membre du Siècle, club où se retrouvent des hommes politiques de tous horizons, et a présidé la société des amis de Paul Ramadier.